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De l'Evénement, 2 et 3 mai

Sa Grandeur se rendit du presbytère à l’église, où une messe solennelle sous la direction de MM. Bernier et Ferland fut chantée.

Officiant : Mgr Bégin ; cérémoniaire, M. l’abbé Cloutier ; prêtre-assistant, l'abbé P. Beaulieu ; diacres d’honneur, les abbés C.-E. Carrier et A. Beaulieu ; diacres d'office, les abbés Pampalon et Lecours.

Nous avons remarqué que, de même que Mgr Bégin, tous ces messieurs sont des enfants de Lévis.

Un grand nombre de membres du clergé assistaient au chœur. L'église était remplie de fidèles.

La fanfare de Notre-Dame a fait entendre plusieurs morceaux.

Le sermon de circonstance a été donné par l’abbé Scott, du vicariat de Lévis. Ce discours a été fort remarqué. Le sujet : “ La question ouvrière ” est d’une actualité telle que nous croyons devoir donner en entier le sermon de l’éloquent prédicateur.

Après le chant du Te Deum à l'issue de la messe, M. L.-N. Belleau, maire de Lévis, s’est avancé dans le chœur et à lu a Mgr Bégin, au nom des citoyens, une splendide adresse, à laquelle Sa Grâce a répondu en termes émus.

Mgr Bégin a dîné au presbytère. Ce matin, il a admi-

nistré la confirmation aux enfants à l’hospice St-Joseph

de la délivrance.

Voici le sermon de M. l’abbé H.-A. Scott :

Non est in alio aliquo salus.

(Act. IV, 12.)

MOonsEIGNEUR,

Votre présence ici en ce jour est à la fois un honneur et une grande joie pour votre paroisse natale, Dès longtemps elle vous considérait avec raison comme le plus illustre de ses enfants. Mais quel n’est pas son légitime orgueil maintenant qu'elle a vu Sa Sainteté Léon XIII, répondant aux vœux du clergé et du peuple, unis dans un concert unanime dont on a peu d'exemples, vous appeler à occuper le siège le plus ancien, le plus vénérable, le plus glorieux, de l’Amérique du Nord, le siège des Laval et des Plessis ! Et ce siège, tout noble qu'il est, vous l’honorerez encore, nous en sommes sûrs, par votre savoir, par votre fermeté, par votre amour de la justice, par cette bienveillance qui vous gagne tous les cœurs et qui suffit à aplanir des difficultés qui paraissaient insurmontables.

S'il m'était permis, Monseigneur, de méler un sentiment personnel à cette manifestation de l’allégresse publique, je dirais que je suis particulièrement heureux d’être auprès de Votre Grandeur l'interprète des vœux de ses concitoyens. Car ayant eu l'honneur d’être votre élève au Séminaire de Québec et d'enseigner moi-même plusieurs années sous votre sage direction, je dois à votre

bonté les meilleurs souvenirs qui me restent de ce temps à jamais disparu.

Mais, Monseigneur, parmi les heureux, les plus heureux sou! les Artisans canadiens qui célèbrent aujourd'hui leur fête pstronale. On a tout fait pour rendre cette fête la plus solennelle possible, et c’est assurément la présence de Votre Grandeur qui lui donne le plus d'éclat. Aussi les Artisans canadiens, Monseigneur, vous en expriment-ils toute leur gratitude.

Ils voient là un gage de la sollicitude de l'Église pour la prospérité de leur association et pour le bonheur des classes laborieuses en général.

Oui, Messieurs, vous avez voulu placer votre belle s0-

ciété sous l’égide de l’Église et vous avez fait acte de sa-

gesse. Vous avez compris qu'elle seule peut travailler efficacement au bien des hommes, surtout au bien des ou-

vriers.

De nos jours l'étude de la question sociale s'impose à tout le monde : c’est la question actuelle par excellence.

En d’autres pays on a vu et l’on voit encore les prolétaires, excités par des meneurs, se lever en masses redoutables contre la richesse, contre ce qu’on appellelecapital. Les économistes multiplient les systèmes, et la solution du grand problème se fait toujours attendre.

Il était réservé à notre St-Père Léon XIII de la donner

dans son immortelle encyclique Rerum Novarum, sur la

condition des ouvriers, admirée par les protestants euxmêmes.

Après avoir réfuté le système odieux des socialistes, il pose cette proposition :

“La question qui s’agite est d’une nature telle qu'à moins de faire appel à la religion et à l’Église il est impossible de lui donner jamais une solution efficace.”

Voilà la pensée, mes Frères, qui va inspirer mon discours. Il n’y a que l’Église qui puisse faire le bonheur des individus et des peuples. Pour emprunter une parole de l’apôtre S. Pierre, Non est in alio aliquo salus (Act. IV, 12), il n'y a de salut que dans le Christ et dans son Église qui continue son œuvre sur la terre. A la suite

du docteur des docteurs nous allons essayer de développer “?s principes. Les yeux fixés sur cette lumière qui éclaire l'Église, nous ne craignons pas de nous égarer.

Cependant, mes Frères, si je suis heureux de traiter cette question devant vous, parce quelle est nécessaire, je ne me dissimule pas les difficultés du sujet. Aussi je dépose aux pieds de la Ste Vierge mes pensées et mon discours. Jela prie deles bénir, non pour qu’il m’enrevienne quelque hor :eur mais pour que vos âmes en retirent édification et profit.

Et comment l’Église travaille-t-elle si efficacement au bonheur des hommes, surtout des travailleurs, des déshérités ?

96 FÊTE DES ARTISANS CANADIENS 1° En déterminant et en protégeant leurs droits ; 2° Et surtout en leur enseignant leurs devoirs.

“ Les droits de l’homme ”’, mes Frères, voilà une formule qui a servi de thème à bien des déclamations, soulevé bien des haines, déchatné bien des passions. À la fin du dernier siècle, lorsque commençait l'effroyable cataclysme qui a bouleversé l’ancien monde, les utopistes et les rêveurs, qui tenaient en leurs mains les destinées de ln France, mirent en tête de la nouvelle constitution une déclaration des droits de l’homme.

De ces doctrines nouvelles devaient naître la prospérité et le bonheur du beau pays de France. En réalité elles préludaient à une ère de bouleversements et de maux qui n’est pas encore finie. En proclamant les droits de l’'homme, on avait oublié les droits du bon sens et les droits de Dieu, dont il faut toujours tenir compte.

Non, mes Frères, pour reconnaître que l'homme a des

droits, l’Église n'a pas attendu un sophiste comme Jean-

Jacques Ronsseau, ni ses tristes disciples.

Que tout homme ait droit au respect de ses semblables, au morceau de pain qui le nourrit, au vêtement qui le couvre, à un juste salaire pour ses labeurs, qui le sait mieux que l’Église, qui mieux qu’elle l’a proclamé par son

enseignement et par ses œuvres.

Dès longtemps les mots d'égalité, de fraternité, de liberté étaient connus dans l’Église, bien longtemps avant que les révolutionnaires les eussent traînés dans la boue sanglante de leurs orgies.

Ouvres les Écritures dont l'Église nous conserve le dépôt, vous verrez que tous les hommes ont une origine commune, que tous ont un même père. Ils sont donc frères.

Et lorsque Jésus-Christ nous enseigne à prier, il nous dit: “ Vous prierez ainsi: Pater noster (Matth. VI, 9) Notre Père.” Vous ne direz pas : Mon Père, mais Notre Père, parce que Dieu n'est pas votre père, à vous seul, il est le père de tous. Et à ce titre encore les hommes sont frères.

Saint Pierre parlant aux Juifs (Act. II, 29), leur dit : “Wiri fratres : Mes Frères.” Ainsi le prêtre qui, du haut de la chaire chrétienne nomme les fidèles ses frères, représente une tradition.

Je vous appelle “Mes Frères”, parce que vous êtes mes frères.

Est-ce à dire qu'il ne doive pas y avoir d’inégalités entre les hommes? Le prétendre serait absurde. Ces inégalités sont absolument nécessaires au bien de la société. Qu’arriverait-il si tous exerçaient le même art? Si tous voulaient entrer dans les carrières libérales, où seraient les bras qui exerceraient l’art noble et indispensable de l’agriculture? qui construirrit nos maisons ? qui tisserait

nos vêtements? Est-il possible d'imaginer un corps himain vivant sans tête? De même pas de société possible sans quelqu'un qui commande et d'autres qui obéissent, et ceux qui révent une égalité absolue entre les hommes sont des insensés dangereux.

Au reste la nature elle-même pourvoit à ces inégalités en donnant à chacun des aptitudes et des goûts divers. Et comme des différences infinies qui existent entre les règnes de la nature et entre les espèces d'un même règne, résultent l'harmonie et la beauté de la création, ainsi en est-il des fonctions diverses exercées par les hommes dans la société.

Et la dignité humaine a-t-elle à souffrir de ces différences? Non, mes Frères. Qui que vous soyez, quelle que soit votre fortune, quel que soit votre rang, vous avez droit au respect, parce que vous êtes l'image de Dieu, le fils du Dieu Très Haut — filii Ezcelsi omnes, — les frères et les cohéritiers de Jésus-Christ — S autem filii, et hœredes ; hæredes quidem Dei, cohæredes autem Christi (Rom. VIII, 17).

Écoutez la doctrine de l’apôtre saint Paul, que saint

Augustin s'approprie et développe à son tour (in ep. S. Joan.) D'après le grand apôtre, nous sommes tous les

membres d'un même corps. “ Multa quidem membra unum autem corpus” (I, Cor. XII, 20). Il faudrait citer tout le chapitre douzième. “ L'æil, continue l’apôtre, peut-il dire à la main: Je n'ai pas besoin de toi? Et la tête

dira-t-elle aux pieds : Vous ne m'êtes pas nécessaires ? Oh! non. Bien loin de là! Les membres qui paraissent les plus faibles sont les plus nécessaires (XII, 22). Si un membre souffre tous souffrent avec lui et si un membre est dans l'honneur lous y prennent part” (XII, 26).

Telle est la doctrine de l'Église sur la dignité de l’humme. En vérité si ces principes étaient bien compris, ne vaudraient-ils pas mieux Pour améliorer le sort des travail. leurs, que toutes les déclamations des prétendus amis du peuple et que tous les calculs des économistes ?

Non seulement l'Église dit au riche: Le mercenaire mérite sa récompense ; le salaire des Ouvriers qui ont fait

les moissons et que tu retiens crie vengeance et ce cri st arrivé jusqu'au Dieu des armées (Jac. V. 4), mai. elle lui dit aussi: C'est ton frère, fait comme toi à l’image de Dieu, racheté comme toi par le sang de Jésus-Christ. Tu lui dois le respect, tu lui dois l'amour. Cet enfant, cette fréle créature que la nécessité force à te servir, ce sont comme toi des enfants de Dieu. Ne les condamne pas à un travail au-dessus de leurs forces, ne les contrains pas à vivre dans un milieu infect et infâme où se perdent À la fois et la santé de leur corps et la pureté de leur âme. Donne-leur ce qui est nécessaire, et pour les aliments qui soutiennent leur vie et pour les vêtements et le feu qui les défendent du froid pendant l'hiver. Il ÿ a là-haut un juste juge qui te demandera un jour : “ Qu'as-tu fait de ton frère” Si vous ajoutez, mes Frères, que l’Église

règle les mœurs pour éloigner les dépenses inutiles, n'est-ce pas elle qui donne le meilleure solution à la question ouvrière? Si les économistes peuvent trouver mieux, qu'ils le montrent.

Et maintenant voulez-vous savoir comment l'Église a appliqué ces principes, ce qu'elle a fait pour les déshérités? Ah! ici je voudrais pouvoir dérouler devant vous les pages de sa glorieuse histoire ! Vous l’aimeriez comme je l'aime. Vous verriez que, comme son divin fondateur, elle a passé en faisant le bien (Act. X, 38). Un esclave s'est enfui de chez son maître et réfugié auprès de S. Paul qui l'instruit et le baptise et puis le renvoie. Et voyez ce qu'il écrit à ce riche : Recevez-le comme mon fils chéri. — ut mea viscera suscipe — (ad Philem. 12) ; non plus comme esclave, mais comme un frère bien aimé (v. 16). Si vous me considérez comme un ami, recevez-le comme moi-même (v..17). Quelle tendresse touchante! Le maitre et l'esclave, frères. Frères aussi le grand apôtre

et l’esclave !

Avec quelle persévérance l'Église n’a-t-elle pas tra-

vaillé à l'abolition de l'esclavage dans tous les pays chrétiens! Et aujourd’hui encore, lorsque la civilisation européenne ferme les yeux pour ne pas voir et même laisser faire, c’est un prince de l’Église, l’illustre cardinal Lavigerie, qui organise une croisade pour faire cesser ces horreurs qu’on appelle la traite des noirs, la chasse à l'homme. Et pendant ce temps, les missionnaires vont

LA QUESTION ('JVRIÈRE 101

mourir par centaines sur les côte nor 1icices de la Guinée, au Sénégal, pour porter la lumière à ces peuplades assises dans les ombres de la mort. Ils sont partout, au Japon, en Chine, dans l'Inde, où ils font revivre les célèbres Réductions du Paraguay, qui arrachaient un cri d'’admiration à Voltaire lui-même.

N'est-ce pas encore au souffle bienfaisant de l’Église qu’on a vu naître tant d'ordres religieux qui donnent aux orphelins des mères pleines de tendresse ; aux vieillards délaissés, des filles qui les recueillent et les traitent avec une charité que ne sauraient avoir la chair et le sang ; aux infirmes et aux malades, des sœurs qui les soignent avec un empressement et une sollicitude admirables ?

Que les modernes philanthropes qui dissertent des droits de l’homme, des droits du pauvre, au coin du feu, montrent des œuvres pareilles! Pour l’Église, c’est ainsi qu’elle en pele et c’est ainsi qu’elle les prend en main, qu'elle les défend.

C'est ainsi qu’elle travaille au bonheur des classes pau-

vres, des déshérités de ce monde, non par des paroles

sonores, mais en leur faisant du bien.

Mais parler de droits sans parler de devoirs, c’est faire une œuvre dangereuse. Voilà ce qu’oublient trop .d'orateurs populaires.

Les droits ne vont pas sans des devoirs et la fidélité au devoir est un des meilleurs moyens d’être heureux.

Vos devoirs, mes Frères, un mot de la devise des Artisans vous les rappelle tous : Justice.

Tout est là. Et qu'est-ce que l’économie sinon un acte de justice envers sa famille? Et qu'est-ce que la Religion sinon un acte de justice envers Dieu? Quant au bienêtre, il est le fruit naturel de la justice.

Vous devez être justes envers vous-mêmes, justes envers vos semblables, justes envers vos familles, envers la s0ciété, justes envers Dieu. Voilà un programme assez étendu, mais il faut être court et il me semble qu’on peut ramener ces pensées à trois principales : Justice envers la société ; justice envers vos familles ; justice envers vous-mêmes. 1° Vous avez des droits, mes chers Frères, mais n'oubliez pas que vos compagnons de travail en ont

également ; de même que vous voulez être respectés, res-

pectez aussi les autres. Vous voulez être libres, pourquoi

les autres ne le seraient-ils pas ?

Et les patrons eux aussi ont des droits. Vous exigez qu’ils vous donnent un salaire raisonnable. C’est juste, mais n’exigez pas pour vos services un prix qui entraîne la ruine de l’industrie. Dans notre pays, il faut bien l’avouer, l’industrie est loin d’être florissante ; que va-t-elle devenir avec les exigences toujours croissantes de l’ouvrier ?

Mes chers Frères, défiez-vous de l’égoïsme : c'est un

mauvais conseiller. Ne pensez pas, non plus, seulement

au jour présent. Qu'arriverait-il si les industriels ruinés cessaient d'employer vos bras, ou si effrayés de vos exigences ils allaient retirer leurs capitaux du commerce ? Ne serait-ce pas l’inaction, puis la ruine avec la misère ?

Outre le respect des droits de vos semblables, vous devez encore à la société le travail, qui est sa vie. En effet, qu’il n'y ait plus de bras pour tenir la charrue, pour produire les choses nécessaires à la vie, et c’est la mort pour tous à bref délai. D'ailleurs le travail nous est imposé par Dieu. Même dans le paradis terrestre l’homme aurait dû travailler. Seulement, après le péché, le travail est devenu une peine et une nécessité. C’est la loi : Tu Mangeras ton pain à la sueur de ton front.

Ne considérez pas le travail comme un déshonneur. Quel qu'il soit, il est honorable parce qu’il est nécessaire. C’est dans cette nécessité même que Léon XIII trouve le plus beau titre de nobles-e de l’ouvrier. Tout ouvrier peut se dire avec fierté qu'il est une des pierres fondamentales de la société, que la société repose sur lui.

Oui, mes Frères, la société a besoin de vous. Mais ne fait-elle rien pour vous ? Ce serait une ingratitude de le nier. Elle entretient les relations commerciales qui nous apportent toutes les choses nécessaires. Elle veille à votre sécurité et à celle de vos familles par le maintien de l’ordre. Et ici, vous avez un rôle à remplir.

Il se trouve toujours des hommes turbulents qui n’ont rien à perdre, qui croient trouver profit dans les troubles

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publics et qui excitent à la révolte. Défiez-vous des grèves. Notre St-Père le Pape n'hésite pas à les qualifier de fléau, de plaie sociale. “ Ces chômages, dit-il, nonseulement tournent au détriment des patrons et des ouvrisrs eux-mêmes, mais ils entravent le commerce et nuisent aux intérêts généraux de la société, et, comme ils dégénèrent facilement en violence, la tranquillité publique s’en trouve souvent compromise.”

Au reste des statistiques relevées avec soin en plusieurs pays démontrent que la plupart du temps les grèves tournent au malheur des ouvriers et de leurs familles. (Voir Études Religieuses, No. déc. 1891).

2° Vous devez être justes envers vos familles. Qui n’a pénétré dans une famille vraiment chrétienne, où tous les devoirs sont remplis comme l'Église les enseigne, sans sentir son cœur ravi?

La joie du père, après la journée de labeur, c'est d’être avec sa femme et ses enfants, d'aider l’une et d’instruire les autres ; la joie de la mère c'est d’entourer son mari de soins et de tendresse ; la joie des enfants c’est de plaire à leurs parents et de leur obéir. Et comme ils voient que la tendresse et la confiance règnent entre les auteurs de leurs jours, aussi règnent-elles entre eux. Leur bonheur

c'est d’être ensemble au foyer domestique. Oh! la famille bénie, et aussi, la famille heureuse !

Cependant pour que le bonheur soit complet, au moins pour le père auquel incombe la prévoyance de l'avenir, un

devoir reste à remplir. Une des conditions du bonheur c'est la sécurité, la confiance qu'il ne sera pas troublé. Mais l’ouvrier qui ne fait pas d’épargnes, qui dépense chaque jour le salaire du jour, ne peut-il pas, ne doit-il pas même se dir: : “ Je puis être blessé et je resterais sans secours ; je puis mourir et je laisserais ma compagne bienaimée et mes enfants sans ressources ! ”

Y a-t-il une pensée plus cruelle pour un homme de cœur? C’est pour cela que je n’hésite pas à dire que l'épargne, ou bien l'entrée dans une société de secours mutuels, est un acte de justice envers sa famille.

Ici encore nous avons pour nous appuyer la parole de

Léon XIII. Énumérant les œuvres propres à soulager

le travailleur malheureux, il dit : “De ce nombre sont les sociétés de secours mutuels — comme celle dont nous célébrons la fête aujourd’hui —, les institutions diverses dues à l'initiative privée qui ont pour but de secourir les ouvriers ainsi que leurs veuves et leurs orphelins en cas de mort, d'accidents ou d’infirmités.”

Sans doute, il faut compter sur la Providence. Mais la sagesse populaire dit : ‘“ Aide-toi, le ciel t'aider.” Le conseil en est bon.

3° Enfin la justice envers la société et envers sa famille suppose que le travailleur est juste envers lui-même, c’està-dire sait se tenir loin d:* excès qui pourraient ruiner en lui l’âme et le corps. Car que peut-on attendre, que peut attendre la société, que peut attendre la famille de la part

d'un débauché? Aussi le Souverain Pontife place-t-il les bonnes mœurs parmi les premiers éléments du bonheur des ouvriers.

“Les mœurs chrétiennes, dès qu’elles sont en honneur, dit-il, exercent naturellement sur la prospérité temporelle leur part de bienfaisante influence. Car elles attirent la faveur de Dieu, principe et source de tout bien ; elles compriment le désir excessif des richesses et la soif des voluptés, ces deux fléaux qui souvent jettent l’amertune et le dégoût dans le sein même de l’opulence.”

Hélas ! il est trop vrai que l’homme est souvent la cause de son propre malheur.

Je lisais dernièrement des statistisques vraiment effrayantes (Études Religieuses, No. de mars 1891). Il s’agit des boissons enivrantes en France. N'oublions pas qu'il y a des contrées où la consommation est plus grande encore. Eh bien, mes Frères, quel chiffre, pensez-vous, atteint, en France, l’usage des boissons ? C’est incroyable. Deux milliards et demi, soit deux mille cinq cents millions de francs, cinq cents millions de piastres environ. Cette somme égale le sixième du revenu total. Qui pourra dire

ce qu’elle représente d’abrutissement et de crimes, de

santés ruinées, d’intelligences dévoyées ou détraquées, mais aussi de misères et de larmes !

Je ne connais pas de statistiques semblables pour notre pays. Je voudrais qu’un de nos chercheurs fit un travail

de ce genre’. On serait é:onné peut-être de constater qu’une grande part du revenu public, du salaire des ouvriers et par conséquent du pain des familles est ainsi dévorée par l’hydre de l'intempérance. Ah oui ! que de fois il arrive de pénétrer dans un foyer désolé où il n'ya pour vêtement que des haillons, où la femme pleure, où les enfants tremblent de froid et crient après du pain, Parce que le mari, le père, jette son argent aux débits de boissons !

Tant il est vrai qu’un des meilleurs moyens d’être heureux, c'est de pratiquer la vertu, c’est-à-dire d’être docile à la voix de l’Église !

On discutait un jour, à l’Académie des Sciences. sur les causes de la misère, Un des assistants, M. Renouard, résuma par ces paroles tout le débat : “ La cause de la ‘“* misère, il ne faut pas la chercher si loin. Elle est dans “le petit catéchisme, au chapitre des sept péchés capi- “taux.” (Etudes religieuses, No. de mars 1892.)

Oui, sans doute, parfois il y a la maladie, il y a le manque de travail, qui sont des causes de malaise, indépendantes de la volonté. Cependant il faut le reconnaître, dans la plupart des cas, on doit chercher ces causes au chapitre des péchés capitaux et surtout dans l’intempérance et la paresse.

Je ne puis m'empêcher de vous citer la parole d’un prophète qui va parfaitement à ce sujet : “ Vous avez aban-

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