‹ Grandeur et décadences de Rome; (volume 4)Chapitre 31 sur 55 · CLÉOPATRE · texte numérisé non relu

CLÉOPATRE

(47-48 avant Jésus-Christ)

César avec sa prodigieuse activité tira aussitôt parti de sa victoire. Il rappela ses soldats occupés au sac du camp de Pompée; il en mit une partie à la garde de ce camp et envoya les autres défendre le sien; puis avec quatre légions il se lança à la poursuite des fu3'ards sur la route de Larisse. A la chute du jour il atteignait le corps le plus important de Tarmée pompéienne déjà retranchée sur une montagne qui dominait la route; et il campa au pied de cette montagne pour attendre le jour. Mais au lendemain il neut rien à faire pour obtenir la capitulation de ces troupes^ car pendant la nuit les soldats s'étaient montrés si décidés à déposer les armes, que les chefs irréconciliables, comme Afranius et Labiénus^ s'étaient enfuis avec de petits détachements vers Dyrrachium, laissant l'armée libre de se rendre. Sans perdre de temps, César continua sa route pour Larisse, où il trouva quelques officiers de Pompée qui se rendirent à lui^ entre autres Brutus; et il apprit que Pompée s'était dirigé par la vallée de Tempe vers l'embouchure du Pénée (1). en détachant en route de sa suite des esclaves pour ré-

(1) Plutarque, Pomp., 73.

pandre en Grèce un édit où il ordonnait à tous les jeunes gens grecs et romains résidant en Grèce de venir s'enrôlera Amphipolis (1). César chargea alors Calénus de soumettre toute la Grèce; il ordonna aune légion de le suivre à marches forcées; et le 11 août il partit à la tête d'un escadron de cavalerie pour Amphipolis, dans l'espoir d'y rejoindre Pompée, qui, pendant ce temps, après avoir congédié à l'embouchure du Pénée ses esclaves, était monté dans une petite barque avec Lentulus Spinter, Lentulus Crus, Favonius, le roi Déjotarus et quelques autres; puis, ayant rencontré le vaisseau d'un marchand de blé, il y était monté et il faisait alors voile vers Amphipolis. César, en brûlant les étapes, réussit à franchir en six jours avec son escadron la distance de Larisse à Amphipolis, qui est de 180 milles romains (2) et il arriva peu après son rival : mais Pompée ayant appris, à peine arrivé à Amphipolis,, que son ennemi était déjà dans le voisinage, ne resta dans la ville qu'une nuit, le temps de se faire prêter de l'argent par ses amis et ses clients (3), et il partit précipitamment pour Mitylène, où étaient sa femme et son fils cadet Sextus. Ce départ fit supposer à César que Pompée voulait se rendre en Syrie, la province qu'il avait conquise (4); il donna donc à la légion qui était derrière lui l'ordre de continuer à le suivre; il en envoya une autre à Rhodes, puis se dirigea vers Sestos, sur l'Hellespont.

(1) CÉSAR, B. C, III, 102; le fait que Pompée alla véritablement à Amphipolis semble prouver que c'était un projet bien réel.

(2) ScHMiDT, B. W. C, 207.

(4) Il résulte d'un passage de César, B. C, III, 102, que quand il écrivait les Commentaires, il croyait encore que le premier dessein de Pompée avait été de s'arrêter en Syrie.

JULES CÉSAR ai9

Cependant, vers le milieu du mois d'août (l),Labiénus arrivait avec ses Gaulois et ses Germains à Dyrrachium et annonçait que la grande armée de Pompée avait été défaite. Une panique effrayante éclata. On voyait déjà César aux portes de la ville; personne ne voulut plus rester un jour à Dyrrachium; on décida de se retirer aussitôt avec la flotte à Gorcyre; les soldats ouvrirent précipitamment les magasins et, dans la hâte oii ils étaient, ils répandirent du blé sur toutes les routes qui conduisaient au port; les vaisseaux qui n'avancèrent pas dès qu'on les poussa furent brûlés. Le soir, à la lueur sinistre des vaisseaux incendiés, l'armée quitta le port, et avec elle Gicéron, Varron et Gaton (2). Bientôt, la nouvelle du désastre de Pharsale s'étant répandue le long des rivages de l'Adriatique^, tous les amiraux de Pompée se dirigèrent avec leurs flottes sur Gorcyre; G. Gassius qui était dans les eaux de la Sicile, Gnéus Pompée qui vint d"Oricus, M. Octavius qui croisait sur les côtes de TÎUyrie, D. Lselius qui stationnait à Brindes. A Gorcyre arrivèrent aussi, les uns après les autres, les amis de Pompée qui ne voulaient pas se rendre, et parmi eux Scipion (3); de sorte que l'on put tenir, sous la présidence de Gaton, un grand conseil. Nous ignorons ce que furent les discussions; nous savons seulement qu'il s'en fallut de peu que Gnéus Pompée ne tuât Gicéron parce qu'il proposait de conclure la paix; et qu'après cette réunion la plupart des personnages allèrent les uns d'un côté, les autres d'un autre. Gassius alla avec ses vaisseaux vers le Pont, on ne sait trop dans quelle intention; Scipion et Labiénus se dirigèrent vers l'Afrique, espérant y

(1) ScHMiDT, B. W. G., 179.

(2) CicEROX, De div., I, xxxii, 68.

(3) Dion, XLII, xiii; App., B. C, II, 87.

retrouver Pompée; M. Octavius retourna en lUyrie pour en achever la conquête; Caton, accompagné de Cicéron, se rendit à Patras pour recueillir les fugitifs. Il réussit, en effet, à prendre à son bord Pétréius et Faustus Svila; mais Calénus approchant, il dut faire voile vers l'Afrique. Cicéron, ne voulant pas continuer la guerre, débarqua à Patras.

Cependant Pompée, qui était arrivé à Mitylène le 20 août, prit à bord Cornélie et Sextus qui n'avaient encore reçu que l'heureuse nouvelle de la victoire de Dyrrachium (1): et s'étant séparé de Déjotarus qui retourna en Galatie, il côtoya l'Asie Mineure et la Pamphilie, n'osant toucher terre que pour prendre de l'eau et des vivres, ne s'arrêtant qu'un instant à Phasélis (2) et Attalie (3), où étaient des navires de sa flutte et des sénateurs. De grandes discussions avaient lieu, pendant le voyage, entre Pompée et ses amis sur l'endroit où Ion pourrait refaire une armée et recommencer la guerre. Les uns proposaient la Syrie, d'autres TÉgypte, d'autres l'Afrique. Il fallait prendre un parti : les fugitifs s'arrêtèrent à Synédra pour délibérer (4), et on décida de se réfugier en Syrie. Cependant César était arrivé à Sestos, où, en attendant ses vaisseaux et sa légion, il recevait la soumission d'un amiral de Pompée, L. Cassius^ qui commandait dix navires (5), et il prenait probablement les dispositions

(1) Pour les détails et les documents concernant cette fuite, voyez Drumanx, G. B., III, 519; Schmidt, B. W. C, 207 et suiv. Je ni' crois pas que Pompée ait jamais pens^ à se réfugier chez les Partiies, ce qui eût été trop peu patriotique et trop dangereux. Voyez Dion. XLII, ii.

(2) LucAiN, VIII, 251.

(3) PLUTARyTE, Pontp., 76.

(4) LucAiN, vili. 259.

(5) Dion, XLII, vi. Il ne s'agit pas de Caïus Cassius; Judeich, C, 0., 60, l'a démontré.

définitives pour l'Italie, où il n'avait cependant voulu envoyer aucun message officiel de sa victoire. Antoine ramènerait l'armée en Italie, le ferait nommer dictateur et serait magister equitum ou vice-dictateur; ainsi l'année de son consulat écoulée il aurait encore tous les pouvoirs nécessaires pour continuer la guerre. Quand les bateaux furent réunis et que sa légion l'eut rejoint, ayant appris que la Grèce avait été soumise par Galénus, il partit pour la Syrie avec l'intention de toucher Éphèse et Rhodes (1). Il croyait toujours que Pompée essaierait de se réfugier en Syrie. Mais Pompée, qui était parti pour Chypre vers le 10 septembre, apprenait alors justement à Paphos que les habitants d'Antioche avaient décidé de n'ouvrir leurs portes ni à lui ni à aucun de ses partisans. Il se fit alors donner de l'argent par une grande société de financiers italiens établis à Chypre; il rassembla dans les ports de l'île une petite flotte, choisit environ 2,000 soldats parmi les esclaves que les négociants italiens tenaient là en dépôt pour les vendre en Italie; et il prit le parti de se rendre en Egypte (2) où régnaient les enfants de ce Ptolémée que Pompée avait fait rétablir sur le trône par Gabinius, Ptolémée Dionysos et Cléopâtre, qui, d'après le testament de leur père, devaient se marier et régner ensemble. César, qui attendait à Rhodes la légion qu'il avait ordonné à Galénus de lui envoyer, ne tarda pas à comprendre, par les armements que Pompée faisait à Chypre, qu'il avait changé de plan et qu'il allait chercher à se réfugier en Egypte (3); et dès que ses soldats furent arrivés, c'est-à-dire vers la fin de septembre, il

(1) Appien, B. C, II, 89.

(2) ScHMiDT, B. W. C 208 ; César, B, C, III, 103.

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