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démon demande de tenter les apôtres, de “les cribler comme le froment ”, le Christ prie pour Pierre seul. A lui ensuite d’affermir les autres. Il est bien, dans la pensée du Sauveur, et par sa volonté, leur guide, leur chef, leur soutien, il est bien nommé “ le Prince des Apôtres ”.
S'il fallait, mes Frères, une confirmation à cette preuve déjà si forte, il n’en est pas de meilleure que laconduite de saint Pierre après l'Ascension. 11 se montre bien le chef. Il parle au nom de tous : le premier il prêche l’Évangile, opère les premières conversions, fait le premier miracle. C’est lui qui propose de donner à Judas Iscariote un successeur dans l’apostolat. C'est auprès de lui que saint Paul, après trois ans de prédication, vient se retremper et exposer sa doctrine, afin que les fatigues de ses courses apostoliques ne fussent pas vaines!'. C'est lui qui décide de l'admission des gentils dans la communauté chrétienne”, Quand on étudie de bonne foi ce faisceau imposant de textes et de faits, il n’est pas possible de nier la primauté de Pierre. Aussi les Pères des premiers siècles, les plus à portée de connaître la pensée du Christ, n'ont eu qu’une voix pour célébrer la grandeur de la puissance de Pierre, la gloire du siège de Rome qu’il avait choisi.
2° — Mais ce pouvoir de gouverner, non seulement les brebis, mais les pasteurs mêmes du troupeau, de les confirmer dans la foi par un enseignement infaillible, devait-il finir
1 Gal. I, 18. col. SEE ? Act. Xet XI.
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avec saint Pierre? Autant vaudrait dire que l'Église que Je Christ avait instituée pour sauver tous leshommes, et partant pour durer jusqu'à la fin des siècles, ne devait pas s'étendre plrs loin que la vie des Apôtres. Car, nous l'avons vu, sans cette puissance, pas d'unité sociale ni d'unité defoi possibles. Et s'il en était ainsi dès le temps des Apôtres enrichis du privilège de l'infaillibilité personnelle, alors que les fidèles étaient peu nombreux, combien davantage maintenant que la religion est répandue par toute la terre et que les pasteurs ne possèdent pas la même prérogative.
Cette puissance devait donc durer autant que l'Église. Et quels devaient en être les dépositaires sinon les successeurs de Pierre? Et qui sont-ils, sinon les évêques de Rome? ‘“ Car, selon la remarque de pur bon sens faite par Bossuet, les successeurs de saint Pierre ne sont pas
sans doute pour tomber dr: ciel, ni devra-t-on mettre toute l’Église en mouvement pour les choisir. Il faut done qu'il y ait quelque siège particulier qui soit le leur et où ils se succèdent. Ce siège c’est celui de Roms,” ‘
C’est donc au Pape qu'il a été dit dans la personne de Pierre: “‘Pais mes brebis, pais mes agneaux.” ‘es brebis, les agneaux du Christ, où sont-ils? sous la houlette du Pontife romain, pas ailleurs.
1 Gallia Orthodoza, seu Vindiciæ, etc. L. X.ch.5. La dernière phrase ici citée est beaucoup plus dévelopyée dans le texte latin.
Voilà ce que confirme le témoignage unanime de l’antiquité chrétienne. On recourait au Pape de tous les coins de l'univers connu. On le consultait, de l’Église de Carthage comme de celle d'Alexandrie, de Constantinople, ou d’Antioche. C'est au pape Innocent I que S. Jean Chrysostôme injustement persécuté demande justice. C'est à Rome qu’Athanase traqué par les Ariens vient chercher secours. Et chose singulière, quand les patriarches de Constantinople, poussés par l’ambition, prennent le titre fastueux de patriarches œ-:méniques, ils mettent tout en œuvre pour le faire confirmer par Rome ; ce n'est qu'au désespoir d'y jamais réussir, qu'ils se séparent de l'unité.
Il est bien vrai, mes Frères, que l’infaillibilité des Papes n’a été définie qu’au concile du Vatican en 1570, mais cette vérité est aussi ancienne que la parole de Jésus- Christ. “ J'ai prié pour toi afin que ta foi ne défaille pas ; et toi, . affermis tes frères. ” Croyez-vous que saint Augustin doutât de l’infaillibilité des décisions pontificales, quand ‘| disait: Roma locuta est, causa finita est — Rome, c'est-à-dire, le Pape, a parlé, la cause est finie ?" Croyez-vous qu’on en doutât au concile de Chalcédoine et au Ille concile général de Constantinople, quand les Pères, à la lecture des lettres de saint Léon et du pape Agathon, s’écrisient : “ Pierre a parlé par la bouche de Léon ; Pierre a parlé par la bouche d’Agathon !”’ Et l'Église gallicane elle-même, qui a tant combattu cette
prérogative pontificale, croyez-vous qu’elle en doutât, lorsque les évêques français, dans leur assemblée de 1626, avant de subir la volonté tyrannique d’un Louis XIV, proclamaient le Pape “ Le successeur de Pierre en qui l'apostolat et l’épiscopat ont un commencement et sur lequel Jésus-Christ a fondé son Église en lui donnant les clefs duciela-ec l’infaillibilité de la foi que l’on a vue durer immuable en ses successeurs jusqu’à nos jours? ”
Cette glorieuse prérogative de la suprématie infaillible,
quel usage les Papes en ont-ils fait ? C’est ce qui nous reste à étudier un moment.
M’appuyant sur la parole de saint François de Sales : “ Le Pape et l’Église c’=st tout un ”, et aussi sur le raisonnement très juste d’un grand écrivain, je pourrais dire : “ Le Christianisme : ayant d’action à l'extérieur que par les Papes, ses bienfaits sont leurs bienfaits.” Mais, même sans cela, la part de la Papauté demeure àssez belle.
Ce sont les Papes, mes Frères, qui ont évangélisé et, par conséquent, civilisé l'Europe, non sans doute immédiatement par eux-mêmes, mais par leurs envoyés. Au Moyen âge, des flots de barbares avaient envahi l'empire romain, et le vieille civilisation avait disparu pour faire place aux mœurs farouches de ces peuples nouveaux. Quand on sait de quels vices était rongée cette civilisation, l'amertune des regrets est tempérée. Du moins les bat-
bares, sous leurs dehors sauvages, avaient-ils quelques vertus, la force, le courage, la fierté, un sang neuf et généreux coulait dans leurs veines. Quels hommes ils pourraient être si le Christianisme Pénétrait dans leurs cœurs ! On connaît la belle parole de saint Grégoire le Grand. Aÿant aperçu sur la place publique des hommes beaux et bien faits, que, selon la cruelle coutume du temps, on allait vendre comme esclaves, il demanda : “ Qui sont ces hommes ! — Ce sont des Angles, répondit-on. — Oh ! ce serait des anges, réprit le Pontife, s'ils étaient chrétiens.” Ils allaient bientôt le devenir. C'est ce même Pape qui envoyait dans leur tle saint Augustin, avec un groupe de missionnaires, y porter la lumière de l'Évangile. Peu d’années après la terre des Angles était chrétienne. C'était l’tle des Saints! © Angleterre! pourrais-je m'écrier, qu’as-tu fait de ce nom glorieux, toi qui, depuis trois siècles, reniant ton pussé, te berces dans les bras de l’hérésie? Puisses-tu te souvenir d’Augustin, ton apôtre, de Thomas Becket, de More et de Fisher et de tant d’autres martyrs qui t'ont fécondée de leur sang !
Ce qui s’est fait en Angleterre, s’est fait partout. ‘ Au Vème siècle, saint Sévérin est envoyé dans la Norique et
d’autres ouvriers évangéliques parcourent l'Espagne. Saint Pallade et saint Patrice évangélisent l'Irlande et le nord de l’Ecosse. Au Ville siècle, saint Willebrod et saint Swibert convertissent la Frise pendant que saint Boniface remplit l’Allemagne de ses travaux et de ses suc-
cès. Mais le IXe siècle semble se distinguer de tous les autres, comme si la Providence avait voulu par de grandes conquêtes, consoler l’Église des malheurs qui étaient sur le point de l’affiger. Dans ce siècle, saint Siffroi est envoyé aux Suédois ; saint Anschaire prêche aussi en Suède, puis au Danemark; les frères Cyrille et Méthode convertissent les Bulgares, les Chazares du Danube, les Moraves et l'immense famille des Slaves.”! Je ne cite que quelques noms parmi les plus illustres. Et ces missionnaires, ce sont les envoyés des Papes. C'est de
Rome que part le souffle qui excite la flamme du zèle
dans ces cœurs d’apôtres. Et quand le monde eut été agrandi par les d‘:ouvertes des hardis navigateurs modernes, les messagers de la bonne nouvelle ne s’élancèrent-ils pas sur leurs traces, à la conquête des âmes, avec plus d’ardeur que les aventuriers à la conquête de l'or !
2° Civilisateurs du monde par l’extension de l'influence bienfaisante de la religion, les Papes ont encore été les défenseurs des bonnes mœurs par le courage avec lequel ils ont résisté aux passions des princes. Que d'exemples
1. Ceci est littéralement emprunté au fameux livre “ Du Pape” de Jos. de Maistre, auquel du reste tout ce discours, surtout la troisième partie, est grandement redevable. L'œuvre magistrale du grand philosophe est toujours d'actualité et devrait être lue par tout homme instruit. Malheureusement ce n'est pas cette sorte de livres qu'on lit aujourd’hui : un recueil de contes ou une histoire forgée de toutes pièces s bien plus de vogue !
on pourrait citer depuis le sacrilège Lothaire si justement frappé par la main divine, jusqu'à Philippe-Auguste, jusqu’à Henri VIII ! Arrétons-nous à un seul trait qui mettra cette vérité dans tout son jour. Voyez ce grand prince, ce roi de France auquel sa bravoure, ses victoires, ont mérité le nom d’Auguste. Ce guerrier indomptable ne peut se vaincre lui-même. Esclave d un amour criminel, pour en couronner le misérable objet, la reine légitime est abandonnée et même répudiée, grâce à la complaisance d’un conciliabule d'évêques courtisans. En apprenant cette injuste sentence, l'infortunée ne peut que s'écrier : “ Rome ! Rome!” C'était le cri de l'innocence persécutée qui en appelait au tribunal suprême, au refuge “e tous les opprimés. Il ne pouvait rester sans écho. Le
Pape règnant alors était Innocent III, quià un esprit puissant joignait une fermeté inébranlable. Un légat est
envoyé au roi prévaricateur avec mission de l’excommunier, s'il ne renonçait à son union coupable, et de mettre le royaume entier en interdit. Bien loin de se rendre, Philippe-Auguste assemble ses fidèles barons, leur présente la nouvelle reine couronne en tête, et leur fait jurer de verser pour elle jusqu’à la dernière goutte de leur sang. Mais un concile se réunit à Dijon et, le 12 décembre 1199, à minuit, le son lugubre des cloches appelle les évêques à la cathédrale. Un voile couvre l'image du Christ, les saintes reliques ont été transportées dans les caveaux, les flammes ont consumé les restes des saintes Espèces. Le
légat, portantl'étole violette comme au jour de la Passion, prononce l'interdit sur toutes les provinces soumises à la domination du roi de France aussi longtemps que ce prince ne sera pas rentré dans le chemin du devoir. A ce moment les saints flambeaux sont éteints et les ténèbres ajoutent leurs horreurs à la lugubre cérémonie. Les voûtes de la cathédrale retentissent desgémissements, des sanglots, des cris des enfants et des femmes. Il semblait, dit un auteur contemporain, que le jour du jugement fût arrivé.
C'était, mes Frères, une mesure bien terrible que de priver tout un royaume de services religieux. Et, de fait, ce fut par toute la France un deuil et une douleur immenses. Le roi cependant peut encore se raidir et résister. Mais à la fin se voyant fuir comme l'ennemi de Dieu, apprenant que ses barons prennent les armes, non
pour sa cause, mais contre lui, il est forcé de rendre à la reine légitime, Ingelberge, le trône dont elle était digne par ses vertus'. Le but d’Innocent III était atteint. Ce n'était pas seulement la justice qui triomphait, c'était
un principe moral d’une importance capitale : l’indissolubilité du mariage chrétien. Que fût-il arrivé, mes Frères, si dans ce cas et d’autres semblables, le Pape eût fermé les yeux? L'exemple se serait bien vite propagé du trône à la noblesse et de la noblesse au peuple. Que serait de-
1. On sait que, dans sa douleur, le roi s’oublia jusqu'à dire: Saladin est bien heureux ! il n’a pas de Pape !
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venus la sainteté du mariage? l'honneur de la femme dont le Christianisme s'est toujours montré si jalo , la stabilité des familles ?
“Si le Christianisme, dit àce sujet l'historien protestant d’Innocent III : n'a pas étérefoulé comme une secte sans valeur dans quelque coin isolé du globe... s'il n'a point perdu de son énergie européenne au sein des voluptés de l'Orient, on le doit à la vigilance, à la sévérité des Pontifes romains, à leur soin constant de maintenir dans l’Église le principe d'autorité. ”
8° Pour ne rien dire de l'abolition de l'esclavage, que l'Église a accomplie insensiblement afin de ne Pas causer de commotion sociale, ajoutons encore, avant de fair, un éminent service rendu à l'Europe par le Papauté. Ce sont les Papes, mes Frères, qui l'ont sauvée de l'invasion redoutable de l’Islamisme. Nation conquérante, fanatisée par la doctrine de son prophète, les Turcs s'étaient d'abord étendus vers l'Orient, puis avaient envahi le nord de l'Afrique d'où ils avaient passé en Espagne. Ils poussaient leurs incursions jusqu'en France, où heureusement ils avaient -encontré la masse d’armes de Charles Martel et l'épée de Charlemagne. Mais vaincus, ils n'étaient pas anéantis ni réduits à l'impuissance. Ce sont les Papes qui les ont frappés au cœur en lançant contre eux les chevaliers chrétiens. Les croisades, cette glorieuse épopée,
1. Hurter, père du théologien jésuite, converti précisément par l'étude de son héros.
ces guerres lointaines tant calomniées parce qu'elles ont été l'œuvre de l'Église, réalisaient pourtant ce principe primordial de la guerre : frapper l'ennemi dans ses foyers. Et elles ont eu ce résultat immense de refouler le croissant en Asie et de sauver l'Europe du joug déprimant de l'Islam. Le dernier coup porté à sa puissance, l'a été par la main d’un Pape. Saint Pie V fut en effet, l'instigsteur et l'âme de l'expédition couronnée par la mémorable journée de Lépante, où fut brisée à jamais la puissance ottomane et où l'univers apprit avec une joie étonnée que les flottes turques n'étaient pas invincibles.
Voilà, mes Frères, ce qu'est le Pape dans l’ Église. Successeur de Pierre qui en est la pierre fondamentale, ils hérité de ce glorieux privilège. Il est l'organe, l'instrument des bienfaits qu’elle répand sur le monde. Il participe à son immortelle durée. C'est là ce qui doit nous consoler dans le malheur des vemps. La tempête peut gronder, elle ne saurait engloutir la barque de Pierre. Les flots en furie peuvent battre le rocher sur lequel est bâtie l'Église, ils ne l'entameront pas. Combien de puissants monsrques, au contraire, s’y sont brisés, depuis Henri IV, empereur d'Allemagne, mort €n mendiant son pain, jusqu’à cet homme de guerre, le plus grand peutêtre de tous les temps, qui alla expier, exilé sur un rocher de l'Océan, le crime d’avoir voulu être le geôlier dr Vicaire de Jésus-Christ.
Non, mes Frères, le Pape ne peut périr. Mais comme son divin Maître, il peut souffrir. 11 semble même que Notre-Seigneur se plaise à mettre sur son front une auréole qui ressemble à une couronne d'épines. A nous de consoler notre Saint-Père le Pape par notre amour, notre soumission filiale, et maintenant qu'on l'a spolié de son patrimoine, par la générosité de nos offrandes. Surtout imitons la ferveur des premiers disciples priant sans . «erruption—sine iniermissions * — pour le premier Pape captif. Que l’ardeur et la persévérance de nos prières pénètrent le ciel et que Dieu envoie son ange ouvrir la prison de celui qui tient sa place sur la terre, afin que, recouvrant la plénitude de son action, il puisse continuer dans le monde son œuvre admirable de charité, de justice et de vérité. Ainsi soit-il.