PREFACE III
qui se disputent la domination des États ; mais elles dépassent trop la puissance intellectuelle des hommes, pour qu'on puisse jamais y trouver une solution définitive. Un historien philosophe se contente, plus modestement, d'envisager la guerre comme une force qui, à un certain moment, précipite vers leur solution les crises sociales préparées lentement par l'usure et le relâchement naturel des institutions sociales et politiques. Tout système de traditions, d'intérêts et de forces morales constituant une société, se désorganise peu à peu par l'action continuelle de forces cachées dont peu de personnes s'aperçoivent ; mais l'esprit de conservation, les intérêts constitués, la crainte qu'inspire l'avenir empêchent toujours de remplacer par un nouveau système l'ancien, même longtemps après que celui-ci est devenu intolérable. De là ces époques de crise où les esprits et les institutions, les mœurs et les fortunes sont perpétuellement en proie à des troubles bizarres et douloureux, dont on cherche en vain la guérison ou l'apaisement par les efforts les plus compliqués. La guerre, bien souvent, brisant tout à coup l'équilibre psychologique conservé à grand'peine, hâte, dans ces sociétés en proie à une crist, la fin de tout ce qui n'a plus d'énergie vitale, pousse à la lutte décisive les forces contradictoires, provoque la détente des forces cachées, qui peuvent rétablir un équilibre nouveau.