A MONSIEUR LE BARON DE NUGINGEN
A Paris.
« Mon cher baron,
porteur de cette lettre est monsieur César Birotadjoint au maire du deuxième arrondissement et Tun dustriels les plus renommés de la parfumerie parii ; il désire entrer en relation avec vous. Faîtes de" nce tout ce qu'il veut vous demander; en l'obligeant bligez
» Votre ami,
» F. DU Tillet. »
CÉSAR BmOTtlAir 109
IhL Tîll6tneo»lpa|i d« point «ri'i det^nnom. Ponreeux arec lesqnds il faia»i des aibires, cette erreur ipolontair» était un signe de cooireBtton. Les reeoimnandstioas les pins viTes, les chaudes et faYorables instances de sa lettre ne signifiaieitl rien alors. Une telle lettre, où les points d'exelamatien suppliaient, où du Tillet se mettait à genoux, était alorsarrachée par des considérations puissantes; il n'ayait pas pu la refuser; elle devait être regardée comme non avenue, la voyant Vi sans point, son ami donnait alors de r eau bénite de cour au solliciteur. Beaucoup de gens du monde, et des i^us considérables, sont ainsi joués comme des enfants par les gens d'affûres, par les banquiers par les avocats: qui tous ont une double signature. Tune morte, Tantre vivante. Les plus fins y sont pris. Pour reconnaître cette ruse, il faut avoir éprouvé le dimble effet d^nne lettre chaude el d'une lettre froide.
— Tous mesauves, du Tillet! dit César en lisant c^le lettre,
— Mon Dieut dit du Tillet, allez demander de l'argent, Nuciogen en lisant mon billet vous en donnera tant que vous en voudrez. Malheureusement mes fonds sont engagés pour quelques jours; sans cela, je ne vous enverrais pas chez les princes de la haute banque, car les Keller ne sont que des pygmées auprès du baron de Nucingen. C'est Law reparaissant en Nucingen. Avec ma lettre vous serez en mesure le 15 janvier, et nous verrons après. Nucingen et moi nous sommes les meilleurs amis du monde, il ne voudrait pas me désobliger pour un million.
— C'est comme un aval, se dit en lui-même Birotteaa qui s'en alla pénétré de reconnaissance pour du Hllet. Eh bieni se disait-il, un bienfait n'est jamais perdu! Bt 3 philosophai! à perte de vue. Néanmoins une pensée aigrissait son bonheur. B avait bien pendant quelques jours empoché sa femme de mettre le nés dans les livres, il avait rejeté la caisse sur \& dos de Célestin en l'aidant, il avait pu vouloir que sa femme et sa fille eussent la jouissance du bel appartement qu'il leur avait arrangé, meublé; mais, ess premiers
2i0 SCÈNES DE LA VIE PARISIENNK
petits bonheurs épuisés, madame Birotteau seraH rmHe plo* tôt que de renoncer à voir par elle-même les détails de sa maison, à lenir« suivant son expression, la qtieue de la poêle, Birotteau se trouvait au bout de son latin; il avait usé tout ses artifices pour dérober à sa femme la connaissance des lymptômes de sa gêne. Constance av&it fortement improuvé renvoi des mémoires, elle avait grondé les commiset accusé Célestin de vouloir ruiner sa maison, croyant que Géles-^ tin seul avait eu celte idée. Célestin s'était laissé gronder par ordre de Birotteau. Madame César, aux yeux des commis^ gouvernait le parfumeur, car il est possible de tromper le pubHc, mais non les gens de sa maison sur celui quia la supériorité réelle dans un ménage. Birotteau devait avouer sa situation à sa femme, car le compte avec du Tillet allait vouloir une justification. Au retour, Birotteau ne vit pas sans frémir Constance à son comptoir, vérifiant le livre d'éibéances et faisant sans doute le compte de caisse.
— Avec quoi payeras-tu demain ? lui dit-elle à Toreille quand il s'assit à côté d'elle.
— Avec de l'argent, répondit-il en tirant ses billets de banque et en faisant signe à Célestk de les prendre.
— Mais d'où viennent-ils?
— Je te conterai cela ce soir. Célestin, inscrivez, fin mars, un billet de i\x mille francs, ordre du Tillet.
— Du Tillet, répéta Constance frappée de terreur.
— Je vais aller voir Popinot, dit César. C'est mal à moi ie ne pas être encore allé le visiter chez lui. Vend -on de |0n huile?
-* Les trois cents bouteilles qu'il nous a données sont parties.
— Birotteau, ne sors pas, j'ai à te parler, lui dit Constance en prenant César par le bras et l'entraînant dans sa chambre avec une précipitation qui dans toute autre circonstance eût fait rire. — Du Tillet, dit-elle quand elle fut seule avec son mari, et après s'être assurée qu'il n'y avait que Césarine avec elle, du Tillet qui nous a volé mille écusl
GÈSAR BIROTTIÀU fil
Ta fais des affaires avec du Tillet, un monstre... qui Toulaii me séduire, lui dit-elle à Toreille.
— Folie de jeunesse, dit Birotteau devenu tout à coup esprit fort.
— Écoute, Biroiteau, tu te déranges, tu ne vas plus à la fabrique. U y a quelque chose, je le sens! Tu vas me le dire, je veux tout savoir.
— Eh bienl dit Birotteau, nous avons failli être ruinés, nous Tétions même encore ce matin, mais tout est réparé.
Et il raconta Thorrible histoire de sa quinzaine.
— Voilà donc la cause de ta maladie, s'écria Constance.
— Oui, maman, s'écria Césarine. Ya, mon père a été bien courageux. Tout ce que je souhaite est d'être aimée comme il t'aime. Il ne pensait qu*à ta douleur.
— Mon rêve est accompli^ dit la pauvre femme en se laissant tomber sur sa causeuse au coin de son feu, p&le, blême, épouvantée. J'avais prévu tout. Je te l'ai dit dans celte fatale nuit, dans notre ancienne chambre que tu as démolie, il ne nous restera que les yeux pour pleurer. Ma pauvre Césarine I je...
— Allons, te voilà, s'écria Birotteau. Ne vas-tu pas m'ôter le courage dont fai besoin.
— Pardon, mon ami, dit Constance en prenant la main de César et la lui serrant avec une tendresse qui alla jusqu'au cœur du pauvre homme. J'ai tort, voilà le malheur venu, je serai muette, résignée et pleine de force. Non, tu n'entendras jamais une plainte. Elle se jeta dans les bras de César et y dit en pleurant : Courage, mon ami, courage. Ten aurais pour deux s'il en était besoin.
— Mon huile, ma femme, mon huile nous sauvera.
— Que Dieu nous protège, dit Constance.
— Anselme ne secourra-t-il donc pas mon père? dit Gésarme.
— Je vais le voir, s'écria César trop ému par l'accent déchirant de sa femme, qui ne lui était pas connue tout
emière, mène après dix-neuf ans. Ctonstince, n'ûe plus aucune crainte. Tiens, lis la lettre de dn Tillet à mmisieiir de NucîBgen, nous sommes sftrs d'un crédit. J'aurai d'ici là gagné mon procès. D'ailleurs, ajoata-t-il en faisant un mensonge «éeessaire, nons arons noire oncle Pillerault, U ne s'agit qœ d'av^ du eoturage.
— S'il ne s'agissait que de cela, dît Constance en sonriant.
Birottean, soulagé d'un grand poids, marcha comme ma homme mis en liberté, ^noiqu'il éprouvAt en lui-mâme l'indéfinissable époiaement qui suit 1m luttes morales excesâves où se dépense plus de fluide nenreux^ plus de volonté qu'on ne doit en émettre journellement, et où l'on prend pour ainsi dire sur le capital d'existence» Birotteaa était déjà vieilli.
La maison A* Popinot, nie des Cinq-Diamants, arait bien changé depuis deux mois* La boutique était repeinte. Les casiers réchampis et pleins de boutées réjouissaient l'œil de tout commerçant qui connaît les symptômes de la prospérité. Le plancher de la boutique était encombré de papier d'emballage. Le magasin contenait de petits tonneaux de différentes huiles dont la commisûon avait été conquise à Popinot par le dévoué Gaudissart. Les livres et la comptabilité^ la caisse étuent au-dessus de la boutique et de l'arrière-boutique. Une vieille cuisinière faisait le ménage de trois commis et de Popinot. Popûiot, confiné dans un cohi de sa boutique et dans un comptoir fermé par un vitrage, se montrait avec un tablier de serge, de doubles manches en toile verte, la plume à l'oreille» quand il n'était pas plongé dans un tas de papiers, comme au moment où vint Birottean, et pendant lequel il dépouillait son courrier, plein de traites et de lettres de commande. A ces mots : Bh bienl aon gar^onT dit pvr son ancien p^ron, il leva la tète, ferma sa cabane à def, et vint d'nn air joyeux, le boni du nex rouce. Il n'y avait pas de feu dami la bon- Uque, dont la porte restait oaverto»
GtSAR BiaOTTlÀU 213
— • le cnâcnait que tous ne ▼instici jtnkaifty répondit P<ipûioi d'«D airrespectuenx.
Les eemmis accourartni Yoir le grtnd iMmme de là parfomerie, Vadjoint déeoré, r«flfioeié de leur patron. Cet muela hommages flattèrent le parfumeur. Birotteau, oarfuère si petit ches les Keller, éprouva le besoin de les imiter; il se caressa le menton^ sursauta yanitensement à l'aide de ses talons, en disant ses banalités.
— Bh Inen t mon and, se lèfe-tpon de bonne heureT Im demanda-t-4U
— Non, Ton ne se eouche pas toujours, dit Popinot^ il faut se cramponner au succès.
— Eh bienl que disais-je ? mon huile est une fortmia.
— Oui, monsieur, mais les moyens d'exécution y sont pour quelque chose; je tous ai bien monté yotre diamant.
-* Au fait, dit le parfumeur, où en sorames-ncms. T a-t-il des bénéfices?
— Au bout d'un moisi s'écria Popinot, y pensez-vous? L'ami Gaudissart n'est en route que de yin^-cinq jours, et a pris une chaise de poste sans me le dire. Oh ! il est bien dévoué. Nous devons beaucoup à mon onde ! Les journaux, dit-il à roreille de Birotteau, nous cotteront douze mille francs.
— Les journaux!... s'écria l'adjoint.
— Vous ne les avez donc pas lus?
— Non.
— » Tous ne savez rien, alors, dit Popinot. Yingt mille francs d'affiches, cadres et impressions I... oent raiUe bouteilles achetées !.«* Ah I tout est sacrifice en ce moment. La fabrication se fait sur une grande échelle. Si vous aviez ass le pied au faubourg, où j'ai souvent passé les nuits, veus auriez . vu un petit casse-noisette de mon invention qui n'est pas piqué des vers. Pour mon compte, j'a(ï tait ces cinq derniers jours dix mille francs rien qu'en com- Bûssions sur les huiles de drogueris.
tu SCÈNES DE LA TIB PARISIENNE
— Quelle bonne t6te, dit Birolteau en posant sa main snr les cheveux du petit Popinot et les remuant comme â Popinot était un bambin^ je Tai devinée. Plusieurs personnes entrèrent. — A dimanche, nous dtnons chez ta tante Ragon, dit Birotteau qui laissa Popinot à ses affaires en voyant que la chair fraîche qu'il était venu sentir n'était pas découpée. Est-ce extraordinaire! Un commis devient négociant en vingt-quatre heures^ pensait Birotteau.quî ne revenait pas plus du bonheur et de Taplomb de Popinot que du luxe de du Tillet. Anselme vous a pris un petit air pincé, quand je lui ai mis la main sur la tête, comme s'il était déjà François Keller.
Birotteau n'avait pas songé que les commis le regardaient, et qu'un maître de [maison a sa dignité à conserver chez lui. Là, comme chez du Tillet, le bonhomme avait fait une sottise par bonté de cœur, et faute de retenir un sentiment vrai, bourgeoisement exprimé. César aurait blessé tout autre homme qu'Anselme.
Ce dloer du dimanche chez les Ragon devait être la dernière joie des dix-neuf années heureuses du ménage de Birotteau, joie complète d'ulleurs. Ragon demeurait rue du Petit-Bourbon-Saint-Sulpice, à un deuxième étage, dans une antique maison de digne apparence, dans un vieil appartement à trumeaux où dansaient les bergères en panier et où paissaient les moutons de ce dix-huitième siècle dont la bourgeoisie grave et sérieuse, à mœurs comiques, à idées respectueuses envers la'noblesse, dévouée au souverain et à l'Église, était admirablement représentée par les Ragon. Les meubles, les pendules, le linge^ la vaisselle, tout semblait être patriarcal, à formes neuves par leur vioUlesse même. Le salon, tendu de vieux damas, orné de rideaux en brocatelle, offirait des duchesses, des bonheurs 1 superbe Popinot, échevin de Sancerre, peint , le père de madame Ragon, un bonhomme m peinture, et qui souriait comme un parvenu lire. Au logis, Madame Ragon se complétait par ien anglais de la race de ceux de Charles II, quî
CÉSAR BIROTTEAU il5
faisait un menreilleux effet sur son petit sofa dur, à formes rococo, qui, certes, n'avait jamais j(Aié le rôle du sofa de Crébillon. Pftrmi toutes leurs vertus, les Ragon se recommandaient par la conservation de vieux vins arrivés à un parfait dépouillement, et par la possession de quelques liqueurs de madame Anfoux, que des gens assez entêtés pour aimer (sans espoir, disait-on) la belle madùne Ragon lui avaient apportées des Iles. Aussi leurs petits dtners étaient-ils prisés t Une vieille euisinière. Jeannette, servait les deux vieillards avec un aveugle dévouement, elle aurait volé des fruits pour leur faire des confitures! Loin de porter son argent aux caisses d'épargne, elle le mettait sagement à la loterie, espérant apporter un jour le gros lot à ses maîtres. Le dimanche où ses maîtres avaient du monde, elle était, malgré ses soixante ans, à la cuisine pour surveiller les plats, à la table pour servir avec une agilité qui, selon l'expression trop souvent renouvelée du bonhomme Ragon, eût rendu des points à mademoiselle Contât dans son rôl« de Suzanne du Mariage de Figaro:
Les invités étaient le juge Popinot, l'oncle Pillerault, Anselme, les trois Birotteau, les trois Matifat et l'abbé Lo raux. Madame Matifat, naguère coiffée en turban pour danser, vint en robe de \elours bleu, gros bas de coton et souliers de peau de chèvre, des gants de chamois bordés de peluche verte et un chapeau doublé de rose, oiné d'oreilles d'ours. Ces dix personnes furent réunies à cinq heures. Les vieux Ragon suppliaient leurs convives d'êtrs exacts. Quand on invitait ce digne ménage, on avait soin de faire diner à cette heure, car ces estomacs de soixante-dix ans ne se pliaient point aux nouvelles heures piises par le bon ton.
Gésarine savait que madame Ragon la placerait à côté d'Anselme; toutes les femmes, même les dévotes et les sottes^ s'entendent en fait d'amour. La fille du parfumeur s'était donc mise de manière à tourner la tête à Popinot. Sa mère, qui avait renoncé pour elle, non sans douleur, au )«une Grottat, lequel jouait dans sa pensée le rôle d'un
S15 SCtMBS M Là. mt PARISISNXI
prinee héréditaire, eontribnat non sans d'amèreiréfleiionft, à cette toilette. Sa prétoyaoee maternelle descendit le pin dique dchn de gaze pour découvrir un peu Uw épaules de Césanne et laisser voir rattachement du co/; <pii était d'une remarquable élégance. Le corsage à la grecque, croisé de gauche à droite, à cinq plis, pouvait s'entr'ouvrir et montrer de délicieuses rondeurs. La robe mérinos gris de plomb à falbalas bordés d'agrtoents verts dessinait nettement une taille qui ne parut jamais si fine ni si souple. Les oreilles étaient ornées de pendeloques en or travaillé. Les dieveu^ relevés à la chinoise, permettaient au regard d'embrasser les suaves fraîcheurs d'une peau nuancée de veines où la vie la plus pure éclatait aux endroits mats. Enfin, Césanne était si coquettement belle, que madame Matifat ne put s'empêcher de l'avouer, sans s'apercevoir que la mère et la fille avaient compris la nécesûté d'ensorceler le petit Popinot.
Birotteau ni sa femme, ni madame Matifat, personne ne troubla la douce conversation que les deux enfants enflammés par l'amour tinrent à voix basse dans une embrasure de croisée où le froid déployait ses bises fenestrales. D'ailleurs, la conversation des grandes personnes s'anima quand le juge Popinot laissa tomber un mot sur la fuite de &oguin, en faisant observer que c'était le second notaire qui manquait, et que pareil crime était jadis inconnu. Madame Ragon, au mol de Roguin, avait poussé le pied de son frère^ Pilleraull avait couvert la voix du juge, et tous deux lui montraient madame Birotteau.
— Je sais tout, dit Constance à ses amis d'une voix à la feb douce et peinée.
— Eh bien ! dit madame MatiUt à Birotteau qui baissait humBlement la tète, combien vous cmporte-t-il? S'il fallait écouter les bavardages, vous seriez ruiné.
— n dvait à moi deux cent mille francs. Quant aux quarante qu'il m'a fait imaginairement prêter par un de ses dients dont l'argent était dissipé par lui, nous sommes en procès.
«— YoHS le verrez juger cette semaine, dit Pc^ot. J'ai pensé que tous ne m'en Yonëriex pas d'expliquer votre aaus^ion à monaienr le préndent; il a ordonné la communication des papiers de leguin dans k chambre du conseil, afin d'examiner depuis quelle époque W fonds du préteur étaient détouméi d les prenvea du fait allégué par Derville, qui a plaidé lui-même pour vous éviter des finis.
— - éagnerons-nous? dit madame iîrottean.
— Je ne sais, répondit Popinot. Quoique j'appartienne à la chambre où l'aëiire est portée, je m'ahatiendrai de délibérer quand même on m'appellendt.
-— Maispeut*il j avoir du doute sur un procès si simplet dît PillerauU. L'acte ne doit-il pas Mre mention de la livraison des espèces, et les notaires déclarer les avoir v^ rtfuettre par le préteur à l'emprunteur? Roguù^ irait axtx galères iTil était aooa la main de la justice.
— Selon moi, répondit le juge, le préleur doit se pourvoir contre Roguin sur le prix de la charge et du cautionno> ment; mais en des ai&ires encore plus claires, quelquefois, à la cour royale, les conseillers se trouvent six contre six«
— Comment, mademoiselle, monsieur Roguin ^est enfuit dit Popinot entendant enfin ce qui se disait. Monsieur César ne m'en a rien dit, moi qui donnerais mon sang pour lui...
Gésarine comprit que toute la famille tenait dans ce pour /tiif car si l'innocente fille eût méconnu Faccent, elle ne pouvait se tromper au regard qui l'enveloppa d'une flamme pourpre.
— Je le savais bien, et je le lui disais, mais il a tout cathé à ma mère et ne s'est confié qu'à moi.
— Vous lui avez parlé de moi dans cette circonstance, dit Popinot; vous lisez dans mon cœur, mais y lisex-vous
tOtttt
— Peut-être.
— Je suis bi^ heureux, dit Popinot. SA vous voulez m'ôter toute crainte, dans un an je aérai si riche que votre père ne me recevra plus d mal quand je lui parlerai de
D0tre mariage. Je ne vais plus dormir que dnq heures par nuit.
— Ne TOUS faites pas de mal, dit Césarine avec un accent inimitable en jetant à Popinot un regard où se lisait toute sa pensée.
— Ma femme, dit César en sortant de table, je crois que ces jeunes gens s'aiment.
— Bh bien! tant mieux, dit Constance d'un son de voix grave, ma fille serait la femme d'un homme de tête et plein d'énergie. Le talent est la plus belle dot d*un prétendu.
Elle se hâta de quitter le salon et d'aller dans la chambre de madame Ragon. César avait dit pendant le dtner quelques phrases qui avaient fait sourire Pillerault et le juge, tant elles accusaient d'ignorance, et qui rappelèrent à cette malheureuse femme combien son pauvre mari se trouvait peu de force à lutter contre le malheur. Constance avait des larmes sur le cœur, elle se défiait instinctivement de du Tillet, car toutes les mères savent le Timeo Danaos tt dona ferentes , sans savoir le latm. Elle pleura dans les bras de sa fille et de niadame Ragon sans vouloir avouer la caust de sa peine.
— C'est nerveux, dit-elle.
Le reste de la soirée fut donné aux cartes par les vieilles gens, et par les jeunes à ces délicieux petits jeux dits innocents^ parce qu'ils couvrent les innocentes malices des amours bourgeois. Les Matifat se mêlèrent des petits jeux.
— César^ dit Constance en revenant, va dès le 8 chei monsieur le baron de Nucingen^ afin d'être sûr de ton échéance du 15 longtemps à l'avance. S'il arrivait quelque anicroche, est-ce du jour au lendemain que tu trouverais des ressources?
— J'irai, ma fgmme, répondit César qui serra la main de Constante et celle de sa fille en ajoutant : Mes chères biches blanches, je vous ai donné de tristes étrennesl
Dans l'obseurité du fiacre, ces deux femmes, qui ne pouvaient voir le pauvre parfumeur sentirent des larmes toni« bées chaudes sur leurs mains.
CÉSAR MROTTEAD 119
— Espère, mon ami, dit Constance.
— Tout ira bien, papa, monsieur Anselme Popinot m'a dit qu'il verserait son sang pour toi.
— Peur moi, reprit César, et pour la famille, n'est-ce pas? dit-il en prenant un air gai.
Gésarine serra la main de son père, de manière à lui dire qu'Anselme était son fiancé.
Pendant les trois premiers jours de Tannée, il iut envoyé deux cents cartes chez Birotteau. Cette affluence d'amitiés fausses, ces témoignages de faveur sont horribles pour les gens qui se voient entraînés par le courant du malheur. Birotteau se présenta trois fois vainement à Thôtel du fameux banquier, le baron de Nucingen. Le commencement de Tannée et ses fêtes Justifièrent asset Tabsence du financier. La dernière fois, le parfumeur pénétra jusqu'au cabinet du banquier, où le premier commis, un Allemand, lui dit que monsieur de Nucingen, rentré à cinq heures du matin d'un bal donné par les Keller, ne pouvait être visible à neuf heures et demie. Birotteau sut intéresser à ses affaires le premier commis, auprès duquel il resta près d'une demi-heure à causer. Dans la journée, ce ministre de la maison Nucingen lui écrivit que le baron le recevrait le lendemain, 13, à midi. Quoique chaque heure apportât une goutte d'absinlhe^ la journée se passa avec une efifrayante rapidité. Le parfumeur vint en fiacre et se fit arrêtera un pas de Thôtel, dont la cour était encombrée de voitures. Le pauvre honnête homme eut le cœur bien serré à l'aspect des splen'^rs de cette maison célèbre.
— Il a pourtant liquidé deux fois, se dit-il en montant le superbe escalier garni de fleurs^ et en traversant les somptueux appartements par lesquels la baronne Delphine de Nucingen Vêtait rendue célèbre. La baronne avait la prétention de rivaliser les plus riches maisons du faubourg Saint- Germain, où elle n'était pas encore admise. Le baron déjeunait avec sa femme. Malgré le nombre de gens qui i'aiftendaient dans ses bureaux, il dit que les amis de du
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Tiltet pouvaient entrer à to«ie heare. Birotteai tréiBaillit d'espéranèe en voyant le efasagement qn'avait produit le mot du baron sur la figure dTabord iniolente 4a valet dm chambre.
— BarlsnnesHnoi, ma tchâirt^ dit le baron à sa femme en se levant et faisant une petite inclination de lèie à Birotteau, mé meàmenr ête eine porme nuifttUite fm r«mt irai ein^ dme te U DileU TaUlieiurs, mamir km ÊÀjwntU U tmsmème ammiuisement et torme des pallee i^im WÊcm/Uâenee hassiaHqvef ti feras iaru titte son gimnaissance afec hOsir,
— Mais je serais trës-flattée d'aller prendre des leçons chez madame Birotteau, car Ferdinand... (Allons, pensa le parfumeur, elle le nomme Ferdinand tout court) nous a parlé de ce bal avec une admiration d'autant phts précieuse qu'il n'admire rien. Ferdinand est un critique sévère, tout devait être parfait. Bn donnerez-vous bientôt un antre? d&manda-t-^lle de l'air le plus aimable.
— Madame, de pauvres gens comme nous s'amusent rarement, répondit le parfumeur en ignorant si c'était raillerie ou compliment banal.
— Meinnesir Crmtod a tirieké la re%ioratiÊn te fn Aâ6bardements, dit le baron.
— Ah I Grindot ! un joli petit architecte qui revient de Borne, dit Delphine de Nucingen, j'en raffole^ il me fait des dessins délicieux sur mon album.
Aucun con^irateur géhenne par le questionnaire à Venise ne fut plus mal dans les brodequins de la torture que Biroiteau ne Tétait dans ses vêtements. Il trouvait un air goguenard à tous les mots.
— Nis tormons essi te hétits polies^ dit le baron en jetant un regard inquisitif sur le parfumeur. Vis foye% ke tit lai monte son meiZe..
— Monsieur Birotteau veut-fl déjeuner sans cérémonie avec nous? dit DelpHine en montrant sa table somptueusement servie.
— Madame la baronne, je suis venu ponr afGûres el sois...
CÉSAR mOTTKàU Î2t
-^ un dit Itt hÊttm. Mmêamêf herfmdde^'mt tt parler fif/insf
D^pkiM fit m potit niavFmeBi d'asscntincal en diatnt an biron : — > Allas*? ms acheter de bi parfiifliene? Le baron haussa les épaules et se retourna vers César au déseanoir.
^ Ti miit bninà kipHs figé tindiné à mit, <i^-iL
— Enfin, pioaa le pas? re séfaciant, nota arrÎTons i la question.
— Afec $a Udire^ vu afes tan md «léiafi m grétid ki n*ed Imidé ii bar Uù pâma U ma hrohrt fàrtiitu...
Le baume exhilarant que €<»tmuât Team présentée par l'ange à A^ dans le désert devait ressembler à la resée que répan£rent dans les veines dn parfonenr ces pardes semi-finuiçaisea. Le fin baron, pour atoir dee motifs de re- «air sur des paroles bien données et mal entendues, avait gardé l'horrible prononciation des juifs allemands qui se flattent de parler firançaia.
-^Et visse aurex ema garnie gourand. Fakteommstnd nis hrocéteronSf dit avec une bonhomie alsacienne le bon, le vénérable et grand financier.
Bûrotteaii ne doata plus de rien, il était commerçant et savait que ceux qui ne sont pas disposés à obliger n'entrent jamâûs dans ks détails de Texécntion.
— Che ne wis aièrendrai bas futmsx erants gomme aux heéids, la Panqua temante troisses Mignadires. Tome fom ferex tis iffUs à l'ordre te noére ami H Dilet, et ehi les enferrai Usa ekour même afec ma xignadire à la Panfue et fis aturex à guadre hiru k mondant Os iffits que vis aurex siscriis lei madin^ ai au doux te la Pangue. Ikkeu ne feux m ^tiemmimon, m haissegomde, rienne, gar eh'aurai lé bonhire te vis èdre atréaple... Mais eke mede eine ganiêS' sion ! dit-il en effleurant son nei de son index gauche par un moc^ement i'une inimitable feiesse.
— Monteur le baron, elle est accordée d'avance , dit Bhrotteau qui eiut à quelque prûèvement dans ses bénéfices.
— Eine gontissùm à laguelU ckaddache lei blis grant brisse, baree que che feusse ké montame si Niehingwnne hrenne, gomme ille la titte^ tei leisons te moniafne Pirôdôt.
— Monâeur le baron, ne tous moquez pas de moi, je vous en supplie 1
— Meinnesire Piràdôt^ dit le financier d'un air sérieux, cesàe gonfeni, fis nùte infideres à fodre broehain pal. Mon femme ed chaloune^le feut foir fos habbardem^nts , tond on li ha titte eine pienne tcheneralle,
— Monsieur le baron !
— Ohl si vis nis refoussex, boind de gomde! vis édes en erant fafure. VU che sais ké visse affiex le bréfet te la Sein£ ki a ti fenir.
— Monsieur le baron I
— Vis affies la Pillartière, ein chendilomme ortinain de la champre^ pon Fentéheine gomme vis ki fis edes faite flesser.,. à Ckeinte Roqque.
— Au 13 vendémiaire, monsieur le baron.
— Visse affiex meinnesire te Lasse^et-bette , meinnesire Fauqueleine te l'AgatemU.»
— Monsieur le baron I
— Hé! terteifle, ne xoyex pas si motesde, monsir tat' jouinde, ché cabris ké le roa affait titte ké fodre palle..»
— Le roi? dit Birotteau, qui n'en put savoir davantage.
Il entra familièrement un jeune homme dans Tappartement, et dont le pas, reconnu de loin par la belle Delphine de Nucingen, Tavait fait vivement rougin *
— Ponchour, mon cher te Marsay! dit le baron de Nucingen, brenex mo blace; il y a, m'a^t-on titte, ein monte fu tans mes bourreaux. Che sais bourqui! (es mines te Wortschinne tonnent teux gabitaux de rendes! Vi, chai ressi les gomdes! Visse affex cent mille lifres de rende te plis, matame ti Nichinnkeine. Vi pirrex acheder tes ischin" dires ei odres papiaulles pour edre choli, gomme %i vts en affiex pesuoin.
— Grand Dieu! les Ragon ont vendu leurs actions I s'é« cri 1 Birotteau.
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— Qu'ett-ce que ces messieurs? demanda le jeune élégant en soudain.
— Foilày dit monsieur de Nueiogen en se retournant, il atteignait déjà la porte, elh me semble que ces bertonnes... Te Êarsay, ceci ai metmesire PirôdôU vodre barfumire, ki tonne tes pâlies feme manniffissensu hassiaiiqWf ai ke lei roa ha tégarai.
De Marsay prit son lorgnon et dit : — Ah 1 c'est Trai> je pensais que cette figure ne m'était pas inconnue* Vous allez donc paHumer vos afibires «le quelque vertueux cosmétique, les huiler...
— Ai pien^ ces Rakkons, reprit le baron en faisant une grimace d'homme mécontent, afaient eine gomde chaise moi, che les ai faforissé Veine foraine, et ils n'ont bas si Vaddentre ein cheur te blis.
— Monsieur le baron 1 s'écria Birotteau.
Le bonhomme trouvait son affaire extrêmement obscure, et, sans saluer la baronne ni de Marsay, il courut après le banquier. Monsieur de Nucingen était sur la première marche de l'escalier, le parfumeur l'atteignit au bas quand il entrait dans ses bureaux. En ouvrant la porte, monsieur de Nucingen vit un geste désespéré de cette pauvre créa-^ ture qui se sentait enfoncer dans un gouffre, et lui dit : Ehpien! c'esde ondenHf foyesse ii DiUt, ai arranchex tit affec H.
Birotteau crut que de Marsay pouvait avoir de l'empire sur le baron, il remonta l'escalier avec la rapidité d'une hirondelle, se glissa dans la salle à manger où la baronne et de Marsay devaient encore se trouver; il avait laissé DdL.phin(3 attendant son café à la crème. Il vit bien le café servi, mais la baronne et le jeune élégant avaient disparu. Le valet de chambre sourit à l'étonnement du parfumeur, oui descendit lentement les escaliers. César courut chez du Tillet, qui était, lui dit-on, à la campagne, chez madame Roguin. Le parfumeur prit un cabriolet et paya pour éim oo^uit aussi promptement que par la poste à Nogent-sur-
tti SCÈNIS Dl IiA TB PÀRISIENNI
Marne. A NogentHMur-llarBe, le eonderge i^prii ta ptrf«meur que Montiewr et Madame ëtiient rtfj^artis à Paria* Biroueau revint brisé. Lora^ki'il neonU ta loanée k sa femmt et 4 st ille, il fet ttapéfûi de fwr tt GotsUace, ordiotireaieiift perdiée mamit «s oitaaa 4e Btlbeor sur It moindre stpérilé eonoiera^, hû donnnt les plot daocet eonsolationt et lui affirmant que tout irait bieft»
Le lendemtin, Birottetn te trompa dit sept bewet dtas la me de da Tillet, ta petit jour, en faclîen. Il prit le po> tîer de du TiUet de le mettre en rtpport t?ee le vtlet de chambre de da TOIet en glisstnt dix frtnet au porUer. César obtînt la ftfeor de ptrler tu ytlet de cbtmbre de du Tiilet, et loi demtnda de Tintroduire auprès de du TiUet aussitôt que du Tillet sertit visible, et il giiast deux pièees d'or dans la main du valet de cbambre de du TilleL Ces petits saerifiees et ces grandes humilittions, communes aux courtisans et aux solliciteurs, lui permirent d'arriver à son but. A huit heures et demie, au moment où son tnden commis ptsstit une robe de chunbre et seeoutit les idées confuses du réveil, bftillait, se détortillait, demandant pardon à son ancien patron, Birotteau se trouva face à faee avez le tigre affamé de vengeance dans lequel il voulait v(Hr son seul ami.
— Faites, faites, dit Birottean.
— Que voulez-vous, mew hmt César? dit du Tillet. César livra, non sans d'affreuses palpiutions, la réponse
et les exigences du baron de Nucingen à Tinattention de du Tillet, qui Fentendait en cherchant son soufflet, en grondant son valet de chambre sur la maladresse avec laquelle il allumait le feu.
Le valet de chambre écoutait. César ne Tapercevait pas, mais il le vit enfin, s'arrèu confus et reprit «u coup d'éperon que lui donna du Tillet : -» AUet, allez» je ,vous écoute! dit le banipiier distrait.
Le benhonietvait st ckemite nouittée. fit ts^ur se glaçt quand du Tillet dkiget ton regtrd fixe sur luiir Ini laisit
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càskR BiaomAU 225
▼oir ses pruneHes d'argent tigrées par quelques fils d'or, ei le perçant jusqu'au cœur par une lueur diabolique.
— Mon cher patron, la Banque a refusé des effets de TOUS passés par la maison Glaparon à Gigonnet, tans garantie, est-ce n^ faute? Comment vous, vieux juge consulaire, faites-vous de pareilles boulettes? Je suis avant tout banquier. Je vous donnerai mon argent, mais je ne saurais exposer ma signature à recevoir un refus de lli Banque. Je n'existe que par le crédit. Nous en sommes tous là. Voulez-vous de l'argent?
— Pouvez-vous me donner tout ce dont j'ai besoin?
— Cela dépend de la somme à payer! Combien voui bttt-il?
— Trente mille francs?
— Beaucoup de tuyaux de cheminées qui me tombent lar la tête, fît du Tillet en éclatant de rire.
En entendant ce rire, le parfumeur, abusé par le luxe de du Tillet, voulut y voir le rire d'un homme pour qui la somme était peu de chose, il respira. Du Tillet sonna.
— Faites monter mon caissier.
— H n'est pas arrivé , monsieur, répondit le valet de diambre.
— Ces drôles-là se moquent de moi ! il est huit heures et demie, on doit avoir fait pour un milUon d'affiiresà eette heure-ci.
Cinq minutes après, monsieur Legras monta.
— Qu'avons-nous en caisse?
— Yingt-mtUe francs seulement. Monsieur a donné ordre d'acheter pour trente mille francs de rente au comptant, payables le 15.
— C'est vrai, je dors encore.
Le caissier regarda Birotteau d'un air louche et sortit.
— Si la vérité était bannie de la terre^ elle confierait son dernier mot à un caissier, dit du Tillet. N'avez-vous p ts un intérêt chez le petit Popinot qui vient de s'établir? lit- il
99S sdbfEs jmukia pabkienne
•près une fcorribk pause peadasfi la^pielle «itaew se pak sur le front du parfumeur.
«-Otti| dU naUreanent BkottesUy. cro^rez-^ous q» vous pcmrriei m'esMmpter sasi^Bituift pour unt flomaie in^iortante?
— Apporta-moi eoMpiaiite miUe fmieftâe set aecqita» tkrns» je TOUS les ferai hôre à un ta«z raisonnaèle diez us certain GAseck, trèe-deuK quand il a beaneeup de fimdsà plaeer, et il ea a.
Birotteau revint chez lui nayré, sans s'q^ereeroir <fne les banquiers se le renvoyaient eommeun volant sur des raquettes; ouns Gonstanœ ami déjà deviné que tout crédit était impossible* Si déjà trois banquiers avaient refusé, tous devaient s'être questionnés sur un bomme aussi en vue que ra4ioint, et eonséquesunent la Banque de France n'était jl^tts une ressource»
— Essaye de renouveler^ dit Constance, et va chexmonsieur GUq[>aron, ton coassocié, enfin chez tous ceux à qui tii as remis les effets du 15, et propose des raiouvelleBienta» Il sera toujours temps de revenir ebez les escompteuis avec du papier Popinot.
— Demain le 131 dit Birotteau tout à fait abattu.. Suivant l'expression de son prospectus, il jouissait de
son tempérament sanguin qui consomme énormément par les émotions ou par la pensée, et qui veut abaolument da sommeil pour réparer ses pertes. Gésarine emmena son père dans le salon et lui joua pour le récréer le Sùnge de Roua^ seau^ très-joli morceau d'HéroId, et Constance travaillait auprès <le M. Le p«nvre bomme se laissa aller la tète snr une ottomane, et toutes les fois qu'il levait leà yeux sur ai femme^il la voyait un doux sourire aw les lèvres; il s'endormit ainsi.
— Ptavre besmnef ifit Constamee, à queHes tortures il eal résenél powvu qu'il y résiste.
— Eht qu'as-tUi mamanT dit G^rine en vc^ranfi sa m^m en pleura.
CÉSAR mofTiâu tt7
-^ Chère fille, je ^ttîe feur me ftoffite. 8î lott père est d^é de dëpoaw^ aon Ink», il fkndr» s'ûsploier Is pitié de peraonne. Men enlisiity sois prépirée i devenir oie aioipèefille de ffisfasia. Si jeté n^ preBairt «oa ptrti coiir«ipn^ mest, fMini h foveede reeeRNsencer la vit. le eonam tov père, H ne aomnrin pas «» deoier, fibiaiSBiini me» Aroits, 00 veadr» tout ce f«e sous peesidots» T^, bmb estant, porte demiiii te» bijeva et le f «dp loiie chca ta» onele Pillerattlt, mt ts b'cb obK^ à lim.
Gésarine fut saisie d'os eih>i sus bornes ev e st ead snt ' oes paroles dites avec ime simplicité reli{^euse. Bile fbra» le projet d'aDer trouver Anselme, mais sa délicatesse Teer einpéelia.
Le lendemain^ i liesaf hevrea, Birettean se Utmvall rœ de FroveniOe, en proie à des anxiétés tout autres que celIeB par lesquelles il avait passé. Demander un crédit est eue action toute simple en commerce. Tous lesjours^ en entreprenant une afaire, il est nécessaire de trouver des capitaux; mais demander des renouveUements est^ dana la jurisprudence commerciale » ce que la police correctîonndle est à la cour d'assises, un premier pas vers la faillite, comme le délit mène au crime. Le aecret de votre impuissance et de votre gêne est en d'autres mains que les vôtres. Un négociant se met pieds et poings liai à la dispeûtion d'un autre négodant^ et la charité n'est pas une vertu pratiquée à la Bourse.
Le; parfumeur, qui jadis leva^ ua enl si ardent de os», iaaee eaaHant dans Pars, Biaînteiiaotaffaîbfi<par lesdautes hésitait à entrer diea le banquier Gkfaran; il esaoMOdait à comprendre que chez les banquiers la esmir n'est (p'ua viscère. Glapsfon M senUaitsi bratid; dans aa. grosse jioie, et U avaiirecaanu cbeski tant de mauvais ton,. qu'U tremblait de Taboider.
— 11 est plusprès du penple, tt aura peat-éire plus d'âne I Tei fiu le premier mol aeeusatenc que k lagaéesapositiaBi liDcMa.
228 SCilf ES DE LA TIE PARISIENNE
César puisa sa dernière dose de eourage au fond de son âme, et monta Tescalier d'uD méchant petit entre-sol, aux fenêtres duquel il avait guigC^des rideaux verts jaunis par le soleil. Il lut sur la porte le mot Bureaux gravé en noir sur un ovale en cuivre; il frappa, personne ne répondit, il entra. Ces /îeuz plus que modestes sentaient la misère, J'avarice ou la négligence. Aucun employé ne se montra derrière les grillages en laiton placés à hauteur d'appui sur des boiseries de bois blanc non peint qui servaient d'enceinte à des tables et à des pupitres en bois noirci. Ces bureaux déserts étaient encombrés d'écritoires où Tencre moisissait, de plumes ébouriffées comme des gamins, tortillées en forme de soleils ; enfîn^ couverts de cartons, de papiers , d'imprimés, sans doute inutiles. Le parquet du passage ressemblait à celui d'un parloir de pension, tant il était râpé , sale et humide. La seconde pièce, dont la porte était ornée du mot Caisse , s'harmoniait avec les sinistres facéties au premier bureau. Dans un coin il se trouvait une grande cage en bois de chéue treillissée en fil de cuivre, à chatière mobile^ garnie d'une énorme malle en fer^ sans doute abandonnée aux cabrioles des rats. Cette cage, dont la porte était ouverte, contenait encore un bureau fantastique et son fauteuil ignoble, troué, vert, à fond percé dont le crin s'échappait, comme la perruque du patron, en mille lirebouchons égrillards. Cette pièce, évidemment autrefois le salon de l'appartement avant qu'il ne fût converti en bureau de banque, offrait pour principal ornement une table ronde revêtue d'un tapis en drap vert autour de laquelle étaient de vieilles chaises en maroquin noir et à clous dédorés. La cheminée, assez élégante, ne présentait à l'œil aucune des morsures noires que laisse le feu^ sa plaque était propre sa glace injuriée par les mouches avait un air mesquin^ d'accord avec une pendule en bois d'acajou qui provenait de la vente de quelque vieux notaire et qui ennuyait le regard, attrista déjà par deux flambeaux sans bougie et par une poussière gluante. Le papier de tenture, gris de souris^ bordé de rosé , annonçait par des teintes fuligineuses le
CËSAR BIROTTEAU 229
s^our malsain de quelques fumeurs. Rien pe ressemblait si bien au salon banal que les journaux appellent Cabinet de rédaction. Birotteau, craignant d'être indiscret, frappa trois coups brefs à la porte opposée à celle par laquelle il était entré.
— Entrez t cria Claparon dont la tonalité révéla la distance que sa voix avait à parcourir et le vide de cette pièce où le parfumeur entendait pétiller un bon feu^ mais où le banquier n'était pas.
Cette chambre lui servait en effet de cabinet particulier. Sntre la fastueuse audience deKeller et la singulière insouciance de ce prétendu grand industriel, il y avait toute la différence qui existe entre Versailles et le wigbam d'un chef de Hurons. Le parfumeur avait vu les grandeurs delabanque, il allait en voir les gamineries. Couché dans une sorte de bouge obloDg pratiqué derrière le cabinet, et où les habitudes d'une vie insoucieuse avaient abtmé, sali, graissé, perdu, confondu, déchiré, ruiné tout un mobilière peu près élégant dans sa priçieur, Claparon, à Taspect de Birotteau, s'enveloppa dans sa robe de chambre crasseuse, déposa sa pipe, et tira les rideaux du lit avec une rapidité qui fit suspecter ses mœurs par l'innocent parfumeur.
— Asseyez-vous^ monsieur, dit ce simulacre de banquier.
Claparon sans perruque et la tète enveloppée dans un foulard mis de travers, parut d'autant plus hideux à Birotteaa que la robe de chambre en s'entr^ouvrant laissa voir une espèce de maillot en lédne blanche tricotée , rendue brune par un usage infiniment trop prolongé.
' — Youlèz-vous déjeuner avec moi? dit Claparon en se rappelant le bal du parfumeur, et voulant autant prendre sa revanche quo lui donner le change par cette invitation. En effet, une table ronde, débarrassée à la hâte de ses papiers, accusait un jolie compagnie en montrant un pâté, des huttres, du vin blanc, et les vulgaires rognons sautésau vin ie Champagne figés dans leur sauce. Devant le foyer à charbon de terre, le feu dorait une omelette aux truffes.
tdO SÇiNjSS DI LA TU PABISUMNI
fioihiéBBx eoofwts^ hmts Mrfitttes tâdiées AMper de la ralle'onMiit éckiré TiimoMBee la phw| fialiAinM qui se croyait iMbile, GaparoBinûate nalfn^ les n6i8de3Krotteau«
— Je derais avoir quelqu'un, mais ce quelqu'uo s^cit idéc>fé, s'écria le radin veyageiir ds OMnière A se faire entffiMlffe d'stte peisonne <pà se aenût (ssisffielîs dans ses «OKvertvres.
— Mondeur, dit Birottean, Je viens uniqsfloictt poiv U^ fains, etJene'VMis tiendrai yas tosflmnps.
-— Je sais seeÉblé, répondit Glaparen -en monlrast m secrélaira à cylindre et éss tables eneombrées de |»pier% en ne me laisK psavo panvre marnent i mai. Je ne reçds qne lessnedi, wmm psur '?ans, cher AMinsienr, an y «st toi^ joorel je ne trouve plus le temps d'amier ni de flilner, je perds le sentiment en affiôres, qm poar reprendre son vif isat une oiaiveié savanment éalenlée. On ne me voit ploa «nr lea boidevards occvpé à ne rien faire. Bah! les al&ires m'ennuient, je ne veux plus ealenilre parier d'affaires, j'ai amec d'argent et n*«irai jamais aasez de bonhenr. Ma foi I ft veux voyager, voûr lltdie I Oh I obère Itaâe t l»eUe eneore au milieu de ses revers, adortble terre où je rencontrerai sans doute tme Italienne molle et n^jestoansel J'ai toujours aimé les Italiennes I Avea-voss jamais eu une Italienne à vons? Non. £h bien I venei& avec moi m Italie. Nous <V6^lons Venise, s^our ées doges, et bien mai tombée aax mains intelligentes de l'Àntriche où les arts sont inconnus 1 Rahl laissons les alùres, les cananx^ les emprunta et les gauveraemcntstianquilles. Je suis bon prince quand j'ai le gousset garni. Tonnecrel y^ê§9onA.
— Unsenl mot, monaieur, et je vous laisse, dil Birotleaik Tous avea passé mes effets à monsieur Bidault.
— Vous voulez dure Gigonnet, ce bon petit Gigonnet, on àomme coulant»., cmnme un nœud.
^ Om, reprit César. Je voudrais.** et en ceci je eoi^pce smr votre honneiur et votre déUcatesae...
GSUptroB s'àBdnia.
— Jeveuirais pomroîr renomrrfer^
-* iB^) Ciori ii le TépoBdit nctUagat ia hiqaitr , Jt aa nU |NB te«l dns r«fitaire. Nous tommei riiuît ot eanseU, une Traie ehtfibre, MSB oè l'on t'eniaBd comme des lardons aa fMéle* iUil diable! nous délibéraas. Let terrtms de lal^ deleine ne août TÎan, nous opérons ailleurs. Bbl cber monsîear, si «ms ne nous édoos paa engagés dans les Gimnips->£lysées,aHtettr de U Bourse qui ta i^acbaTor, dans leqnartier Sainl-Laaafe et à Tivoli» nous ne «erions pas, eomme dii le gn>s Naeingen dans les iffbrtê. {{a'efll-ce «foe Ifeal done que la Madeleine t ime petite souillon d'alfoire. Pnrl nous ne emnttêns pas, mon Jorave, dit-ll en frappant sur le Tontre de Birottean et kd servant la taille. Allons ivofonsy déjeonei , nous causerons» reprit Claparon afin d'adoBcir son refus*
— Yolontiers, dit Krotteau. Tant pis pour le convîTa» pensa le parAuncur en méditant de griser GliqMron afin d'apprendre quels étaient sas vrais associés dans une affaire ^ commençait à lui paraître ténébraise»
— Bon! Victoire! cria le banquier.
A ce cri parut une vraie Léonarde attifée comme une marchande de poisson.
— Dites à mes conunb que je n'y suis pour personne^ pas même pour Nucingen» les Keller, Gigonnet et autres 1
— B n'y a que monsieur Lempereur de venu.
•— Il recevra le beau monde, dit Claparon. Le fretin ne passera pas la première pièce. On dinqueje médite un coup... de vin de Gbampagne,
Griser un ancien commis voyageur est la diose impos» lîblc. César avait pris la verve de mauvais ton pour les symptômes de l'Ivresse , quand il essaya de confesser son
-.- Cet infime Kognm est toujours avec vous, dit Birottean, ne devriea-vous pas lui écrire d'aido* un ami qu'il a compromis, un homme avec lequel il dînait tous les dimanches et qu'il connaît depuis vingt ans?
232 SdËNES DE LA YIB PARISIENNE
— iLOgûio ?... no sot I sa part est à nous. ^^ soy«i fass triste, mon brave, tout ira bien. Payei le 15, et la première fois nous terrons! Quand je dis nous verrons... (un verre de vin!) les fonds ne me concernent en aucune manière* Ah ! vous ne payeriez pas, je ne vous ferais pa^ la mine, je ne suis dans l'affaire que pour une commission sur les achats et pour un droit sur les réalisations, moyennant quoi je manœuvre les propriétaires... Comprenez- vous ? vous avez des associés solides, aussi n'ai-je pas peur, mon cher monsieur. Aujourd'hui les affaires se divisent ! Une affaire exige le concours de tant de capacités 1 Mettez-vous avec nous dans les affaires ^ Ne carrottez pas avec des pots de pommade et des peigpes : mauvais ! mauvais 1 Tondez It public, entrez dans la spéculation.
— La spéculation ! ditle parfumeur, quel est ce commerce?
— C'est le commerce abstrait, reprit Claparon, un commerce qui restera secret pendant une dizaine d'années encore, au dire du grand Nucingen, le Napoléon de la finance^ et par lequel un homme embrasse les totalités des chiffres, écréme les revenus avant qu'ils n'existent , une conception gigantesque, une façon de mettre l'espérance en coupes réglées, enfin une nouvelle cabale I Nous ne sommes encore que dix ou douze tètes fortes initiées aux secrets cabalistiques de ces magnifiques combinaisons.
César ouvrait les yeux et les oreilles en essayant de eomprendre cette phraséologie composite.
— Écoutez, dit Claparon après une pause, de semblables coups veulent des hommes. Il y a l'homme à idées qui n'a pas le sou, comme tous les gens à idées. Ces gens-là pensent et dépensent, f;ans faire attention à rien. Figurez-vous un cochon qui vague dans un bois à truffes ! Il est suivi par un gT^Ilard, l'homme d'argent, qui attend le grognement excité par la trouvaille. Quand l'homme à idées a rencontré quelque bonne affaire, l'homme d'argent lui donne alors une» tape sur l'épaule et lui dit : Qu'est-ce que c'est que ça t Tous vous mettez dans la gueule d'un four, mon brave,
CiSAR BIHOTTSAU 233
TOom'ftTez pat les reins assez forts ; toilà mille francs, et laissez-moi mettre en scène cette affaire. Bon ! le banquier convoque alors les industriels. Mes amis, à l'ouvrage t des prospectus! la blague à mort I On prend des cors de chasse et on crie à son de trompe : Cent mille francs pour cinq 80usl ou cmq sous pour cent mille francs, des mines d'or, des mines de charbon. Enfin tout Yesbrouffe du commerce. On achète des hommes de science ou d'art, la parade se dé« ploie, le public entre, il en a pour son argent, la recette est dans nos mains. Le cochon est chambré sous son toit avec des pommes de terre, et les autres se chafriolent dans les billets de banque. Voilà, mon cher monsieur. Entrez^dans les affaires. Que voulez-vous être? cochon, dindon, paillasse ou millionnaire ? Réfléchissez à ceci : je vous ai formulé la théorie des emprunts modernes. Venez me voir, vous trouverez un bon garçon toujours jovial. La jovialité française, grave et légère tout à la fois, ne nuit pas aux affaires, au contraire 1 Des hommes qui trinquent sont bien faits pour se comprendre I Allons ! encore un verre de vin de Champagne ? il est soigné, allez ! Ce vin est envoyé par un homme d'Epernay même, à qui j'en ai bien fait vendre, et à bon prix. (J'étais dans les vins.) Il se montre reconnaissant et se souvient de moi dans ma prospérité. C'est rare.
Birotteau, surpris de la légèreté, de l'insouciance de cet homme à qui tout le monde accordait une profondeur éton* nante et de la capacité, n'osait plus le questionner. Dans l'excitation brouillante où l'avait mis le vin de Champagne, il se souvint cependant d'un nom qu'avait prononcé du Tiilet, et demanda quel était et où demeurait monsieur Gobseck, banquier.
— En seriez-vous là, mon cher monsieur? dit Claparon. Gobseck est banquier comme le bourreau de Paris est médecin. Son premier mot est le cinquante pour cent; il est do Fécole d'Harpagon : il tient à votre disposition des serins des Canaries, des boas empaillés, des fourrures en été, du nsnkin en hiver. Et quelles valeurs lui présenteriez-vous ? Pour prendre votre papier nu, il faudrait lai déposer voir»
f34 SCIÈNES DE LA TU PABISIENNE
lemHte, irotre filk^ TOtre panplme, tout, juvpi'à TOlra o»- 40Q A chapeau, ¥OSfooqfues (▼«us donaea daos le lœcpie ar^ tiaûé), piriles, pineetlts ec le boit ^pie vous met dans vo» «a?es!..« (^bseck, Gobaedkt tertu du malheurl qui mnB a indiqué ceUefuillotint fiimneièreT
^MoÊsiGor duTilleU
— Ahl le drûte, je le reeemiais. Mm» afvms été jadis aiBîs. Si naus nous sommes brouâlés à ne pas notts saluer, oroyez que ma r^ulsion est fondée; il m'4i hissé lire an §aaà de son âme de boue, et il m'a mis mal à mon^dsepeiiémi le beau bal que tous bous a;vez donné ; je ne puis pas le sentir a^ec «m air fat ; paroe qu'il aunenoiaresse I Tai»nn des marc^bes, moi, quand je voudrai, et il s'miFa jamais mon estime, lui ! Ah ! m<m estime est une piineesae qui ne le gênera jamais dans son lit. Vous êtes un farcem^ £tes donc, gros père, nous flanquer un bal et deux mois après demander des renouvellements! Tous pouvez aller très-Mn. Faisons des aflbires ensemble. Yousayez une ré* putation, elle me serrira. Oh ! du Tillet était né pour eomprendre Gobseck. Du Tillet finira mal sur la pla«;e. S'il es^ comme on le dit, le moiilon de ee ineux Gobseck, il ne peut pas aller loin. Gobseck est dans un coin de sa toile, tapi qpmme une tieille araignée qui a fait le tour du monde. Tùt ou tart, %utl l'usurier siffle son homme comme moi ce lerre de Tin. Tant aûeux! Du Tillet m*a joué un tour.» ohl un tour pendable.
Après une heure et demie employée à des bavardagestpâ fl^avalœirt aucun sens, Birotteau voulut partir en voyant Fa»- «en comads voyageur ^èL à hii raconter l'aventure d'un représentant du peuple à Marseille, amoureux d'une actrioo qui jouait le rôle de la bhlle aasihb et que le parterre ragialiste sifflait.
--» Il se 1ère, dit Glapiut>n, et se dresse dans sa loge : Afii pd l'ti siblée... eu/... Si c'est oune femme, je /^im»- Tpriu ; ti c*est mené homme, nom se verrons,* si c'est ni fvn ni tautUy que k troundijkou le ewre /... Savei-vous «om* ment a fini raventure?
— Adieu, monsieur, dil Btrotteeii*
— ¥01» aurez à ?ecnr me mr, lin dit alen GlmpsreiL La preflaière birodie Cayrm boqs est re?efmeavee protêt, et je sus endonear, j'û TemboBraé. Je tos entoyer diex yqvs, «or les affiûreetnmtlottt.
Birotteau se sentit atteint anssi ayant dans le cœur par cette froide et grimacière obligetnee que par la dureté de l^eller et p» la raillerie idlemanâe de Nneingen. La Carailiaorité de cet honnie et «es grotesques eeaAdesees allumées par le vin de Champagne avaient flétri Tâme de fhonnéte jMirfiiifwr, qui emi soriir d'un mauvais iseu financier. Il deseemdit l^sealisr, se trouva tdun les mes, saas savoir oà îl allait. Il continua les boulevards, atteignit la rue Sainl- Denis, se souvint de JioRneux, et ae dirigea vers la cour Batave. Il monta TeecaUer sale et tortueux que naguère il avait monté glorieux et fier. 11 se souvint de la mesquin» Iprelé de Molineux, et frémit d'avoir à Timplorer. Gomme lors de la première visUe du parâuasenr, le propriétaire était au coin de son feu, mais digérant son déîeuner ; BifiOt^teau lui formula sa demande.
— Renouveler un effet de doue cents fraocst dit Ifolineux en exprimant une ralUesse incrédulité. Tous n'en êtes pas lÀ, monsieur. Si vous n'avez pas douze^ents francs le 15 pour payer mon billet, vous renverrez donc ma quittance de loyer impayée? Ah ! j'en serais fâché, je n'ai pas la moindre politesse en fait d'argent, mes loyers sont mes revenus. Sans cela avec quoi payerais-je«e que je dois ? Un commerçant ne désapprouvera pas ce principe salutaire. L'argent ne connaît |>ersonne ; il n'a pas d'oreilles, l'argent^ il n'a pas de cœur, rargeoL L'hiver est rude, voilà le bois r^kchérL Si vous ne payez pas le 15, le 16 un petit commandement à midi. Bah I le bonhomme llitral, votre huissier, est le mien, il vous enverra son commandem^t sous eara* loppe avec tous les égards dus à votre haute position.
— Monsieur, je n'ai jamais reçu d'assi^iatinn pour mon eompte, dit ffirotteau.
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236 SCÈZfB DE LA TIE PÀRISnSNNS
-^ D y a commencement à tout, dit Molineux* Consterné par la nette férocité de ce petit vieillard, le parfumeur fut abattu, car il entendit le glas de la faillite tintant à ses oreilles. Chaque tintement réveillait le souvenir des dires que sa jurisprudence impitoyable lui avait suggérés sur les faillis. Ses opinions se dessinaient en trait de feu sur la molle substance de son cerveau.
— A propos, dit Molineux, vous avez oublié de mettre sur vos efifets valeur reçue en loyeri^ ce qui peut conserver mon privilège.
— Ma position me défend de rien faire au détriment de mes créanciers, dit le parfumeur hébété par la vue du précipice entr*ouvert
— Bon, monsieur, très-bien^ je croyais avoir tout appris on matière de location avec messieurs les locataires. J'apprends par vous à ne jamais recevoir d'effets en payement* Ah I je plaiderai, car votre r<'ponse dit assez que vous manquerez à votre signature. L'espèce intéresse tous les pro* priétaire% de Paris*
Birotteau sortit dégoûté de la vie. Il est dans la nature de ces ftmes tendres et molles de se rebuter à un premier fefus^ de même qu'un premier succès les encourage. César n'espéra plus que dans le dévouement du petit Popinot, auquel il pensa naturellement en se trouvant au marché des Innocents.
— Le pauvre enfant^ qui m'eût dit cela, quand il j a six srmaines, au^ Tuileries, je le lançais?
Il était environ quatre heures, moment où les ma^strats quittent le palais. Par hasard, le juge d'instruction était venu voir son neveu. Ce juge, l'un des esprits les plus perspicaces en fait de morale, avait une seconde vue qui lui permettait de voir les intentions secrètes, de reconnaître le sens des actions humaines les plus indifférentes^ les germes d'un crime, les racines d'un délit, et il regarda Birotteau ■ans que Birotteau s'en doutât. Le parfumeur, contrarié de trouver l'oncle auprès du neveu, lui parut gêné, préoccupé,
GÉ8AR BHOTTEAU Î37
pensif. Le petit Popinot, .toujours affairé, la plume à Toreille, fut comme toujours à plat vendre detant le père de sa Césanne. Les phrases banales dites par César à son associé parurent au juge être les paravents d'i^ie demandi^ hnportante. Au lieu de partir, le rusé magistrat resta chez soa neveu malgrt? son neveu» car il avait calcula que le parfuweur essayerait de se débarrasser de lui en se retirant Iuk néme. Quand Birotteau partit, le juge s'en alla, mais 3 lemarqua Birotteau fi&nant dans la partie de la rue des Cinq-Diamants qui mène à la me Aubry-le-Boucher. Cetle minime circonstance donna des soupçons au vieux Popinot sur les intentions de César, il sortit alors rue des Lombards, et quand il eut vu le parfumeur rentré chez Anselme, il y revint promptement.
— Mon cher Popinot, avait dit César à son assoeié, je viens te demander un service.
— Que faut-il faire? dit Popinot avec une généreuse ar« deur.
— Ah I tu me sauves la vie, s'écria le bonhomme heureux de cette chaleur de cœur qui scintillait au milieu des glaça où il voyageait depuis vingt-cinq jours.
— Il faudrait me régler cinquante mille francs en comptant sur ma porUon de bénéfices, nous nous entendrions pour le payement.
Popinot regarda fixement César, César baissa les yeux. En ce moment, le juge reparut.
— Mon enfant... Ahl pardon, monsieur Birotteau! Mon enfant, j'ai oublié de te dire... Et par le geste impérieux du magistrat, le juge attira son neveu dans la rue, et le força, quoiqu'en veste et tête nue, à Técouter en marchant vers la rue des Lombards. — Mon neveu, ton ancien patron pourrait se trouver dans des affaires tellement embarrassées, qu'il lui fallût en venir à déposer son bilan. AvHUt d'arriver là, les hommes qui comptent quarante ans de probité, les hommes les plus vertueux, dans le désir de conserver leur honneur, imitent les joueurs les plus enragés; ils sont ca-.
13^ SCÈNES DK LA VIE FABI8ISNNE
ptides de tout; il Tendent lewt femmes^ tnfiqaeol à» lem âOes, comprooMtteBl lenn meillemi «mis, netteol en fifs ce qni ne leur apparlieol pt»; ik Toat m jeu, devîenieBl eomédient, «cnlnu»; il»- wrenl pleurer. Âiiayj'il vu le» ehosesletplnvextneriîDeiroi. Toi-néme»M ténoÎDée l&beiAoniîe de Rognia, à^i l'on mgréM donné 1% ioa ÎÂem MBS eoofessioB. Je n'appliqn^ pan cet eondnsions rifBv» Moses à monsieur Krottôuit je le croit honnèle; mab afîl Sedeniendaît de finie quoifoeœ toit qui fM contraire anx leîs du eommeree, càtoune de souterire dot effm decompfaûsanee el de te laattr dent un sgfitteè de orcuinlâBov qitt, selon nmi, est mm otnuneneenentdftinponaene, ear ^est la funae monnaie dm pqner, promelt-moi de ne nan signer sans me consulter. Songe que» si In aimes, ml âUe, ifc ne faut pat, dans l'intérêt même de ta paatiOB, détruire ton arenir. Si monsieur Birotteau doit tomber, à quoi bon tom^ ber tons deuxt N'est-ce pat vous priver Tun et l'autre de toutes les chances de ta muson de commerce qui sera son refuge?
— Merci, mon onde; à bon entendeur salut, ditPopinot^ à qui la navrante exclamation de son patron fiit alors expliqùée^
Le mardiand d'hmiles fines et antres rentra dant b^ sombre boutique^ le iront soucieux. Birotteau remarqua ce cbangement.
—Faites-moi Thonneur de monter dans ma cbanlure,. nops y serons mieux qu'ici. Les commiti quoique très-occnpés» pourraient nous entendre.
Bîrotiean smvit Popmot, vk proie aux anxiétés du tam^ daomé entre k cass a t io n di son arrêt ou le rejet de son pourvoi*
— Mon ^er bienfinteur, dh Ansdme^ voutnedoutnpn» de mon dévouement, il est aveugle. Permettez-moi seidement de vont demander sî cette somme vont sauve entier»ment^ si ce n'est pas seulement un retard à qnelqoe catastrophe, ^al<nrs à quoi bon m'entialnertn vons £ii^
CÉSAR liM1TXA<J fm
dm Mliel»& qnalre-Tliigl-dix ioiura. Bh bîent dasi trait
:WHft, il me sera oateS'iRH;>os8ib)e de le» pajer. Buntleattf pftle ei solennel, se lera, regarda. PopâMt FepBiet épownjïté tfécrk : —Je les ferai sÎTOusTOiâci. — Infratf dit le parfumear qui osa da reste desesforeoi
poar jeter ce mot au front d'Anselme comme une marqne
d'infivme.
Blrotteau marcha Tera la porte et sortît. Popinot, revenu de la sensation que ce mot terrible produisit sur lui, se jeta dans rescalier, courut dans hi rue, maïs il ne trouva point le parfnmetir. L'amint de Gésarine entendit toujours ce formidd)!e arrêt, il eut constamment sons les yenx la figure décomposée du pauvre César; il vécut enfin, comme Hamlet, avec un époôfantable ^>ectare à ses cOtés.
Birotteau tourna dans les rues de ee quartier eonmie un honnne hve. Cependant il finit par ae trouver sur le quai, le suivit et alla jusqu'à Sèvres, où il passa la nuit dans uneauberge, insensé de douleur, et sa femme effirayée n'esa le Mre chereber nulle part. Ea semblable occnrreDce, une alarme impnidemmenl donnée est fatale. La sage Constance immola sea inquiétude» à la réputatîoa commerciale; elle attendît pendant toute U nuit, entrenèlani ses prières aux alarmes. Césai ét«i-il mort? Était-il allé fûre <]pielquo eourse endebois de Paria» à la piste d'un dernier eapoirt Le lendemain matiB^ elle ae conduiait comme scelle eonsM^ saîl lea raison» de aen absence; nMîs elle manda sottonail elle pria d'aller à U Uoirfne^ ea voyant (sa*à cinq benre» Birotteau n'étaii pa» resaenu. Pendant ce teinpa, la ceqn^ genae créature âait à aon comptoir, s» fille brodai! vxfréê d'^e. Toutes deux, loruage oosHPOsé, ni triste ni souriant, répomlaient au public. Quand Pilleranlt reiinV ^ revint accompagné de César. Au retour delà Bonrae, il Tavait rencontré dam le Palain-Boyal, béaitant à monter au jeu. Ce joar était le 14. ▲ dlneir^ César ne put mangerl L'estomac^ trop Tîntemmenl contiacté, rejeiût le» aUmients. L'aprè»étner Ait eae«re berribk. La négociant éprouiva, pour la
ftO SCÈNES DE LÀ Y» PARISiramB
eentième fois, une de ces a£Preuses alternatives d'espoir et de désespoir qui, en faisant monter à Tftme toute la gamine des sensations joyeuses et la précipitant à la dernière des sensations de la douleur, usent ces natures faibles. Der. ville, avoué de Birotteau, vint et s'élança dans le salon splendide où madame César retenait de tout son pouvoir son pauvre mari, qui voulait se coucher au cinquième étage « pour ne pas voir les monuments de ma folle 1 » disail-â.
— Le procès est gagné, dit Derville.
A ces mots, la figure crispée de César se détendit, mate sa j/oie effraya Toncle PillerauH et Derville, Les femmes sortirent épouvantées pour aller pleurer dans la chambre de Gésarine.
— Je puis emprunter alors, s'écria le parfumeur.
— Ce serait imprudent, dit Derville, ils interjettent appel, la cour peut réformer le jugement ; mais en un mois noua aurons arrêt.
— Un mois !
César tomba dans un assoupissement dont personne ne tenta de le tirer. Cette espèce de catalepsie retournée, pendant laquelle le corps Tirait et souffrait, tandis que les fonctions de Tintelligence étaient suspendues, ce répit donné par le hasard fut regardé comme un bienfait de Dieu par Constance, par Césanne, par Pillerault et Derville qui jugèrent bien. Birotteau put ainsi supporter les déchirantes émotions de la nuit. Il était dans une berbère au coin de la cheminée; à l'autre coin se tenait sa femme, qui l'observait attentivement, un doux sourire sur les lèvres, un de ces sourires qui prouvent que les femmes sont plus près que les hommes de la nature angélique^ en ce qu'elles savent mêler une ^ndrésse infinie à la plus entière compassion, secret qui n'appartient qu'aux anges aperçus dans Quelques rêves providentiellement semés à de longs intervalles dans la vie humaine. Césarine, asMse sur un petit tabouret, était aux pi^ds de sa mère, et frôlait de temps en
temps avec sa dievelore les mains de son père en loi
CtSAU BIMTflAV 141
fcntnt «ne «traneoà die esMiyaii 4e mettre les tdéet que dans ces crises laToix rend importunes.
Aâm dans ion teleuil emmie le ebaaeeiier 4e Ltlospital est dans le sîta an périatyle et la Ghasnbredes défiolés, KUeFavUf ee piuloseptie pfèt à UmiI, moBtiiii aar cb figwre eaUe inteUi^HMe fravée am froat des apiiiiis égf|»tiens, et wnît a¥ee Demfie à vaix basse. GoMtaBce avait été 4*^8 de ooBfliitir Tafevé» dont la diserétiea a'élttl paa à iwr^flliir> AfBUt aoft bilan daril daas aa tête, elle avait ex- 1^ aa ailKatieB à i'toreîile de itoviile. Apnès une eonféfeaee d'MeAeveeairiFOB^Iesaesoasieajwix^apartaiettr luibélé, rarvevé bo^a la tète oi reganliait fiUerarit.
— Madame, dit41 avee fborrfrle aan^^iddes gens d'i^idrea, M tel déposer. In aupfeaant qoe, parvn artifice ^petoonqae, vous arriviez à payer denaîn, vonsdevez solder «iJBoiM tnia east nulle frûies, avant de pouvoir eoipranleraviowvDsterraMis. â un passif de dnqeent cinquante mille francs, vous opposez un acUf très-beau, très^redaetif, naisftORJKtivdîiable, vous aneaemherea dans un teaapa^onné, Mopavîs est qu'H vaut nieaaL saater par la leaUie ^que de aaiaisasr raukr dans les eaaaiiers.
-* C'est «esi avis aussi, mm «nimt, dit fiHeMuR. DerviUe fut reconduit par ma d a aae César etpar TOlerault.
— Pawre père, dit €ésarine qvd se leva doucement pour mettre un baiser sur le front de César. Ansabne oTa donc m» put daaittda-4^1ie qaand san «ncle «tea mère revwiwt»
-^-infratlsTémi César frappé par ce nom dans le seul endroit vivant de son souvenir, comme une touche de piano dom k mifftaan va tepper la «arda.
DaçÊm lemameot et ce%ot kii fot jeté comme «m ana- Usèrna, iepeUt Popinot n'avait paseu un moment de sommeil, <m «n inMBt de tranquillité. Le maMieveu enftmi nuadisssit souioncle, il était allé le trouver. Four frire capitaAer cette vieille expérience judiciaire, il avait déployé l'éloquence de Famour, espérant sédmre l'homme sur qui
142 SCÉMIS DE LA VIS PAR/sIENNE
les paroles humaines glissaient comme l'eau sur une toile, un juge !
— Commercialement parlant, lui dit-il, l'usage permet â ocié gérant de régler îune certaine somme à l'asi commanditaire par anticipation sur les bénéfices, otre société doit en réaliser. Tout examen fait de mes res, je me sens les reins assez forts pour payer quarante i francs en trois moisi La probité de monsieur César let de croire que ces quarante mille francs vont être loyés à solder ses billets. Ainsi les créanciers, s'il y a ite, n'auront aucun reproche à nous adresser I D'aili, mon oncle, j'aime mieux perdre quarante mille francs de perdre Gésarine. Au moment où je parle, elle est
doute instruite de mon refus, et va me mésestimer. J'ai lis de donner mon sang pour mon bienfaiteur ! Je suis ; le cas d un jeune matelot qui doit sombrer en tenant ain de son capitaine, du soldat qui doit périr avec son irai, • Bon cœur et mauvais négociant, tu ne perdras pas
estime, dit le juge en serrant la main de son neveu. )eaucoup pensé à ceci, reprit-il, je sais que tu es amou-
fou de Gésarine, je crois que tu peux satisfaire aux lois œur et aux lois du commerce.
- Ah I mon oncle, si vous en avez trouvé le moyen, ; me sauvez l'honneur.
- Avance à Birotteau cinquante mille francs en faisant ete de réméré relatif à ses intérêts dans votre huile, est devenue comme une propriété, je te rédigerai
iselme embrassa son oncle, retourna chez lui, fit pour uante mille francs d'effets, et courut de la rue des Cinqlants à la place Vendôme, en sorte qu'au moment où fine, sa mère et leur oncle Pillerault regardaient le imeur, surpris du ton sépulcral avec lequel il avait pro* ;é ce mot : Ingrat I en réponse à la question de sa &^t \Tte du salon s'ouvrit et Popinot parut.
CiSÀR BIROTTSÀD 2i3
— Mon cher et bien-ùmé patron, dit-il en 8*e8Sii3faDt \e front baigné de sueur, Toilà ce que vous m'avez demandé. Il tendit les l)illet8. — Oui, j'ai bien étudié ma position, n'ayez aucune peur^ je payerai, sauvez, sauvez votre bonneurl
— J'étais bien sûre de lui, s'écria Césanne en saisissant }a main de Popinot, et la serrant avec une force convulsive.
Madame César embrassa Popinot, le parfumeur se dressa comme un juste entendant la trompette du jugement dernier, il sortait comme d'une tombe ! Puis il avança la main par un mouvement frénétique pour saisir les cinquante papiers timbrés.
— Un mstant, dit le terrible onde raienmlt en arradiant les billets de Popinot, un instant!
Les quatre personnages qui composaient cette famille, César et sa femme, Césanne et Popinot, étourdis par l'action de leur oncle et par son accent, le regardèrent avec terreur déchirant les billets et les' jetant dans le feu qui les consuma, sans qu'aucun d'eux ne les arrét&t au passage.
— Mon oncle 1
— Mon oncle I
— Mon onde I
— Monsieur!
Ce fui quatpe voix, quatre cœurs en un seul, une effrayante unanimité. L'onde PiÙerault prit le petit Popinot par le cou, le serra sur son cœur et le bidsa au front.
— Tu es digne de l'adoration de tous C6dx qui ont du cœur, lui dit-il. Si tu aimais ma fiUe, eût-elle un million, n'ensses-tu rien que ça (il montra les cendres ntires des effets), si elle t'aimait, vous seriez mariés dans quinxe jours. Ton patron, dit-il en désignant César, est fou. Mon neveu, reprit le grave Pillerault en s'adressant au parfumeur, mon neveu, plus d'illusions ! On doit faire les affaires avec des écus et non avec des sentiments. Ced est sublime, maisinu* tile. J'ai passé deux heures à la Bourse, tu n'as pas pour deux liards de c^'édit ; tout le monde parlait de ton désastrci
1M4 SGÈNI8 «B Ml TU rAftlSIENNE
4e r^MMtféUanenU refiués, de «liKtatif es auquel è» phifleon taïqnkn, 4eleais i»te, de iet folies, û étages moBléi pcmriBer trwMr «a prapnéum bavard eanme •fin da TeasinMiler douze «eols fraMcs, fom imi, our cacher ta gène. Od ti jusqu'à dire que tu n^araîa z lofaia.Maa ym enaaniis, lofuin«st « )iréida «es aniii ehatféda <opt ^f yr a p 4rey a0t fe«i ir BMs savp0ODft* Cbaess firassesirémifittaii des ipinal, la Vm$ étaUi loal ei^vèi f^mar^i iùm w» à billeia. Eafia* toataa les calommas et les oMSd^ Bas'BUîre«inbaBiiaa<iai aeal»aiiler«Bliâi6fi4e * réehelle sociale roulent à cette heure 4aaf le ce. Tu aalpartarala ninement pendaiU huH jours lante bîUets de Popiaot sur lo«s les «onptoîra; la is d'humiliants reiiis ; personne n'en voudrait; rien reie nombre auquel tulesimeta, et Ton s'attend jaerifiaat ce paufre enfant pour ton salut. Tu annit en para perte le crédit de la maison Popinot. » qae lopins hardi dea«scoiapieorstedonneraitde tante mille franest Vingt miûo, vingt mille, en» t In commerce, il est des instants où il faut pouvoir devant le monde trois jours sans manger, comme si itune indigestion, et le quatrième on est admis au anger du crédit. Tu ne peux pas vivre ces trois SA «st UU Hon p— tut oemi, 4a cottsage^ il but ton Mhm. f «ci F opiasi, fmt voilà, noos aliaas, tes commis ^udhds, travailler «naamUe «te da
SI oneie, dit kpaitansaren joigpiaat ka i
lar, vaiK«iu 4oae arriver à nn làlan bonieaxaà M
as d'aotif? tm intéiét abes Popîaat te aauve risaa»
éekiré fu m filial et derflôerfai da lumièns, ait lAmae vifité dans Ésute son éModua, il ntoofes ^gère, de là «ar ses fBnaax, aa raison s'égara, Il aÀnt;aalamae le crut mourant, eUea'ageQOttSIa raiaver; umûs aile iTsut à hâ, quand elfte loi A
CÈMAR mMrnukU
1 ipisArv ki aaMi^ Itvnr les yma tl rédlir a?at iui»4 ^ foattàon réëfiéc» ia préstnee 4e m» onde, de m fflleei , êePopiaotY le iéWm prière de» cadiolîqucs.
I JMk^ jièrf fie êtm eux dettx» fur wUrê nùm méi uam» êfty fm mtm r^yne mtim^ fÊit mttt «eàite eetowftf «eti ^îitfe Mr ib âwwfiwwi ienr ^ cér/, BMnsz^iiooe fijie OTonMDi, <f j er J owin i i iif née afemn wma pmrêmmmm è ima pu jmw mti •fnaii.
mU4iI
Dfe lunes tkufeiit en ^etti desteifee Fmefenlt, GéÉ^ fiee^ eeeablde, en lÉrmee» éveille létepeacbéenr Tépeale leF^êsolpÉleeireideeoaHBevee stetae»
— DeecendeMydto rtaeiee négocient aajeonekniD^eD Mpfeaent le bref»
M enae iearee el teniez ih leittèrent Céseraiti mÀm de el de ee fille» Beeenomenl, Céleste, lepremier cpii Asienl ce seciet erafe efsU dirigé le maison, diae lee SfferteeMnls et entre en edoor. En entei^ son pas, Césernoe cenmi hn oorrir pour qe'tt ne it% leerebetteBUOl du mettre.
«^ Parmi lee Itttres de ce soir, dH^, il y en avait one vessie de Toare, dont radresee était mal mise, ee^i a pm>énk dn retard. Tm pensé qi^eile set du frère de ewnsienr, et ne f ai pesonverte.
— Mon père, s'éeria Césanne, une lettre de mon oncle de Tours.
— Ah t je sais santé, cria César. Mon frèref monfeèsel fit-il en baisant la lettre»
ndpoifSB ne mâavçes h césab niornnis.
« Teais, 17 ooanat
9 lien bie»-aimé frère, te lettre m'a eausé la piusvhe » afficHoii; «un, après Savoir Ine, snie-jeallé oi^ir i Dien » le naàil sacrifiœ de la messe à ton intention, en Vinter*
ïBf le sang que son fils, notre divin Rédempteur, clu pour nous, de jeter sur tes peines un regard irdieux. Au moment où j'ai prononcé mon oraison ) flratre Cœsare^ j'ai eu les yeux pleins de larmes mt à toi, de qui, par malheur, je suis séparé dans où tu dois avoir besoin des seeours de l'amitié [le. Mais j'ai songé qne le digne et vénérable monlerault me remplacera sans doute. Mon cher Géiblie pas, au milieu de tes chagrins, que cette vie de d'épreuves et de passage; qu'un jour nous secompensés d'avoir souffert pour le saint nom de ur sa sainte Église, pour avoir observé les maxhnei Dglle et pratiqué la vertu ; autrement les choses londe n'auraient point de sens. Je te redis ces S en sachant combien tu es pieux et bon, parce it arriver aux personnes qui, comme toi, sont jes les orages du monde et lancées sur la mer pédes intérêts humains, de se permettre des blaslu milieu des adversités, emportés qu'ils sont par !ur. Ne maudis ni les hommes qui te blesseront, qui mêle à son gré de l'amertume à ta vie. Nereis la terre, au contraire, lève toujours les yeux au là viennent des consolation pour les faà>les, là richesses des pauvres, là sont les terreurs du
^ Birotteau, lui dit sa fenune, passe donc cela, et ms envoie quelque chose.
> la relirons souvent, reprit le marchand en es- ( larmes et entr'ouvrant la lettre d'où tomba un r le Trésor royal. J'étais bien sur de lui, pauvre Birotteau en saisissant le mandat.
9 suis allé chez madame de Ustomère, » reprit-il fune voix entrecoupée par les pleurs, « et sans le motif de ma demande, je l'ai priée de me préce dont elle pouvait disposer en ma faveur, afin
» de grossir le fruit de mes économies. Sa générosité m'a 1 permis de compléter une somme de mille francs, je te
> l'adresse en un mandat du receveur général de Tours sur » le Trésor. »
— La belle avance! dit Ckmatance en reg^dant Césanne.
« En retranchant quelques superfluités dans ma vie, je » pourrai rendre en trois ans à madame Listomère les
> quatre cents francs qu'elle m'a prêtés, ainsi ne l'en in-
• quièie pas, mon cher César. Je t'envoie tout ce que je B possède dans le monde, en souhaitant que cette somme
> puisse aider à une heureuse conclusion de tes embarras i commerciaux, qui sans doute ne seront que momentanés. 1 Je connais ta délicatesse, et veux aller au-devant de tes
> objections. Ne songe ni à me donner aucun intérêt de
• cette somme, ni à me la rendre dans un jour de prospérité » qui ne tardera pas à se lever pour toi, si Dieu daigne en-
> tendre les prières que je lui adresserai journellement. D'a- 1 près ta dernière reçue il y a deux ans, je te croyais riche, 1 et pensais pouvoir disposer de mes économies en faveur » des pauvres; mais maintenant tout ce que j'ai t'appartient.
> Quand tu auras surmonté ce grain passager de ta naviga-
> tion, crarde encore cette somme pour ma nièce Gésarine, » afin que, lors de son établissement, elle puisse l'employer i à quoique bagatelle qui lui rappelle un vieil oncle dont les » mains se lèveront toujours au ciel pour demander à Dieu » de répandre ses bénédictions sur elle et sur tous ceux qui i lui seront chers. Enfin, mon cher César, songe que je 1 suis un pauvre prêtre qui va à la grftce de Dieu comme
> les alouettes des champs, marchant dans mon sentier ^ sans » bruit, tâchant d'obéir aux commandements de notre di-
• vin Sauveur , et à qui conséquemment il faut peu de
• chose. Ainsi, n'aie pas le moindre scrupule dans la cir- 1 constance difficile où tu te trouves, et pense à moi comme i à quelqu'un qui t'aime tendrement. Notre excellent abbé
tit 8C&NKS 1» Là fn rAKMIENNK
» Gbapdond, tuquei je fi*» poial (^ tt ^oâtlai», il ^td e je f écris, m*a ebftrgé de te tnasmettre Im p^ « choses |Kmr foules les persomiei de ta Camaie Duhtite la continuation de tes prospéritâk Adiéa, bien-aimé frère, je fais des vœux pour que, dans ioMtttres ot tu I» trouves^ Dieu le fasse la fcàed enserrer en bonne santé, toi^ ta femme et ta fill0$ souhaite à tous patience et courage en vos a4-
» paAMOois wmvnaM
\ifi, vieaive de Téglise cathédrale et paroiaalale le Saint-Gatieii de Tours» »
e francs 1 dit madame Birottean furieuse.
'e-les, dit grarement César, il n'a queceia. ITafl-
sont à notre fille, et doivent nous faire vivre sans
inder à nos créanciers.
croiront que tu leur as soustrait des sommes im-
sur montrerai la lettre, liront que c'est une frime.
Dieu, mon dieu, cria Birotteau terrifié. J'ai pensé lauvres gens qui sans doute étaient dans la situa* me trouve.
tquiètes de Tétai où se trouvait César, la mère et ivaiHèrenI à Faiguille auprès de lui, dans un proice* A deux heures du matin, Popinot ouvrit douporte du salon et fit signe à madame César de I. En voyant sa nièce, Toncle ôta ses besicles. ' enfant, il y a de l'espoir, lui dit-il, tout n'est pcs ns ton mari ne résisterait pas aux alternatives dea «s à faire et qu'Anselme et moi nous allons tenûûtte pas ton magasin demain^ et prends A)utes lea le»- billets, car nous avons jusqu'à quatre heuies*
fMI «i0D«idéi. Mi monsieur HkBgoat t& mtà w» iommei à «aiadre* SapfmtÈ mamt^aat que fw tmt nilte fraMi^ déposés dm ftogœn ûenl été remit «us aequlrews, to» ne le» ârriespas plm3 quttoufi neleeaifeiai^^unirhvi^yod» êtes ea présence de cent quarante mille fraies eeuscrits à GlapafWi, qm tons detiez to« jours payer en tout état de e« ijn^ eeiifestpaskibaiNriieroatedeftegtito qmvowi ie Tois^ peur faire faee à tos eUigaCiOM> qawnsùÊe màHe fnoGS à empro^er tôt ou tard sur vos fabriques m soixante wMtt franos t^eislâ Popinot On peot dono luHer, car après vov» pourrez emi^nmter sur les terraiio io laU»daleine. Si totro* principal eréander coosast à to«i aider, jQPM regarderai pas è ma fbrtwe, je nndrai auss restesy jo seras sans paiô^ Popinot sera entre la tie et k moit; quant à vous, voua serez à kt merd du plus polit érénemeni coeamercial. Mais riimk renAra saoa doute de grocHfe béntf^ fiées. Popinot et a«i nons venons de nous consulter, now voua sooâeodrOQS dans cette lutte. Ah f je mangerai Iwen pocment mon pain atc si le succès potod à riiofizo». liais teot di^pend de Gâfonnei et des associés Glaparon. Fopinol et mdi, noua iiens dKz Çrigoimet de sept à huit heures^ el nous sauroas à quoi nous en têmr anr leurs intentions*
Constance se jêln tout éperdue dans les bras de son OQdei^ sisis antre voix qne des kwmea et des san^ttw Ni Popinoè ni Pillenmll no ponvaient savoir que Kdault dit Gigcmnety d CSaparon diatcat du TiUet sous nue double forme, qun^ du TiUet voulait lire dana^las P^Hki-Âf/i^Mi ce ternW» articte:
« Jugement du. tribtmal de commerce qui déèlare le dent CStsar Birotteau, marchand parfumeur, demeurant à Park, rue âaint-Honoré, n* 397, en état de faillite, en fixe provisoirement Touverture au 16 janvieri8i9. Juge-commissaire, monsieur Gobenheim-Keller. Agent, monsieur Mohneux. a
JAnselme et Pifierault étudièrent jusqu'au jour les affan^ dé César. A huit heures du matin, ces deux hérolqaew amîa^ l^'un vieux soldat, l'autre sous-lieutenant d'hier, qui ne d^
•9^ SCÈNES DI LÀ TU PARISIENNl
nais connaître que par procuration lis terriblat de ceux qui avaient monté Tescalier de Bidault let, s'acheminèrent, sans se dire un mot, vers la tat. Ils souffraient. A plusieurs reprises, Pilleiault laia sur son front.
rreuétat est une rue où toutes les maiscgis, envahies ultitude de commerces, offrent un aspect repousonstructions y ont un caractère horrible. L'ignoble té des fabriques y domine. Le vieux Gigonnet haroisième étage d'une maison dont toutes les feent à bascule et à pedts carseaux sales. L'escalier ; jusque sur la rue. La portière était logée à Tenins une cage qui ne tirait son jour que de TescattéjGrigonnet, tous les'locataires exerçaient un état. il sortait continuellement des ouvriers. Les marat donc revêtues d'une couche de boue dure oa gré de l'atmosphère, et où séjournaient des im- Sur ce fétide escalier, chaque palier offrait aux ioms du fabricant écrits en or sur une tôle peinte et vernie, avec des échantillons de ses chefs- «a plupart du temps, les portes ouvertes laissaient uirre union du ménage et de la fabrique, il s'en des cris et des grognements inouïs, des chants, ents qui rappelaient l'heure de quatre heures chez IX du jardin des Plantes. Au premier se faisaient, ludis infect, les plus belles bretelles de l'article second se confectionnaient, au milieu des plus res, les plus élégants cartonnages qui parent ao n les étalages des boulevards et du Palais-RoyaL nounit riche de dix-huit cent mille francs dans le le cette maison, sans qu'aucune considération eût ire sortir, malgré l'offre de madame Saillard, sa lui donner un appartement dans un hôtel de la de.
ourage, dit Pillerault en tirant le pied de biche * un cordon à la porte frise et propre de Gi^r
CÉSAR BIROTTEÂU 251
Gigonnet vint ouvrir sa porte lui-môme. Les deux parrains du parfumeur, en lice dans le champ des faillites, traversèrent une première chambre correcte et froide, sans rideaux auv eroisées. Tous trois s'assirent dans la seconde, où se tenait l'escompteur devant un foyer plein de cendres an millen desquelles le bois se défendait contre le feu. Popinot eut l'Ame glacée par les cartons verts de l'usurier, par la rigidité monastique de ce cabinet aéré comme une cave, n regarda d'un air hébété le petit papier bleuâtre semé de fleurs tricolores collé sur les murs depuis vingt-cinq sns, et reporta ses yeux attristés sur la cheminée ornée d'une pendule en forme de lyre et de vases oblongs en bleu de Sèvres richement montés eu cuivre doré. Cette épave, ramassée par Gigonnet dans le naufrage de Yersailles, où la populace brisa tout, venait du boudoir de la reine; mais ces vases précieux étaient accompagnés de deux chandeliers du plus misérable modèle en fer battu qui rappelaient par ce sauvage contraste la circonstance à laquelle on les d#tait.
— Je sais que vous ne pouvei pas venir pour vous, dit Gigonnet, mais pour le grand Birotteau. Eh bieni qu'y a-tril, mes amis?
— Je sais qu'on ne vous apprend rien, ainsi nous serons brefs^ dit Pillerault : vous avez des effets ordre Glaparon?
— Oui.
— Youlez-vous échanger les cinquante premiers mille contre des effets de monsieur Popinot que voici, moyennant escompte, bien entendu ?
Gigonnet 6ta sa terrible casquette verte qui semblait née avec lui, montra son crâne couleur beurre frais dénué de cheveux, fit sa grimace voltairienie et dit : — Vous vouiez me payer en huile pour les cheveux, quéque j'en ferais? *
•—Quand vous plaisanter,, il n'y a qu'à tirer ses grègues, dit Piil«ra«lt.
2St scDfis jmhJkym pjiMsiknnk
^ImmpÊKkn •ammti tin m§è qatutt êm,M^\Qi^ gpwwt «ret tn nmrke ilalUar.
-*->Sb bie&t si fendoasait let effdto 4» moaHevt PopUMiî dU Pillenuik «a foisaat wi denier cibrU
«^ feat étM de Ter es barre, monétit BUeniik , buû» je a'ai ptsbeeobi d'or, il rae kai seiile»i»i ami aifeiiL
takraolt et Pefinel «d«i^peDl et eortiresk Aa bas d» reecayer^ le» jambes de PepîBoi flafaolaient cnaor» eone laL
«^Bfll-eft «A beamet dîMl iPiUeiaAii.
•—On leyrélNid» fit le miliatd. 8eaTieae4ei tov^ous àt cette coufle adanœ,. Anaelatie 1 Tu Tiene de yck U beiup» sanft la imtearade de ses fémuet afréables. Le» éT^MaoBeala ivprénB aeiil k?ie du presaoïr^ noue sommes- le raisîii, ei^ le» banquers settt le» IMneaiu^ Uafiaire de» terraine eai stoe drâle bevae; Gifosnet, ou^cpielqs'im derrièffe kû, Toai» étrangler César peur se revêtir de sa peau t tout est dît| a n'y a plu» de remède. Yeilà 1» basQue, u*j recours j»nal»l
Après cette affreuse matinée où, pour la première £0% madame BLrotteau prit les adresses de ceux qui Tenaient diercher leur argent et rentoya le garçon de la Banque san» le payer, à onze heures, cette courageuse femme, b^ureoa» d'avoir sauvé ces douleurs à son mari, vit revenir Anselme ât Popinot qu'elle attendait en proie à de croissantes anxî^ tés ; elle lut sa sentence sur leurs visages. Le dépôt dn btkn était inévitable.
— Il va mounr de douleur, dit la pauvre femme*
«-* Je le hû soubaîte, dit graveeseml PâlevanH ; mm il«t ai Teligieu que, dan» le» circonstance» actuelle», son dîn as tcnr, l'abbé Loraux, peut seul le sauver.
PIDerault, Popâaot et Constance attendîreBl qn'ua coassas fat allé cbercher l'abbé Loraux aiani de présenter la bilan que Câestin préperait à la signative de César. Le» commia étaient m désespoir, ils aimaient leur patron. A quatre heures le kon prèfere arriva, Constance le mit an ftni du malheur qui fendait sur eux, et l'abbé monta t soldat monte à la brèche.
«ÉiàR mMxrmkv SU
«i*' le nlt p i wqM î tms fVtoWy s'écrit BîrottMu.
«-- WUm fi2ft« dit te pnêli^, wm seolMiMiti d« ^Menatimi à h TvioBttf JifiBv me sont ^êpms Um0im^ eeoaus; maun tfii^ éÊkê^nfpW^fmc; egrez ioiûoiim te yeux sur Wcroix^ ee eeene ëe 4a Mgwnder ee peeceoft aex iramUiatioiis doot fiit abreaté le Sanreer ém boowiea. Médites lea nn fffo mm 4e et peMioB« Toiiifeeffea alom 9Heia «iH^ierter les i»^ HJiUîner ^e Dâee ve«i eame^.
~ifeo fFftue fabbé m^ffaii é^ puéperé, dit Césars fan noBleaiit luielln ^'il aiwit rêne et ipi'H éaadit à eoe
— Tout ayez on bon frère, M momieur Leraux, ime Ipotne Tertneme et ckmee, tine tendre ^Se, detn irait amis, yotre oncle et le cher Anaelne, éeuz créanciers inéelgeatSy les Ragon ; tous ces bons eceurs versèrent ince»lawiiiniit éà bamne sur vos bleaeures et vous aideront â porter fOM eroix. PrometlezHRoi d'avoir !a lameté d'nn martyr^ d'envisager le coup sans défaillir.
L'abbé teuasa pour prévenir flllenmlt fil était daM le (Sdeii.
^ Ma ré^fnatîon est sans borne, dit Géttr avec calme. Le déshonneur est venu , je ne dois «onger qu'à la répaflH
La foix du pauvre parfomenr et son air surprirent Céstliée et le prêtre. Cependant rien n'étnt plus naturel, ^oos les bonunet supportent mieux un malheur connu, défini,
Se les craelles allemirtives d^ui «ort qui, d'en instant à ntie, mppette eu ta jeîe excessive oefectPème doulew.
— J'ai rêvé pendant vingt- deux ans, }e me réveille au» jouM'hui mon gourdin à la main, dit Géaar redevenu paysan «onnsfean.
En entendant ces oMls, nierait eenm eon neveu dans set brat* Cdaar aperfnt ta laame, AnstiMS et Céleatin. Les pq)iers que tenait le premier commis étaient bien significatilL César «onteaapU tnaMiuillement eegmiij^ «à tous les rtgMpJt éfitpi trittet mtîs egiit.
ornent I dit-il en détachant sa croix qu'il tendit & lux, TOUS me la rendrez quand je pourrai la por- Lonte. Gélestin, ajouta-t-il en s'adressant à son îrhrez ma démission d'adjoint. Monsieur Tabbé a la lettre, tous la daterez du 14, et la ferez por- [>nsieur de I^ Billardière par Raguet.
et Tabbé Loraux descendirent. Pendant environ 'heure, un profond silence régna dans le cabinet Une telle fermeté surprit la famille. Gélestin et nrent. César signa sa démission. Quand Toncla li présenta le bilan, le pauvre homme ne put réhorrible mouvement nerveux.
Dieu, ayez pitié de moi, dit-il en signant la teret la tendant à Gélestin.
leur, dit alors Anselme Popinot, sur le front iquel il passa un lumineux éclair, madame^ faitessur de m'accorder la main de mademoiselle Ce-
>hrase, tous les assistants eurent dea larmes aux
\ié Gésar qui se leva, prit la main d'Anselme, et,
creuse, lui dit: — Mon enfant, tu n'épouseras
lie d'un failli.
regarda fixement Birotteau, et lui dit : — Mon*
engagez-vous, en présence de toute votre f»-
isentir à notre mariage, si mademoisell * m'agréa
le jour où vous serez relevé de votre faillite f
in moment de silence pendant lequel chacun fat
» sensations qui se peignirent sur le visage af-
irfumeur.
lit-il enfin.
fit un indicible geste pour prendre la main de
li la lui tendit^ et il la baisa.
BOnsentez aussi? demandart-il à Gésarine.
it-elle. '
( donc enfin de la famille, j'ai le droit de m'oe-
I affaires, dit-il avec une expression bizarre.
CtSAR BIROTRAU
Anselme sortit précipitamment pour ne ^ie qui contrastait trop avec la douleur de selme n'était pas précisément heureux d< Famour est si almolu, si égoïste I Césarini tait en son cœur une émotion qui conti tristesse.
— Puisque nous y sommes, dit Piliers Constance, frappons tous les coups.
Madame Birotteau laissa échapper un sij non d'assenUment.
— Mon neveu, dit Pillerault en s'adress oomptes-tu faire T
— Continuer le commerce.
— Ce n'est pas mon avis, dit Pillerault tribue ton actif à tes créanciers, ne repi place de Paris. Je me suis souvent suppos tion analogue à la tienne... (Ah I il faut toi commerce 1 Le négociant qui ne pense pa comme un général qui compterait n'être n^est négociant qu'à demi.) Moi, je n'aurais Gomment I toujours rougir devant des ho rais fait tort, recevoir leurs regards défian reproches 1 Je conçois la guillotine I... En ^t fini. Mais avoir une tète qui renaît et se tous les jours, est un supplice auquel je nu Beaucoup de gens reprennent les affaires c leur étaiï arrivé ! tant mieux I ils sont plus 1 Joseph Pillerault. Si voua faites au comptai obligé, on dit que vous avez su vous mena ces ; si vous êtes sans le sou , vous ne po relever. Bonsoir I Abandonne donc ton ac ton fonds et fais autre chose.
— Mais quoi T dit César.
— Eh I dit Pillerault, cherche une place protections? le duc et la duchesse de Leno ie Mortsauf, monsieur de Yandenesse ; éci
Hf^ JCillB M M m MVSnDINK
fli te eamMt amaê U mwiAU 4« Mi «rte^alçM adUler t'écuf; 4» fmiiMi m cngnere JiMOMilast. Ut fille p< M t 4l re mm. U ptskioo n'«n ip«i iHmpMm. k ww» (mis, fMs léoniim fnèi èi 4â mille firmes par mu Se 4iKepf^ In pesx p^r oitt iiiMAte ir«n% eir lu 4M piMidr^ que TOUS gagnerez ; tes deux femmes auront quhise eottt franes chez mai povrieuiidfSlpeMeat ^ /fW^â tai, nm»
CoMtaaee e(t aoa Gter «édita «as Mfaa paiolea. Rllfrraolt se dirigea Ters la Bourse, alors tenne «ans ima eo»atmetion provisoire en (liaaches ai qiû tonnait mt sa11« ronde où Ton entrait pu* la rue Feydeau. Ia lailUle du parfumeur en rue et jalousé, déjà cojuiue^ excitait une rumeur générale dans le haut commerce, alors constitution» Bci. ÏAS commerçants lii>éraux voyaient dans ta fête de Bi- TDtteau une audacieuse entreprise sur leurs sentiments. Les jgens de l'opposition voulaient avoir le monopole de f amour du pays. Permis aux royalistes d'aimer le roi, mais aimer la imtrie était le privil^ de la gauche ; le peuple lui appartenait. Le pouvoir avait eu tort de se régoidr, par ses organes, d^m événement dont les libéraux voulnent rexplmtation ^Ezcloâve. La diute dfun protégé du château, d'un misfaKélié, d'un royaliste incorrigible qui , le 18 vendémiaire^ in- «duât a la fiberté en se battant contre la glorieuse Révohilûtion française, cette dmte exdtait les cancans et les appfoudisaemeots de la Bourse. PSleranh voiria&t e on nj tf tn a, étudier fopinion* C trouva, dans un des groupes les pins animés, du Tillet, tSobenheim-Keller, t^udngen, le ^max ISuillaume et son gendre los^ Lebas, Claparon, Gigoonet, Xongenod^ Gamusot, Gobseck, Adolphe KeMer, Palm, CSûffreville, Matifat, Grindot et Lourdoia.
— Eh bien ! quelle prudence m faainil pas, dût Gobep^ hdm à du TlUet, il n'a tenu qu'à un fil «pe aies beaux-frères n'accordaaaent un crédit à Birotteaul
—Mai, j'f «îa de dîK ai^la Inanos fi'tf mkHkoHttdéa il j n Qiinîfî Jwn, ja lasiii ai donnéa iiuf aa aJmpW aigMÉnria^
CiSAR BIROTTIAU 857
dit du Tillet. Mais il m'a jadis obligé, je les ptrdrai sans regret.
— Il a fait comme tous les autres, TOf re neveu, dit Lourdois à Pillerault, il a donné des fêtes t Qu'un fripon essaye de jeter de la poudre aux yeux pour stimuler la confiance, je le conçois ; mais un homme qui passait pour la crème des lionoétes gens recourir aux roueries de ce vieux charlatanisme auquel nous nous prenons toujouvs t
— Gomme des sangsues, dit Gobseck.
^ N^ayez confiance qu'à ceux qui vivent dans des bouges, comme Claparon, dit Gigonnet*
— Hépien, dit le gros baron Nudngen k du Tillet, finu ifex fouit meu chouer eine tire han m'enfoyant PiroddôU Che ne $ai$ bas birquoi, dit-il en se tournant vers Gobenheiin, le manufacturier, el fCa bas enfayé brentre chez moi iinguande mille francs, che les lui aurais remisse.
— Oh I non, dit Joseph Lebas, monsieur le baron. Tous deviez bien savoir que la Banque avait refusé son papier, TOUS l'avez fait rejeter dans le comité d'escompte. L'affaire de ce pauvre homme, pour qui je professe encore une haute estime, offre encore des circonstances singulières...
La main de Pillerault serrait celle de Joseph Lebas.
— Il est impossible, en effet, dit Mongenod, d'expliquer eequi arrive, à moins de croire qu'il y ait, cachés derrière Gigonnet, des banquiers qui veulent tuer l'affisdre de la Madeleine.
— Il lui arrive ce ^ai arrivera toujours à ceux qui sorllent de leur spécialité, dit Claparon en interrompant Mouliez \od. S'il avait monté lui-même son Iluile Géphalique au ^ u de venir nous renchérir les terrains dans I^aris en se je-
t «.^essus, il aurait perdu ses cent mille francs chea Ro* in^ vnais il n'aurait pas failli. Il va travailler sous le nom Popinot.
-Attention à Popinot, ditGîgonnet.
Roguin, selon cette masse de négociants, était Vin/briuné iogtUn^ le parfumeur était et pauvre Birotteau* L'un sem*
IBS SCÈNES Bl iÀ TIE PARISIENNE
blai^ exeuM par une gimnde paisioB, Tautri umbltlt pStM coupable à cause de ses prétentions. En quittant la Boursp, Gigonnei pana par la rue Perrin-Gatsdtn a^ntde revenir rue Grenétat, et vint ehes madame Madou, la raarehamds de fruits aeci.
•— Ma grosse ' mère, lui dit-il atee sa cruelle bonhomie^ eh bien I comment va notre petit commerceT
— A la douce, dit respectueusement madame Uadou en présentant son unique fauteuil à Tusurier avec une affectueuse servilité qu'elle n'avait eue que pour It thtr défunt.
La mère Ifadou, qui Jetait à terre un charretier réealdtrant ou trop badin, qui n'eût pas craint d'aller à l'assaut des Tuileries au 10 octobre, qui goguenardait ses meilleures pratiques, capable enfin de porter sans trembler la parole au roi au nom des dames de la halle, Angélique Madou recevait Gigonnet avec un profond respecté Sans force en sa présence, elle frissonnait «ous son regard Apre. Les gens du peuple trembleront encore longtemps devant le bourreau, Gigonnet était le bourreau de ce commerce* A la halle, nul pouvoir n'est plus respecté que celui de l'homme qui fait le cours de l'argent^ Les autres institutions humaines ne soat rien auprès. La justice elle-même se traduit aux yeux de la halle par le commissaire, personnage avec lequel elle se familiarise. Haia l'usure assise derrière ses partons verts^ l'iisure implorée la crainte dans le c<eur, dessèche la plain»» terie. altère le goçsier, abat la fiert<l du regard et pend k peuple respectueux^
— ISat-ce que tous ayea quelque chose à me demanderT
dit-elle.
•^ Un rien, une misère, tenez-vous prête à rembenrsef les effets Birotteau, le bonhomme a fait faillite^ tout devient exigible, je vous enverrai le compte demain matin.
Les yeux de madame Madou se concentrèrent d*aboitl comme ceux d'une chatte, puis vomirent des flamme, ^
— Ahl le gaeoxl ahl le scélérat I il est venu lai^Bsêne
ici xtn âifff quil était adjoint, w mon\or aei covlenrf I U^ tij:;;, Ç9 vfi pomme ça, lo commerao I U »*y « piui <}« fol chez les m«re3, lo gouverpemenl 90U» tronap^, AU^Xi je Tais aller me faire payer, moi...
^— Hé ! (lans pes ^airç»rU, ch«e«n $*e» tire «ppime il peut, chère enfentl dit Gigonneten levwt *ft jambe par cê petit mouvement »ec ^mbj^ble à «plui d'un cbal qui veut i^s^v m çn4rpH mouUW, el auquel ij devait wn nom. B y fi de grof |)QPD^t9 qui pépient 4 retire? leur épingle d»
r^ Pon I bon t je vais retirer ma noisette* Marier Jeanne I mes socques et mon cachemire de poil de lapin, et viiai ûA }$ te réchauffe la joue par une giroflée 4 einq f^illei,
«-*- Ça va s'échauffer dans le haut de hi rue, se dit Gigo»* net en se frottant les mains. Du Tillet sera content, il f anra du seandale dans le quartier. Je ne sais pas na que lui a fût ce pauvre diable de parfumeur, moi j'eu ai pitié epmme d'un chien qui se easse la patte. Ce n'est pas un hommOf il n'est pas de force.
Madame Madou déboucha, comme une insurfeetlen dn faubourg Saint'^/^ntoine, sur les sept heures du soir à la porte du pauvre Birotteau qu'elle ouvrit avec une exoessive. violence, car la marche avait encore anim^ ses esprits»
•«.r Tas de vermine, il me faut mou argent, Je veqi mim argent ! Vous me donnerez mon argent, ou je vais empofiv t«r des sachets, des brimborions de satin^ des éventails, ta» fin de la marchandise pour mee deux mille francs I A<*t*OB jamais vu des maires volant les administrés! Si vous ne m^ payez pas, je l'envoie aux galères, je vais ches le procureur du roi^ le tremblement de la justice iri son train I Bnfin, je ne pors pas d'ici saus ma monnaie.
Elle fit mine de lever les glaces d'une armoire où étaienl des objets précieux.
-^ La Madou prend, dit à voix basse Oélestin à sea voisin.
La marchande entendit le mot* car dans les paieiQfnMs
f60 SCÈNES DE LA VIE PARISIENNE
de passion les organes s'oblitèrent ou se perfectionnent se* Ion les constitutions, elle appliqua sur l'oreille de Célestin la plus f igonreuse tape qui se fût donnée dans un magasin de parfumerie.
— Apprends à respecter les femmes, mon ange, dit-elle, et à ne pas chififonner le nom de ceux que tu Toles.
— Madame, dit madame Birotteau sortant de l'arrière» boutique où se trouvait par hasard son mari que l'oncle Pillerault voulait emmener, et qui, pour obéir à la loi, pousssait l'humilité jusqu'à vouloir se laisser mettre en prison; madame, au nom du ciel, n'ameutez pas les passants.
^ Eh! qu'ils entrent, dît la femme, je leux y dirai la diose, histoire de rire I Oui, ma marchandise et mes écus ramassés à la sueur de mon front servent à donner vos bals. Enfin, vous allez vêtue comme une reine de France avec la laine que vous prenez à des pauvres igneaux comme moil Jésus t ça me brûlerait les épaules, à moi, du bien volé I Je n'ai que du poil de lapin sur ma carcasse, mais il est à moi I Brigands de voleurs, mon argent on...
Elle sauta sur une jolie botte en marqueterie où étaient de précieux objets de toilettes.
— Laissez cela, madame, dit César en se montrant, rien ici n'est à moi, tout appartient à mes créanciers. Je n'ai plus que ma personne, et si vous voulez vous en emparer, me mettre en prison, je vous donne ma parole d'honneur (une larme sortit de ses yeux) que j'attendrai votre huissier, le garde du commerce et ses recors...
Le ton et le geste en harmonie avec l'action firent tomber la colère de madame Madou.
— Mes fonds ont été emportés par un notaire, et je suis
innocent des désastres que je cause, reprit César ; mais vous
nerez payée avec le temps, dussé-je mourir à la peine eC
ravailler comme un manœuvre, à la halle, en prenant l'état
• porteur,
mm Allons, vous êtes un brave homme, dit la femme dm
CÉSAH BIROTTEAU 261
la halle. Pardon de mes paroles, madame; mais faut donc que je me jette à Teau, car Gigonnet Ya me poursuivre, et je n'ai que des valeurs à dix mois pour rembourser vos damnés billets. *
i— Venez me trouver demain matin, dit Pillerault en se montrant, je vous arrangerai votre affaire à cinq pour cent, ^ez un de mes amis.
— Quien I c'est le brave père Pillerault. Eh mais, il est votre oncle, dit-elle à Constance. Allons, vous êtes d'honnêtes gens, je ne perdrai rien, est-ce pas? A demain, vieux I dit-elle à l'ancien quincaillier.
César voulut absolument demeurer au milieu de ses raines, en disant qu'il s'expliquerait ainsi avec tous ses créanciers. Malgré les supplications de sa nièce, l'oncle Pillerault approuva César, et le fît remonter chez lui. Le rusé vieillard courut chez monsieur Haudry, lui expliqua la position de Birotteau, obtint une ordonnance pour une potion somnifère, l'alla commander et revint passer la soirée chez son neveu. De concert 9vec Césarine, il contraignit César à boire comme eux. Le narcotique endormit le parfumeur, qui se réveilla, quatorze heures après, dans la chambre de son oncle Pillerault, rue des Bourdonnais, emprisonné par le vieillard, qui couchait, lui, sur un lit de sangle dans son salon. Quand Constance entendit rouler le fiacre dans lequel son oncle Pillerault emmenait César, son courage l'abandonna. Souvent nos forces sont stimulées par la nécessité de soutenir un être plus faible que nous. La pauvre femme pleura de se trouver seule chez elle avec sa fîlle, comme elle aurait pleuré César mort.
— Maman, dit Césarine éh s'asseyant sur les genoux de sa mère, et la caressant avec ces grâces de €^atte que les femmes ne déploient bien qu'entre elles, tu sn'as dit que si je prenais bravement mon parti, tu trouverais de la force contre l'adversité. Ne pleure donc pas. Tna chère mère. Je suis prêle à entrer dans quelque magasin, et je ne penserai plus à ce que nous étions. Je serai comme toi dans ta jeu-
M2 SCÈNES M hk Vl« I»AAISIENNE
iiMsd. ^ÊM pi«iliiêrè demoiâellé^ et td b'ftnténdraà JttmAis une tMttintd m Un regfét. J'ai ttne èâpénuiee. N*às-tu pat •ntefiâtt mo&âieiif Popitiot?
— Le cher enfant, il ne sera pas mon ge&dre... t^ Oh I maman.*.
^ H sera véritablement mon fils.
— Le malheur, dit Césarine en embrassant sa mère, a aela d&bOn t(u'il ndtts appi'end & connaître nos vrais amis.
Césarine Anit par adoucir le chagrin de la pauvre fenmie éii jouant auprès d'elle le rôle d'une mère, Lô lendemain matin, Constance alla chez le duc de Lenoncourt, un des ptemiets gentilshommes de la chambre du roi, et y laissa tthe iMtrô par laquelle elle lui demandait une audiehce à tme cettainé heure de la journée. Dans l^intervalle, elle thlt cbet monsieur de La Billardîère, lui etposa la situation Où la fuite du notaire mettait César, le pria dé Tappuyer auprès du du6, et de parler pour elle, ayant peur de mal s'expliquer. Elle voulait une place pour Biro;teau. Birotteau serait le cailler le plus probe^ s'il y avait à distingua dans la probité.
— Le roi vient de nommer le comte de Fontaine à une direction générale dans le ministère de sa maison, il n'y a pas de temps à perdre.
 deux heures^ La Billardîère et madame Géiar montaient ie grand escalier de l'hôtel de Lenoncourt> rue Saint-Dominique, et furent introduits chez celui de ses gentilshommes que le roi préférait^ û tant est que le roi Louis XYIII ait eu des préférences* Le gracieux accueil de ce grand sd-
fneur, qui appartenait au petit nombre des vrais gentil»ommes que le siècle précédent a légués à celui-ci, donna cte l'espoir à u«idame César. La femme du parfumeur se inontra grande ^ ûin^\e dans la douleur. La douleur ennoblit les personnes les plus vulgaires, car elle a sa grandeuf , et pour en recevc^^ du lustre, il suffit d'être vrai. Constance était Une femme essentiellement vraie. Il s'agissait de pu^er au roi promptement.
€É8A1I BlROTTiÀV MS
An miliett d« la cooférenoa, (m annon^ft numaieur de TandeaMse, et le due s'éeria t '— Voilà votre aauveurl
Madame Birotteau n'était pas inconnue à ce jeune homme, ▼oiitt chez elle une ou deux fois pour y demander de ces bagatelles souvent aussi importantes que de grandes choses. Le duc exf^iqua les intentions de La Billardière. En appreaani le malheur qui accablait le filleul de la marquise d'UxelleS) Yandenesse alla sur-le-^hamp avec La Billarëière chez le comte de Fontaine, en priant madame BirotlAau de Tattendre. Monsieur le comte de Fontaine était, 0omme La Billardière, un de ces braves gentilshommes de province^ héros presque inconnus qui firent la Vendée. Birotteau ne lui était pas étranger^ il l'avait vu jadis à la Reine des Roses. Les gens qui avaient répandu leur sang pour la cause royale jouissaient à cette époque de privilèges que le roi tenait secrets pour ne pas effaroucher les libéraux.
Monsieur de Fontaine» un des favoris de Louis XVIII, passait pour être dans toute sa confidence. Non-seulement le comte promit positivement une place, mais il vint chez le due de Lenoncourt^ alors de service, pour le prier de lui obtenir un moment d'audience dans la soirée, et de demander pour La Billardière une audience de MoMSiBim, qui ainait particulièrement cet anden diplomate vendéen.
Le soit même, monsieur le eomte de Fontaine alla des Tuileries chez madame Birotteau lui annoncer que son mari serait, après son concordat, officiellement nommé à une place de deux mille cinq «enta francs à la Caisse d'amortissradent, tous les services de la maison du roi se trouvant alors chargés de nobles surnuméraires avec lesquds en avait pris des engagements.
Ge tuecès n'était qu'une partie de la tâche de madame Birotteau. La pauvre femme alla rue Saint-Denis, au Chat ^Ui pe/drtf , trouver Joseph Lebas. Pendant cette course, elle fifttteontra dans un brillant équipage madame Roguin, qjà sttttk doute f^tiseii des empteties* 8es yeux ei eaux é& la
864 SCÈNES DK lA VIE PARISIENNI
belle notaresse se croisèrent. La honte que la femme heureuse ne put réprimer en voyant la fenune ruinée donna du courage à Constance.
— Jamais je ne roulerai carrosse avec le bien d'antniî, se dit-elle.
Bien reçue de Joseph Lebas, elle le pria de procurer à sa fille une place dans une maison de commerce respectable. Lebas ne promit rien; mais huit jours après, Césanne eut la table, le logement et mille écus dans la plus riche maison de nouveautés de Paris, qui fondait un nouvel établissement dans le quartier des Italiens. La caisse et la surveillance du magasin étaient confiées à la fille du parfumeur, qui, placée au-dessus de la première demoiselle, remplaçait le matlre et la maîtresse de la maison.
Quant à madame César, elle alla le jour même chez Popinot lui demander de tenir chez lui la caisse, les écritures et le ménage. Popinot comprit que sa maison était la seule où la femme du parfumeur pourrait trourer les respects qui lui étaient dus et une position sans iufériorité. Le noble enfant lui donna trois mille francs par an, la nourriture, son logement qu'il fit arranger, et prit pour lui la mansarde d'un commis. Ainsi la belle parfumeuse, après avoir joui pendant un mois des somptuosités de son appartement, dut habiter Teffroyable chambre, ayant yue sur la cour obscure et humide où Gaudissart, Anselme et Finot avaient inauguré THuile Céphalique.
Quand Molineux, nommé agent par le tribunal de commerce, vint prendre possession de l'actif de César Birotteau. Constance, aidée par Célestin , vérifia l'inventaire avec lui. Puis k mère et la fille sortirent, à pied, dans une mise simple, et allèrent chez leur oncle Pillerault sans te> tourner la tète, après avoir demeuré dans cette maison le tiers de leur vie. Elles cheminèrent en silence vers la rue des Bourdonnais, où elles dînèrent avec César pour 1^ première ^ois depuis leur séparation. Ce fut un triste dîner. Chacun avait eu le temps de laire ses réSexions^ de me*
GÉSAR BIROTTEAU 26S
sorer retendue de ses obligations et de sonder son eonrage. Tous trois étaient comme des matelots prêts à lutter avec le maavais temps^ sans se dissimuler le danger. Birotteau ^rit courage en apprenant avec quelle sollicitude de grands personnages lui avaient arrangé un sort; mais il pleura quand il sut ce qu'allait devenir sa fille. Puis, il tendit la main à sa femme en voyant le courage avec lequel elle recommençait à travailler. L'onde Pillerault eut pour la dernière fois de sa vie les yeux mouillés à l'aspect du touchant tableau de ces trois êtres unis, confondus dans un embrassement au milieu duquel Birotteau , le plus faible des trois, le plus abattu, leva la main, en disant : — Espérons!
— Pour économiser, dit l'oocle, tu logeras avec moi, garde ma chambre et partage mon pain, n y a longtemps que je m'ennuie d'être seul , tu remplaceras ce pauvre enfant que j'ai perdu. D'ici, tu n'auras qu'un pas pour aller, rue de l'Oratoire, à ta caisse.
— Dieu de bonté, s'écria Birotteau, au fort de Torage une étoile me guide.
En se résignant, le malheureux consomme son malheur. La chute de Birotteau se trouvait dès lors accomplie, il y donnait son consentement, il redevenait fort.
Après avoir déposé son bilan, un commerçant ne devrait plus s'occuper que de trouver une oasis en France ou à fétranger pour y vivre sans se mêler de rien, comme un enfant qu'il est; la loi le déclare mineur et incapable de tout acte légal, civil et civique. Mais il n'en est rien. Avant de reparaître, il attend un sauf-conduit que jamais ni jiigecommjssaire ni créancier n'ont refusé, car s'il était rencontré sans cet exeat^ il serait mis en prison, tandis que, muni 4e cette sauvegarde, il se promène en parlementaire dans le camp ennemi, non par curiosité, mais pour déjouer les mauvaises intentions de la loi relativement aux faillis» L'eflét de toute loi qui touche à la fortune privéb est de d4TeIopi>er prodigieusement les fourberies de l'espriu Lt
it6 gCÈNfiS t>k LÀ Vie if^ARlSIGNNK
jpenséedeâ faillis, comme de touè céujc dbtlt lèslntét^éi tont contrecarrée pat une loi quéleon^ue , est de Tannulc à leur égard, ta fiitùsitioil de mort ei^il^ Où le failli re^l éothme une chrysalide, dure troii mois environ, t^mf exigé par les formalités avant d'arriver au congrès où s signe entre les créancière et le débiteur un traité de paix transaction appelée concordat. Ce mot indique assez que 1 Concorde règne après la tempête soulevée entre des Inié rets violemment contrariés.
Sur le vu du bilan, le trinunal de commerce nomm aussitôt un ]uge-commissaire qui Veille àul intérêts d la masse des créanciers inconnus et doit ptoiégèt le fail] contre les entreprises vexatoires de ses créanciers irrités double rôle qui serdt magnifique à Jouerj si les iuges-coix tnissâires eu avaient le temps. Ce Juge-eommissaire inre^ un agent du droit de mettre la main sur les fonds, led yc leuts, les marchandises , eu vérifiant Tactif porté dans 1 bilan; enfin le greffe indique une convocation de tous le eréancieils, laquelle se fait aU son de trompe des annonce dans les journaux. Les créanciers faux ou vrais sont tenu d'aocourir et dose réunir afin de nommer des syndics pro vispiresqui remplacent l'agent, se chaussent avec les sou liers du fàillii deviennent par une fiction de la loi le failj hii-même, et peuvent tout liquider, tout vendre, transige sur tout, enfin fondre la cloche au profit des créanciers, s le failli ne s'y oppose pas. ta plupart des faillites parisien ncss^arrétent aux syndics provisoires, et voici pourquoi
ta nomination d un ou plusieurs syndics définitifs es un des actes les plus passionnés auxquels puissent se livre: les créanciers altérés de vengeance, joués, bafoués, tur lu pinés, attrapés, dindonnés , volés et trompés. Quoiqii'ei général les créanciers soient trompés, volés, dindonnés attrapés, turlupinés, bafoués et joués , il n'existe pas i Paris de passion commerciale qui vive quatre- vingt- dîj Jours.<» En négoce, les effets de commerce savent seuls S4 dresser, altérés de payement, à trois mois. A^ quatrevingt-dix jours tous les créanciersi exténués de iiati|jruc
CÉSAR filROtTfiAÛ Mt
par lei marches et coatre-marches qu'exige une faillite, iorment auprèâ de leurs excellentes petites femmes, âeci peut aider les étrangers à comprendre combien en France le provisoire est définitif: sur mille syndics provisoires, il D*en est pas cinq aui deviennent définitifs. La raison de cette abjuration des haines soulevées par la faillite va se eoncevoir. Mais 11 devient nécessaire d'expliquer aux gens qui n'ont pas le bonheur d'être négociants, le drame d'une faillite, a n de faire comprendre comment il constitue à Paris une des plus monstrueuses plaisanteries légales^ et eommentlafaitlitede César allait être une énorme exception. Ce beau drame commercial a trois actes distincts: l'acte de Tagent, l'acte des syndics, l'acte du concordat. Comme toutes les pièces de théâtre il offre un double spectacle : Û a sa mise en scène pour le public et ses moyens cachés, il y a la représentation vue du parterre et la représeniation vue des coulisses. Dans les coulisses sont le failli et son agréé, l'avoué des commerçants, les syndics et Gagent, enfin le juge-commissaire. Personne hors Paris ne sait, et personne à Paris n'igDore qu'un juge au tribunal de com^ merce est le plus étrange magistrat qu'une société se soit permis de créer. Ce juge peut craindre à tout moment sa justice pour lui-même. Paris a vu le président de son tribunal de tommerce être forcé de déposer son bilan. Au lieu d'être un vieux négociant retiré des affaires et pour qui cette magistrature serait la récompense d'une vie pure^ ce Juge est un commerçant surchargé d'énormes entreprises, à la tête d^une immense maison. La condition sine gu^ non de l'élection de ce juge, tenu de juger les avalanches de procès coumierciaux qui roulent incessamment dan» la capitale, est d'avoir beaucoup de peine à conduire ses propres affaires. Ce tribunal de commerce, au lieu d'avoir été institué comme une utile transition d'où le ué* gociant s'élèverait sans ridicule aur régions de la noblesse, se eotnpose de négociants en exercice, qui peuvent souf- Irir de leurs sentences en rencontrant leurs parties m^ contentes, comme Birotteaa rencontrait du Tillet.
Le juge-commissaire est donc nécessairement un person* nage devant lequel il se dit beaucoup de paroles, qui les écoute en pensant à ses affaires et s'en remet de la chose publique aux syndics et à l'agréé^.sauf quelques cas étranges et bizarres^ où les vols se présent avec des circonstances curieuses, et lui font dire que les créanciers ou le débiteur sont des gens habiles. Ce personnage, placé dans le drame comme un buste royal dans une salle d'audience , se voit le matin, entre cinq et sept heures, à son chantier, s'il est marchand de bois; dans sa boutique, si, comme jadis Birotteau, il est parfumeur^ ou le soir après diner^ entre la poire et le fromage, d'ailleurs toujours horriblement pressé. Ainsi ce personnage est généralement muet. Rendons justice à la loi; la législation, faite à la hâte, qui régit la matière a lié les mains au juge-commissaire, et dans plusierus circonstances il consacre des fraudes sansles pouvoir empêcher^ comme vous l'ai lez voir.
L'agent, au lieu d'être l'homme des créanciers, peut devenir l'homme du débiteur. Chacun espère pouvoir grossir sa part en se faisant avantager par le failli, auquel on suppose toujours des trésors cachés L'agent peut s'utiliser des deux côtés, soit en n'incendiant pas les affaires du failli, soit en attrapant quelque choses pour les gens influents ; il ménage donc la chèvre et le chou. Souvent un agent habile a fait rapporter le jugement, en rachetant les créances et en relevant le négociant, qui rebondit alors comme une balle élastique. L'agent se tourne vers le râtelier le mieux garni, soit qu'il faille couvrir les plus forts créanciers et découvrir le débiteur, soit qu'il faille immoler les créanciers à l'avenir du négociant. Ainsi l'acte de l'agent est l'acte décisif. Cet homme, ainsi que l'agréé, joue la grande utilité dans cette pièce où, l'un comme l'autre, ils n'acceptent leur rôle que sûrs de leurs honoraires. Sur une moj^enne de mille faillites, l'agent est neuf cent cinquante fois l'homme du failli. A l'époque où cette histoire eut lieu, presque toujours les agréés venaient trouver le juge-commissaire et lui présentaient un agent à nommer, le leur, un homme à qui les
■flaires du négociant étaient connues et qui saurait concilier les intérêts de la masse et ceux de l'homme honorable lOmbé dans le malheur. Depuis quelques années, les )Uges habiles se font indiquer l'agent que l'on désire, afin de ne pas le prendre, et tâchent d'en nommer un quasi vertueux.
Pendant cet acte se présentent les créanciers, faux ou frais, pour désigner les syndics j^rovûotres, qui sont, comme il est dit , définitifs. Dans cette assemblée électorale, ont droit de voter ceux auxquels il est dû cinquante sous comme les créanciers de cinquante mille francs : les voix se comptent et ne se pèsent pas. Cette assemblée^ où se trouvent les faux électeurs introduits par le failli, les seuls qui ne manquent jamais à l'élection, propose pour candidats les créanciers parmi lesquels le juge-commissaire, président sans pouvoir, est tenu de choisir les syndics. Ainsi, le jugecommissaire prend presque toujours de la main du failli les syndics qu'il lui convient d'avoir ; autre abus qui rend cette catastrophe un des plus burlesques drames que la justice puisse protéger. L'homme honorable tombé dans le malheur, maître du terrain, légalise alors le vol qu'il a médité. Généralement le petit commerce de Paris est pur de tout blâme. Quand un boutiquier arrive au dépôt de son bilan, le pauvre honnête homme a vendu le chftle de sa femme, a engagé son argenterie, a fait flèche de tout bois et a succombé les mains vides, ruiné, sans argent même pour l'agréé, qui se soucie fort peu de lui.
La loi veut que le concordat qui remet au négociant une partie de sa dette et lui rend ses affaires soit voté par une certaine majorité de sommes et de personnes. Ce grand œuvre exige une habile diplomatie dirigée au milieu des intérêts contraires qui se croisent et se heurtent, par le I failli, par ses syndics et son agréé. La manœuvre habituelle, I vulgaire, consiste à offrir, à la portion des créanciers qui fait la .najorité voulue par la loi, des primes à yayer par le débiteur en outre des dividendes consentis au concordat, k cette immense fraude il n'est aucun remède ; les trente
trib)maia de commerce <{ui se sont succédé les uns mu autres la connaissent pour Faroir pratiquée. ]Ëclairés par iiic long^usage, ils ont fini dernièrement par s^ décidei à annuler les effets entachés de fraude, et comme le^ faillis ont intérêt à se plaindre de cette ^xtormn^ les jugei espérèrent moraliser ainsi la faillite, mais ils arriveront à la rendre encore plus immorale; les créanciers inven teront quelques actes encore plus coquins, que les jugci flétriront comme juges, et dont ils profiteront <pomme ôé^ gociants^
Une autre manoeuvre fuxttèmét^eni en usage, à laquelU on doit Texpression de créancier sérieux et légitime^ coa« si^te à créer des créanciers, comme du Tilletayaitcréé um maison de banque, e( à introduire une certaine Quantité d< GlaparoQs, sous lu peau desquels se cache )e f^iui qui, dét lors, diminue d'autant le di?idende des créancier^ véritable», et se crée aipsi des ressources pour l'avenir, tout eu se iné nageant la quantité de voix eV de sommes nécessaires poui obtenir son concordat* Les créanciers gais et Ulégitimes som comme de faux électeurs introduits dans le collège électg^ rai. Que peut faire le créancier sérieux et légiiim contre les créanciers gais $t illégitimes? s'pu débarrasser en les attaquant I Vien. Pour chasser les intrus le créancier sérieux 0i légitime doit abandonner ses affaires, charger un agré4 d« sa cause, lequel agréé, n'y gagnant presque rien, préfôri diriger des faillites et mène peu rondement ce procilloa. Pour débusquer le créancier gai^ besoin est d'entrer daas I9 dédale des opérations, 4e remonter 4 des époques éloignées, fouiller les livres, obtenir par autorité de justice Tapp^rl de ceux du faux créancier, découvrir rinvraisomblanee dfl la fiction, la démontrer aux juges du tribunal, plaider, all^ri venir, chauffer beaucoup de cœurs; puis, faire métier di don Quichotte à Tendroit de chaque créancier illégitime #{ gai^ lequel, s'il vient à être convaincu de gaiatéf se reiin en f saluant les juges et dit: r-* Excuses-moi, vous voui trompes, je suis trésrsérieux^ la tout sans préjudice dei droits du failli, qui peut mener le don Quisbette en qooi
CÉiàll BmOTTBAO SM
ro^e. OttrtBt ee temps, les affiires 4a dott Quiebotta vont mal, il est sMceptible é% dépoter ton bilan*
Morale: Le débiteur nomme «9 syndiee, tlriie mi erëances et arrange son concordat InWméme.
D*après ces données, qui ne devine les intrigues, tours dé Sganarelle, inventions de Frontin, mensonges de Mascarille et sacs vides de Scapin (jue développent ces deux systèmest n ii'existe pas de faillite où il ne s'en engendre assez pour fournir la matière des quatorze volumes de Clarisse Earlo0 à Vauteur qui voudrait les décrire. Un seul exemple suffira. L'illustre Gobseck, le maître de Palma, des Oigonnet, des Werbrust, des Keller et des Nucingen, s'étant trouvé dans ane faillite où il se proposait de rudement mener un négociant qui Pavait su rouer, reçut en effets à échoir après le concordat la somme qui, jointe à celle des dividendes, formait l'intégralité de sa créance. Gobseck détermina Vacceptation d'un concordat qui consacrait soixante-quinze pour cent de remise au failli. Voilà les créanciers joués au profit de Gobseck. Mais le négociant avait signé les effets illicites de sa raison sociale en faillite, et il put appliquer à ces effets la déduction de soixante-quinze pour cent. Gobseck, le grand Gobseck^ reçut & peine cinquante pour cent. Il saluait toujours son débiteur avec un respect ironique.
Toutes les opératiops engagées par uq failli dix jours avant sa faillite pouvant être incriminées, quelques hommes prudents ont soin d'entamer certaines affaires avec un certain nombre de créanciers dont l'intérêt esL comme celui du failli, d'arriver à un prompt concordat, bes créanciers très^fins vont trouver des créanciers très-niais ou trèsoccupés, leur peignent la faillite en laid et leur achètent leurs créances la moitié de ce qu'elles vaudront i la liquidation, et retrouvent alors leur argent par le dividende de leurs créances, et la moitié, le tiers ou le quart gagpé sur les créances achetées. . „ .
La faillite est la fermeture plus ou moins bermétiquf d*UM maison oà le j^illage a laissé fuelquti aaes d'argeol»
tn SCÈNES Dl LA yn PARISIENNE
Heureux le négociant qui se glisse par la fenêtre, par le toit, par les '^ves, par un trou, qui prend un sac et grossit sa part ! Dans cette déroute, où se crie le sauve qui peut de la Bérésina, tout est illégal et légal, faux et vrai, honnête et déshonnéte. Un homme est admiré s'il se couvre. Se couvrir est s'emparer de quelques valeurs au détriment des autres créanciers. La France a retenti des débats d'une immense faillite éclose dans une ville où siégeait une cour royale, et où les magistrats en comptes courants avec les faillis s'étaient donné des manteaux en caoutchouc si pesants que le manteau de la justice en fut troué. Force fut, pour cause de su^icion légitime, de déférer le jugement de la faillite dans une autre cour. Il n'y avait ni juge-commissaire, ni agent, Di cour souveraine possible dans Tendroit où la banqueroute avait éclaté.
Cet effroyable gâchis commercial est si bien apprécié à Paris, qu'à moins d'être intéressé dans la faillite pour une somme capitale, tout négociant, quelque peu affairé qu'il soit, accepte la faillite comme un sinistre sans assureurs, passe la perte au compte des profits et pertes^ et ne commet pas la sottise de dépenser son temps ; il continue à brasser ses affaires. Quant au petit commerçant, harcelé par ses fins de mois, occupé de suivre le char de sa fortune, un procès effrayant de durée et coûteux à entamer l'épouvante ; il renonce à y voir clair, imite le gros négociant, et baisse la tête en réalisant sa perte.
Les gros négociants ne déposent plus leur bilan, ils liquident à l'amiable ; les créanciers donnent quittance en prenant ce qu'on leur offre. On évite alors le déshonneur, les délais judiciaires, les honoraires d'agréés, les déprécia* tions de marchandises. Chacun croit que la faillite donnerait moins que la liquidation. U y a plus de liquidations que de faillites à Paris.
L'acte des syndics est destiné à prouver que tout syndic est incorruptible, qu'il n'y a jamais entre eux et le failli la moindre collusion. Le parterre, qui a été plus ou moins syndiC| ^t que tout syndic est un créancier cauurt. U écoute.
GÉSAti BIROTTEAU 273
Il eroît ce qu'il veut, et arrive à la journée du concordat, après trois mois employés à vérifier les créances passives et les créances actives. Les syndics provisoires font alors à l'assemblée un petit rapport dont voici la formule générale :
<c Messieurs, il nous était dû à tous en bloc un mfllion. Nous avons dépecé notre homme comme une frégate soml^rée. Les clous, les fers, les bois, les cuivres ont donné trois cent mille francs. Nous avons donc trente pour cent de nos créances. Heureux d'avoir trouvé cette somme quand notre débiteur pouvait ne nous laisser que cent mille francs, nous le déclarons un Aristide^ nous lui votons des primes d'encouragement^ des couronnes, et proposons de lui laisser son actif, en lui accordant dix ou douze ans pour nous payer cinquante pour cent qu'il daigne nous promettre. Voici le concordat, passez au bureau, signez-le! i>
 ce discours, les heureux négociants se félicitent et s'embrassent. Après l'homologation de ce concordat, le failli redevient négociant comme devant ; on lui rend son actif, il recommence ses affaires, sans être privé du droit de faire faillite des dividendes promis, arrière petite faillite qui se voit souvent^ comme un enfant mis au jour par uno mère neuf mois après le mariage de sa fille.
Si le concordat ne prend pas, les créanciers nomment alors des syndics définitifs, prennent des mesures exorbitantes en s'associant pour exploiter les biens, le commerce de leur débiteur, saisissant tout ce qu'il aura, la succession de son père, de sa mère, de sa tante, etc. Cette rigoureuse mesure s'exécute aumoyen d'un contrat d'union.
Il y a donc deyx faillites : la faillite du négociant qui veut ressaisir les affaire^:, et la faillite du négociant qui, tombé dans l'eau, se contente d'aller au fond de la rivière. Pillerault connaissait bien cette différence. U était selon lui, comme selon Ragon, aussi difficile de sortir pur de la première que de sortir riche de la seconde. Après avoir conseillé l'abandon général, il alla s'adresser au plus honnête agr^é de lar place pour le faireexécuter en liquidante
27lt SCÈNES mg Lkym pajusienne
f^il^ et relnettfflittles iFaleurs à la di^^ilion de» créas* • cièn. La loi Teut que leA créaBCÎ^ns donnent^ pendant Is^ durée de ce drame, des alûnents au failli et à aa* Emilie* Pilieravilt fit sinreir au juge-eo«HM8sair9 qufil. pourvoinûl. aux besoins de sa nièce et de son neveu.
Tout avait été combiné par du "nilet pour rendre la faillite une agonie coastantei à son ancien patron. Yoioi comment» Le temps est ai précieux à Parisy ipie générale* ment dans les foillitcs, de^ deux syndics, un seul s'occupe des afiGûres. L'autre est pom* la forme; il approuve^ comme le second notaire- dans les actes notariés. Le syncbe agis* sant se repose asse^ souvent suar Tagréé. Far ce moyen, à Paris, les faillites du premier genre se mènent û ronde* ment que, dans les délais voulus par la loi, tout eal bftclé, ficelé, servi, arrange! En cent jours, le juge^MimBÛssitlre peut dire le mot atroce d'un ministre : L'ordre règne à Varsovie.
Du Tillet voulait la mori commerciale du pufumeur. Aussi le nom des syndics nommés par Tinfluence de du Tillet fut-il significatif pour Pilleramlt. Monsieur Bidault^ dit Gigonnet, principal créancier, devait; ne s'occuper de rien'; Molineux, le petit vieillard tracassier qui ne perdait rien, devait s'occuper de tout. Du Tillet avait jeté à œ petit chacal ce noble cadavre commercial à toumtenteren le dévorant. Après l'assemblée où les créancieiv nommèrent le syndicat, le petit Molineux rentra chez hii, honoré^ dit4i, des suffrages de ses condtoyemt^ heureux d'avoir Birotteau à régenter, comme un en&nt d'avoir à tracasser un insecte» Le propriétaire à: cheval siurlaloipria du Tillet de l'aéder de ses lumières, et il acheta le Code de commerce. Heureuse-, ment Joseph Ld)as, prévenu par Pillerault, a\ail tout d'abord Obtenu du président de commettre un juge-commissaire sagace et bienveillant. &obenheim-Keller, que du Tillet avait espéré avmr, se trouva remplacé par monsieur Gamusot, juge suppléant, le riche marchand de soeiries libéral, propriétaire de la maison où demeurait Pillerault^ et liomme dit honorable*
GÉ8A& BIR0TTB4U 27&
Une d«B plus* borribtos scène de la TÎe de César fut sa eoflférence oUigée avec le petit Molineux^ cet être qu'il regardait œmme ai nul et qnii, par une fiction de la loi^ était devenu César Birotteau. Il dut aller, accmnpagné dé son onde, à la cour Batave, monter les six étages et rentrer dans rhorrible appartement de ce vieillard, son tuteur^ s6n ^aai-juge, la représentant de la masse de ses créanciers^
— Qu'as-Ho.? dit PilleranltàCésar eaentendantuneexcla* mation. •
— Ah I mon onole, vous ne. saves pas quel homme est ceMoIineux!
— Il y a qaiazeans qoe ja le voi» de temps en temps au café David, où il joue le soir au dominos, aussi t'ai-je accompagné.
Monsieur Modineux fut d'une politesse excessive pour Pi]lerault ei d'une déddgneuse condescendance pour son failli. Le petit vieillard avait médité sa conduite, étudié les nuances de son maintieuy préparé ses idées.
— Quels renseif^ements voulez -vous? dit Pillerault. II n'existe aucune contestation relativement aux créances.
— Ôh l dit le petit Modineux, les créances sont en règle^ tout est vérifié. Les créanciers sont sérieux et légitimes! Mais la loi, monsieur, la loil Les dépenses du failli sont en disproportion avec sa fortune... Il conste que le bal... .
— Auquel vous avez assisté, dit Pillerault en l'interrompant.
— A coûté près de soixante mille francs^ ou que celte somme a été dépensée en cette occaâoa, l'actif xlu failli n'alkài pas alors à plus de cent et quelque* mille francs;.. Il y a. lieu de déférer le failli au juge extraoïtdinaire sous l'inculpation de banquer(^e simple.
— Ëst-*ce là votre avis? dit Pillerault en voyant l'abattement où ce mot jeta Birotteau.
— Monsieur, je distingue f le sieur Birotteau était officier municipal....
Î76 SCÈNES Dl LA TIE PARISIENNE
— Vous ne nous avez pas fait venir apparemment pour nous expliquer que nous allons être traduits en police correctionnelle? dit Pilleraulu Tout le café David rirait ce soir de votre conduite.
L'opinion du café David parut effaroucher beaucoup le petit vieillard, qui regarda Pillerault d'un air eflforé. Le syndic comptait voir Birotteau seul, il s'était promis de se poser en arbitre souverain, en Jupiter. Il comptait effrayer Birotteau parle foudroyant réquisitoire préparé, brandir sur sa tête la hache correctionnelle, jouir de ses alarmes^ de ses terreurs, puis s'adoucir en se laissant toucher, et rendre sa victime une ftme à jamais reconnaissante. Au lieu de son insecte, il rencontrait le vieux sphinx commercial.
— Monsieur, lui dit-il, il n'y a point à rire.
— Pardonnez-moi, répondit Pillerault. Vous traitez assez largement avec monsieur Glaparon ; vous abandonnez les intérêts de la masse afin de faire décider que vous serez privilégié pour vos sommes. Or, je puis, comme créancier, intervenir* Le juge-commissaire est là.
— Monsieur, dit Molineux, je suis incorruptible.
— Je le sais, dit Pillerault, vous avez tifé seulement, comme on dit, votre épingle du jeu. Ycus êtes fin, vous avez agi là comme avec votre locataire...
— Oh ! monsieur, dit le syndic redevenant propriétaire comme la chatte métamorphosée en femme court après une souris, mon affaire de la rue Montorgueil n'est pas jugée. Il est survenu ce qu'on appelle un incident. Le locataire est locataire principal. Cet intrigant prétend aujourd'hui qu'ayant donné une année d'avance, et n'ayant plus qu'une année à... (Ici Pillerault jeta sur César un coup d'oeil pour lui recommander la plus vive attention.) — Et, l'année étant payée, il peut dégarnir les lieux. Nouveau procès. En effet, je dois conserver mes garanties jusqu'à parfait payement, il peut me devoir des réparations.
— Mais, dit Pillerault, la loi ne vous donne de garantie sur les meubles que pour des loyers.
CÉSAR BIROTTBAU 277
— Et accessoires ! dit Holineux attaqué dans son centre. L'article du Gode est interprété parles arrêts rendus sur la matière; il faudrait cependant une rectification législative. J'élabore en ee moment un mémoire à Sa Grandeur le garde des sceaux sur cette lacune de la législation. Il serait digne du gouyemement de s'occuper des intérêts de la propriété. Tout est là pour l'État, nous sommes la souche de l'impôt.
— Yous êtes bien capable d'éclairer le gouyemement, dit Pillerault; mais en quoi pouyons-nousyous éclairer, nous, relativement à nos affaires ?
— Je yeux savoir, ditMolineux avec une emphatique autorité, si monsieur Birotteau a reçu des sommes de monâeor Popinot,
— - Non, monsieur, dit Birotteau.
n s'ensuivit une discussion sur les intérêts de Birotteau dans la maison Popinot^ d'où il résulta que Popinot avait le droit d'être intégralement payé de ses avances, sans entrer dans la faillite pour la moitié des frais d'établissement dus par Birotteau. Le sjndic Molineux, manœuvré par Pillerault, revint insensiblement à des formes douces qui prouvaient combien il tenait à l'opinion des habitués du café David. Il finit par donner des consolations à Birotteau et par lui offrir, ainsi qu'à Pillerault, de partager soa modeste diner. Si l'ex-parfumeur était venu seul, il eût peut-être irrité Molineux, et l'affaire se serait envenimée. En cette circonstance comme en quelques autres, le vieux Pillerault fut un ange tutélaire.
IQ est un horrible supplice que la loi commerciale impose aux faillis: ils doivent comparaître en personne, entre leurs syndics provisoires et leur juge-commissaire, à l'asaonblée où leurs créanciers décident de leur sort. Pour un homme qui se met au-dessus de tout, comme pour le négociant qui cherche une revanche, cette triste cérémonie est peu redoutable. Mais pour un homme comme César Birotteau, cette scène est un supplice qui n'a d'analogie que dans
le denner j«iir à'wn eoodafamé à mort. PUlêraalt fit tovf pour pendre à son nmm cet borriMe jour «upportaUe.
Voici queiles forent let ^pératâont de Molinesx, eonaa»* lies par le Imlli, Le procès relatif «uxtenraina aitu^rue du Panboorg-du-Temple fut gagné *en oour nmle. Ion syndics décidèrent de vendre les propriétés, Oésarne s'y opfiosa point ^J>u Tillet, instruit des ntentionB dn fouvernement concernant un canal qui devait joindre Saint-Denis à la haute Seine, jsa f>as8Mit par le faubourg in ïem|^e, acheta ks terrains de Birotteau peMur la sooune de soixani^dix mille francs. On abandonna les droits 4e César dans Taffiiire des terrains de la Madeleine à monsieur Claparon, à la condition qu'il abandonnerait de soncôlé toute réclamation relative à la moitié due par Birotteau dans les frais d'eonegistrement et de passation de contra^, à la charge de payer le prix des terrains en touchant, dans la fafiHtte, le dividende qui revenait aux vendeurs. Llntér^t du parftimear dans la maison Popinot et compagnie fut vendu ^mdit Pepinot ponr la somme de quarante-huit mille francs. liO fonds de la Reine des Boses fut acheté par Célestin Qrerel cinquante-sept mille francs avec le droit au bail, les «tardiandtses, les meilbles, la propriété de la Pâte des Sultanes, celle de l'Eau €arminative, et la location pour douze ans de la fabriques, dont les ustensiles lui furent également vendus. L'actif liquide fut de cent quatre-vingt-^piinze mille francs^ aux- <;uels les syndics ajoutèrent sotxantOKiix mille francs prodm s par les droits de Birotteau dans la liquidation de rinfortuné Roguin. Ainsi le total ^atteignit à deux cent cinquante-cinq mille francs. Le passif montait à quatre cent quarante, il y vivait piuà de^eimpiaBte^pour oeot.
La iat^e est comme une opération chimique, ^'où le négociant habile tâdie de sortir ftaa. Birotteau, dtstiNé t«ut entier dans^etlè ooniiie,'doamkjm[iiiéMitalq«t rei^t <ldTillet fitriaix. Du Tillet croynit à aine ifaidlile diéshosnête, il voyait uife faillite ^wrUBtea&té iPeujsenible à «on gain, car i 1 allait avoir les terrains de la Madeleine sans lionne jdéiter, il lannait voulu ilB çauv» AHafllwnt jdMio-
oÉByLaannomBku 179
'SMMré,t»ierdi^ vilipendéulies ccétneters^ à l^tssemlilée génénde, allaienlK sans donte porter leparfomeiir en triomphe.
À ^meiure que le cminife de Birotteau lui reif«iiait, son 4iiiele, en;6age méieoii^ lui graduait ka daaes en Tinitiant JBX opérations |de la Mltite. Ctes mesuies ^riolentes étaient aolHBit de eoupa. Uninégoaiant n> apprend pas sans douleur la d^édation des choies <qm repréimteat pewr lui tant â'Mgent, tant <ée sms. Les nonvelles (pie loi donnait son •ende le pétrifiaient.
-*- €inquante«*aept nille Iranes la Reine des B^sesl maïs iàesur^ann a coûté dix mille francs; mais les appartements taoûtem quarante mâle franes; mais les mises de k fabrique, fee mtensiles, les fonnes, les 4)lHtudières, onl eoCtté trente jnille -francs; mais, à dncpiante pour eent de remise, il se trouve pour dix mille franes dans ma boutique; mais la l^eet r&u «ont une prcfriété qui vaut une lérmel
Ces jérémiades du pauvre Géiar miné n'épouvantaient jçibto Pil}efiauU«'L'anàen négooiai^ les écoulait comme un ^ehegpal reçoit une a/rerse à une porte, mais il était effrayé da movne silence que gardait le parfumeur quand il s'ag^- ;«it de rtassemblée. Pour qui «comprend les vanilés et les Hùblessesqui dans chaque s^re sodale atteignent Thomme, n'était-ee pas un herrible supplice pour ce pauvre homme i|ue<de revenir en fdlli dans le palais de justice commercial toiiMl> était entré juge? daller recevoir des avanies là où il iétaii allé tant de fois remercié des services qu'il avait rendus? Lui Birotteau, dont les opinions infleadblesÀ Tégard des faillis étaient connues' de tout le commerce parisien, lui qui avait dit : « Ouest encore honnôte homme en déposant •eem 'bilan, mais l-on sort fripon d'une assemblée de créan- ^rsl » Son oncle étudia les heures favorables pour le fa- «niliimaer avec l'idée de comparaître devant ses créanciers assemblés, comme la loi le voulait. Cette obligation tuait fiirotlean. Sa muette rémgnation faisait une vive impression isur fHllerauH, qui Houvent, la nuit, Fentendait à travers la doison décriant : Jamais! jamais! je serai mort avant.
fôl^rault, cet homme si fort par la shnplicité de sa
vie, comprenait la faiblesse. Il résolut d'éviter à Birotteau les «MQgoisses auxquelles il pouvait succomber «dans la scène terrible de sa comparution devant les créanciers, scène mévitable! La loi; sur ce points est précise, formelle, exigeante* Le négociant qui refuse de comparaître peut, pour ce seul fait, être traduit en police correctionnelle, sous le prévention de banqueroute simple* Mais si la loi force le failli à se présenter, elle n'a pas le pouvoir d'y faire venir le créancier. Une assemblée de créanciers n'est une cérémonie importante que dans des cas déterminés: par exemple, s'il y a lieu de déposséder un fripon et de faire un contrat d'union, s'il y a dissidence entre des créanciers favorisés el des créanciers lésés, si le concordat est ultrà-voleur et que le failli ait besoin d'une majorité douteuse. Mais dans le cas d'une faiUite où tout est réalisé, somme dans le cas d'une faillite où le fripon a tout arrangé^ l'assemblée est une formalité. Pillerault alla prier chaque créancier l'un après l'autre de signer une procuration pour son agréé. Chaque créancier, du Tillet excepté, plaignait sincèrement César après l'avoir abattu. Chacun savait comment se conduisait le parfumeur, combien ses livres étaient réguliers, combien ses affaires étaient claires. Tous les créanciers étaient contents de ne voir parmi eux aucun créancier gai. Molineux, d'abord agent, puis syndic, avait trouvé chez César tout ce que le pauvre homme possédait, même la gravure d'Héro et Léandre donnée par Popinot, ses bijoux personnels, son épingle, ses boucles d'or, ses deux montres, qu'un honnête homme aurait emportées sans croire manquera la prebité» Constance avait laissé son modeste écrin. Cette touchante obéissance à la loi frappa vivement le commerce. Les ennemis de Birotteau présentèrent ces circonstances comme aes signes de bêtise; mais les gens sensés les montrèrent sont leur vrai jour, comme un magnifique excès de probité. Deux mois après^ Topinion à la Bourse avait chaûgé. Les gens les plus indifférents avouaient que cette faillite était une des plus rares curiosités commerciales qui se fussent vues sur la place. Aussi les créanciers, sachant ou'ils allaient
toudier euvjron soixante pour cent» firent-ils tout ce que voulait Pillerault. Les agréés sont en très-petit nombre, il arriva donc que plusieurs créanciers eurent le même fondé de pouvoir. Pillerault finit par réduire cette formidable assemblée à trois agréés, à lui-même, à Ragon, aux deux syndics et au juge-commissaire.
Le matin de ce jour solennel, Pillerault dit à son neveu : — César, tu peux aller sans crainte à ton assemblée aujourd'hui, tu n'y trouveras personne.
Monsieur Ragon voulut accompagner son débiteur. Quand l'ancien maître de la Reine des Roses fit entendre sa petite voix sèche, son ex-successeur pâlit ; mais le bon petit vieux lui ouvrit les bras, Birotteau s'y précipita comme un enfant dans les bras de son père, et les deux parfumeurs s'arrosèrent de leurs larmes. Le failli reprit courage en voyant tant d'indulgence et monta en fiacre avec son oncle. A dix heures et demie précises, tous trois arrivèrent dans le cloître Saint-Merri, où dans ce temps se tenait le tribunal de commerce. A cette heure, il n'y avait personne dans la salie des faillites. L'heure et le jour avaient été choisis d'accord avec les syndics et le juge-commissaire. Les agréés étaient là pour le compte de leurs clients. Ainsi rien ne pouvait intimider César Birotteau. Cependant le pauvre homme ne vint pas dans le cabinet de monsieur Camusot, qui par hasard avait été le sien, sans une profonde émotion, et il frémissait de passer dans la salle des faillites.
— Il fait froid, dit monsieur Camusot à Birotteau, ces mesâeurs ne seront pas fâchés de rester ici au lieu d'aller nous geler dans la salle. (Il ne dit pas le mot faillite.) Asseyez-vous^ messieurs.
Chacun prit un siège, et le juge donna son fauteuil à Birotteau confus. Les agréés et les syndics signèrent.
— Moyennant l'abandon de vos valeurs^ dit Camusot à Birotteaui vos créanciers vous font, à l'unanimité, remise du restant de leurs créances, votre concordat est conçu en des termes qui peuvent adoucir votre chagrin; votre agréé la fera promptement homologuer; vous voilà libre. Tous les
juges àû tribunal, cher monti«iir Birotlaïu^dit Gamnsot^sn ]ui|Hieiieiit'les mains, sont tonchés de votre position «ans étire :siurpiiis de votre courafe, 'et il n'est penomie qm n*ut tendu justice ià votore prolDâté. Dans le malheur, voQ^,ai«z été difne ée «e que "vous étiez ici. Voici iingt ans que je S'iis dans le commerce, et Toici ki seconde iim que je «vois tun^né^oûmt tombé fagnant encore dans l'estime publique. i^roMom^prit Aes mains du juge, et lesM^rra les larmes aux yeux ; Gamusot hii demanda ce qu'il comptait faire, BdroUean répondit qu^il lâlak travailler à payer ses 'Créanciers ifitégralement.
— Si pour consommer crtte noble tftche il vous fallait quelques mille francs, vous les trouveriez toujours chez moi, dit Canrasot, je les donnerais avec bien du plaisir pour être témoin d'un fait assez rare à Paris.
Pilleraùlt, Ragon et Birotteau se retirèrent.
— Eh bien I ce n^était pas la mer à boire, lui dit Hilïerault sur la porte du tribunal.
— Je reconnais vos oeuvres, mon oncle, dit le pauvre homme $Lttendri.
— Vous voilà rétabli, fnous sommes àdeuxpas de la rue ^es (^Linq-Diamaats, venez voir mon neveu, biidit Rançon,
Ce fut une cruelle sensation par.kupieHe fiueotteau devait passer que de voir .Constance assise ^ans run petit bureau à Tentre-sol bàstet «ombne situé au-dessus de la boutique, où •dominait un ttableau montant au tiers ide isa fenôtre, inter- ^ceptant le jour,. et sur lequd -était écsit -.A. PONNOT.
— * Yoilà Fundes lieuienants d' Aleiandre, dit avec la gaieté du malheur Birotteau en montrant ic Iridcan.
Cette gaieté forcée, où se retroufuit naïvement Tinextin* guible sentiment delà sopériorité que s'était crue Birott«an» •causa comme un frisson à Ragon, malgré «es soixante^dix ans. César vit>sa femme descendant à Popinet des Idtresà signer ; il ne put 'ni rôtesif «es larmes, ni empêcher ssn visage de pftiir.
— - Bonjour, mon ami, lui dit-eHe d'un air riai^
<^SAR BIROTTEAU 2i3
*^ Jeoe^ demamderai pas si in es bien ici, ^it César en regardant Popinot.
•«- Cêmmn chez mon fils, répondil^elie avec nn air attendri qui kaipfSL r«i-négooiaot.
.Birottean prit Popinot, Tembraisa en disaat : — Je viens de perdre à jamais le droit de l'appeler mon fils.
'^ Espérons, dit i^pinot. Voàre hmle marche, frâoe & BEies effonrts dans les fonnsanx, à ceux de Gaudissart qui a fait ila'FBaoceentière, «qui Ta inondée d'affiches, de prospectus,^ qni mamlenant fait inpvimer à Stnasbonrg des pro- ^>aolns allemands, ^et va descendreleomme une invasion sur l'Allemagne. Nous avons obtenu le placement de tnois mille
^^^ Trois néUe grasses I dit César.
•^* JBt i^ai acheté, dans le fanbomrg Stti^lfai€flau,mB tervain^ ,pas dier, où Ton construit une fabrique. Je conserverai celle du faubourg du Temple.
— Ma femme, dit Bisotteau à l'oreille de Constance, avec «n ^u d'aide, on «^en serait tiré.
Bepuis cette ûtlale journée, €ésar, sa femme et sa fille se •Offlaprioent. Le^awvre ^employé 'ViGuilut atteindre à «m liésultat sàaaa impossiUe, dn «noins gigantesqae^ au payement intégral de Ba>de^e 1 Qes trois ^tres^ unis ipar le lien d'<une inrobité féroce, idevinrent avares, set se refusône&t tout : un liard lemr pandssait sacré. Par calcul, Césarine eut pour son commerce un dévouement de jeune fille. £Ue passait les nuils, â'isgéniaitpour accroître la prospérité èe la maison, •tiifttwait des Âess\m d'étoffes et dé|Moyait vm génie oommer- -cisi inné. Les malëres étaient obligés idemodérer son anleur lan travail, ils la récompensûent par des gratifications; tmais elle refusait ks paruves et les *byoux que lui proposaient ses patrons. De l'argent I était son cri. fChaqne mois^ ette lapporlait ses appointements, «es petits gains, à son londe PUlemuU. Autœit en laisait César, autant madame .fiinitleau. Xous trois se reoonnaîssant inhidstles, aucun d'ensilé voulant ;asfl«neraBr lui k jresponsabilité du mou* at tdealonda, jls «valait Yemis à tPiUenaik ila- dtrèe-
tion suprême du placement de leurs économies. Redevenu négociant Toncle tirait parti des fonds dans les reports à la Boui*se. On apprit plus tard qu'il avait été secondé dans cette œuvre par Jules Desmarets et par Joseph Lebas, empressés l'un et l'autre de lui indiquer les affaires sans risques.
L'ancien parfumeur, qui vivait auprès de son oncle, n'osait le questionner sur l'emploi des sommes acquises par ses travaux et par ceux de sa fille et de sa femme. Il allait tête baissée par les rues, dérobant à tous les regards son visage abattu, décomposé, stupide. César se reprochait de porter du drap fin.
— Au moins, disait-il avec un regard angélique à son oncle, je ne mange pas le pain de mes créanciers. Votre pain me semble doux quoique donné par la pitié que je vous inspire, en songeant que, grftceà cette sainte charité, je ne vole rien sur mes appointements.
Les négociants qui rencontraient l'employé n'y retrouvaient aucun vestige de parfumeur. Les indifférents concevaient une immense idée des chutes humaines à l'aspect de cet homme au visage duquel le chagrin le plus noir avait mis son deuil, qui se montrait bouleversé par ce qui n'avait jamais apparu chez lui, la pensée ! N'est pas détruit qui veut. Les gens légerr, sans conscience, à qui tout est indifférent, 'ne peuvent jamais offrir le spectacle d'un désastre. La religion seule imprime un sceau particulier sur les êtres tombés; ils croient à un avenir, à une Providence; il est en eux une certaine lueur qui les signale, un air de résignation sainte entremêlée d'e^érance qui cause une sorte d'attendrissement ; i)s savent tout ce qu'ils ont perdu comme un ange exilé pleurant à la porte du ciel. Les faillis ne peuvent se présenter à la Bourse. César, chassé du domaine de la probité, était une image de l'ange soupirant après le pardon. Pendant quatorze mois, plein des religieuses pensées qub sa chute lui inspira, Birotteau refusa tout plaisir. Quoique sftr de l'amitié des Ragon, il fut impossible de le déterminer à venir dtner chez eux, ni chez les Lebas, ni chez les Mati&t,
CÊBAB. BIROTTSÀU 285
id chez les Protez et Gbiffreville, ni même chez M. Yauquelia. qui tous s'empressèrent d'honorer en César une vertu supérieure. César aimait mieux être seul dans sa chambre que de rencontrer le regard d'un créancier. Les prévenances les plus cordiales de ses amis lui rappelaient amèrement sa position. Constance et Césarine n'allaient alors nulle part. Le dimanche et les fêtes, seuls jours où elles fussent libres, ces deux femmes venaient à l'heure de la messe prendre César et lui tenaient compagnie chez Pillerault après avoir accompli leurs devoirs religieux. Pillerault invitait l'abbé Loraux, dont la parole soutenait César dans sa vie d'épreuves, et ils restaient alors en famille. L'ancien quincaillier avait la fibre de la probité trop sensible pour désapprouver les délicatesses de César. Aussi avait-il songé à augmenter le nombre d^es personnes au milieu desquelles le failli pouvait se montrer le front blanc et l'œil à hauteur d'homme.
Au mois de md 1820, cette famille aux prises avec l'adver»té fut récompensée de ses efiforts par une première fête que lui ménagea l'arbitre de ses destinés. Le dernier dimanche de ce mois était l'anniversaire du consentement donné par Constance à son mariage avec César. Pillerault avait loué, de concert avec les Ragon , une petite maison de campagne à Sceaux, et l'ancien quincaillier voulut y pendre joyeusement la crémaillère.
César, dit Pillerault à son neveu le samedi soir, demain nous allons à la campagne, et tu y viendras.
—César, qui avaitune superbe écriture, faisait le soir des copies pour Derville et pour quelques avoués. Or^ le dimanche, muni d'une permission curiale, il travaillait comme un nègre.
— Non, répondit-il, monsieur Derville attend après un compte de tutelle.
— Ta femme et ta fille méritent bien une récompense. Tu ne trouveras que nos amis : l'abbé Loraux, les Ragon, Vopinot et son oncle. D'aille«rs, je le veux.
Céaar et sa femne, emportés psr le toufbiiloK dt» af^ Q' étaient jamais. ceveuus à Seeaux, quoique de temps^ tous deux souhaitassent y retourner pouF reroir sous lequel s'était presque évanoui le premier combla Reine des Roses* PÔndant: la. route, que César fit re aveo sa femme en sa fille, et Popinot qui les Constance jeta à son mari des negards'd'inteliigenee uvoir amener sur ses lèvres un> sounre. Elle lui dit* » mots à l'oreille^ il agita la tète pour tonte réponse^ ices expressions de cette tendresse^ inallérd)le mais an lieu d'édairoir le visage de Céson, le rencfirem» mbre et amenèrent dans ses yeuxi quelques larmes fes. Le pauvre homme avait fait eette route vingtans rant^ riche, jeune, plein d^e^oir, amonreox d'une» ille aussi belle que Tétait maihtcnant Césanne; il tors le Loabeiir^ et: voyait attjoaffd!hui dans le fond e sa noble enfant pâlie par les veilles, sa coura^ emme n'ayant plus que la beauté des villes sur lèsent passé les laves du volcan. L'amour seul était ^attitude de César étouffait la joie au cœur de sa l'Anselme, qui lui représentaient la channante scène ois.
lyez heureux, mes enfants, vous en arvez le droit, ce pauvre père d'un ton déchirant. Yons pouvez ler sans arrière-pensée, ajouta4-iL
eau^ en disant ces dernières paroles, avait pris les e sa femme, et les baisait avee une sainte et admifféction qui toucha plus Constance que la pius vive Quand ils arrivèrent à la maison où les attendaient M, les Ragon, l'abbé Lorauxet le juge Popinot, ces rsonnes d'élite eurent un maintien, des regards et >les qui mirent César à son aise, car toutes étaient le voir cet homme toujours au lendemain de son
liez vous promener dans les bois d'Aulaay-, dit Pillerault.en mettant la main de César dans cellet
CÊtAft KROTTEMJ 207
dvCenstaiice , allez'-y ave& Aoseime et Céaarine 1 vou8*re* viendrez à (v*^Vte heurosé
— Pauvres gens, nous^lesgénerionB^ die madame Ragon^ attendrie par la douleur vraie de sob débileur, il sera bien joyeux tautôu
— - CTest le repentir saiss la fautes dit l'abbé Loraux.
— Il ne pouvait segnmdir que par le malheur, dît le juge;
Oublier est le grand secret des existences jfortes et créatrices ; oublier à la manière de la nature, qui ne se connatt point de passé, qui' recommence à toute heure les^ mystères de ses infatigables enfantements. Les existences faâ)les, comme était celle de Birotteau, vivent dans les douleurs, au lieu de les changer en apophthegmes d'expérience; elles s'en saturent, et s'usent en rétrogradant chaque jour dans les malheurs consommés. Quand les deux couples eurent gagné le sentier qui mène aux bois d'Aulnay , posés comme une couronne sur un des plus jolis coteaux des environs de Paris, et que la Vallée-aux-Loups se montra dfflis toute sa coquetterie^ la beauté du jour, la grâce du paysage, la première verdure et les délicieux souvenirs de la plus belle journée de sa jeunesse, détendirent les cordes tristes dans l'&me de César; il serra le bras de sa femme contre so%cœur palpitant, son teil ne fut plus vitreux, la luniière du plaisir y éclata.
— Enfin, dit Constance à son mari, je te revois, mon pauvre César. Il me' semble que nous nous comportons assez bien pour nous permettre un petit plaisir detemps en temps.
— Et le puis-jè? dit le pauvre homme. Ah ! Constance, ton affection est le seul bien qui me reste. Oui, J'ai perdu jusqu'à la confiance que j'avais en moinméme, je n'ai plus de force, mon seul désir est de vivre assez pour mourir quitte avec la terre^ Toi, chère femme, toi qui es ma sagesse et ma prudenee, toi qui voyais clair, toi qui es irréprocbable, tu peux avoir de la gaieté : moi seul, entre nous
288 SCÈNES DE LA VIE PÂBilSIENNE
trois, je suis coupable. Il y a dix-huit mois, au milieu dfn ^«*4* ^"♦"le fête, je yoyab ma Constance, la seule femm» aimée , plus belle peut-être que ne l'était la jeune I aveclacfielle j'ai couru dans ce sentier il y a vingi tme courent nos enfantsl... En yingt mois, j'ai fiébeauté, mon orgueil^ un orgueil permis et légitime, î davantage en te connaissant mieux... Oh I chère! donnant à ce mot une expression qui atteignit au sa femme, je voudrais bien t'entendre gronder, au s voir caresser ma douleur, ne croyais pas, dit-elle, qu'après vingt an3 de mélour d'une femme pour son mari pût s'augmenter, t fit oublier pour un moment à César tous ses malir il aviût tant de cœur que ce mot était une for- ('avança donc presque joyeux vers leur arbre^ qui , rd, n'avait pas été abattu. Les deux époux s'y assiegardant Anselme et Césanne qui tournaient sur la ilouse sans s'en apercevoir, croyant peut-être aller devant eux.
iemoiselle, disait Anselme, me croyez-vous assez assez avide pour avoir profité de l'acquisition de la rotre père dans l'Huile Céphalique? Je lui conserve mr sa moitié, je la lui soigne. Avec ses fonds, je Dmpte; s'il y a des effets douteux, je les nrends de i. Nous ne pouvons être l'un à l'autre qurle lendela réhabilitation de votre père, et j'avance ce jour, [te la force que donne l'amouE.
at s'était bien gardé de dire ce secret à sa bellelez les amants les plus innocents, il y a toujours le paraître grands aux yeux de leurs maîtresses, sera-ce bientôt? dit-elle.
ntêt , dit Popinot. Cette réponse fut faite d'un ton rant, que la chaste et pure Césarine tendit son cher Anselme qui y mit un baiser avide et res- , tant il y avait de noblesse dans l'action de eeU9
(EÉSAH BIROf^TEAV 289^
^^Jfafia^ tout va biei^, âit-«He à €ésav d^un air fin. Soi» geitti], Causer, quitte ton asp tristd;
Quand cette famille si unie rentra dans Ik imôson de PfW lerault, César, quoique peu observateup; apeffçut.crtiez les Bagon un changement! d» maniôros qai décslaîD quelque événement. L'accueil de madame Ragon fut particoliâre^ meni onctueu»,. son re^d: et sona^Kient disaient IGésac i JSàua sûmmes,]ifay4s^
Au dessert, le notaire de Sceaux se présenta, Ifonskr Wih^ lerault le fît asseoir, et regarda Birotteau q^. cammençgit à soupçonner une suiipEise,.san8 pouvoir en imaginée l'étendue.
— lHon neyeu, depuis dix-huit mois, Ifes économies de ta femme, de ta fille et les tiennes ont produit vmgj mille francs. J'ai reçu trente mille francs pour le dividende de ma créance, nous avons donc cinquante mille francs à don* ner à tes créiEuiciers. Monsieur Ragpn a reçu trente mille francs pour son dividende , monsieur le notaire de Sceaux t'apporte donc une quittance du payement intégral, intérêt& compris, fait à tes amis. Le reste de la somme est che^ Crottat, pour Lourdois, la mère Madou, le maçon, le diarpentier, et tes créanciers lès plus pressés. L'année prochaine, nous verrons. Avec le temps et là patîeneej on ve lohi.
La joie dé Birotteau ne sediécrit par, il' se jeta^dims lies bras de son oncle en pleurant.
. —-Qu'il porte aujourd'hui sa^ croix, diti Bagoiv à TabUé Loraux.
Le confesseur attacha le ruban- rouge' à la boutonnière de* remployé, qui se regarda pendanttlà soirée à vingt reprises» dans lés ghce» du £«lon, en manifestant un plàifflr dont ao» raient ri des gens qui se croient supérieurs, et que ces bons* bourgeois trouMaienli natucel» Le l6ndeBiai%.Bnolteau se rendit chez madame Madone
— Ahl vous voilà, bon sujet, luidle-eHe^ je ne«v«» re* connaissais pas, tantvous^avex^blttMbk Gejaendan^.voiis ne
pâtissez pas, vous autres; vous avez des places. Moi, je me donne un mal de caniche qui tourne une mécanique, et qui mérite le baptême.
»- Mais, madame...
. ^Hél ce n'est pas une reproche, dit-dJe, vous, avez quittance.
-*- Je viens vous annoncer que je vous payerai chez maître Grottat, notdre, aujourd'hui, le reste de votre créance et les intérêts,
— Est-ce vrai?
— Soyez chez lui ft onze lieures et demie. ••
— En voilà de l'honneur, à la bonne mesure et les quatre au cent, dit-elïe en admirant avec naïveté Birotteau. Tenez, mon cher monsieur, je fEiis de bonnes affaires avec votre petit rouge, il est gentil, il me laisse gagner gros sans c>iieaner les prix, afin de m'indemniser; eh bien! je vous donnerai quittance, gardez votre argent, mon pauvre vieux! La Madou s'allume, elle est piailleuse, mais elle a de ça, ditelle en se frappant les plus volumineux coussins de chair vive qui aient été connus aux halles.
— Jamais, dit Birotteau, I;^ loi est précise, je veux vous payer intégralement.
— Alo.rs, je ne me ferai pas prier plus longtemps, dit-elle* Et demain, à la halle, je cornerai votre honneur. Âh ! elle est rare, la farce !
Le bonhomme eut la même scène chez le peintre en bâtiments, le beau-père de Grottat, mais avec des variantes. Il pleuvait. Gésar laissa son parapluie dans un coin de la porte. Le peintre enrichi, voyant Teau faire son chemin dans la belle salle où il déjeunait avec sa femme, ne fut pas tendre. ,
— Allons^ que voulez-vous, mon pauvre père Birotteau? ^t-il d'un ton dur qiue beaucoup de gens prennent pour papier à des mendiants importuns.
^ Monsieur, votre gendre ne vous a donc pas dit*,.
dkSAR BIROTTEAU 2M
-^ Quoi? reprit Lourdois impatienté en croyant à quelc|oe demande.
— De vous trouver chez hA ce matin, à onze heures et demie, pour me donner quittance du payement mtégral de votre créance ?•••
— ' Ah! c'est différent, asseyez- vous donclà^ monsieur Birotteau, mangez donc un morceau avec nous...
— Faites-nous le plaisir de partager notre déjeuner, dit madame Lourdois.
— Ça va donc bien? lui demanda le gros Lourdois.
— Non, monsieur, il a fallu déjeuner tous les jours avec une flûte à mon bureau pour amasser quelque argent, mais avec le temps j'espère réparer les dommages faits i non prochain.
— Vraiment, dit le peintre en avalant une tartine chargée de pftté de foie gras, vous êtes un bMnme d'honneur.
— Et que fait madame Birotteau? dit madame Lourdois.
— Elle tient les livres et la caisse chez M. Anselme Popinot.
— Pauvres gens, dit madame Lourdois à voix basse àaon mari.
— Si vous aviez besoin de moi, mon cher monsieur Birotteau, venez me voir, dit Lourdois, je pourrais vous aider. ••
— J'ai besoin de vous à onze heures, monsieur, dit Birotteau qui se retira.
Ce premier résultat donna du courage au failli^ saps lui rendre le repos; le désir de reconquérir l'honneur agita démesurément sa vie; il perdit entièrement la fleur qui décorait son visage, ses yeux s'éteignirent et son visage se creusa. Quand d'anciennes connaissances rencontraient César le matin à huit heures, ou le soir à quatre heures, allant à la rue de l'Oratoire ou en revenant, vêtu dtf la redingote qu'il avait au moment de sa chute et qu'il ménageait comme un pauvre sous-lieutenant ménage son uniforme, les cheveux «ntièrement blancs, p&le, craintif, quelques-uns l'arrêtaient
S92 SCÈNES DU L'A WE PAtlOSIENNE
maigre lui, car son oeil ^tait alerte, il* se cavàmt fo long d«s
murs à la façon des voleurs.
— rVn pftnnaît votre conduite, mon amii disaitM)m Taut rette la rigueur avec laquelle- vous vous traites linsi que votre fille et votre femme.
m peu plus de temps, disaient les «ntres, plaie pas mortelle.
lis bien la plaie de Titoe, répondit un jour à ivre César affaibli.
Qcement de Tannée 1822, le canal Skint<-Maré. Les terrains situés dans le fkubourg du iront à des prix fous. Le projet coupa précisé'la propriété de du Tillet, autreftris celle de LU. La compagnie à qui fut concédé Ve canal prix exoriîitant si le banquier pouvait livrer un temps dtonné; Le bail consenti par César à chait râffaire. Lo banquier vint' rue des Cinq- ' le droguiste; Si Popinot était indifférent à du lé de Césarine portait à cet bomme une haine ignorait le vol et les infâmas) oombinaisons rheureux banquier, mais une voix intérieure Cet bomme est \m voleur impuni. Popinot la moindre affaire avec lui^, sa« présence lui En ce moment surtout, il voyait du Tûlat des. dépouilles de son« anci«n. {uUcon,. car les i Madeleine commençaient k sléiéver à. das geaient les valeurs exorbitantes auxquelles ils 1 1327.. Aussif quand le banquier eut expliqjué visite,, Popinot le regarda-t^il avec une indintcée.
ms point voua refuser numi déûstemeiit dn me faut soixante: mUie francs^, et je me rabat* nd.
mille francs! s'écria dis Tillet enfbisaol an y retraite, ore quinze ans de baiî, je dépenserai parmi
OËSAR BIROTmàU 293
troisTnîWe'francB de»ptuB pour me «emphacerune fabriqué. Ainsi, soixante mille francs, ou ne causions pas ds^aaitage, dit PqiiBet 'en irentvatit dans ^a boutique, xiù re«myit du Tillet.
La discussion s*échariffii, le nom deBirofteau fut prononcé, madame César ttesoenâit a -vit' du Tfllet pour la première fois depuis leïametnt 'bal. Le banquier ne putrerlcnir «n mouvement ^e surprise à raspect des (Changements qui s'étarem opères diez *ion ancienne patronne, et il baissa l«s yeux, ^fiPrayé de son ouvrage.
— Itfonsieur, dit Popinot à madame César, trouve de vos terrains trois cent mille francs, et il nous refuse soixante mille francs d'indemnité j)our notre Mil...
— Trois nulle francs de rente;, dit du Tille t avec emphase.
— Trois mille f canes t.*. «^péta: madame César d'oui Ion «impie et pénétrant.
Du Tillët pâîit. ï*opinot regarda madame Birotteau. Il y eut un moment de silence profond qui rendit cette seène eacare plus inexplicable pour Anselme.
— Signe^Honoi votre désistement que j'ai fait préparer par Crottat, dit du Tdllet en tirant un papier timbré de sa poche de côté, je vais vous donner un bon sur la Banque de soixante mille francs.
Popinot TOgaida madame «César sans dissimuler «on profond étcmnement, il oroyait révter. Pendant que du TiUet signait «on bon sur une -table à pupitre élevé. Constance disparut et remonta dans rentresol. Le droguiste et le banquier échangèrent leurs papiers. DuTilletsoctit en saluant Popinot froidement.
— Enfin, dans quelques mois, dit Popinot qui regarda du Tillets'eii4i]laBt.nie4es Lombards où son cabriolet était arrôté^ .gràee à «ette «iAguliére affaire^ j'aurai ma Césarâae. Ma pauvre petite femme ne ae ibrûlera plus le saogà tcawUml ^Comment 1 un reisaFd 4ie madame ^Gésar ajHiffîl
294 SCiTIES DE LA VIE PARISIENNE
Qu'y a-t-il entre elle et ce brigand T Ce qui vient de se passer est bien extraordinaire.
Popinot envoya toucher le bon à la Banque et remonta pôv' parler à madame Birotteau ; mais il ne la trouva pas à la caisse, elle éudt sans doute dans sa chambre. Anselme et Ck>nstance vivaient comme vivent un gendre et une bellemère quand un gendre et une belle-mère se conviennent ; il alla donc dans l'appartement de madame César avec Tempressement naturd à un amoureux qui touche au bonheur. Le jeune négodant fut prodigieusement surpris de trouver sa Mure belle-mère, auprès de laquelle il arriva par un saut de chat, lisant une lettre de du Tillet, car Anselme reconnut récriture de l'ancien premier commis de Birotteau. Une chandelle allumée, les fantômes noire et agités de lettres brûlées sur le carreau firent frissonnor Popinot qui, doué d'une vue perçante, avait vu sans !3 vouloir cette phrase au commencement de la lettre que tenait sa belle-mère :
Je vom adore î vous le saves^ ange de ma vie, et pourquoi» »•
— - Quel ascendant avez-vous donc sur du Tillet, pour lui faire conclure une semblable affaire T dit-il en riant de ce rire convulsif que donne un mauvais soupçon réprimé.
— Ne parlons pas de cela, dit-elle en laissant voir un horrible trouble.
— Oui, répondit Popinot tout étourdi, parlons de la fin de vos peines. — Anselme pirouetta sur ses talons et alla jouer du tambour avec ses doigts sur les vitres, en regardant dans la cour. — Hé bien ! se dit-il, quand elle aurait aimé du Tillet^ pourquoi ne me conduirais-je pas en honnête homme ?
— Qu*avez-vcms, mon enfant? dit la pauvre femme.
— Le compte des bénéfices nets de THuile Géphalique se monte à deux cent quarante-deux mille francs, la moitié est de cent vin^ et un, dit brusquement Popinot. Si je retranche de cette somme les quarante-huit mille francs don-
nés à monsieur Birotteau, il en reste soixante-treize mille, qui, joints aux soixante mille francs de la cession de bail, vous donnent cent trente-trois mille francs.
Madame César écoutait dans des anxiétés de bonheur qui la firent palpiter si violemment, que Popinot entendait les battements du cœur.
— Eh bien ! j^ai toujours considéré monsieur Birotteau eommemon associé, reprit-il, nous pouvons disposer de cette somme pour rembourser ses créanciers. En l'ajoutant à celle de vingt-huit mille francs de vos économies placées par notre oncle Pillerault, nous avons cent soixante et un mille francs. Notre oncle ne nous refusera pas quittance de ses vingtcinq mille francs. Aucune puissance humaine ne peut m' empêcher de prêter à mon beau-père, en compte sur les bénéfices de Tannée prochaine, la somme nécessaire à parfaire les ^mmes dues à ses créanciers... Et... il... sera.... réhabilité.
— Réhabilité I cria madame César en pliant le genou sur sa chaise. Elle joignit les mains en récitant une prière après avoir lâché la lettre. Cher Anselme, dit-elle après s'être signée, dier enfant I Elle le prit par la tète, le baisa au front, le serra sur son cœur, et fit mille folies. — Césarine est bien à toi I ma fille sera donc bien heureuse. Elle sortira de cette maison où elle se tue.
— Par amour, dit Popinot.
— Oui, répondit la mère en souriant.
— Écoutez un petit secret, dit Popinot en regardant la fatale lettre du coin de l'œil. J'ai obligé Célestin pour lui fadliter l'acquisition de votre fonds, mais j'ai mis une condition à mon obligeance. Votre appartement est comme vous Vavez laissé. J'avais une idée, mais je ne croyais pas que Ih Hasard nous favoriserait autant. Célestin est tenu de vous tjous-louer votre ancien appartement, où il n'a pas mis le pied et dont tous les meubles seront à vous. Je me suis resserve le second étage pour y demeurer avec Césarine, qui ne vous quittera jamais. Après mon mariage, je viendrai
296 SCÈNES DE LA ^E IMUilSIENNE
passer iei les «i&tn^sde'huît heaves du mâtin ftshc henif^ jdu «soir. î^eiir<v(ms Tefarre une fortune, j ■achêtteraft'oeiw mïBe francs Tintérêttle monswur César, «tyons aurez ^ainsi, mec sa pktce, «dix amUe iiwes de ^ente. De sere»4r«u8 pas lieureuse*?
— Ne me dites plus rien, Anselme, on je devtess'folile. y angélifue attitude «de imadfkiae iGésar etlaipureté de ses
yeux, rinnocence de som toiu 'fnmt -démentaient isi magmfiqnement les mille idées Qui toucncwaient dans ia oeniieUe de l'amaureux, qu'il voulut en «finir -mtc les monstruositÊs de tsa. pensée. One faute était iaeidDciliable W9ec la ^e^ les fieatômeots ■ de la më&ù de rPillenuiiLt.
*-< Ma <efaôre mère adorée, «dit Anselme, il «vieirî id'ei^rer malgré moi ^aaas mon ème un >hoarpida]e soupçon. Si yoas voulez me woir keureuK vous le détruirez à l'instant imême; Popinot avait .a:9ancé ia main sur ia lettre tet s'«n était en^ paré.
— fSansAe tvouloir, repi^-il , effrayé de la terreur qui se peignait sur le visage de'Goostance, j'ai.lu les premiersmots de cette lettre écrite par du Tlllet. Ces mots «oïneident si singulièrement avec l'effet tque vous venez de produire en déterminant la prompte adhésion île cet homme à mes folles exigences, que itout homme Texpliquemit comme le démcm me l'explique malgré moi. Yoire regard, Etrms mots lont suffî...
— N'achevez pa&,(dit madameCésar en vepranant Ha lettre et.la brûlant aux yeux d'Anselme. Mon enfant, ^jjiisi)iai cruellement punie -d'iune .faute joiinime. Sachez donc itOBt, Anselme. Je ne •veuxrpas «que le soupçon in^inérpar^aimène ■mise à la fille, et d'ailleurs je puis .parler sans .avoir à rott- ^h* ; je dirais à mon mari ce que je vais ^veus avouer. Du TiUet a voulu ime séduiire, mon mari lut aHssÂtôt po^enu, dn TiUet dut être renw>yé. Ite jour où mon>mam lalkût leiemeroier, ii nous a pris .trois miUe francs 1
— Je m'en doutais, dit Popinot en exprimaDt ^ote m baine par son «ooent.
•— Àmelme, TOtre avenir, Totte bonheur exigent cette confidence ; mais elle doit mourir dans voire eœur, comme ^Ue Êlaii -merle dans le mien et dans <^iii de Césai. ^ous lAeves tous sonvenir de la grande de «on mari à propos .d'une erreurde caisse. Monsieur BiroUaeu, pour empiler na proeès 0t ne pas perdre cet homme, remit sans 4oute à k eaàiae trois mille francs, le prix de ce chAle de oacbemine que je u'sâ eu que trois ans après, ^oilà mon exclamation expliq«<ée. fi^las ! mon cher enfant, je (vous avouerai mon enfantillage; du Tillet m'avaH écrit trois lettres d*amonr, qui \e peignaient si l»ien, dit-elle en sonpirant et baissant lesyemc,que je les avais gardées^, comme curiosité. Je ae les fïi pas relues pkie d'une fois. Hais enfin il était impmdent'de les conserver. En revoyant du Tillot, j'y ai songé, je suis montée ohee moi pour les iiràler, et je regardais k demièpe quand vous êtes entré... Voilà tout, mon ami.
Anselme mit un genou en terre et baissa la main de madame César avec une admirable expression qui leur fit venir des larmes aux yeux à l'un et à Tautre. La belle-mère releva son gendre, lui tendit les bras et le serra sur son cœur.
Ce jour devait être un jour de joie pour César. Le secrétaire particulier du roi, monsieur de Yandenesse, vint au bureau lui parler. Ils sortirent ensemble dans k petite cour de k jCaisse d'amortissement.
— Ifonsienr fiirotteBu, dit le viconrte de Yandenesse, vos efforts pour payer vos créanciers ont été par hasard connus du roi. Sa Majesté, touchée d'une conduite si rare, et sa» chant que, par humilité, vous ne portiez pas Tordre de la Légion d'honneur, m'envoie vous ordonner d'en reprendre t'inïiî^e. 9^s, voulant vous aidera remplir vos obligations, •éïk a^ «ihargé de vous remettre cette somme, prise r ^sa cassette patic< Hère, en regrettant de ne pouvoir faire da* vautage. (Que ceci demeure dans un profond 'secret. 9a Majesté trouve peuTC^le la divulgation t^icidle deaes boanef ceuvres, dit le secrétaire intime en remettantsix mille inanci
à remployé, qui, pendant ce discours, éprouvait des sensations inexprimables.
Birotteau n'eut sur les lèvres que des mots sans suite à balbutier. Yandenesse le salua de la main en souriant. Le sentiment qui animait le pauvre César est si rare dans Paris^ que sa vie avait insensiblement excité Tadmiration. Joseph Lebas, le juge Popinot, Gamusot, l'abbé Loraux, Ragon, le chef de la maison importante où était Gésarine, Lourdois» monsieur de La BiUardière en avaient parlé. L'opinion, déjà changée à son égard, le portait aux nues.
— Voilà un homme d'honneur I Ge mot avait déjà plusieurs fois retenti à l'oreille de Gésar quand il passait dans la rue, et lui donnait l'émotion qu'éprouve un auteur en entendant dire : Lt voilà ! Gette belle renommée assassinait du Tîllet. Quand Gésar eut les billets de banque envoyés par le souverain, sa première pensée fut de les employer à payer son ancien commis. Le bonhomme alla rue de la Ghaussée-d'Antin, en sorte que, quand le banquier rentra chez lui de ses courses, il s'y rencontra dans l'escalier avec son ancien patron.
— Eh bien 1 mon pauvre Biroiteau ! dit-il d'un air patelin.
— Pauvre ! s'écria fièrement le débiteur. Je suis bien riche. Je poserai ma tête sur mon oreiller ce soir avec la satisfaction de savoir que je vous ai payé.
Cette parole pleine de probité fut une rapide torture pour du Tillet. Malgré l'estime générale, il ne s'estimait pas luimême ; une voix inextinguible lui criait : -- Cet homme est sublime I
**• Me payer I quelles affaires faites-vous donc?
Sur que du Tillet n'irait pas répéter sa confidence, l'ancien parfumeur dit : — Je ne reprendrai jamais les aflfeircs, monsieur. Aucune puissance humaine ne pouvait prévoir ce qui m'est arrivé. Qui sait si je ne serais pas victime d'un autre Roguin ? Mais ma conduite a été mise sous les yeux du roi, son cœur a daigné compatir à mes efforts, et il les a encouragés en m'cEvoyant à l'instant une sommo assex importante qui...
— Vous faut-il une quittance T dit du Tillet en l'interrompant^ payez-vous...
— Intégralement, et même les intérêts ; aussi vais-jc v<ms prier de venir à deux pas d'ici, chezmonâeur Grottat.
— Par-devant notaire I
— Msûs, monsieur, dit César, il ne m'est pas défendu de songer à la réhabilitation, et les actes authentiques sont alors irrécusables 1...
— Allons, dit du TiUet qui sortit avec Birotteau, allons, il n'y a qu'un pas. Mais où prenez-vous tant d'argent T reprit-il.
— Je ne le prends pas, dit César, je le gagne à la sueur de mon front.
— Vous devez une somme énorme à la maison Claparon. ^ Hélas I oui, là est ma plus forte dette, je crois bien
mourir à la peine.
— Vous ne pourrez jamais le payer, dit durement du Tillet.
— Il a raison, pensa Birotteau.
Le pauvre homme, en revenant chez lUx, passa par la rue Saint-Honoré, par mégarde, car il faisait toujours un détaur pour ne pas voir sa boutique ni les fenêtres de son appartement. Pour la prem^re fois depuis sa chute, il revit cette maison où dix-huit ans de bonheur avaient été effacés par les angoisses de trois mois.
— J'avais bien cru finir là mes jours, se dit-il. Et il hâta le pas, car il avait aperçu la nouvelle enseigne :