PART SPP RON TT ER
fi
ICÉSAR BIROTTEAD. 193
César et Popinot montèrent en: fiacre aux yeux des commis étonnés: de::ces exorbitantes toilettes, et d’une
voiture anormale, ignorants: qu'ils «étaient des. grandes.
choses méditées par le maître de /a Reine des roses.
— Nous 'allonsdonc:savoir la-vérité. sur les. noisettes! dit le parfumeur.
— Des noisettes? fit Popinot.
— Tu as mon secret, Popinot, dit.le.parfumeur, j'ai lâché le mot noïsette, tout:est.là. L'huile de noisette est
la seule qui ait de‘l’action:sur les cheveux, aucune maison. de parfumerie n'y-a pensé. En voyant.la gravure. de Héro et Léandre, jerme:suis dit : «.Si:les anciens:usaient tant
d'huile pour leurs:cheveux, ils:.avaient une: raison .queltonque; » car lessanciens sont les anciens! Malgré les
prétentions:modernes, je suis:de l’avis.de:Boileau.sur les: anciens. Je suis parti delà pour arriver à l'huile de noi- |
sette, grâce au petit. Bianchon, l'élève en médecine, ton parent: 1l m'a dit qu’à l'École ses camarades employaient l'huile de noisette pour activer la croissance .de leurs moustaches et:favoris. :I]. ne nous manque.plus que:la
ne‘tromperons pas:le-public. Tout à.l’heure, j'étais à.la Halle, chez une:marchamde de noisettes, pour avoir la matière première; dans un instant, je serai chez.lun des plus grands savanis: de-France pour en‘'tirer la quintessence. Les proverbes..ne. sont..pas sots, les. extrêmes .se touchent. Vois, mon garçon, le commerce est l’intermédiaire des productions végétales et.de la science. Angélique
Madou récolte, M. Vauquelin.extrait, et. nous vendons une .
Maïs allons chez M: Vauquelin, nous causerons en route.
sanction de lillustre’ M. Vauquelin.. Éclairés:par lui, nous
HA EVENE AE TE AR CE LE DER Un UN PS PR Pa Pt am Den Lan OR Er ban (1 ; x € ER EN AT Vis RRNTT, NU TS PATES [au F ; AE CNRS Cure er Pour DUT ï | ESS 2
ter:
essence. Les noisettes valent cinq sous la livre, M. Vauquelin va centupiler leur valeur, et nous rendrons service peut-être à l'humanité, car, si la vanité cause de grands tourments à l’homme, un bon cosmétique est alors un bienfait.
La religieuse admiration avec laquelle Popinot écoutait le père de sa Césarine stimula l’éloquence de Birotteau, qui se permit les phrases les plus sauvages qu’un bourgeois puisse inventer. .
— Sois respectueux, Anselme, dit-il en entrant dans la rue où demeurait Vauquelin, nous allons pénétrer dans le sanctuaire de la science. Mets la Vierge en évidence, sans affectation, dans la salle à manger, sur une chaise. Pourvu que je ne m’entortille pas dans ce que je veux dire! s’écria naïvement Birotteau. Popinot, cet homme me fait une impression chimique, sa voix me chauffe les entrailles et me cause même une légère colique. Il est mon bienfaiteur, et dans quelques instants, Anselme, il sera le tien.
Ces paroles donnèrent froid à Popinot, qui posa ses pieds comme s’il eût marché sur des œufs, et regarda d'un air inquiet les murailles. M. Vauqueiin était dans son cabinet, on lui annonça Birotteau. L’académicien savait le parfumeur adjoint au maire et en grande faveur, il le reçut.
— Vous ne m'oubliez donc pas dans vos grandeurs ? dit le savant; mais, de chimiste à parfumeur, il n°y a que la main.
— Hélas! monsieur, de votre génie à la simplicité d'un
bonhomme comme moi, il y a l’immensité. Je vous dois
El
CÉSAR BIROTTEAU. à 4 125
ce que vous appelez mes grandeurs, et ne l'oublierai ni . dans ce monde ni dans l’autre.
— Oh! dans l'autre, dit-on, nous serons tous égaux, les rois et les savetiers. |
— C'est-à-dire les rois et les savetiers qui se seront saintement conduits, observa Birotteau.
— Cest votre fils? demanda Vauquelin en regardant le petit Popinot hébété de ne rien voir d’extr:ordinaire dans le cabinet où il croyait trouver des munstruosités, de giguntesques machines, des métaux volants, des substances
animées.
— Non, monsieur, mais c’est un jeune Hornine que
. j'aime et qui vient implorer une bonté égale à votre talent;
- n'est-elle pas infinie? dit-il d’un air fin. Nous venons vous consulter une seconde fois, à seize ans de distance, sur
une matière importante, et sur laquelle je suis ignorant
» comme un parfumeur.
— Voyons, qu'est-ce ?
— Je sais que les cheveux occupent vos veilles, et que vous vous livrez à leur analyse! Pendant que vous y pen-
» siez pour la gloire, j'y pensais pour le commerce.
— Cher monsieur Birotteau, que voulez-vous de moi? l'analyse des cheveux?
Il prit un petit papier.
— Je vais lire à l’Académie des sciences un mémoire sur ce sujet. Les cheveux sont formés d’une quantité assez grande de mucus, d’une petite quantité d’huile - blanche, de beaucoup d'huile noir verdàtre, de fer, de
- quelques atomes d'oxyde, de manganèse, de phosphate de
. chaux, d’une très-petite quantité de carbonate de chaux,