XII, A, 1. SCHMIDT, B W. C
(3) CicÉRox. A., Yin, XII A, 1.
(4) CiCÉRO.N-, A., VIII, XI A.
Domitius avait changé d'avis et qu'il voulait maintenant attendre César de pied ferme. Pompée^, qui connaissait les faiblesses des hautes classes italiennes, en vint à penser quii y avait dans l'armée de Domitius de grands propriétaires des environs de Gorfmium, et qu'ils insistaient pour qu'on défendit le pays et qu'on l'empêchât d'être pillé par les soldats de César (1). Grand propriétaire lui-même, indulgent pour les faiblesses de ce genre, et trop peu énergique pour s'imposer, Pompée fit alors une chose indigne d'un général : il pria le
12 février Domitius de lui envoyer dix-neuf cohortes et de conserver les autres pour la défense (2). Mais le
13 ou le 14 février (3). ayant perdu l'espoir de voir Domitius se conformer à son avis, et persuadé qu'il allait être surpris par César, il en vint à faire le projet de se retirer en Grèce. Il n'était plus possible de se défendre en Italie; il fallait donc quitter la péninsule, aller en Orient, refaire une armée et remettre la guerre à plus tard, pour avoir des forces plus sérieuses. Mais même après avoir pris ce parti Pompée manqua de l'énergie nécessaire. Le 13 (4) il envoya Décimus Lélius aux consuls avec une lettre dans laquelle il les priait, « si la chose leur paraissait opportune ï, l'un de se rendre en Sicile avec des troupes recrutées aux environs de Capone et avec douze des cohortes de Domitius, pour protéger cet important grenier, l'autre, avec le reste des forces, à Brindes
(1) CiCÉRON, A., VIII, XII B, 2.
(2) CicÉROx, A., VIII. XII B, 2. Pour la date de cette lettre, voy. ScHMiDT, B. W. C, 136. Voy. Ciceron., A., VIII, xii a, 1.
(3) CicÉRox, .4., VIII, XII A, 3. Pour la date que l'on peut fixer en se reportant au texte de Cic, A., VIII, xi d, 4, voy. SCHMIDT,P. W. C, 136.
(4) Pour la date à laquelle fut donné cet ordre, voy. Schmidt, B. W. C, 136.
pour s'y embarquer (i). Il invita aussi Cicéron à le rejoindre à Brindes (2). Malheureusement, les craintes qu'il avait au sujet de Domitius n'étaient que trop fondées. Le 14 février Domitius se laissait surprendre et assiéger à Gorfinium avec dix-huit cohortes. L'émotion fut grande en Italie quand on apprit cette nouvelle. On pensait que Pompée allait se porter aussitôt au secours des assiégés!
Mais à la nouvelle du siège de Gorfmium et du désastre qui menaçait, Pompée, sortant enfin de sa paresse, se ressaisit, retrouva son énergie, et à partir de ce moment il ne cessa plus de montrer une grande fermeté. Au risque de précipiter la république dans un affreux désordre, et de mourir avec les siens dans un effrondrement gigantesque, il voulut prendre sa revanche sur César. Jugeant que les deux légions qu'il avait à Lucerà ne suffisaient pas pour secourir Domitius, qu'un échec aurait été désastreux pour son prestige, il résista aux supplications de toute la Rome élégante et aristocratique qui, impatiente de porter secours à Domitius, voulait se lancer aveuglément dans une aventure trop dangereuse; et il eut la force de prendre la résolution la plus difficile detoutes^ celle de s'avouer vaincu pour l'instant. Il considéra comme perdues les recrues que l'on avait faites sur les côtes de l'Adriatique; il abandonna Domitius à son sort, et prit le parti décisif de se retirer en Grèce; il renonça mêmp, en voyant ses forces insuffisantes, à son idée de cuiiserver la Sicile, et il envoya aux consuls l'ordre très net de concentrer à Brindes toutes les recrues qu'ils avaient faites à Capone et toutes les armes dont ils
(i) Cicéron, A., VIII, xii a, 3.
(2) Cicéron-, A., Vili, xi d, 1.
pouvaient disposer (1). De fait Domitius capitula au bout de sept jours, tandis que Pompée se retirait à Brindes, où se formait déjà la flotte qui devait l'emmener en Grèce. Après Gorfinium, ce fut Sulmone qui capitula; et sur ces entrefaites une autre des légions de la Gaule, la huitième, arrivait à César, ainsi que vingt-deux cohortes de recrues nouvelles et que 300 cavaliers envoyés par le roi du Norique (2).
Les hautes classes d'Italie furent épouvantées à la nouvelle de la chute de Gorflnium. Le terrible démagogue avait capturé cinq sénateurs qui lui étaient très hostiles, un grand nombre de chevaliers et de jeunes nobles. Mais César les remit tous en liberté, leur restitua toutes les richesses qu'ils avaient sur eux, et les traita avec beaucoup de bienveillance. A mesure que les événements l'engageaient plus avant dans une guerre qu'il n'avait pas voulue, César s'attachait davantage à son désir sincère de mettre fin très vite à la lutte en Italie, et d'obliger Pompée à conclure un accord honorable, de façon à contenter l'opinion publique qui voulait, qui réclamait la paix, qui était prête à adorer celui qui saurait la lui donner. Cette guerre civile, bien qu'encore assez restreinte, compromettait déjà trop d'intérêts; le crédit était devenu si diffìcile que les débiteurs étaient obligés de vendre pour payer les intérêts: une nouvelle liquidation des dettes commençait, très ruineuse, où tout tombait à vil prix; le travail diminuait, tandis que la misère faisait des progrès rapides, à Rome surtout, d'où tant de gros personnages étaient absents. César voulait à tout prix arriverà une entente avec Pompée,
(1) CicÉRON-, A., VIII, XII A, 4; Schmidt, B. W C, 139.
JULES CÉSAR î'/l
en Italie même, en quelques semaines, et de manière à en avoir tout le mérite aux yeux de l'Italie. Toujours prodigieusement actif, il écrivait à Gicéron qu'il était disposé à rentrer dans la vie privée et à laisser à Pompée le premier rang dans la république, pourvu quii pût vivre en sécurité (1) ; il envoyait le neveu de Balbus au consul Lentulus pour le prier de retourner à Rome et de s'y occuper de la paix (2j; il écrivait à Rome à Oppius, pour qu'il déclarât quii ne prétendait pas être le Sylla de la démocratie, mais se réconcilier avec Pompée et triompher grâce à sa générosité (3); enfin le 21 février^ le jour même de la prise de la ville, il quittait Gorfinium, emmenant avec lui six légions, dont trois faisaient partie de larmée de la Gaule, et dont les trois autres avaient été formées sur les lieux mêmes de nouvelles recrues et de soldats de Domitius. Dans sa marche, il remettait aussitôt en liberté tous les officiers et tous les partisans de Pompée pris le long de la route; enfin le 9 mars, en brûlant les étapes, il arrivait sous les murs de Brindes. Mais Pompée s'était déjà décidé pour la guerre et avait pris ses dispositions. Se souvenant enfin qu'il avait une armée en Espagne, il avait envoyé VibuUius Rufus pour en prendre le commandement; il avait chargé d'autre part Domitius d'aller à Marseille pour tenir la ville dans la fidélité (4); il avait déjà expédié une partie de l'armée avec les consuls en Epire, et il attendait que les navires revinssent pour y monter à son tour. La paix était-elle encore possible dans ces conditions? César eut là-dessus une dernière illusion, quand il vit
(1) Gicéron, A., VIII, ix, 4,
(2) Gicéron, A., Vili, ix, 4; xi, 5.
(3) Gicéron, ^.,IX, vu c, 1.
(4) CÉSAR, B. C, l, XXXIV.
rr2 GRANDEUR ET DÉCADENCE DE ROME
arriver (1) Magius apportant des propositions de la part de Pompée. Et certes, en ce moment suprême, Cicéron, s'il se fût trouvé à Brindes, eût pu encore tenter cette conciliation^ dont il caressait l'idée depuis longtemps. Malheureusement le vieil écrivain ne s'était pas rendu à l'invitation de Pompée, prétextant que les routes n'étaient pas sùres^ mais en réalité, parce qu'il ne voulait pas s'aventurer dans cette guerre civile qui lui était odieuse comme à tous les Italiens un peu sensés; et à l'heure où il fallait agir et marcher,, il restait dans son domaine de Formie, à rêver, se complaisant dans sa mélancolie, dans ses inquiétudes et dans ses espérances. La clémence dont César avait fait preuve à Gorfmium l'avait profondément ému; et les lettres de César et deBalbus l'avaient infiniment flatté, bien qu'il se plût à dissimuler son plaisir sous une amère défiance, pour pouvoir en parler plus fréquemment avec ses amis, et les entendre lui répéter que César ne le trompait point et comptait bien sur lui pour conclure la paix.
Cependant l'occcasion dernière lui échappa, si toutefois la paix était encore possible. César avait en vain attendu plusieurs jours le retour de Magius (2); il avait en vain aussi envoyé Titus Caninius Rébilus pour conférer à Brindes avec un ami intime de Pompée, Scribonius Libon. La réponse fut que Pompée ne pouvait pas traiter delà paix en l'absence des consuls (3). L'envoi de Magius avait été une ruse pour gagner du
(1) On peut, il me semble, de cette façon faire concorder César, B. C., L XXVI, et Cicéron, .4., IX, xiii a. Schmidt, B. W. C, p. 152, suppose que l'envoi de Magius était une feinte, et la chose me paraît vraisemblable.
(2) C'est ainsi, selon moi, qu'il faut interpréter Ces., B. C,