‹ Grandeur et décadence de César BirotteauChapitre 29 sur 45 · RS ES · texte numérisé non relu

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rien n’est plus contraire à ses habitudes.

est précieuse; il doit, comme Domitien, s'amuser à tuer”

tel était le sens du mot vaudra que lança Molineux comme un Coup de griffe.

La figure pâlotte, l'œil assassin du propriétaire frap-

pèrent du Tillet, dont l'attention avait été d’abord excitée

par une chaîne de montre qui soutenait une livre de di-

; verses breloques sonnantes, et par un habit vert mélangé : de blanc, à collet bizarrement retroussé, qui donnaient au vieillard l'air d’un serpent à sonnettes. Le banquier vint:

donc interroger ce petit usurier pour savoir par quel hasard il se gaudissait. |

— Là, monsieur, dit Molineux en mettant un pied dans. le boudoir, je suis dans la propriété de M. le comte de Granville; mais ici, dit-il en montrant l’autre, je suis dans la mienne; car je suis ie propriétaire de ceite! maison.

Molineux se prêtait si complaisamment à qui l’écoutait, que, charmé de l'air attentif de du Tillet, il se dessina,. raconta Ses habitudes, les insolences du sieur Gendrin, et ses arrangements avec le parfumeur, sans jesquels le bal, n’aurait pas eu lieu. î

— Ah! M. César vous a réglé ses loyers, di du Tillet,f

— Oh! je l’ai demandé, je suis si bon avec mes loca-* taires! :

— Si le père Birotteau fait faillite, se dit du Tillet, ce petit drôle sera certes un excelle syndic. Sa pointilleries

les mouches quand il est seul chez lui.

Du Tillet alla se mettre au jeu, où Claparon était déjà* par son ordre : il avait pensé que, sous le garde-vue’

GÉSAR BIROTTEAU. 199

d'un flambeau de bouillotte, son semblant de banquier échapperait à tout examen. Leur contenance en face l’un de l’autre fut si bien celle de deux étrangers, que l’homme le plus soupçonneux n’auraitrien pu découvrir qui décelàt leur intelligence, Gaudissart, qui savait la fortune de Claparon, n’osa point l’aborder en recevant du riche commis voyageur le regard solennellement froid d’un parvenu qui ne veut pas être salué par un camarade. Ce bal, comme une fusée brillante, s'éteignit à cinq heures du matin. Vers cette heure, des cent et quelques fiacres qui remjplissaient la rue Saint-Honoré, il en restait environ qua- ‘rante, À cette heure, on dansait la boulangère, qui plus | tard fut détrônée par le cotillon et le galop anglais. Du Tillet, Roguin, Cardot fils, le comte de Granville, Jules Desmarets, jouaient à la bouillotte. Du Tillet gagnait trois mille francs. Les lueurs du jour arrivèrent, firent pâlir les bougies, et les joueurs assistèrent à la dernière contredanse. Dans ces maisons bourgeoises, cette joie suprême ne s’accomplit pas sans quelques énormités. Les personnages imposants sont partis; l’ivresse du mouvement, la chaleur communicative de l'air, les esprits cachés dans les boissons les plus innocentes ont amolli les callosités des vieilles femmes, qui, par complaisance, entrent dans les quadrilles et se prêtent à la folie d’un moment; les hommes sont échauffés, les cheveux défrisés s’allongent sur les visages, et leur donnent de grotesques expressions qui provoquent le rire; les jeunes femmes deviennent légères, quelques fleurs sont tombées de leurs coiffures. Le Momus bourgeois apparaît suivi de ses farces! Les rires éclatent, chacun se livre à la plaisanterie en

N ec ci : Fr.

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