TOUS LES MATINS, DANS LA COUIV, NOUS FAISONS COMME ÇA
Julie, agressive.
Voyons! raconte un peu!...
THOMAS
Si je voulais....
JULIE, ironique
Vas-y donc !
THOMAS
Prends garde!., je n'y tiens plus!
JULIE
Alors, t'as fait des conquêtes! toi!... oh! là! là! ma mère!
THOMAS, qui n'y tient plus.
Oh! là! là! ta mère! eh bien... écoute, je vas tout te dire et ça t'apprendra à me défier.... Pas plus tard que dimanche dernier, entre le cinquième et le sixième arbre de la promenade, j'ai fait la connaissance d'une dame qui a des cheveux rouges tout frisés, des cheveux qui font les montagnes russes, des vagues, que ça vous donne le mal de mer, et sur ses cheveux, elle a des fleurs toutes droites et puis une robe de soie qui fait cress, cress quand elle marche, et puis sous la robe de soie... mais non! il vaut mieux que je m'arrête... c'est plus délicat pour toi qui es une personne du sexe... je m'arrête là!...
JULIE
Oh! tu peux continuer... te gêne pas... tu en étais sous la robe de soie.... Alors, là-dessous il y a des jupons qui sentent bon, pas vrai?
Thomas, sortant un immense mouchoir de sa poche et le lui fourrant
sous le nez.
Ça sent le corylopsis du jupon, parbleu!
Je trouve plutôt que ça sent la pipe!
THOMAS
C'est à cause de mes bons de tabac qui sont avec ; mais tu vois, on s'est mis à la hauteur... regarde, j'ai des chaussettes à quatorze sous... je me suis payé la douzaine.
JULIE, tristement.
Mazette!... c'est vrai que tu deviens tout a fait un monsieur!
THOMAS, bon garçon, après un temps.
Vois-tu, Julie, faut pas m'en vouloir, faut pas te faire de la peine si je t'ai raconté toutes ces histoires, mais c'est ta faute, tu m'as poussé, asticoté... alors ça m'a parti... voilà....
JULIE
Je comprends... et à cette heure... c'est fini nous deux?...
THOMAS, embarrassé.
Fini! pas tout à fait... mais tu comprends, avec le service j'ai pas beaucoup de temps libre.
JULIE
Je comprends!
thomas, à part.
Elle le prend mieux que je n'aurais cru!
JULIE, après un temps Eh bien, c'est entendu.
THOMAS
Quoi! qu'est-ce qui est entendu?
JULIE, se levant.
On se quitte!... tu es libre... moi aussi... voilà!
THOMAS, étonné.
Ah!
JULIE
Tu as raison! te voilà devenu maintenant un militaire trop élevé pour une pauvre domestique comme moi!... Un monsieur qui a des chaussettes et de l'odeur sur son mouchoir !... Nous n'avons plus qu'à nous dire adieu, Thomas.
THOMAS
Si vite? (A part.) A la bonne heure! au moins, celle-là, c'est pas un crampon.
JULIE, mine de partir.
Adieu !
thomas, sans enthousiasme.
Adieu!... on se reverra, dis?...
JULIE
Oui! aux bals de l'Elysée, chez le président.... Tu n'es pas encore invité, mais ça viendra ! (Klle rit.)
THOMAS
Je crois que cette donzelle se paye ma figure. (S'apercevant que Julie, au lieu de s'en aller, se dirige vers la porte du quartier, il l'arrête.) Eh, Julie! c'est par ici qu'on s'en va... tu perds donc la tête?
Je m'en vais pas!
Où vas-tu alors?
tiiomas, ahuri.
JULIE
Dame! là dedans, chercher un autre amoureux; la place est vide, on met l'écriteau.
Elle disparait par la porte du quartier après avoir parlementé avec le factionnaire qui l'introduit.