SUCCESSEUR DE CÉSAR BIROTTEAU
— J'ai la berlue. N'est-ce pas Césarine ? s'écria-t-il en sa souvenant d'avoir aperçu une tête blonde à la fenêtre.
Il vit effectivement sa fille, sa femme et Popinot. Les amoureux savaient que Birotteau ne passait jamais devant
tton aBOiemie -maison. Incapatyles'd'imagmer ce qni îuiTirrivait, ils étaient venus prendre quelques armugemenis «w^atifs à la fête qa% méditaient 'de 'dotmer à Gésar. -Cette bisatve apparition étonna i^'^vement Blvetteau^ qu'il resta planté sur ses jambes.
*• — Voilà monsieur iBirottoau qui iregaFâeson ancienne •oaiàon, dit monsieur rMol^nii»iX4autmartthand établi ifii^see de la Reine des Roses.
--- Pauvre homme, dit T^noien irdtsmtdu «parfumeur, il a donné là UB des plus beaoK baku.. il :y avait deux ceitts voitures.
— JV 'étais, il afait faillite Iroismois^oprès^idit Molineux, j'ai été syndic.
Birotteau se sauva, les jambes tremblantes, etJKCourut <ïhez son oncle Pillerault.
PîUerault, instruit de ce qui s'était passé rue des Cinq- Diamants, j>ensàit que son neveu soutiendrait difficilement le choc d'une joie aussi grande que celle causée par^a réhabilitation, car il était le témoin journalier des vicissitudes morales de ce pauvre homme, toujours en présence de ses inflexibles doctrines relatives aux failKs, «t dont toutes les forces étaient employées à toute heure. L'honneur était -pour César un mort qui pouvait avoir son jour de Pâques. Cet espoh* rendait sa douleur mcessamment active. Pillerault prît sur lui de préparer ^on neveu à recevoir la bonne nouvelle. -Quand Bhrotteau entra chez son oracle, îl le trouva pensant aux moyensd'arriv^r ^ son l)ut. Aussi la joie' avec laquelle remployé racertta le témoignage d'intérêt que le roi lui avait donné parut-elle de bon augure à Pillerault^ et l'tftoniienait 4'avoir vu Cèsarine ft la Reine des Roses fut-il une excellente entrée en matière.
— Eh bien I César, dit Pillerault, sais-tu d'où cela te vient? De l'impatience qu'a Popinot d'épouser Césarine. Il n'y tient plus, et tu ne dois pas, pour^s exagérations deprobité, laisser imsser sa jeuiiesse à :maiiger du pain sec à la fumée d'un bon dhier. Popinot veut te donner f)es fends qftécessrâei au payement éntëgraâ de'tes'CiiéeaMtteis.
GftSAR BIROTTBAU d9t
•—H achète s» femme, ditr Birottea».
— N'est-ce' pas honoiii^i#<^ faire réisabiliter soirbeau^père?
— Mais il y aandt lieu à contestation. D'ailleurs*. •
— « lyailleurai dit Fonol» en jeoanti k( cdère^ ta peux avoir le droit de l'immoler, mais tu ne saurais immoler ta*
Il s'engagea la plus vive discussion, que* fâlèrauH édiaaffiût à. ûBsaaim,
— >]^ti si Pcrpinot ne 1» préitait rie», s'^orîa' mieroitH s^ffVamt' considéré comme son assMié^ s'il avait' regardé^ 1» pri» donné et tes: créanciers pow ta papt dan» l'huile onnme une avance de bénéfices, afin de ne pas te déponiller;**
— J'aurais Tai^ d'avoir, de concert avec M, trompé mes créanciers.
PWlerault feignit de se laisser battre par cette raison. Il connaissait assez le cœur humain pour savoir qucj durant la nuit^ le digne homme se querellerait avec lui-même sur ce point; et cette discussion intérieure l'accoutumait à ridée d^'sa réhidiililation;
— Wbâ9 pourquoi^ dit-il en dînant, ma femme et ma fille étaient-elles dans mon ancien appartement f
— Anselme veut le louer pour s'y loger avec Césarine. TUb femme est de son parti. Sans t'en rien dire, ils sont allés faire publier les bans, afin de te forcer à consentir. Popinot dit qu'il aura moins de mérite à épouser Gésarine après ta réhd)ilitation. Tu prends^ les^ six mille francs du. roi, tu ne ymoi rien accepter de tes parents t 1SfO\ je puis bien ta donner quittance de ce qui me revient, me refuserais-tu f
-^ Non, dib César, mais cela ne m'empêcherait; pas d'économiser ponr vous payer, malgré la quittance.
— Subtilité que tout cela, dit Pillerault, et sur les choses de probité je dois ôtre cru. Quelle bêtise as-tu dite tout à fbeure? auras-tu trompé tes créanciers quand tu les i ions payés?
802 SCÈNES DE LA VIE PAhlSIBNftB
Eu ce moment^ César examina Pillerault, et PillérauU fut ému de voir, après trois années, un plein sourire animant pour la première fois les traits attristés de son pauvre neveu.
— C'est vrai, dit-il, ils seraient payés... Vais c'est vendre mafîU^!
— ' Ut je veux être achetée, cria Césanne en apparaissani avec Popinot.
Les deux amants avaient entendu ces derniers mots en entrant sur la pointe du pied dans l'antichambre du petit appartement de leur oncle, et madame Birotteau les suivait. Tout trois avdent couru en voiture chez les créanders qui restaient à payer pour les convoquer le soir chez Alexandre Crottat, Qù se préparaient les quittances. La puissante logique de l'amoureux Popinot triompha des scrupules de César, qui persistait à se dire débiteur, à prétendre qu'il fraudait la loi par une novation. Il fit céder les recherches de sa conscience à un cri de Popinot : — Vous voulez donc tuer votre fille ?
— Tuer ma fille ! dit César hébété.
— Eh bien 1 dit Popinot, j'ai le droit de vous faire nne donation entre-vifs de la somme que conscijBncieusement je crois être à vous chez moi. Me refuseriez-vous?
-^ Non, dit César.
— Eh bien 1 allons chez Alexandre Crottat ce soir, afin qu'il n'y ait plus à revenir làrdessus, nous y déciderons en même temps notre contrat de mariage.
Une demande en réhabilitation et toutes les pièces à l'appui furent déposées, par les soins de Derville, au pa»quet du procureur générai de la cour royale de Paris.
Pendant le mois que durèrent les formalités et les publications des bans pour le mariage de Gésarine et d'Anselme, ' Birotteau fut agité par des mouvements fébriles. Il était inquiet, il avait peur de ne pas vivre jusqu'au grand jour où l'arrêt serait rendu. Son cœur palpitait sans raison^ disaitil. Il se plaignit de douleurs sourdes dans cet organe auaê
usé par les émotions de la douleur qu'il était fatigué par cette joie âuprême. Les arrêts de réhabilitation sont si rares dans le ressort de la cour royale de Paris, qu'il s'en prononce à peine un en dix années. Pour Us gens qui prennent au sérieux la société, l'appareil de la justice a je ne sais quoi de grand et de graye. Les insAtutions dépendent entièrement des sentiments que les hommes y attachent et des grandeurs dont elles sont revêtues par la pensée. Aussi quand il n'y a plus, non pas de religion, mais de croyance chez an peuple, quand l'éducation première y a relâché tous les liens consenrateurs en habituant l'enfant à nno impitoyab e analyse, une nation est-elle dissoute, car eVâ ne fait plus corps que par les ignobles soudures de l'intérêt matériel, pi.r les commandements du culte que crée l'égolsme bien entendu. Nourri d'idées religieuses, Birotteau acceptait la justice pour ce qu'elle devrait être aux yeux des hommes, une représentation de la société même, une auguste expression de la loi consentie, indépendante de la forme sous laquelle elle se produit ; plus le magistrat est vieux, cassé^ blanchi, plus solennel est d'ailleurs l'exercice de son sacerdoce, qui veut une étude si profonde des hommes et des choses, qui sacrifie le cœur et l'endurcit à la tutelle d'intérêts palpitants. Ils deviennent rares, les hommes qui ne montent pas sans de vives émotions l'escalier de la cour royale, au vieux Palais de Justice, à Paris, et l'ancien négociant était un de ces hommes. Peu de personnes ont remarqué la solennité majestueuse de cet escalier si bien placé pour produire de Tefifet ; il se trouve en haut du péristyle extérieur qui orné la cour du palais, et sa porte est au milieu d'une galerie qui mène d'un bout à l'immense saile des Pas Perdus^ de l'autre à la Sainte-Chapelle, deux monuments qui peuvent rendre tcut mesquin autour d'eux. L'église de saint Louis est un des plus imposants édifices de Paris, et son abord a je ne sais quoi de sombre et de romantique au fond de cette galerie. La grande salle des Pas Perdus offre au contraire une échappée pleine de clan es, et il est difficile d'oublier que i'tkistoire de France
904 8GÉNES BK Lik VU BàBfSIENNE
Se lie à cette salle. Cet eseâlier doit afoirquelqiie oaraetôï^ aa$ez grandiose^ear il n'est pa& trop* écrasé par ces det»' ma^jniâcenceb. Peui^ètre Tâsoe y eatf^e reenuée à Taspec t de la place où. s'^&écutent les arcéts^ vuei à. tra?vei« la lidie grttle du padaiSh L'esoalier débouche sur une immense piôeev raatieh^nbre de oeile où la cour tient les audiences de sa. première diambi^ et* qui fonme lat salle des Pïis Perdue de la eoor. Jugea queUes.éotttionsidutt éprouver le ftiUti,. qut' fut naturellement impressionné par ces accessoires» eA montant à la cour entouré di%se» amis 1 Lebas,. alors prési^ déni du tmbunal de oommeroe ; Gamusot, son ancien juge^ commissaire ; Ra^n^ son patoon ; monsieur l!abbé Locaux^ son directeur. Le saint préire fit ressortir ces ^)lendenrs. humaines par une réflexion qui les rendit encore plus imposantes aux yeux de César. Pilleranlt; ee philosophe pna* tique, avait imaginé d'exagéner par avance la joie de son ne^i^eu pour le soustcaire aux dai^ers des évéoenients imprévus de cette fête. Au moment où Tancien négociant finissait sa toilette, il avùt vu venir ses vrais amis qui. tenaient à honneur de Tacoompaguer à la barre de lacouri, Ce cortège développa chez le brave homme uo contentemrat qui le jeta dans reimltatioft nécessaine peur soutenir le spectacle imposant de la cour.. Birotteau troui^a diaitfres amis réunis dans la salle djas^ audiences solennelles oÀ siégeait une douzaine de; oonseilleFsc
Après rappel, des causes^ l'avotté de BiroUeaai fit la ôt^ mande en quelques mois. Sur uuigestedui premier président, le procureuirgénéral, invité àtdonner ses conclusions^ se leva. Au nom du parquet, le procureur général, l'homme qui représente la vindicte publique, allait demander luim^e de rendre F honneur au négociant quii^n^avait fait que Fei^ager ; cérémoûe unique, car le condamné ne peut être que gracié. Les gens, de cœur peuvent imaginer les émotions de Bfrotteau quand il entendit monsieur de Grandville prononçant un discours dont voie! Tid^régé :
« Messieurs, dit le célèbre magistrat, le 16 jat/ier 1820» Bitotieau fut déclaré en état de faillite, pac un jugement
Cfitàm BiaOTTEAU SOS
d» trilmnal de oommeree de la S^iie. Le àé^ùi du ittias n'était occasionna ni par rhnfMrudenœ ét^ ce connner^ttt, ni par de fausses spécnlatioiiSy ni par aHome iwsim qui pût entacher son homenr. Kom éprawBDs le besoin de le dire hantemeiit: cemalheur ftit causé par 119 de ces dé» sastnes qai se sent renonrelés à la grande donlenr de It justice et de la TiMe et Paris. U élak réservé ànotresièdey où fermentera longtemps enoore le manvais levain des moeurs ei des idées révolutîonnrâes, de Toir le oolaEiat de Paris s'écartaat des gtorâeuses tradUions des ^siècles précédents, et produisant en quelques années^ auiant de faillites qu'il s'en est rencontré dans deux siècles sous l'ancienne monarchie. La soif de Tor rapidement acquis a gagné les ofBciers ministérielSi ces tuteurs de la fortune publique» ces magistrats intermédiaires 1 »
Il y eut une tirade sur ce texte où» pour obéir aux nécessitésifô son rôle, le comte de Grandville trouva moyen d'incriminer les libéraux, les bonapartistes et autres ennemis du trône. L'événement a prouvé que ce magistrat avait raison dans ses appréhensions.
« La fuite d'un notaire de Paris, qui emportait les fonds déposés chez lui par Birotteau, décida la ruine de fimpétrant^ reprit-il. La cour a rendu, dans cette affiûre, un arrêt qui prouve à quel point la confiance des cliente de Roguin fut indignement trompée. Un concordat cntervmt. Nous ferons observer pour l'honneur de Pimpétrant, que les opérations ont été remarquables par une pureté qui ne se rencontre en aucune des faillites scandaleuses par lesquelles le commerce de Paris est joumeUtoent affligé. Les créanciers de Birotteau trouvèrent les moindres choses que finfqrtnné possédât. Us ont trouvé, messieurs» ses vêtements, ses bijoux, enfin les choses d'un usage pnremen personnel , non-seulemçnt à lui, mais à sa frâime qui 2â)andonna tous ses droits pour grossir l'actif. Birotleau, dans cette circonstaaca, a été digne de la conaidération qui lui avait valu ses fonctions municîpalet; car il était 9hf% adjomt au maire du deuxièmearrondissemeot «t venait
so
de recevoir la décoration de la Légion d'honneur, accordée autant au déyouement du royaliste qui luttait en vendémiaire sor les marches de Saint-Roch, alors teintes de son sang, qu'au magistrat consulaire estimé pour ses ltt<mières, aimé pour son esprit conciliateur^ et au modeste officier municipal cpii venait de refuser les honneurs de la mairie en indiquant un plus digne, Thonorable baron de La Billardière, un des nobles Vendéens qu'il avait appris à estimer dans les mauvais jours. »
— Cette phrase est meilleure que la mienne, dit César à l'oreille de son oncle.
« Aussi, les créanciers, trouvant soixante pour cent de leurs créances par l'abandon que ce loyal négociant faisait, lui, sa femme et sa fille, de tout ce qu'ils possédaient, ontils consigné les expressions de leur estime dans le concordat qui intervint entre eux et leur débiteur, et par lequel ils lui faisaient remise du reste de leurs créances. Ces témoignages se recommandent à l'attention de la cour par la manière dont ils sont conçus. »
Ici le procureur général lut les considérants du concordat.
c En présence de ces bienveillantes dispositions, messieurs, beaucoup de négociants auraient pu se croire libérés, et ils auraient marché fiers sur la place publique. Loin de là, Birotteau, sans se laisser abattre, forma dans sa conscience le projet d'arriver au jour glorieux qui se lève ici pour lui. Rien ne Ta rebuté. Une place est accordée par notre bien-aimé souverain pour donner du pain au blessé de Saint-Roch, le failli en réserve les appointements à ses créanciers sans y rien prendre pour ses besoins, car le dévouement de la famille ne lui a pas manqué... »
Birotteau pressa la main de son oncle en pleurant.
« Sa lemme et sa fille versaient au trésor commun les fruits de leur travail, elles avaient épousé la noble pensée de Birotteau. Chacune d'elles est descendue de la position qu'elle occupait pour en prendre ubc inférieure. Ces
sacrifices, messieurs, doivent être hautement honorés, ils sont les plus difficiles de tous à faire. Voici quelle était la tâche que Birotteau s'était imposée. »
Ici le procureur général lut le résumé du bilan, en désignant les sommes qui restaient dues et les noms des créanciers.
« Chacune de ces sommes, intérêts compris, a été pay^, messieurs, non par des quittances sous signatures privées qui appellent la sévérité de Tenquête, mais par des quittances authentiques par lesquelles la religion de la cour ne saurait être surprise, et qui n'ont pas empêché les magistrats de faire leur devoir en procédant à Tenquête exigée par la loi. Vous rendrez à Birotteau, non pas l'honneur, mais les droits dont il se trouvait privé, et vous ferez justice. De semblables spectacles sont si rares à votre audience, que nous ne pouvons nous empêcher de témoigner à l'impétrant combien nous applaudissons à une telle conduite, que déjà d'augustes protections avaient encouragée. » Puis il lut ses conclusions formeUes en style de palais.
La cour délibéra sans sortir, et le président se leva pour prononcer l'arrêt. « La cour, dit-il en terminant, me charge d'exprimer à Birotteau la satisfaction qu'elle éprouve à rendre un pareil arrêt. Greffier, appelez la cause suivante. »
Birotteau, déjà vêtu du cafetan d'hopneur que lui passaient les phrases de l'illustre procureur général , fut foudroyé de plaisir en entendant la phrase solentielle dite par le pre^ mier président de la première cour royale de France, et qui accusait des tressaillements dans le cœur de l'impassible justice humaine. Il ne put quitter sa place à la barre, il y parut doué, regardant d'un air hébété les magistrats connue des anges qui venaient lui rouvrir les portes de la vie sociale; son oncle le prit par le bras et l'attira dans la salle. César, qui n'avait pas obéi à Louis XVIII, mit alors machinalement le ruban de la Légion à sa boutonnière, fut aussitôt entoura de ses amis et porté en triomphe jusque dans la voiture.
308 SGÈNl» DB I.A IIB B^UUSIENNB
— Oà me eoDdttkea-veaa» aies «mis? idit-M à Jesefii h»» basv à PiUerauU et à fta^n.
— Chez TOUS,
— Non^ il est trois heures; je veux entrer à la Bcmrse et user de mon droit.
— A la Bourse, dit Pillerault au cocher en faisant un signe expressif à Lebas, car il observait chez le réhabilité des symptômes mquiélants, il craignait de le yolr deyenir fou.
L'ancien parfumeur entra dans la Bourse^ donnant le bras à son oncle et à Lebas, ces deux négociants vénérés. Sa réhabilitation était connue. La première personne qui vit les trois néjgociants suivis du vieux Ragon , fut du HUet.
— Âh ! mon cher patron , je suis enchanté de savoir que TOUS vous en soyes tiré. J'ai peut-être contribué^ par la fecilité avec laquelle je me suis laissé tirer une plume de Taile par le petit Popinot, à cet heureux dénoûment de vos peines. Je suis content de votre bonheur comme s'il était le mien.
— Vous ne pouvez pas fêtre autrement, dit Pillerault. Ça ne TOUS arrivera jamais.
— Comment Fcntendez-vous, monsieur? dit du Tîïict. — Parbleu I du bon côté, dit Lebas en souriant de Ha
malice vengeresse de Pillerault, qui, sans rien savoir, re^ gacdsâi cet homme comme wm scélérat.
Malifat nsconnut César. Aossitéit les négociants les mieiut lunés entourircni Tandeft parfoneur et lui firent une ovi^ tion boursière; il vécut les complimente les plus flatteurs, des poignées de main qui réveillaient bien des jaloosies, exeitateni quelques remords^ car sur cent personnes qui sa promenâent là plus de cincpiante avaient liqpoidé. Gif oaneA et Gobseck, qui causaient dans, u» coin, regardèrent le veiw. taaix parânmeur comme le» physiciens ont dé regarder le premier gymnote Hectnqve qui levr fui amené. Ce poisson, armé de la puissance d'vne bout^le de Leyde^ est la pl«s grande evnosité du règne animal. Après avoir aspiré Te»cens de son triomphe, César remonta dans son fiacre etee
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mit en roatft pour leYaik éaa& sa maison, où se devait si* ga&c le contrat de mariage de sa chère Césarine et du dévoué PopiQOt« U avait im rire nerveux ^ui frappa ses trots vieux amis.
Un déiaut de la jeunesse est de eroire tout le monde fort comobe ^le esl (orte, défaut qui Uent d'ailleurs à ses qualités; au. lieu de Y(»r les hommes et le» ohoses à travers desr beddes, elle les eolore dea reflets de sa flamme, et jette aoA trop de vie jusfue sur les vieilleft gens. Gomme César et Constance, Popinoi eonservaii Uans sa mémoire une fastueuse image éa bal donné par Birotteau* Diinnt ces trois années d'épreuves, Constance et César auraient, sans se le dire, souvent entendu Tovchestre de CoUinet^ revu l'assemblée fleurie, et goùtë eette joie si erueUement pume, comcae Adam et Eve durent penser parfois à ce fruit défendcL qui donna la mort et la vie à toute leur postérité, car il parait que loL reproductkm des anges est un des mystères da cieL Mais Poptnot pouvait songer à cet:tefète, sais remords, avec délices; Césarine dans toute sa gloire sf était promise à M pauvre. Pédant cette soirée, il aivaii en l'assurance d'être aimé pour lui-même 1 Aussi, quand il nwk acheté Tappartement restauré par Griadot à Gélestin en stipulant que tout y résidait iotaet, qoBnd il avait religieusement conservé les moindres choses appartenant A César et à Constance, rêvaitil de donner son bal, un bal de aœes. U avait préparé cette fête avec amour, en inûtaot son patcoa senloBent dans les dépenses nécesanoea et no» ^lana ks félias; les feUes étsûen faites. Ainsi k dtner dut être servi par Chevet, les convives étaient à pen peèsiles mômes. L'abbé Loraux remi^açait le grand cfaanceàkr de la Légion d'homeur, le président du tribunal decemmcfee L^a n'y manqmait paint. Popinot invita monsieur Camoaot pour le lemcrekr des égards quil avait prodigués à Birotteau. Monaienr d» Yandenesse et monsieur de Fontaine vinrent à la place de Roguin el de sa femme. Césarine et Popinot avaient distribué leurs invitations pour le bai avJc diseememént. Tous deux redoutaient ^E^iAcnt la publicité d'nae noce^ ils avaient évité
les froissements qu'y ressentent les cœurs tendres et purs en imaginant de donner le bal pour le jour du contrat. Constance avait retrouvé cette robe cerise dans laquelle, pendant un seul jour, elle avait brillé d'un éclat si fugitif I Gésarine s'était plu à faire à Popinot la surprise av se montrer dans cette toilette de bal dont il lui avait parlé maintes et maintes fois. Ainsi, l'appartement allait offrir à Birotteau le spectacle encbanteur qu'il avait savouré pendant une seule soirée. Ni Constance, ni Gésarine, ni Anselme n'avaient aperçu le danger pour César dans cette énorme surprise, et ils l'attendaient à quatre heures avec une joie qui leur faisait faire des enfantillages.
Après les émotions inexprimables que venait de lui causer sa rentrée à là Bourse, ce héros de probité commerciale allait avoir le saisissement qui l'attendait rue Saint-Honoré. Lorsqu'on rentrant dans son ancienne maison, il vit au bas de l'escalier, resté neuf, sa femme en robe de velours ce^ rise, Gésarine, le comte de Fontaine, le vicomte de Yande? nesse, le baron de La Billardière, l'illustre Yauquelin, il se répandit sur ses yeux un léger voile, et son oncle Pillerault qui lui donnait le bras sentit un frissonnement intérieur.
— C'est trop, dit le philosophe à l'amoureux Anselme, il ne pourra jamais porter tout le vin que tu lui verses.
La joie était si vive dans tous les cœurs, que chacun attribua rémotion de César et ses trébuchements à quelque ivresse bien naturelle, mais souvent mortelle. En se retrouvant chez lui, en revoyant son salon, ses convives, parmi lesquels étaient des femmes habillées pour le bal, tout à coup le mouvement héroïque du finale de la grande symphonie de Beethoven éclata dans sa tête et dans son cœur. Cette musique idéale rayonna, pétilla sur tous les modes, fit sonner ses clairons dans les méninges de cette cervelle fatiguée, pour laquelle ce devait être le grand finale.
Accabié par cette harmonie intérieure, il alla prendre le bras de sa femme et lui dit à Toreille d'une voix étouffée par un flot de sang contenu : — Je ne suis pas bien 1
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