LE MONSTRE A TROIS TÊTES
Le méchant tour que ses ennemis venaient de lui jouer avait encore fait sentir à César combien il était urgent pour lui de consolider son patrimoine, et, à peine arrivé en Espagne, il s'occupa d'y amasser de l'argent. Après avoir recruté dix cohortes nouvelles et les avoir réunies aux vingt qui étaient déjà dans la province, il entreprit des expéditions contre les Callèces et les Lusitaniens ; il saccagea sans merci leurs villages, même ceux qui se rendaient (1). Gomme la province était chargée de dettes contractées pendant la guerre de Sertorius auprès de capitalistes italiens, il appliqua à l'Espagne la politique de Catilina : il décréta une diminution légale des intérêts et se fît donner en compensation de grosses sommes par les villes (2).
A Rome Pompée avait déjà fait élire consul pour l'année 60 son général Lucius Afranius qui allait avoir comme collègue Quintus Metellus Celer, le beau-frère de Clodius. Mais Pompée différait encore son triomphe pour donner aux trésors conquis le temps d'arriver d'Asie. A la fin de septembre tout fut prêt, et le 29 le
(1) Appien, B. C, II, 8 ; Dion, XXXVII, 52, 53; Suétone, Cœs., 54; Plotarque, Cœs., 12.
(2) Plutarque. Cœs., 12; Soétone., Cœs., 54.
cortège se mit lentement en marche dans la voie Appienne. Il était précédé de deux grands tableaux où étaient récapitulées les entreprises de Pompée et où il affirmait avoir, avec les tributs des nouvelles provinces, fait s'élever le revenu annuel de la république de 50 à 80 millions de drachmes (1). Après ces tableaux venait dabord une interminable procession de chars chargés de cuirasses, de casques, de proues de navires des pirates; puis des mulets chargés d'argent et portant environ 60 millions que le conquérant versait au Trésor; puis, disposée avec art, la merveilleuse collection de pierres précieuses de Mithridate ; puis, chacun sur un char spécial, les objets de grande valeur dont on s'était emparé : une table à jeu formée uniquement de deux pierres précieuses d'une grandeur démesurée; trois lits splendides; un lit d'or massif donné par le roi des Ibères; trente-cinq couronnes de perles; neuf vases de table énormes, en or et garnis de perles ; trois colossales statues en or de Minerve, de Mars et d'Apollon; un petit temple des Muses garni de perles et surmonté d'une horloge; un lit dans lequel avait dormi Darius, fils d'Istape ; le trône et le sceptre de Mithridate; sa statue en argent, son buste colossal en or; la statue en argent de Pharnace; un buste de Pompée composé en perles par un très habile artiste oriental; d'étranges plantes des tropiques, entre autres l'ébénier. Pendant des heures et des heures la procession des merveilleux trésors du dernier monarque hellénisant de l'Asie se déroula, comme elle put, dans les rues étroites de Rome, sous les yeux dune foule immense et bruyante, qui endurait le soleil, lapoussière,lacohuej les longues pauses du long cortège; qui paraissait ne pas se lasser
{Ì) D'environ 38 à environ 64 millions de francs.
de voir des choses nouvelles, qui en attendait toujours de plus étonnantes, et qui commentait ou saluait d'exclamations, de cris, d'applaudissements les choses les plus étranges et les plus admirables. Les yeux des femmes brillaient surtout en voyant ces pierres pré cieuses si nombreuses, si grosses, si splendides.
Le jour suivant, qui était l'anniversaire de la naissance de Pompée, on fit défiler le bulin vivant : d'abord de longs groupes de prisonniers de tous les pays, depuis les pirates jusqu'aux Arabes et aux Juifs, tous libres et sans chaînes; et c'était un pittoresque défilé ethnographique représentant l'immense variété des peuples sur lesquels Rome avait étendu son empire. Puis venaient une foule de princes et d'otages, deux célèbres chefs de pirates, le fils deTigrane qui après s'être brouillé avec Pompée s'était révolté et avait été privé de la Sophène, sept fils de Mithridate, Aristobule avec un fils et deux filles, de nombreux personnages ibères et albanes; puis de grands tableaux figurant des épisodes importants de l'expédition, tels que la fuite de Tigraneetla mort de Mithridate; puis d'étranges idoles des Barbares. Enfin venait le triomphateur sur un char orné de perles; il était vêtu d'une tunique qu'on disait avoir été portée par Alexandre le Grand, et il était suivi d'un splendide cortège de légats et de tribuns à pied et à cheval (1). Mais ce qu'il y eut de plus merveilleux et qui rehaussait pour l'Italie l'orgueil d'être la pre-
(1) Les éléments de cette description sont pris dans Appien, Mith., 116. 117 ; Plixe, H. N., XXXVII, u, 10, et Plutarque, Pomp., 45. Ces écrivains cependant ne sont pas d'accord sur les sommes que Pompée aurait versées au Trésor. Plutarque donne le chiffre le plus élevé, 20,000 talents, dans lesquels il comprend la valeur des objets d'or et d'argent. Pline donne la somme plus faible de 200 millions de sesterces. J'ai choisi la somme moyenne donnée par Appien.
mière de toutes les nations, c'est que, la procession terminée, le triomphateur, qui affirmait avoir porté jusqu'au bout du monde les limites de l'empire, quittait le costume d'Alexandre et rentrait modestement, en simple citoyen, à la maison paternelle.
Mais la fête passée, vers la fin de l'année 61 et dans les premiers mois de l'année 60, la discorde se déchaîna de nouveau. Pompée désirait toujours se réconcilier avec les conservateurs^ et dans ce but il avait demandé à Caton les uns disent deux nièces, d'autres deux filles, pour en épouser une et donner l'autre à son fils aîné (1). La fortune de César ne courut jamais plus grand danger. Mais l'intransigeant Caton refusa. Il ne voulait pas mêler les affaires publiques aux affaires privées et il se défiait de la conversion de cet ancien transfuge du parti conservateur. Quant au petit monde réactionnaire, il était trop rancunier, et maintenant qu'il ne craignait plus Pompée qui avait congédié son armée, il ne songeait qu'à se venger de lui. Le parti conservateur répondit donc aux avances de Pompée par des attaques violentes. Quand il demanda au Sénat de confirmer les dispositions qu'il avait prises en Orient, il y eut aussitôt de nombreux sénateurs pour s'y opposer. Crassus et Lucullus le faisaient pour se venger, Caton et le parti conservateur pour lui faire perdre le crédit qu'il avait auprès des souverains d'Orient, et aussi peut-être pour mettre en danger les sommes énormesqu'illeur avait prêtées (2). Les nouveaux revenus et l'usage que l'on allait en faire furent un autre sujet non moins grave de discorde. Pompée faisait la proposition raisonnable de donner
(1) Plutarque, Cat. U., 30.
(2) Dion, XXX V[I, 49; Appien, B. C , II. 9.
une partie de cet apport à ses soldats en achetant pour eux des terres en Italie, et de faire bénéficier de l'autre l'Italie en supprimant les douanes d'importation. Le licenciement de soldats que Pompée venait de faire était, avec celui de Sylla, le plus nombreux qui eût été l'ait depuis que la milice était devenue un métier des basses classes. Mais comme, même en restant vingt ou vingtcinq ans en Orient, tous n'avaient pas su mettre de côté les sommes suffisantes pour se suffire à eux-mêmes dans leurs vieux jours, il fallait leur faire une pension en leur donnant des terres, où avec l'argent économisé en Orient ils pourraient construire une petite maison, acheter quelques esclaves et essayer d'une culture lucrative. L'abolition des douanes d'autre part était désirée par toute l'Italie; car la consommation des vins, des parfums, des meubles, des couleurs, des étoffes, des objets d'art de l'Orient augmentait, même dans les villes secondaires qui s'embellissaient. Si on leur ouvrait les frontières d'Italie^ non seulement les marchandises orientales diminueraient de prix, mais on en aurait fini des contestations si fréquentes avec les publicains qui affermaient les impôts (1). Aussi Pompée avait fait proposer par le tribun Lucius Flavius une loi agraire, et par Metellus Nepos une loi abolissant les droits de douane pour les marchandises importées en Italie. Malheureusement cette augmentation de revenus avait éveillé trop d'appétits. Les conservateurs
(l)Des passages de Césau, K. C.,III, xxxi, 2; IJI, xxxii, G, et do Dion, XXXIX, 59 altestont l'existence de sociétés de publicains en Syrie àl'rpoque de la guerre ci vile et dans les années pTrcùdcntcs. Il semble donc probable que ces sociétés se formèrent à cette époque-là, aussitôt après la conquête. Je crois que c'est à ces sociétés que fait allusion Gicéron, A, 1, xix, 4, quand il parle do l'adventicia pecunia..., quœ ex novis vecligalibus per quinquennium reciperetur.
désiraient que les nouveaux fonds restassent à la disposition du Sénat pour pouvoir augmenter les sommes assignées aux provinces et aux différents services publics, dans lesquels tant de sénateurs trouvaient leur profit. La puissante compagnie qui avait affermé les impôts d'Asie profitait de cette abondance pour demander au Sénat, avec l'appui de Crassus qui probablement en était actionnaire, une réduction du prix convenu, en se plaignant d'avoir offert un fermage trop élevé et en disant qu'elle y perdait (1). Il en résulta des discussions, des intrigues, des querelles envenimées par les haines politiques qui désorientèrent Pompée et qui meurtrirent les nerfs déjà malades de Cicéron. Pompée qui, rassassié de succès, était revenu à Rome avait l'intention d'y goûter toutes les jouissances de la gloire et de la richesse, se trouva pris dans une misérable lutte d'intrigues qui l'indignait d'autant plus que, bien qu'il affectât de mépriser ses ennemis, il ne réussissait pas à les vaincre. Cicéron dégoûté des conservateurs, inquiet de la haine croissante des démagogues, affligé de la chute rapide de son crédit, pour ne pas s'attirer en outre l'inimitié des publicains avait pris au Sénat la défense des fermiers de l'impôt; mais il écrivait à Atticus que leur cupidité' était honteuse; il tâchait de se rapprocher de Pompée, mais il en avait honte, et pour s'excuser il disait à Atticus qu'il espe'rait ainsi convertir le chef du parti populaire (2). Il avait enfin publié l'histoire de son consulat écrite en grec (3). Mais voulant^ sans le dire ouvertement, se justifier des accusations de Glodius, il avait raconté, pour montrer qu'il n'avait pas accueilli
(l)Cic., A, I, xvii, 9.
(2) Id., 10 ; I, XIX, 7 ; II, i, 6.
(3j Id., Ì, XIX, 10.
à la légère les bruits publics, que Crassus lui avait apporté un soir des lettres et des dénonciations contre Catilina, et Crassus qui, la peur passée, était de nouveau avide de popularité^ était furieux de cette révélation qui le mettait au nombre des persécuteurs de Gatilina; Crassus était donc, lui aussi, hostile à Cicéron (1). Cependant, en dehors de l'abolition des douanes (2), les discussions nombreuses qui avaient lieu au forum et au Sénat n'aboutissaient à rien. On n'avait approuvé encore ni l'administration de Pompée en Orient, ni la loi agraire, ni la réduction des fermages; et là-dessus encore des nouvelles plus inquiétantes arrivèrent de la Gaule. Malgré le décret de l'année précédente en faveur des Éduens, les Séquanes continuaient la guerre. Arioviste faisait de beaux présents au consul Metellus (3), et cherchait à se faire reconnaître par le Sénat l'ami et l'allié du peuple romain; les Helvètes paraissaient sur le point de se mettre en marche pour leur émigration et ils faisaient déjà des incursions dans la province (4). A Rome, quand on parlait de la Gaule tout le monde songeait à Brennus, aux Cimbres et aux Teutons. On crut donc un instant que l'Italie était menacée d'une grande invasion celtique. Toutes les autres questions furent écartées, et le Sénat décida que les deux consuls tireraient au sort les deux Gaules, la Cisalpine et la Narbonnaise; que l'on ferait des levées; que toutes les exemptions du service militaire seraient suspendues; enfin que l'on enverrait en Gaule trois ambassadeurs pour étudier l'état de choses (5).
(1) Plutarqce, Crass., 13.
(2) Dion, XXXVII, 51.
(3) Pline, H. N., II, lxvii, 170.
(4) CicÉRON, De div., II, xli, 90; /d., A, I, xix, 2.
(5) Id., A, I, XIX, 24.
César cependant, vers le milieu de l'année 60, se hâtait de revenir d'Espagne pour briguer le consulat de l'année 59. Les candidats au consulat étaient trois cette année-là : César; un historien du nom de L. Lucceius, qui avait longtemps habité l'Egypte et qui était très riche, et un conservateur intransigeant, Marcus Bibulus. qui avait déjà été le collègue de César comme édile et comme préteur. Lucceius, qui n'était d'aucun parti et qui désirait seulement être élu, se vit sollicité par les deux candidats qui espéraient lui faire payer leurs frais d'élection; mais César le démagogue populaire l'emporta sur le conservateur intransigeant, et Bibulus fut obligé d'avoir recours à ses amis, qui se cotisèrent pour le défendre (1). Caton lui-même, celte fois, consentit à payer pour Bibulus, tant il redoutait d'avance le consulat de César. César et Bibulus furent élus, et le pauvre millionnaire qui avait payé les frais resta sur le carreau. Pour riposter à cette élection, le parti conservateur fit aussitôt décider par le Sénat que la charge proconsulaire des deux consuls pour l'année 59 consisterait dans la surveillance des forêts et des routes. C'était une petite mission administrative d'importance toute secondaire. On déjouait ainsi d'avance d'une façon presque ridicule l'ambition que l'on prêtait à César d'appliquer à son tour à quelque partie du monde la politique de LucuUus et de Pompée (2).
Ce qu'étaient exactement alors les projets de César,
(1) CicÉRON, A. I, xvn, H ; Sdétone, Cm., 19.
(2) Suétone, Cœs., 19. Je suis ici Suétone, et non Dion, XXXVII, 54, Plutarque, Cœs.,13 ;Pon(i)., 47 ; Cra«s. ,14 ; Appien,J5. C.,2,9, qui placent avant les élections la réconciliation de Crassus et de Pompée par l'intermédiaire de César. Il me paraît plus vraisemblable qu'elle ait eu lieu après les élections, car elle dut être l'effet d'un long travail pour lequel César, arrivé à Rome peu de temps avant l'élection, n'aurait pas eu le temps nécessaire.
nous ne le savons pas. Il restait encore à la politique romaine trois grandes choses à entreprendre : la conquête de rÉgypte, l'invasion de la Perse, l'extension de la domination romaine en Europe, du côté du Danube et du Rliin. Bien qu'une guerre parût imminente, César ne pouvait penser pour le moment à une entreprise en Gaule, car la Gaule cisalpine était échue à Melellus Geler, qui se disposait à aller prendre le commandement de ses légions (1). On ne peut pas admettre non plus que César eût des visées sur l'Egypte, puisque le parti démocratique allait abandonner les projets de l'année 65 pour se montrer encore plus partisan que ne l'était le Sénat de la conservation de l'indépendance de l'Egypte. Ptolémée Aulétès était parvenu à accomplir cette conversion miraculeuse. N'espérant plus être aidé par Pompée, il avait conçu l'audacieux dessein d'obtenir précisément des mêmes chefs du parti populaire qui peu d'années auparavant voulaient le voir dépouillé de son royaume celte reconnaissance de son autorité que le Sénat hésitait encore à lui donner. Il était en train de traiter avec Grassus, Pompée et César en leur promettant une somme énorme, six mille talents, s'ils parvenaient à le faire reconnaître par Rome souverain légitime. J'incline donc à croire, mais c'est une simple supposition sans preuves, qu'il pensait alors à la conquête de la Perse, que Lucullus avait autrefois méditée; on avait ensuite engagé Pompée à l'entreprendre, et si tous les deux s'étaient arrêtés sur les frontières de la Perse, l'idée qu'il faudrait conquérir aussi ce grand empire était déjà populaire. Ce qui me confirme dans cette hypothèse, c'est l'empressement avec lequel, quatre ans plus tard, Gésar poussa Gras-
(i) CiCÉRON, A, I, XX, 5.
SUS à cette entreprise. Quoi qu'il en soit, cette première manoeuvre du Sénat invitait le consul désigné à ne pas se faire d'illusions sur les dispositions du parti conservateur. César se prépara aussitôt à la lutte, mais d'une façon que ne prévoyaient pas ses ennemis. Ceux-ci s'attendaient à un consulat turbulent; César revenait au contraire aux idées de modération qui convenaient le mieux à son caractère, à son rang social, à ses intérêts, et il imaginait pour combattre le parti conservateur un projet fort simple : réorganiser le parts démocratique de l'an 70, modéré et réformateur, qui avait l'appui des hautes classes aussi bien que des classes moyennes. Affaissé d'abord par la faute des hommes et des événements, ce parti avait été enfin détruit par la conjuration de Catilina; on pourrait le faire revivre, si on réussissait à mettre d'accord les chefs les plus puissants : Crassus, Pompée et Cicéron.
L'entreprise était difficile; elle n'était pas impossible. Pompée avait besoin que son administration en Orient fût approuvée. Crassus, discrédité auprès des conservateurs par ses projets ambitieux sur l'Egypte, auprès du parti démocratique par son attitude louche pendant la conjuration, désirait regagner la faveur populaire. Quant à Cicéron, il serait content de faire oublier la condamnation descomplices de Catilina. César manœuvra si adroitement pendant les mois qu'il passa à Rome comme consul désigné, qu'il parvint à réconcilier Pompée et Crassus. en secret naturellement, car aucun des trois ne voulait que cette réconciliation fût connue, de peur que leurs puissants ennemis, alarmés, ne redoublassent d'énergie pour les combattre (1). En même temps
(1) Dion, XXXXII, 58.
un Espagnol de Cadix, P. Cornélius Balbus, que Pompée avait fait citoyen romain et qui était l'ami de plusieurs grands personsonnages romains, était chargé de traiter avec Cicéron, et de lui proposer une alliance avec Crassus et Pompée. Peu à peu le projet de la coalition devenait plus précis ; en prenant une attitude conciliante et avec l'appui de Cicéron, de Crassus et de Pompée, César espérait amener à lui les sénateurs raisonnables, qui étaient en majorité, mais que la peur, depuis la conjuration de Catilina, faisait toujours voter pour le petit clan des conservateurs intransigeants; on reviendrait aux belles journées de l'année 70, et les affaires publiques seraient administrées par eux quatre. La grande bataille engagée alors contre la coterie conservatrice n'avait-elle pas été gagnée, au Sénat, aux comices, au forum, par lui, par Pompée, par Crassus et par Cicéron qui marchaient ensemble? Malheureusement Cicéron, qui était rebuté de tout et vivait dans une irrésolution perpétuelle, ne sut répondre ni oui ni non (1). C'était une déception. Mais elle ne compromettait pas tout le projet; même sans Cicéron, l'union de Crassus et de Pompée suffirait à
(1) Cicéron, A, II, m, 3. Les tentatives faites auprès de Cicéron sont pour moi la preuve décisive que le premier dessein de César était de reconstituer le parti populaire, ami de la légalité, de l'année 70. Ainsi la modération dont César fit preuve au début de son consulat n'était pas simulée comme le suppose Appien, B. C, II, 10. D'ailleurs à quoi eût servi à César de dissimuler pendant quelques semaines, s'il était déjà décidé à la révolution radicale qu'il fit pendant son consulat ? Cotte politique fut le résultat d'un changement rapide d'intentions et de programme dont on verra la raison. Il me semble en outre peu probable que Pompée et Crassus se fussent unis à César, s'ils avaient su que son consulat se terminerait par une révolution tout à fait démocratique.
reconstituer le parti; et cette fois ce serait César qui en retirerait le plus grand avantage. Non seulement il se serait fait donner un important commandement proconsulaire, mais il aurait exploité sa charge pour l'aire de Targent. Il était impossible désormais de jouer un rôle politique sans dépenser beaucoup. A son retour d'Espagne César n'avait rien donné à ses créanciers, à ceux du moins qui ne le tourmentaient pas trop; il continuait à devoir plus de deux cent mille livres à Atticus et à être aussi le débiteur de Pompée (1). Ainsi il acceptait maintenant les propositions avantageuses de Ptolémée Aulétès et, en outre, il s'engageait à faire obtenir quand il serait consul une diminution de fermage aux directeurs de la compagnie des impôts d'Asie. Les directeurs devaient en échange lui donner beaucoup de partes de la compagnie (2).
A peine entré en charge, il exprima dans un discours qu'il prononça au Sénat son espoir d'agir en toute occasion d'accord avec Bibulus; et dans plusieurs actes, il témoigna de beaucoup d'égards pour
(1) Un passage de Cicérox, A. VI, i, 25 nous montre qu'en l'année 50 Atticus et Pompée étaient créanciers de César. Ces créances devaient remonter à une époque antérieure au consulat, puisqu'il ne me parait pas vraisemblable que le consul des Gaules se soit fait prêter cinquante talents par Atticus.
(2) Nous connaissons cette intrigue par de brèves allusions de CicÉRON, In Vat , XII, 29. Cicéron nous apprend que Vatinius en 59 extorqua à César et aux publicains partes... carissimas, c'est-àdire celles de la compagnie d'Asie qui avait profité de la réduction du fermage. Il est évident que les publicains les lui olfrirent en écbange de la peine qu'il s'était donnée pour obtenir l'approbation de la loi qui réduisait le fermage. Il me parait donc presque certain que les partes qu'avait César, et qu'il donna à 'Vatinius pour le récompenser de certains services, lui avaient été données à lui aussi, en échange de services rendus, par les directeurs de la compagnie.
son collègue (1). Il fit aussi une réforme administrative qui devait plaire à la classe moyenne, et pour laquelle César mérite aussi une petite place dans riiistoire du journalisme : ce fut lui qui créa à Rome ce que nous appellerions aujourd'hui un journal populaire. Avec la culture et la richesse, la curiosité croissait; on était avide de nouvelles, et beaucoup de gens à Rome cherchaient à gagner leur vie en faisant quelque chose d'analogue à notre journalisme; ils recueillaient les nouvelles publiques et privées qu'ils jugeaient les plus importantes et les plus curieuses; à des intervalles réguliers, de quelques jours, ils les réunissaient en un petit cahier, en faisaient copier par un esclave plusieurs exemplaires qu'ils distribuaient à ce que nous appellerions les abonnés, c'est-à-dire aux gens qui pouvaient payer pour avoir ces fascicules (2). Naturellement les gens riches seuls pouvaient s'abonner. César semble avoir fait décréter qu'un magistrat serait chargé de faire un résumé des nouvelles les plus importantes et qu'il les ferait écrire à différents endroits de la ville sur des murailles blanchies, faisant ensuite passer du blanc sur les nouvelles vieillies pour en écrire d'autres à la place (3). De cette façon, le petit peuple luimême pourrait être vite informé de tout. César prit aussi des mesures pour que les comptes rendus des séances du Sénat fussent faits d'une façon
(1) ArriEN, B. C, u, 10; Diox, XXXVIII, 1.
(2) Voy. Daremberg et Saglio, D. A., I, 50; Huebner, De senatns populique romani aclis, Lipsia, 1860; E. Caetani Lovatelli, / Giornali dei Romani dans la Nuova Antoloyia, i" novembre 1901. Voy. aussi Cicéron, F. VIII, i, 1; VIII, ii, 2; VIII, ii, 4; Suétone, Cœs.. 20.
(3) Daremberg et Saglio, D.'A., I, 50.
régulière et mis à la connaissance du public (1). Croyant avoir ainsi bien préparé les esprits, César proposa une loi agraire, d'après laquelle vingt commissaires seraient chargés de distribuer aux vétérans et aux pauvres tout ce qui restait du domaine public, à l'exception de la Campanie, et en y ajoutant des terres que l'on achèterait dans des conditions raisonnables avec l'argent du butin de Pompée (2). C'étaient là des propositions modérées et sages (3), et César les soumit au Sénat en disant qu'il voulait entendre les objections de tout le monde. Mais il fut bientôt déçu dans son espoir d'en revenir à la démocratie et aux victoires de l'année 70. Les temps et les esprits étaient trop changés. Les conservateurs intransigeants entraient en fureur quand ils entendaient parler de César et de lois agraires; et les propriétaires, qui étaient nombreux au Sénat, ceux surtout qui possédaient des terres achetées pendant les proscriptions de Sylla, redoutaient une loi qui attribuait à vingt commissaires un pouvoir dont il était facile d'abuser. Ainsi les conservateurs parvinrent donc facilement, en donnant tantôt un prétexte et tantôt un autre, à faire ajourner la discussion de la loi par ce Sénat d'hommes faibles et sceptiques (4). César patienta quelque temps, tandis que Calenus, qui était préteur, et Publius Vatinius, obscur aventurier politique, qui était tribun du
(1) Daremberg et Saglio, D. A., I, 51 ; Voy. Suétoxe, Cœs., 20.
(2) Je crois que César proposa deux lois agraires, et à quel, qucs mois de distance. Les arguments décisifs ù mon sens sont les passages de Cicérox, A, II, xvi, 1, 2; II, xviii, 2; Yoy. StîÉTONE, Cœs., 20: Plutarque, Cal. U., 32 et 33; Appiex, D. C, II, 10; Dion, XXXVIII, 1; Napoléon III, /. C, I, 381, n. 2; Laxue, R. a., III, 279.
(3) Dion, XXXVIII, 1.
(4) Id., 2.
peuple, proposaient des réformes de la loi judiciaire (4). A la fin, voyant que ni lui ni Crassus ne réussiraient à faire discuter la loi par le Sénat, César déclara qu'il la proposerait tout simplement aux comices (2). Les esprits s'échauffèrent : Bibulus, avec l'aide de Caton et des conservateurs, se mit à faire un violent obstructionnisme liturgique pour empêcher les réunions du peuple (3); César s'entêta, agita le peuple, et après avoir fait tout ce qu'il pouvait pour gagner Bibulus, il en vint à un expédient suprême. Il appela ouvertement à son aide Crassus et Pompée, qui vinrent au forum et déclarèrent que l'obstructionnisme factieux des conservateurs devrait céder à la force, si la persuasion ne suffisait pas (4). La loi fut approuvée au milieu de grands tumultes; une clause qui y fut ajoutée obligeait les sénateurs à jurer de l'observer fidèlement. Mais ce succès n'était rien en comparaison du changement subit qui se fit dans les esprits lorsque l'on sut que ces trois personnages, que tout le monde croyait ennemis, étaient au contraire d'accord. C'était la lutte entre Crassus et Pompée qui, malgré les défaites et les scandales, avait permis à la coterie réactionnaire de rester aussi puissante; et leur querelle était si ancienne et si envenimée que tout le monde la considérait comme éternelle. Au contraire, toutd'un coup etcomme par enchantement^ on voyait ces deux ennemis réconciliés et tous les deux unis à César, le chef si redoutable et si populaire de la canaille de Rome. Tout le monde en fut stupéfait. Il était évident que si Pompée^ Crassus et César marchaient d'accord,
(1) Lange, R. A., 3, 275.
(2) Dion, XXXVIII, 3.
(3) Id., XXXVIII, 6; Appien, B. C, II, H.
(4) Appien, B. C, II, 10; Plutarque, Pomp., 47; Cces., 14.
ils disposeraient en maîtres des comices et des magistratures, seraient les chefs d'une coterie politique toute puissante, et que, sans leur consentement, il serait difficile d'obtenir une charge, un commandement, une délégation ou un emprunt. La majorité des sénateurs ne songeaient qu'aux honneurs, à l'argent et au pouvoir; ils se rangèrent donc comme toujours du côté des plus forts, et séloignèrent en foule de la petite faction des conservateurs intransigeants qui, depuis la mort de Catulus, étaient dirigés par Caton. Il en est des esprits comme des corps qui perdent l'équilibre quand, ayant fait un trop grand effort contre un obstacle, celui-ci vient à céder tout à coup. C'est ce qui se passa pour César. Il avait été prudent et modéré au début; mais enhardi par le succès de la loi agraire et par la révélation inattendue de sa nouvelle puissance, furieux de l'opposition factieuse des conservateurs, cet homme à l'esprit vif et passionné changea de plan : il conçut le projet de fonder à Rome une démocratie analogue aux démocraties grecques, qui dans des assemblées du peuple, et sans Sénat, gouvernerait l'empire à elle seule. Ayant à sa tête trois Périclès pleins d'éloquence, de gloire et de richesse, elle trancherait seule dans les comices, comme elle avait fait en votant la loi agraire, les questions de diplomatie et de finances, dont le Sénat avait été jusque-là le seul arbitre. Un événement inattendu précipita les résolutions de César. Vers la fin de février, Quintus Metellus Celer, au moment où il allait partir pour la Gaule Cisalpine, vint à mourir, si jeune encore et d'une mort si subite, qu'on accusa sa femme Clodia de l'avoir empoisonné (i).
(1) CicÉRON, Pro Cœl., xxiv, 59.
Le gouvernement de la Gaule, qui comportait en même temps le commandement de la guerre probable contre les Gaulois, devenait ainsi vacant (1). C'est à ce moment-là, certainement, que Ce'sar eut l'idée d'obtenir la Gaule avec des pouvoirs très étendus. Mais le Sénat n'y aurait pas consenti; il fallait^ comme l'avait fait Pompée, avoir recours au peuple. César ne perdit pas un instant; il renonça à ses autres projets de conquête, si tant est qu'il en eût formé d'autres ; il chercha à faire croire qu'une grande guerre en Gaule était imminente (2), et, profitant de l'impression qu'avait faite la révélation de son alliance avec Crassus et Pompée^, il fit aussitôt proposer au peuple par Vatinius une loi qui lui donnait le gouvernement de la Gaule Cisalpine et de l'IUyrie^ avec trois légions, pour cinq ans et à partir du jour où la loi serait promulguée. Il pourrait ainsi, dans le cas où la guerre éclaterait avant la fin de l'année, aller bien vite en prendre le commandement, à l'exemple de Lucullus. Grâce à la stupéfaction où le monde politique était plongé, grâce à l'activité de César, à l'aide de Crassus et de Pompée, la loi fut approuvée sans difficultés et promulguée le 1" mars; mais ce coup à peine réussi. César, rendu encore plus hardi par le succès, en prépara trois autres, non moins audacieux. Il fit recon-
(1) Lange, R. A., III, 283 a vu la liaison qui existe entre la mort de Q. Mélellus Celer et la loi qui donnait aussitôt à César le gouvernement de la Gaule Cisalpine. Il me semble que c'est de cette façon seulement que l'on peut expliquer que César eut l'imperium à partir du 1"'' mars 59, et que la Gaule narbonnaise lui fut donnée plus tard par le Sénat. César se fit donner le commandement immédiatement après la mort de Météllus, pour déjouer les intrigues des conservateurs; la loi dût être pronmlguée le 1" mars. Les autres tentatives qui ont été faites pour expliquer la chose sont peu satisfaisantes.
(2) CicÉRON, In Val., xn, 30. Voy. Lange, R. A., III, 282.
naître par le peuple comme ami de Rome Ptolémée Aulétès, roi d'Egypte, et il partagea avec ses amis la récompense qu'il en reçut; il fit accorder par le peuple la réduction des fermages que les publicains demandaient au Sénat; enfin, il fit approuver par le peuple l'administration de Pompée (1). Les partes de la compagnie des impôts d'Asie furent en hausse au bout de peu de jours (2). César marchait de succès en succès; il profita avec une fiévreuse activité du bon moment, et il ne s'arrêta même pas après l'approbation de ces lois. Dans le but d'affermir pour longtemps la puissante alliance, il fit épouser à Pompée au mois d'avril sa fille Julia (3), qui était fiancée à Servilius Cepion; celui-ci, comme compensation, épousa la fille de Pompée. Puis, vers la fin d'avril (4), César proposa une seconde loi agraire, d'après laquelle le territoire de la Campanie, dont l'État retirait un revenu considérable, serait aussi distribué à des citoyens pauvres ayant de la famille. Cette loi avait pour but d'appauvrir le Trésor et par suite le parti conservateur, qui, grâce à la puissance dont il disposait au Sénat, s'était souvent servi des fonds publics pour défendre ses intérêts; mais elle eut surtout pour effet d'achever la révolution agraire commencée par Spurius Thorius en 118, et elle détruisait les derniers vestiges du communisme en Italie.
(1) Dion, XXXVIII, 7; Appien, B. C, II, 13 : Siîétone, Cœs., 20.
(2) Cela semble résulter du passage de Cic, In Vat., xii, 29 ; parles ilio tempore (en b9) cariisimas.
(3) CicÉRON, A, II, XVII, 2; Appien, B. C, II, 14; Pldtakque, Cœs., 14. C'est seulement après le succès imprévu de l'alliance qu'on dut avoir l'idèe de ce mariage, puisque la jeune fille avait déjà été flancée à un autre. Cela montre Lien que ce succès était inespéré, et que la politique du consulat fut fort différente de ce qu'on avait cru pendant les mois précédents.
(4) CicÉRON, A, II, 16, 1.
Le Sénat n'avait jamais été attaqué avec autant d'audace dans ses prérogatives les plus anciennes et les plus sacrées. Qu'étaient en comparaison de ces attaques celles pour lesquelles avait péri Caius Gracchus? Mais César allait maintenant jusqu'à négliger de convoquer le Sénat; il agissait, il se montrait partout comme le maître de Rome (1), sans que personne pensât à faire une opposition sérieuse. Des récriminations inutiles, des bons mots, des tentations isolées et vaines : voilà tout ce que les classes conservatrices savaient opposer aux coups d'audace de ce révolutionnaire. Bibulus, en ergotant sur des points liturgiques, avait déclaré nulles toutes les dernières délibérations et il ne cessait de lancer contre César, contre Pompée et contre Crassus les édits les plus violents. Varron avait appelé l'alliance de César, de Pompée et de Crassus le monstre à trois têtes, et le mot avait fait fureur dans les salons aristocratiques de Rome où du matin au soir on médisait des trois chefs de la démocratie victorieuse : de Crassus, l'usurier hideux qui vendait son vote en plein Sénat et recevait moyennant finances des criminels dans sa maison; de Pompée, le ridicule vainqueur de guerres sans batailles et qui avait épousé la fille de l'homme qui l'avait trompé avec sa première femme; de César, le complice de Gatilina et le mignon de Nicomède. Dans la classe moyenne, dans la haute classe, parmi les gens riches et cultivés qui, sans prendre part aux querelles politiques, les observaient en juges impartiaux et suprêmes, l'immense puissance du triumvirat attirait sur César, sur Crassus et sur Pompée une grande partie de cette aversion qui à Rome comme dans toutes les démocraties était tou-
(1) Suétone, Cœs., 20.
jours réservée au parti et aux hommes, quels qu'ils fussent, qui détenaient le pouvoir. On se pressait, au point de ne plus pouvoir passer aux angles des rues où étaient exposés les édits furibonds de Bibulus qui devenait presque populaire (4). César et Pompée furent souvent reçus très froidement à des fêtes et à des cérémonies publiques (2). Les jeunes gens des hautes classes affectaient un grand mépris pour la démagogie vulgaire que César avait définitivement établie à Rome (3). Cicéron, lui-même, écrivait à Atticus que Pompée aspirait certainement à la tyrannie, et que la république se changeait en monarchie, par la lâcheté des grands et l'audace de quelques ambitieux. Il était particulièrement affligé d'être tombé au rang de personnage secondaire (4) par sa répugnance sincère pour la tyrannie démagogique, par son épouvante devant l'audace croissante de Clodius, que Crassus, Pompée et César protégeaient ouvertement et qui demandait à déchoir du rang de patricien à celui de plébéien pour devenir tribun du peuple. Les difficultés légales étaient grandes, mais César vint à son secours, et avec une lex curiata de arrogatione parvint à le faire plébéien. Il serait certainement élu tribun l'année suivante (5).
Cependant tant de malveillance et de rage ne semblait avoir aucun effet. Pompée, il est vrai, qui avait cru comme en l'an 70 devenir le chef d'un nouveau parti populaire, composé d'hommes distingués et amis de la légalité, avait été un peu surpris de se trouver
(1) Cicéron, A, II, xix, 2 ; II, xx, 4 ; II, xxi, 4.
(2) Id., XIX, 3.
(3) Id.,^.
(4) Id., XVII, 2.
(5) Lange, iî. ^., III, 277.
avec César et Crassus à la tête d'une démagogie qui répugnait à son tempérament d'aristocrate. Par exemple ia pensée que Rome tout entière pouvait répéter contre lui les violentes invectives de Bibulus lui était insupportable (1). Il était aussi un peu effrayé de l'audace de César et il cherchait par d'habiles sophismes à séparer leurs responsabilités (2). Mais Crassus, plus sceptique et plus égoïste, jouissait de sa nouvelle puissance^ et César, de plus en plus hardi et fougueux, était le maître à Rome, sans que ni l'un ni l'autre fût beaucoup gêné par la malveillance des hautes classes. Personne ne leur faisait plus d'opposition; personne n'osait répéter en public ce que tout le monde disait dans les réunions privées. Il venait peu de monde aux rares séances du Sénat, et encore moins aux réunions du parti conservateur, qui se tenaient à la maison de Bibulus, tant il était réduit (3). Cicéron, dans ses lettres à Atticus, flétrissait en termes violents la lâcheté des sénateurs; mais il faisait comme les autres (4). Cependant si le parti démocratique n'était pas^ comme le prétendait Caton, composé uniquement d'ivrognes (5), César, Pompée et Crassus n'étaient que les chefs d'une clientèle politique détestée des hautes classes qui possédaient la richesse et la culture. Comment cette clientèle pouvait-elle triompher dans une république libre où les fonctions étaient électives? Quel mystérieux maléfice détruisait tout d'un coup la force des classes supérieures et de cette assemblée
(1) CiCÉROiN', A, 11, XXI, 3.