II. a
J'ai eu beaucoup de plaisir à écrire Fhistoire des quatorze ans qui vont du commencement de la guerre de Gaule à l'affreux assassinat des ides de mars (38-44 a. G.), et cela surtout parce que les événements de cette époque sont une des plus lumineuses démonstrations de cette vérité essentielle, dont ce qui se passe actuellement en Mandchourie et en Russie nous offre peut-être, après tant d'autres, une dernière preuve. Aucune guerre, les guerres de la Révolution et de l'Empire exceptées, n'a exercé une si grande influence sur l'histoire du monde. La guerre de Gaule a régénéré le monde ancien, surtout parce qu'elle a précipité deux grandes crises, qui traînaient depuis un siècle, troublant d'un affreux malaise tous les pays qui étaient entrés dans la civilisation gréco-latine : d'un côté la crise politique de l'Italie, qui devait en un siècle transformer l'essence môme de l'État et de la société latine; de l'autre la crise du monde celtique vieillissant. Je crois avoir démontré que la guerre civile entre César et Pompée, qui inaugura la crise politique de l'Italie, fut en partie l'effet de la lassitude, des préoccupations, des déceptions engendrées par la guerre de la Gaule, dont la longueur et l'acharnement finirent par troubler l'Italie, trop habituée aux guerres faciles de l'Orient, et par faire éclater toutes les haines civiles accumulées depuis un demisiècle dans les classes, les partis, les coteries et les
milles. En même temps la conquête détruisit la