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-\ rait, sans vous avoir vu. Ah! il est souvent question de # vous chez moi, le nom qui est toujours dans les cœurs » arrive souvent sur les lèvres. Nous prions, ma femme, ma fille et moi, pour vous, tous les jours, comme on le doit pour son bienfaiteur.
jamais sans danger les cheveux rouges ou blancs; mais, en vantant l'emploi de l'huile, vous ne commettrez aucune erreur, aucun mensonge, et je pense que ceux qui s’en serviront pourront conserver leurs cheveux.
— Croyez-vous que l’Académie He des sciences voudrait approuver ?.… |
— Oh! il n’y a pas là la moindre découverte, dit Yat quelin. D'ailleurs, les charlatans ont tant abusé du nom de l’Académie, que vous n’en seriez pas plus avancé. Ma conscience se refuse à regarder l’huile de noisette comme un prodige.
— Quelle serait la meilleure manière de l'extraire : par la décoction ou par la pression? dit Birotteau.
— Par la pression entre deux plaques chaudes, l'huile sera plus abondante; mais, obtenue par la pression entre … deux plaques froides, elle sera de meilleure qualité. Il faut l'appliquer, dit Vauquelin avec bonté, sur la peau même, et non s’en frotter les cheveux; autrement, l’effet
| serait manqué.
— Retiens bien ceci, Popinot, dit Birotteau dans un enthousiasme qui lui enflammait le visage. — Vous voyez, monsieur, un jeune homme qui comptera ce jour parmi les plus beaux de sa vie. IL vous connaissait, vous véné-
— C'est trop pour si peu, dit Vauquelin, gêné par ia verbeuse reconnaissance du parfumeur.
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-— Ta ta ta! fit Birotteau, vous ne pouvez pas:nous-em- ‘pêcher de vous aimer, vous qui n’acceptez rien de moi. : Vous êtes comme le-soleil,/ vous jetez:la lumière, et ceux ” que vous éclairez ne peuvent riem vousirendre.
Le savant sourit et'se leva, le parfumeur et Popinot se levèrent aussi.
— Regarde, Anselme,‘regarde bien: ce: cabinet. Vous permettez, monsieur? Vos: moments sont:si, précieux, :il ‘ne reviendra peut-être plus ici.
—E£h bien, êtes-vous content des: affaires? dit Vauquelin à Birotteau; car enfin nous sommes tous deux gens ‘de commerce...
— Assez. bien, monsieur, dit Birotteau en se retirant “vers la salle à manger, où:le suivit Vauquelin. Mais, pour lancer cette huile sous le:nom d'essence comagène, il faut de grands fonds...
— Essence et comagène sont deux. mots qui hurlent. Appelez votre cosmétique huile de: Birotieau. Si vous ne
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voulez pas mettre votre nom en évidence, prenez-en un. autre... Mais voilà la Vierge de Dresde... Ah! monsieur … Birotteau, vous:voulez quenous nous quittions brouillés. S
— Monsieur Vauquelin, dit le parfumeur en. prenant: les mains du:chimiste cette: rarété n’a de:prix:que par la. persistance que: j'ai mise à la chercher; il.a -fallu faire” fouiller toute l'Allemagne pour la.trouver sur papier .de Chine et avant la lettre : je savais que vous:la: désiriez, » vos occupations:ne vous permettaient, pas. de vous la pro-. curer, je me suis fait votre commis voyageur. Agréez donc 5
non une méchante gravure, maïs des.soins, une sollici-. tude, des pas et. démarches qui prouvent un. dévouement
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© CÉSAR BIROTTEAU 13% * absolu. J'aurais voulu que vous souhaïtassiez quelques » substances qu’il fallût ‘aller chercherau fond: des préci- - pices, et venir vous dire : « Les voilà !» Neme refusez » pas. Nous avons tant de chances pour être ouxliés, laissez- , moi me mettre, moi, ma femme, ma fille et le gendre - que j'aurai, tous sous vos yeux. Vous vous direz en voyant “la Vierge : «Il y a de bonnes gens qui pensent à moi.» — J'accepte, dit Vauquelin.
Popinot et Birotteau s’essuyèrent les ‘yeux, tant ils » furent émus de l'accent de bonté que mit l'académicien “à ce mot. | | — Voulez-vous combler votre bonté? dit le‘parfumeur.
— Qu'est-ce? fit Vauquelin.
— Je réunis quelques’ amis.
Il se souleva sur les talons, en prenant néanmoins un air humble.
— … Autant pour célébrer la délivrance du territoire : que pour fêter ma nomination dans l'ordre .de:la Légion d'honneur.
> —Ah!dit Vauquelin étonné.
— Peut-être me suis-je rendu digne de cette insigne: et royale faveur en siégeant au tribunal consulaire et en * combattant pour les Bourbons sur'les marches de Saint- - Roch, au 13 vendémiaire, où je fus’ blessé par Napoléon. Ma femme donne un bal dimanche, dans vingt jours, | venez- y, monsieur! Faites-nous l’honneur de diner avec | | nous ce jour-là. Pour moi, ce sera recevoir deux. fois la | croix. Je vous écrirai bien à l’avance.
Don bien, oui, dit Vauquelin.
— Mon cœur se gonfle de plaisir, s’écria le parfumeur Ee
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dans la rue. Il viendra chez moi. J’ai peur d’avoir oublié ce qu’il a dit sur les cheveux; tu t'en souviens, Popinot?
— Oui, monsieur, et dans vingt ans je m’en souviendrais encore.
— Ce grand homme! quel regard et quelle pénétration! dit Birotteau. Ah! il n’en a fait ni une ni deux; du premier coup, il a deviné nos pensées et nous a donné| les moyens d’abattre l'huile de Macassar. Ah! rien ne peut faire pousser les cheveux, Macassar, tu mens! Popinot, nous tenons une fortune. Ainsi, demain, à sept heures, soyons à la fabrique, les noisettes viendront et nous ferons de l’huile, car il a beau dire que toute huile est bonne, nous serions perdus si le public le savait. S'il n’entrait pas dans notre huile un peu de noisette et de parfum, sous quel prétexte pourrions-nous la vendre trois ou quatre francs les quatre onces?
— Vous allez être décoré, monsieur, dit Popinot. Quelle gloire pour. :
— Pour le commerce, n'est-ce pas, mon enfant? |
L'air triomphant de César Birotteau, sûr d'une fortune, fut remarqué par ses commis, qui se firent des signes” entre eux, car la course en fiacre, la tenue du caissiers et du patron, les avaient jetés dans les romans les plus“ bizarres. Le contentement mutuel de César et d’Anselme trahi par des regards diplomatiquement échangés, le coup. d'œil plein d'espérance que Popinot jeta par deux fois à" Césarine annonçaient quelque événement grave et confir= maient les conjectures des commis. Dans cette vie occt + pée et quasi claustrale, les plus petits accidents prenaient l'intérêt que donne un prisonnier à ceux de sa prison.
L’attitude de madame César, qui répondait aux regards olympiens de son mari par des airs de doute, accusait une nouvelle entreprise, car en temps ordinaire madame César aurait été contente, elle que les succès du détail rendaient joyeuse. Par extraordinaire, la recette de la journée se montait à six mille francs : on était venu payer quelques mémoires arriérés.
La salle à manger et la cuisine éclairée par une petite cour, et séparée de la salle à manger par un couloir où débouchait l'escalier pratiqué dans un coin de l’arrièreboutique, se trouvaient à l’entre-sol, où jadis était l’appartement de César et de Constance : aussi la salle à manger où s'était écoulée la lune de miel avait-elle l’air d’un petit salon. Durant le dîner, Raguet, le garçon de confiance, gardait le magasin; mais au dessert les commis redescendaient au magasin et laissaient César, sa
femme et sa fille achever leur dîner au coin du feu. Cette habitude venait des Ragon, chez qui les anciens us et coutumes du commerce, toujours en vigueur, maintenaient entre eux et les commis l’énorme distance qui adis existait entre les maîtres et les apprentis. Césarine 1 Constance apprêtait alors au parfumeur sa tasse de café, qu’il prenait assis dans une bergère au coin du feu. Pendant cette heure, César mettait sa femme au fait des petits événements de la journée, il racontait ce qu'il avait vu dans Paris, ce qui se passait au faubourg du Temple, les difficultés de sa fabrication.
— Ma femme, dit-il quand les commis furent descendus, voilà certes une des plus importantes journées de notre
vie! Les noisettes achetées, la presse hydraulique prête à
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manœuvrer demain, l'affaire des terrains’ conclue. Tiens, serre donc ce bon sur la Banque, dit-il'en lui remettant le mandat de Pillerault. La restauration de l'appartement décidée, notre appartement augmenté. Mon Dieu! j'ai vu, cour Batave, un homme bien singulier!
Et il raconta M. Molineux.
— Je vois, lui répondit sa femme:en l'interrompant au milieu d’une tirade, que tu t’es endetté de deux cent mille francs! |
— C'est vrai, ma femme, dit le parfumeur avec ‘une fausse humilité. Comment payerons-nous cela, bon Dieu? çar il faut compter pour rien les terrains de la Madeleine, destinés à devenir un jour le plus beau ‘quartier de Paris,
— Unjour, César.
— Hélas ! dit-il en continuant sa plaisanterie, mes trois huitièmes ne me vaudront un million que dans six ans, : Et comment payer deux cent mille francs? reprit César en faisant un geste:d’effroi. Eh bien, nous les payerons cependant avec cela, dit-il en tirant de: sa poche une noi- . sette prise Chez madame Madou, et précieusement gardée.
I montra la noïsette entre ses deux doigts à Césarine et à Constance. Sa femme ne dit rien, mais Césarine, ! intriguée, dit à son père en lui servant le’café :
— Ah çà! papa, tu ris?
Le parfumeur, aussi bien que ses commis; avait surpris pendant le diner les regards jetés par Popinot à Césarine, il voulut éclaircir ses soupçons.
— Eh bien, fifille, cette noisette est' cause d’une révo- . lution au logis. Il y aura, dès ce soir, quelqu'un de moins . sous notre toit. |
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Césarine regarda son père en ayant l’air de dire: « Que: m'importe! »
— Popinot s'en va:
Quoique César fàt un pauvre observateur et qu'il eût préparé sa dernière phrase autant pour tendre un piége
à sa fille que pour arriver à sa création de la maison:
A. POPINOT'‘ET COMPAGNIE, sa tendresse paternelle lui fit deviner les sentirnents confus ‘qui sortirent du: cœur: de sa fille, fleurirent en roses rouges surses-joues, sur son: front et colorèrent ses’ yeux. qu'elle baïssa. César crut
alors à quelque: parole échangée entre Césarine et Popi-
not. [l n’en était rien : ces deux'enfants s’entendaient, comme tous les amants timides, sans s'être dit un mot.
Quelques moralistes pensent que l’amour:est la passion la plus involontaire; la-plus désintéressée, la moins calculatrice de‘toutes, excepté toutefois l'amour'maternel. Gette
opinion comporte ’une‘erreur grossière. Si la plupart des
hommes ignorent'les raisons qui font'aimer, toute sympathie physique’ou morale n’en’est pas moins basée sur des calculs faits par l'esprit, le sentiment ou la brutalité. L'amour est une: passion essentiellement égoïste. Qui dit égoïsme, dit profond'calcul. Ainsi, pour tout esprit frappé seulement des résultats, il peut'sembler, au premier abord, invraisemblablé ‘ou singulier:de voir une belle fille comme Césarme- éprise d'in pauvre enfant boiteux et à cheyerx rouges. Néanmoins, ce phénomène esten harmonie avec l’arithmétique des sentiments bourgeois: L’expliquer sera rendre compte des mariages toujours observés avec une constante surprise’et qui se font entre de grandes, de belles fémmes:et de petits hommes, entre de petites,
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de laides créatures et de beaux garçons. Tout homme atteint d’un défaut de conformation quelconque, les pieds bots, la claudication, les diverses gibbosités, l’excessive laideur, les taches de vin répandues sur la joue, les feuilles de vigne, l’infirmité de Roguin et autres monsiruo-| sités indépendantes de la volonté des fondateurs, n’a que deux partis à prendre : ou se rendre redoutable ou devenir d’une exquise bonté; il ne lui est pas permis de flotter entre les moyens termes habituels à la plupart des hommes. Dans le premier cas, il y a talent, génie ou force : un homme n'inspire la terreur que par la puis: sance du mal, le respect que par le génie, la peur que par beaucoup d’esprit. Dans le second cas, il se fait adorer, il se prête admirablement aux tyrannies féminines, et sait mieux aimer que n'aiment les gens d’une irréprochable corpulence. Élevé par des gens vertueux, par les Ragon, modèles de la plus honorable bourgeoisie, et par son oncle le juge Popinot, Anselme avait été conduit, et par sa candeur et par ses sentiments réligieux, à racheter son léger vice corporel par la perfection de son caractère. Frappés de cette tendance qui rend la jeunesse si attrayante, Constance et César avaient souvent fait l'éloge d'Anselme devant Césarine. Mesquins d’ailleurs, ces deux boutiquiers étaient grands par l’âme et comprenaient bien : les choses du cœur. Ces éloges trouvèrent de l'écho chez une jeune fille qui, malgré son innocence, lut dans les yeux si purs d’Anselme un sentiment violent, toujours flatteur, quels que soient l’âge, le rang et la tournure de l'amant. Le petit Popinot devait avoir beaucoup plus de raisons qu’un bel homme d'aimer une femme. Si la”
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femme était belle, il en serait fou jusqu’à son dernier jour, son amour lui donnerait de l’ambition, il se tuerait pour rendre sa femme heureuse, il la laisserait maîtresse au logis, il irait au-devant de la domination. Ainsi pensait Césarine involontairement et pas si crûment peut-être; elle entrevoyait à vol d'oiseau les moissons de l’amour etl raisonnait par comparaison : le bonheur de sa mère était . devant ses yeux, elle ne souhaitait pas d'autre vie; son instinct lui montrait dans Anselme un autre César, perfectionné par l'éducation comme elle l’était par la sienne. Elle rêvait Popinot maire d’un arrondissement, et se plaisait à se peindre quêtant un jour à sa paroisse comme sa mère à Saint-Roch. Elle avait fini par ne plus s’apercevoir de la différence qui distinguait la jambe gauche de la jambe droite chez Popinot, elle eût été capable de dire : « Mais boite-t-il? » Elle aimait cette prunelle si limpide, et s'était plu à voir l'effet que produisait son regard sur ces yeux qui brillaient aussitôt d’un feu pudique et se baissaient mélancoliquement. Le premier clerc de Roguin, doué de cette précoce expérience due à l’habitude des affaires, Alexandre Crottat, avait un air moitié cynique, moitié bonasse, qui révoltait Césarine, déjà révoltée par les lieux communs de sa conversation. Le silence de Popi- - not trahissait un esprit doux, elle aimait le sourire à demi mélancolique que lui inspiraient d'insignifiantes vulgarités ; les niaiseries qui le faisaient sourire excitaient toujours quelque répulsion chez elle, ils souriaient ou se contristaient ensemble. Cette supériorité n’empêchait pas Anselme de se précipiter à l'ouvrage, et son infatigable ardeur plaisait à Césarine, car elle devinait que, si les