La Pointe-à-Piseau ou à Puiseau
Canada avec cette intention, déjà avancé en âge, il avait construit au pied de cette falaise, du côté de Québec, une maison qui passait pour la merveille du temps, et une
autre sur son fief de Sainte-Foy près de la rivière du Cap- Rouge. Et c'est ici qu’en 1641, il accueilie M. de Maisonneuve, Mlle Mance et tous les hardis colons envoyés par la Compagnie de Montréal. C'est ici et dans son autre établissement de Sainte-Foy, que pendant l’hiver se construisent les barques qui doivent, au printemps, porter la petite colonie au lieu de sa destination. Cest d'ici que le # mai, 1642, part la flotille chargée des destins d’une grande ville. Le souffle qui emfle ses voiles, c'est le souffle de la religion, l'étoile qui la guide, c’est l'étoile de la religion. La pensée de la religion, des âmes à convertir, faisait battre le cœur de ces hommes, de ces femmes héroïques, de ces missionnaires : ils allaient fonder Ville-Marie ! Et par un mouvement de générosité chrétienne, M. de Piuseaux avait donné à cette œuvre toute sa fortune.
Voilà, mes Frères, votre remarquable part dans la naissance d’une puissante cité.
Mais il est une autre gloire plus grande encore, dont vous êtes aussi redevables à la religion et que rappelle précisément le nom populaire de votre belle paroisse.
Sans doute on a donné à votre église pour titulaire saint Colomb, et il faut saluer avec respect et vénération cet illustre enfant de l’Irlande, chassé de son pays par
la persécution, apôtre des montagnes de l'Écosse, bâtisseur d’églises, fondateur de monastères, conseiller des rois, ouvrier de miracles. Vous invoquez son nom, j'en suis sûr, comme celui d’un grand et puissant protecteur. Mais n'est-il pas vrai, mes Frères, qu'il est un autre nom, qui vous est plus cher, qui sonne plus harmonieusement à votre oreille, qui est plus doux à vos lèvres, qui vous tient plus au cœur! Un nom qui vous rappelle les jours ensoleillés de votre enfance, les tendresses du foyer familial, un père, une mère disparus peut-être, mais aimés toujours, une épouse chérie, les berceaux adorés, les amitiés fidèles ; un nom qui résume ces mille choses sui sont le lieu natal, la patrie, dont le
souvenir fait remplir les yeux de larmes quand on en est
séparé.
Ce nom, c’est celui de Sillery.
Oh! il n'a pas reçu comme l’autre les honneurs de l’autel. Sans doute parce que le grand serviteur de Dieu qui l’a porté a demandé comme une grâce d'être ignoré après sa mort, comme il avait voulu l'être pendant sa vie. Mais c'était bien un saint que ce contemporain des Francois de Sales, des Jeanne de Chantal, ce disciple et cet ans de saint Vincent de Paul.
D'abord grand aux yeux du monde, issu d’une noble famille, admiré Pour ses immenses richesses, ses charges importantes, le train princier de sa maison, honoré de la confiance du prince, puis désabusé des grandeurs, des
vanités mondaines, de l'éclat des dignités, il ne conserve plus de son ancien faste que la prodigalité de ses aumônes. Il bâtit des couvents, envoie jusqu’au bout du monde des sommes importantes pour bâtir des chapelles ou fonder des messes en l'honneur de la Vierge: si pauvre luimême dans ses vêtements, sa manière de vivre, qu’une pauvresse lui offre un jour l’aumône !
Oui, c'était bien un saint. Et c'est à l’ardeur de sa foi, à son immense charité que vous devez, mes Frères, d'occuper une si belle place dans les annales du Cenada. Ce sont ses largesses qui ont permis au P. Le Jeune de fonder sur vos grèves cette célèbre mission Saint-Joseph, un de plus précieux souvenirs religieux de nos anciens temps.
Qui n’a entendu parler des Réductions du Paraguay, où les Jésuites, au milieu du X VIITe siècle, avaient réalisé, pour le bonheur et ls prospérité des Indiens de l'Amérique méridionale, les rêves les plus ambitieux de nos modernes philanthropes? Eh bien, le territoire de votre paroisse, à peu de distance d'ici, a vu naître une œuvre pareille et, si elle n’a eu ni la même durée, ni le même développement, il faut en accuser l’ennemi de tout bien, comme nous dirons ailleurs. Mais pendant le demi-siècle de son existence on a pu y admirer des merveilles de foi et de vertu, la simplicité et la sainteté des chrétiens de la pri-
mitive Église.
C'étaient des jours de rude travail et pleins d’angoisses que ces jours où les religieuses de l'Hôtel-Dieu, qui elles aussi avaient élevé leur couvent sur ces rivages, près de la mission, rivalisaient de zèle avec d’héroïques missionnaires pour faire briller aux yeux des jeunes sauvages la bienfaisante lumière de l'Évangile. Mais c'étaient des jours glorieux.
Ici ont passé, travaillé, souffert, la plupart de ces religieux illustres qui ont ensuite porté la foi jusqu'aux extrémités de la Nouvelle-France et parfois l’ont scellée de leur sang. Oui, mes Frères, vous avez cet honneur que, parmi les premiers pionniers de l'Évangile en ces lieux, se trouvent des martyrs comme les Jogues, les Brebeuf, les Lalemant, que l’Église, nous en avonsle confiant espoir, placera bientôt sur ses autels.
Oui, vraiment, cette terre où vous vivez est une terre sainte — locus in quo stas, terra sancla est 1,
Cette gloire, vous l'avez bien comprise lorsque, en 1869, des érudits retrouvaient les fondations de la première église bâtie en ces parages, il y a deux cent soixante et dix ans, par les largesses de M. de Sillery. Dans l'enceinte du sanctuaire on découvrait en même temps les restes vénérables d’un des plus anciens missionnaires de la Nouvelle-France, le P. Enemond Massé : qui, après