‹ Grandeur et décadences de Rome; (volume 3)Chapitre 20 sur 29 · IV · texte numérisé non relu

IV

m GRANDEUR ET DÉCADENCE DE ROME

Asie peu de temps après la reprise de la navigation et assez tôt pour qu'Antoine ne pût tirer qu'un profit insignifiant des nouvelles qui lui arrivèrent toutes à la fois, ou à peu dïntervalle les unes des autres (1). II s'occupa aussitôt de la guerre d'Egypte, étant aussi résolu que son adversaire était incertain^ se sentant cette fois appuyé et poussé droit vers son but par les vœux de l'Italie, par son désir de conquérir la faveur publique, et par la nécessité. La conquête de l'Egypte s'imposait désormais pour des raisons financières encore plus fortement que pour des raisons politiques. C'était en effet la seule façon d'empêcher la terrible faillite d'Octave et de son parti, qui aurait entraîné avec elle la faillite de la république et de la moitié de l'Italie. Octave n'avait apaisé les nouvelles révoltes des légions qu'en contractant une nouvelle dette, plus énorme que les autres, avec les villes d'Italie, dont ses agents prenaient les terres en promettant de les payer, avec les vétérans qui consentaient à rentrer chez eux les mains vides, mais en comptant formellement sur les promesses d'Octave. Et cette dette au moins il fallait la payer, le plus tôt possible, si on ne voulait pas déchaîner en Italie une véritable dissolution sociale. Dans de telles conditions, si Antoine, déjà à demi vaincu, s'obstinait à défendre Cléopâtre, l'Egypte et ses trésors contre le général qui s'approchait pour payer encore une fois avec ceux-ci les dettes de l'Italie, il était certainement perdu. Pour cette raison encore, le conseil donné par Hérode était bon. Mais les bruits qui couraient au printemps de l'an 30 devaient causer à Octave de terribles alarmes : Cléopâtre, disait-on, voulait sauver ses trésors en les faisant fuir par la mer

(1) Dion, LI, 5.

Rouge; elle les avait réunis^ prétendait-on aussi, dans le grand tombeau qu'elle s'était fait élever près du temple d'Isis pour tout faire brûler, si Alexandrie était prise (1). Octave avait ordonné à Cornélius Gallus de se diriger sur Cyrène et lui-même marchait sur la Syrie : mais il ne suffisait pas de vaincre, il fallait ne pas perdre le prix de la victoire, chose plus difficile peut-être que de triompher d'Antoine, qui, dans les oscillations continuelles de la cour d'Alexandrie, ne pouvait plus rien faire de vigoureux ni de cohérent. En Afrique, abandonnées à elles-mêmes, les quatre légions de Cyrène, perdant leur confiance en Antoine et ne se sentant plus commandées, se rendirent sans combattre; et Cornélius Gallus les ayant réunies aux siennes, put marcher sur Parétonium et s'en emparer (2). En Asie, Hérode perdant sa confiance dans la cause d'Antoine, qui s'obstinait à ne pas abandonner Cléopâtre, vint au-devant d'Octave à Rhodes, et avec de beaux discours, de grands présents en argent, l'offre de lui venir en aide et de lui fournir des vivres dans la prochaine guerre, il réussit à conserver son royaume (3). La Syrie aussi tomba facilement au pouvoir d'Octave, car le gouverneur Didius passa à son service, et, pour faire preuve de son zèle, persuada aux Arabes de brûler la flotte que Cléopâtre faisait construire dans la mer Rouge, pour emporter ses trésors (4). A ce moment même cependant, d'étranges pourparlers commençaient. Antoine', en apprenant

(1) Dion, LI, 6; Plctarque, Ant., 69.

(2) Dion, LI, 9; Orose, VI, xix, 15; Plutarqce, Ani., 69. PIutarque se trompe de date, car ce fait eut lieu certa.inement en l'an 30, comme on peut le voir dans Dion et dans Orose.

(3) JosÈPHE, A. J., XV, VI, 6 et suiv.

(4) Dion, LI, 7.

qu'il avait été trahi par l'armée de Cyrène, avait voulu se tuer; puis il avait repris courage et il avait voulu aller à Parétonium pour chercher à ramener à lui ses soldats, mais après avoir envoj^é des ambassades à Octave pour lui proposer la paix et lui olTrir des présents. C'était une feinte pour gagner du temps et éviter la guerre avant qu'il ne fût de retour à Alexandrie (1). Cependant Cléopâtre aussi envoyait des ambassades du même genre, et Octave, au lieu de répondre clairement^ envoyait un de ses affranchis, Thyrsius, avec la mission de faire comprendre à Cléopâtre qu'il s'était épris d'elle et qu'il serait disposé à lui abandonner l'Egypte, si elle consentait à faire périr Antoine (2). Malgré les sentiments de colère dont on était animé contre lui en Italie, Antoine n'était pas un de ces sénateurs vulgaires comme on en donnait journellement à égorger aux soldats ; s'il avait pu disparaître, comme Pompée, et sans qu'Octave fût Tauteur de sa mort, tout eût été pour le mieux. Il est donc probable qu'Octave comptait tromper Cléopâtre, lui faire tuer Antoine, et trouver intacts à Alexandrie les trésors de l'Egypte; alors il pourrait se poser en vengeur d'Antoine et faire mettre à mort Cléopâtre, à cause de son crime. Aussi bientôt ce fut entre Octave, Antoine et Cléopâtre une lutte de ruses et de mensonges pour se tromper et se trahir mutuellement ; tandis qu'Antoine combattait à Parétonium où, au lieu de gagner à lui les soldats, il perdait même une partie de ses vaisseaux, Cléopâtre prêtait l'oreille aux mensonges perfides d'Octave : en

(1) Dion, LI, 8; Plutarque, Ant., 72. Les textes au sujet de ces ambassades sont très confus. Selon Plutarque elles auraient eu lieu pendant l'automne de l'an 31, mais la chose n'est guère vraisemblable.

(2) Pldtarque, Ant., 73; Dio.n, LI, 8. j

voyant son empire s'écrouler, elle se prenait à espérer qu'elle pourrait du moins conserver TÉgypte, en trahissant Antoine, et en se donnant à Octave. A son retour de Parctonium de nombreux indices firent soupçonner à Antoine le changement qui s'était produit chez Cléopâtre, mais elle fut d'abord assez habile pour endormir les appréhensions du naïf Romain. Un événement très grave vint quelque temps après réveiller ses soupçons : arrivé à Péluse, Octave s'emparait de la ville presque sans combattre. De nouveau Antoine se demanda si Gléopâtre n'avait pas donné l'ordre de livrer Péluse sans combattre. Mais une fois encore Gléopâtre sut le tranquilliser (1); et, comme Octave approchait, elle fit mine de l'aider, par des édits très belliqueux, à organiser la défense d'Alexandrie. Ce fut le dernier effort. L'histoire et les épisodes de la défense d'Alexandrie ont été racontés d'une façon si confuse par les historiens de l'antiquité, qu'il est impossible de savoir ce qui s'est passé : une seule chose est certaine, c'est que le 1" août une grande bataille devait avoir lieu auprès d'Alexandrie; qu'au dernier moment les troupes et la flotte d'Antoine le trahirent, obéissant, à ce qu'il semble, à des ordres secrets de Gléopâtre; que la reine, redoutant la colère de l'homme qu'elle avait trahi, se réfugia dans son tombeau ; et qu'enfin Antoine, considérant sa cause comme perdue, se donna la mort. Le même jour, Octave entrait à Alexandrie, accompagné de son maître, l'Alexandrin Did^nnus Aréus (2). La victoire fut eu core suivie d'un massacre, le dernier heureusement de cette sanglante histoire. Octave fit tuer Césarion, Antyllus, le fils aîné d'Antoine et de Fulvie,

(1) Plutaroue, Ant., 74.

(2) Orose, VI, XIX, 16; Dion, LI, 10; Plutarque, Ant., 73-80.

qui avait déjà connu les honneurs royaux ; il fit tuer Canidius, qui connaissait le secret de la victoire d'Actium, Cassius Parmensis,, le dernier des conjurés qui fût encore vivant, et Q. Ovinius, le sénateur qui avait accepté la charge de directeur des manufactures royales de tissus à Alexandrie (1).

Ainsi mourut le dernier et le plus célèbre des généraux de César. La postérité, toujours sans pitié pour les vaincus, l'a jugé trop sévèrement. Malgré ses nombreux défauts, malgré les graves erreurs qu'il a commises, Marc Antoine a le droit d'être considéré comme le véritable continuateur et héritier de César. Il connut les dernières pensées du dictateur; il eut en sa possession ses papiers les plus importants, et il essaya de réaliser les projets qu'il avait conçus vers la fin de sa vie, en poussant Rome vers l'Orient et la civilisation asiatique et en cherchant à employer les forces de l'Italie à la fondation d'une grande monarchie, semblable à celles des successeurs d'Alexandre. Il n'est pas douteux qu'avec son tempérament inégal et sensuel, son esprit puissant mais inconséquent, et cette incohérence qui rendait stériles tous ses actes, il ait en partie gâté le programme de César. Mais puisque la tentative orientale et njonarchique échoua deux fois, aussi bien avec César ^ii'avec Antoine, il serait au moins téméraire de dire que ce fut là le résultat d'un simple accident. Si Antoine n'était pas un homme d'une intelligence aussi vaste que César, il eut aussi à vaincre des obstacles moins grands; il n'avait plus en face de lui une aristocratie républicaine puissante, mais un monde politique obscur, sans autorité, facile à mener, incapable de se sacrifier pour l'idée républicdne comme

(1) Orose, vi, XIX, 20; Plutarque, Ant., 81.

l'avaient fait les plus grandes familles romaines, depuis les ides de mars jusqu'à la bataille de Pliilippes. Et cependant la crainte d'une domination égyptienne, exploitée par Octave, avait effrayé l'Italie au point qu'à Actium l'adversaire d'Antoine triompha de lui presque sans combattre. L'échec de César et d'Antoine n'est donc pas imputable seulement aux fautes, aux aventures, aux faiblesses des hommes qui tentèrent cette révolution, mais aussi à ce que cette tentative n'était pas mûre, et à ce que la force d'un homme, si grand qu'il fût, ne pouvait avoir raison en quelques années de toutes les résistances qui s'opposaient à la réalisation de ce plan. Le désastre de la politique d'Antoine entraîna la chute de FÉgypte. De son refuge, Gléopâtre chercha d'abord à obtenir de meilleures conditions en menaçant de brûler ses trésors. Octave réussit à la faire rentrer dans le palais royal en lui ôtant tous les moyens d'attenter à sa vie; il la fit garder comme en prison et il l'amusa avec des propos ambigus dans le dessein de l'embarquer à l'improviste et de la conduire à Rome pour son triomphe. Mais Gléopâtre se défiait, et si elle consentit à vivre tant qu'elle eut l'espoir de sauver quelque chose de sa puissance, elle eut le courage de se donner la mort, quand elle fut persuadée que le vainqueur la destinait à son triomphe. On la trouva un jour sur son lit, parée de son plus somptueux costume royal, endormie pour toujours, entre un esclave déjà moi. et un autre qui agonisait. On n'a jamais su comment elle s'était tuée. On raconta qu'elle s'était fait mordre au bras par de petits serpents venimeux qui lui avaient été envoyés dans un panier de fruits, et ce fut la version la plus accréditée (1).

(1) OuOiEj VI, .\;n, IS; Dion, LI, 11-14; Plutarque, Ant.f

Avec elle s'en allait le dernier reste de lempire d'Alexandre, l'antique et glorieux royaume des Ptole'mées. Après Pergame, après Antioche, Alexandrie tombait. La politique mondiale romaine, commencée à la fin de la seconde guerre punique, venait de remporter son dernier grand triomphe : au bout de cent soixante-dix ans, la perle e'gyptienne était enchâssée dans la bague méditerranéenne. Le pays ne fut pas traité durement; le vainqueur s'appliqua au contraire à ménager l'orgueil national et il tint compte de la tradition dynastique séculaire à laquelle le peuple était encore si attaché; (a, terre des Pharaons ne fut pas réduite en province romaine. Imitant, mais dans une mesure plus raisonnable, la politique d'Antoine, tandis qu'il annonçait à Rome qu'il avait conquis TÉgypte pour elle, Octave feignit d'être lui-même le nouveau roi d'Egypte et le successeur de la dynastie éteinte; pour gouverner le pays il nomma, non pas un propréteur, ni un proconsul, mais un praefecliis, qui devait être son représentant et ressembler bien davantage à un gouverneur asiatique qu'à un proconsul romain (4). Le premier fut Cnéus Cornélius Gallus, le grand ami de Virgile. Mais tous les citoyens durent payer un impôt du sixième de leurs biens, et d'autres sommes furent extorquées aux riches sous différents prétextes ; l'immense trésor des Lagides, la collection merveilleuse d'objets d'or et d'argent finement travaillés et

82-86. — Les lecteurs qui désireraient connaître dans tous les détails l'histoire des derniers jours d'Antoine et de Cleopatra peuvent lire la narration superbe de M. Bodché-Leclercq, Histoire des Lagides, II, p. 3io-3l4. Ces pages sont un chef-d'œuvre de critique et de narration historique.

(1) Voy. Mon. anc, V, 24 (lat.) où Auguste dit qu'il aurait pu « Armeniam majorem facere provinciam... » mais ajoute au contraire : « Aegyptum imperio populi rowani adjcci. •

ciselés; tout le musée composé en deux siècles par les innombrables Cellini de TOrient fut jeté brutalement dans les fourneaux pour tout fondre et tout transformer en monnaie (1). Ce fut sur ces trésors des Ptolémées que les officiers reçurent aussitôt en récompense des sommes considérables, que les soldats furent enfin payés, que de grandes fortunes furent faites en peu de jours dans l'entourage d'Auguste (2).

Nunc est bibendum, nunc pede libere Pulsanda tellus...

chantait joyeusement Horace, tout à fait converti maintenant et si plein d'admiration pour Octave, que, pour la gloire du vainqueur, il consentait à mettre en vers l'absurde légende de Gléopâtre et à montrer la reine qui

Capitolio

démentes ruinas

Funus et imperio parabat Contaminato cum grege turpium Morbo virorum..,

La bataille d'Actium, si elle n'avait pas eu à sauver Rome et sa puissance, avait du moins sauvé sa petite villa de la Sabine où il pourra désormais écrire en paix ses odes et ses épîtres. Sans qu'elle eût jamais été menacée véritablement des chaînes égyptiennes, l'Italie échappait à la faillite. Aussi on vit fondre tout un déluge d'honneurs sur la tête de l'heureux vainqueur : le jour anniversaire de sa naissance et celui de la prise d'Alexandrie furent déclarés jours de fête; on lui décrétjî un second triomphe; on approuva avec ser-

(1) Slétone, Aug., 71.

(2) Dion, LI, 17.

ment tous les actes accomplis par lui jusqu'à cette époque; on lui accorda le droit de juger toutes les causes en appel et de trancher par son vote celles où les suffrages se balanceraient; on lui donna d'autres privilèges de tribuns, sans que nous sachions au juste lesquels; on de'cida enfin que les trente-cinq tribus lui offriraient chacune mille livres d"or (1). Un zèle étrange animait l'Italie; on oubliait tout le passé d'Octave et le fils de César était l'objet d'une admiration universelle; la victoire l'avait prodigieusement grandi, comme elle avait grandi Sylla et César, dans cette république aristocratique, vieillie et dégénérée par Tesprit mercantile et la politique démocratique. Qui donc eût osé maintenant faire de l'opposition à l'homme qui était à la tête de toutes les armées et qui disposait des trésors de Cléopâtre? Cette popularité et cette puissance permettaient à Octave de faire tout ce qu'il voulait, et il en profita pour devenir l'homme le plus riche du monde en prenant hardiment pour lui et pour ses amis la fortune privée des rois d"Ég\"pte, qui se composait d'un nombre infini de champs cultivés, de plantations de palmiers, d'eaux poissonneuses, de mines et des revenus de certaines taxes sur les cérémonies religieuses. Le neveu de l'usurier de Velletri s'empara, comme successeur des Lagides, de leur immense fortune; il en distribua une partie à ses amis, donna par exemple une grande propriété à Mécène; et, pour la partie qu'il garda pour lui, il maintint en Egypte l'administrateur royal des domaines, l'Idiologos; il en fit l'administrateur des biens qui désormais lui appartenaient, le plaçant auprès du gouverneur et le chargeant de lui envoyer tous les ans à Rome les loyers des champs,

(i) Dion, LI, 19; Mon. anc, IV, 2o et suiv.

ANTOINE ET CLÉOPÂTRE «al

des maisons, des mines, l'argent des taxes religieuses qui dans les derniers temps de la monarchie égyptienne, malgré le désordre et la décadence de l'Egypte, s'élevaient encore à six mille talents, c'est-à-dire à environ vingt-cinq millions de francs (1). Après avoir pillé le trésor des Lagides, la bande des aventuriers romains se rua sur les biens de la couronne, et de nouvelles fortunes furent faites du jour au lendemain. Puis Octave revint par le même chemin qu'il avait suivi en venant, donnant partout des ordres, prenant des mesures, recevant des hommages, agissant enfin en vrai souverain de l'empire. Il donna à Artaxercès, qui était déjà roi de la Medie Atropatène, la petite Arménie; à Hérode la Samarie, c'est-à-dire la côte de Syrie depuis les confins de TÉgypte jusqu'à Tyr; il reconnut Cléon prince de Cumana dans le Pont; il accueillit amicalement Tiridates qui réclamait le trône des Parthes, voulant ainsi montrer à l'Italie qu'il se proposait de mener à bien l'entreprise dans laquelle Antoine avait échoué (2). Il fit en outre replacer dans les temples d'Orient beaucoup de statues qui avaient été enlevées par Antoine et par Gléopâtre (3), et, comme certaines villes, telles que Nicomédie et Pergame, demandaient l'autorisation de lui élever des temples comme à leurs anciens souverains, il consentit, à condition que les temples fussent dédiés à la fois à Rome et à lui (4).

Octave termina ainsi l'an 30 et commença l'an 29 en Orient. Au printemps, finalement, il revint en Italie où, vers la fin de l'an 30, le fils de Lèpide avait tenté de

(1) Strabon, XVII, I, 12 (797). Voy. sur cette question Ros- TowzEw, Philol., vol. LVII et suiv., 564 et suiv.

(2) Dion, LI, 18; Mon. anc, V, 54.

(3) Mon. anc, IV, 49.

(4) Dion, LI, 20.

£o2 GRANDEUR ET DECADENCE DE ROME

provoquer une révolte. Mécène n'avait pas eu de peine à la réprimer (1). L'Italie avait maintenant une admiration trop ardente pour l'homme qui revenait à la tête de tant de vaisseaux chargés d'or, accompagné par le brillant cortège des officiers et des généraux qui, partis pauvres, rapportaient d'Egypte les riches dépouilles des Ptolémées. On lui décrétait à tout moment de nouveaux honneurs : son nom allait figurer dans le carmen saliare; les prêtresses prieraient pour lui dans les prières publiques; dans tous les banquets publics et privés on ferait des libations en son honneur (2). Et il arriva enfin en Italie, accueilli avec un immense enthousiasme; il s'arrêta quelque temps, pour soigner une laryngite qu'il avait sans doute contractée pendant la guerre, à Atella où Virgile vint à sa rencontre et pendant quatre jours lui lut lesGéorgiques qui étaient terminées (3), lui manifestant aussi son désir de rappeler ses hauts faits dans un poème (4). Les triomphes consécutifs qui furent enfin célébrés les 43, 14 et 15 août de l'an 29 (5) furent très solennels, et merveilleuses furent les fêtes que l'on donna dans la seconde moitié du mois d'août pour l'inauguration des monuments qui symboUsaient la victoire définitive de César au milieu de tant de guerres civiles, le temple du Divus JuUus inauguré le 18 août (6)^ puis la Curia Julia, avec le sanctuaire de Minerve et VAra Victor iae

(1) Velléics, II, S8.

(2) Mon. anc, II, 21.

(3) DoNATUS, p. 61, R.

(4) Virgile, Georg. III, 46.

(5) Diox, LI, 21; Live, Ep. 133; Scétoxe, Avg., 22. Les dates de ces trois journées sout tirées d'un rapprochement fait entre ce que disent ces histoires et les indications données par les Tabulae barberinianae (G. I.L., I, p. 478) et les Fasti Antiatini (G. /. L., X, 6638).

(6) G. /. L., l, p. 399; Dion, LI, 22.

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dans la CwHa Julia (1). Toute l'Italie était dans la joie et rëblouissement; cet heureux et dernier survivant de tant d'hommes illustres qui avaient lutté pour dominer le monde romain, semblait avoir acquis définitivement l'héritage d^Alexandre et de Rome. C'est à sa grandeur démesurée et à l'élévation de ses quelques amis que semblait aboutir l'effort des deux siècles de guerres et de conquêtes dans le monde immense, dévasté, affligé, découragé.

(1) Dion. Li, 22.

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