III
tion fut bien triste, car Brutus était profondément découragé. La lexde permutatione une fois approuvée, les amis de César disposaient de la république et de l'amnistie; et les conjurés et les conservateurs ne pouvaient plus avoir recours qu'à l'expédient suprême d'une nouvelle guerre civile. Mais où pouvaient-ils trouver une armée? Brutus, ne partageait pas les espérances de Cassius, qui, confiant et audacieux, avait, peu de temps auparavant, en juillet, et d'accord, semble-t-il, avec Servilia, envoyé secrètement des émissaires à Trébonius, aux officiers des légions d'Egypte, et à Cécilius Bassus, pour leur proposer de préparer en Orient une grande armée pour la défense de la cause conservatrice et pour leur faire savoir qu'il était prêt, quant à lui, à se rendre en Syrie. Brutus avait consenti à ce que Marcus Scaptius, cet intrigant dont il s'était servi pour ses emprunts à Chypre et qui avait tant d'amitiés et de relations en Orient, fût chargé de prendre part à ce complot; mais quant à lui il renonçait à la lutte, et ayant reçu d'Atticus 100,000 sesterces (1) pour son voyage, il s'en allait en Grèce comme exilé volontaire, et se sacrifiait à la cause de la paix. Cependant voyant Gicéron disposé à se jeter de nouveau au milieu de la mêlée^ il ne voulut pas l'en détourner; il se réjouit au contraire avec lui de son intention, et lui dit la mauvaise impression qu'on avait eue en le voyant partir; il l'engagea à se rendre aussitôt à Rome pour se mettre à ia tête de l'opposition contre Antoine (2). Mais Gicéron commençait à avoir moins d'ardeur et il était de nouveau en proie au doute. Dans quel but se rendre à Rome? Pouvait-il, étant donné ce qu'était le sénat, tenir tête à
(1) CORNELIDS NePOS, AU., VIII, 6.
(2) CicÉRON, A., XYI, vu, s et suiv.
Antoine (1)? Après la loi sur la Gaule viendrait la question de l'amnistie, et ce ne serait pas chose facile que de faire de l'opposition à Antoine et aux vétérans sur ce terrain. Sur ces entrefaites, Hirtius, dont la santé était depuis longtemps chancelante, tomba si gravement malade (2), que les conservateurs eurent là un nouveau sujet d'inquiétude. Si Hirtius mourait, Antoine ferait certainement élire à sa place, pour le consulat de l'année 43, un césarien déclaré. Cependant les éloges que Pison avait reçus, le désir de faire oublier son récent voyage, les belles exhortations de tous ceux qui disaient qu'il n"y avait que lui qui pût sauver la république, n'étaient pas sans agir sur lui; les soucis que lui causaient ses affaires privées lui faisaient aussi désirer d'être à Rome. La panique causée par la lex de permutatione avait bouleversé tout le budget établi avec tant de soin par Atticus; celui-ci lui avait écrit peu de temps auparavant que, pour payer ses dettes, il lui serait nécessaire de faire rentrer des créances, parce qu'il n'était plus possible de trouver de l'argent à emprunter (3). Mais par des temps aussi difficiles Cicéron n'aurait guère pu exiger le remboursement des créances, s'il n'allait en personne trouver ses créanciers. Ayant donc triomphé de ses dernières hésitations, Cicéron arriva à Rome le 31 août et y fut chaleureusement accueilli par ses amis et ses admirateurs (4). Par bonheur, à son arrivée, Hirtius était hors de danger.
(1) Cicéron, A., XVI, vu, 7.
(2) Cicéron, Phil., I, xv, 37.
' (3) Cicéron, A., XVI, vu, 6.
(4) Cicéron, Phil., V, vu, 19, ait que le 1" septembre eut lieu la séance à laquelle Cicéron n'assista pas, et Antoine lui fit à ce sujet des menaces. Plctarque, Cic, 43, dit que cette séance se tint le lendemain de son arrivée. C'est donc bien le 31 août que Cicéron arriva à Rome,