JOSÈPHE, A. /., XVI, IV
contraire : elle pressure sans bruit ses sujets pour créer à la famille du roi une fortune colossale. Mais les doctrines humanitaires se répandaient dans la vieille république en môme temps que Taisance, que les vices et que la culture intellectuelle; le temps était passé où une graode partie du public vivait directement sur l'exploitation des provinces; tout le monde voulait maintenant que l'on prodiguât aux provinces orientales les flatteries, les caresses et les concessions, pourvu que Rome n'y perdît rien. Et Auguste, comme d'habitude, devait résoudre la difficulté en se chargeant de la perte. Le sénat se prononça également pour que, par voie d'exception^ pendant deux ans, au lieu de se fier au sort aveugle, on chargeât Auguste de choisir le gouverneur de l'Asie. Il saurait élire luimême un homme capable et actif.
De combien d'affaires diverses Auguste était ainsi obligé de s'occuper : la guerre en Germanie, la révolte en Pannonie, la religion à Rome, les discordes royales en Judée, le tremblement de terre en Asie! Et cependant en rentrant à Rome, il y trouvait d'autres difficultés, dont une, petite en apparence, était cependant malaisée à résoudre. Sa lex de maritandis ordinibus enjoignait aux veuves de se remarier dans le délai d'un an. Julie, ayant mis au monde le fils qu'elle portait à la mort d'Agrippa et auquel on avait donné le nom de Postumus, devait, en tant que fille d'Auguste, se hâter d'obéir à la loi. Si elle violait la loi, elle, la fille d'Auguste, quelle autre matrone voudrait bien y obéir? Et pourtant, pour bien des raisons, ce mariage se présentait comme une affaire politique fort grave. Il n'y avait plus, en effet, à en douter : cette jeune femme de vingtsept ans, belle, aimable et intelligente, appartenait à cette nouvelle floraison de viwtepoi qui, depuis quelques
années, s'épanouissait sur Tâpre terrain du puritanisme et du traditionalisme. Son voyage en Orient n'avait pu que fortifier ses inclinations naturelles. Elle avait été fôtée comme une reine dans le doux Orient; elle y avait vécu dans les cours fastueuses; elle s'était grisée des fumées de l'encens que l'adulation asiatique répandait à ses pieds ; elle avait vu dans ses centres les plus célèbres cette civilisation voluptueuse, élégante, corrompue, tentation irrésistible et terreur mortelle des Romains. Il est vraisemblable d'autre part qu'elle jugeait, et non sans raison, qu'elle s'était acquittée de ses devoirs envers la république, à qui, à vingt-sept ans, elle avait déjà donné cinq enfants. Elle voulait donc vivre de cette vie plus large, plus brillante et plus gaie, à laquelle aspirait alors la jeunesse ; et c'était là pour Auguste un grave souci; car il ne pouvait pas, à ce moment surtout, considérer les mœurs de sa ûlle comme s'il se fût agi simplement d'une affaire privée. Le parti puritain, en effet, avait repris courage, après Eon élection à la dignité depontifex maximus : on recommençait à protester contre la corruption croissante des jeunes gens; on déplorait que les lois de Tan 18 ne fussent pas appliquées avec la rigueur nécessaire, et que l'autorité des censeurs n'existât plus; on voulait que Ton donnât de nouveau à Auguste, comme en Tan 18, et pour cinq nouvelles années, la praefectura mortim et legum qu'il n'avait plus depuis l'an 13, c'est-à-dire les pouvoirs des censeurs encore élargis, la faculté de rendre plus rigoureuses, en les appliquant, des lois insuffisantes ou trop faibles (1). Auguste voulait mé-
(1) Dion (LIV, 30) met en Tan 12 la nomination d'Auguste comme dTcifiLc^YiTnç xal iirflcvopOcoTi^c tûv Tpôiroyv pour cinq ans. Il est évident qu'il est fait allusion ici, mais avec peu de précision à la nomination d'Auguste comme iiTtiieXTiTi^ç t(5v tc vofuiyv xa2
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nager le parti puritain et favoriser les tendances archaïques et conservatrices des masses; mais comment aurait-il pu se poser en champion de la tradition, et sévir contre les grands qui laissaient leurs enfants et leurs femmes se conduire chez eux à leur guise, si dans sa propre maison sa fille se révoltait contre lui et contre ses lois? Il semble avoir songé un instant A lui faire épouser un chevalier, c'est-à-dire un personnage étranger à la politique (i), peut-être parce qu'on pouvait avec les familles équestres user de plus d'indulgence dans les questions de mœurs qu'avec l'aristocratie politique et militaire qui, puisqu'elle faisait les lois, devait donner l'exemple et les respecter. Mais une autre idée lui vint bientôt, idée fatale, qui devait être la source de n\alheurs sans nombre pour lui, pour sa famille et pour la république; celle de la donner pour femme i Tibère. S'il fallait en croire les bruits que Ion faisait courir à Rome^ même avant d'être veuve d' Agrippa, Julie aurait eu des sympathies assez marquées pour le iils de Livie (2) déjà célèbre à cause de
x&$ Tp^cAv qui, selon le monument d'Ancyre {Grau,, III, 13 et 8uiv.)f eut lieu en l'an 11. Les chapitres xu et xixi du livre LIV de Dion contiennent d'ailleurs plusieurs faits qui eurent lieu certainement en l'an 11, tels que le mariage de Tibère et de Julie, dont Dion parle de nouveau parmi les événements de l'an 11, au chapitre xxz?; il y a donc lieu de croire que d'autres faits n'appartiennent pas non plus à cette année-là. La nomination d'Auguste comme proêfêchu mormm et legum en Tan 11 dut être le résultat d'un nouvel eilortdu parti conservateur traditionaliste, irrité du peu d'effet et de l'application trop douce des lois de l'an IS et de l'an 17, et encouragé par l'élection solennelle d'Auguste à la charge de ponUfex wiaximu$,
(1) 8i toutefois le fait rapporté par Tacitc {Ann., IV, 40 : Augugtui filiam.,. equiii romano traderê meditatmê eit) se rapporte à ce moment-IA. Sdétons semble confirmer la chose : {Aug,, S8) hoe (Agrippa) dêfwMto, mullit •c dtu êiiam êx equeUri ùrdine cir€unup$eti$ «endtfûmtdui...
(t) SuÊTONS, rtfr.»7... ini pioquê tub priore mariio appel^lem.