PRÉFACE
Ce volume contient l'histoire de la conquête de la Gaule et de la guerre civile, qui aboutit àia dictature et à l'assassinat de César. C'est un sujet qui a été traité par beaucoup d'écrivains, et je ne l'aurais pas repris, après tant d'autres, si je n'avais eu l'espoir d'éclaircir un peu ce qu'il y a de plus obscur dans cette histoire, en me plaçant à un point de vue nouveau pour observer les événements.
Tous les écrivains qui ont étudié la conquête de la Gaule ont, selon moi, commis une erreur : celle de concentrer leur attention sur la Gaule et sur les phases de la lutte que s'y déroulait, en isolant César sur le théâtre de la guerre et en ledétacbant de Rome. La conquête de la Gaule, ainsi étudiée, ne paraît plus tenir qu'à des plans personnels de César; des plans sans doute très profonds, mais aussi très mystérieux, qu'il n'est pas possible de déterminer à l'aide des sources historiques dont nous disposons. J'ai donc préféré étudier ce grand événement en me plaçant, pour ainsi dire, au centre de Rome et de ses intérêts politiques et
Il GRANDEUR ET DECADENCE DE ROME
financiers, en cherchant à découvrir les rapports existant entre les opérations militaires accomplies par César et les événements intérieurs de la politique romaine.
Je crois qu'envisagée à ce point de vue, celte conquête devient beaucoup plus claire et compréhensible. Nous la voyons s'accomplir sous l'action de forces sociales qui sont à l'œuvre même aujourd'hui et par des procédés qui ressemblent plus ou moins à ceux qu'on emploie de nos jours. La conquête de la Gaule devient une « guerre coloniale », commencée et menée par le chef d'un parti, dans le but de s'en servir comme instrument d'action sur la politique de l'Italie.
Cependant si cette guerre ressemble à tant d'au très par son but et par ses procédés, elle a eu des développements si immenses et si imprévus, que son étude est une source presque inépuisable pour l'historien philosophe. 11 n'y a peut-être pas de guerre dans laquelle on puisse mieux sonder certaines de ces lois encore si mystérieuses qui régissent la destinée des nations et des États. On a beaucoup discuté, dans les derniers temps, sur le rôle historique de la guerre; on a cherclié à démontrer tantôt qu'elle est un bienfait divin, tantôt qu'elleestle plus horrible fléau du monde. Ces discussions, comme toutes celles qui cherchent à fixer le caractère moral des actions et des rapports humains, peuvent servir aux luttes des forces sociales