‹ Grands anniversaires [microforme]Chapitre 24 sur 93 · Mea sunt enim omnia. Ex. XIII · texte numérisé non relu

Mea sunt enim omnia. Ex. XIII

les biens seront également partagés, et où tous auront une part égale des jouissances de ce monde. Absurde chimère dont six mille ans d'histoire démontrent la fausseté! Doctrines subversives dont les Souverains Pontifs, le grand Léon XIII et récemment Sa Sainteté Pie X, ont dénoncé la fausseté et le danger.' Non, mes Frères, Notre-Seigneur l’a dit, il y aura toujours des pauvres et toujours des riches, toujours des têtes pour conduire et des br»= pour exécuter, toujours des hommes dont le succès, pour

des raisons diverses, couronnera les travaux, et toujours d’autres qui se consumeront en vains efforts. Au reste, les classes de notre société n'étant pas des castes rigoureusement fermées, rien n'empêche que, par ses talents et son énergie, le travailleur d'aujourd'hui devienne le

maître de demain. Mais que tous deviennent maîtres, c'est un rêve insensé. Le bonheur de la société consiste, non dans une égalité impossible des biens et des jouissances, mais dans la juste subordination des classes et leurs paisibles rapports. A ceux qui commandent, l’Église prêche la modération, la justice, la charité ; à ceux qui obéissent, la soumission et le respect, et si sa voix était écoutée les sujets de conflits seraient rares. Mais n’arrive-t-il pas que, malgré tout, les travailleurs aient de justes griefs ? C'est presque inévitable. Et alors n'est-il pas permis d’en exiger le redressement? Sans

1. Voir cette question traitée ez professo ic: même, dans le discours sur la question ouvrière, p. 75. supra.

aucun doute ! Mais par la révolte, par la violence, jamais ! Si dans la rég:on sereine des principes on ne peut d'une manière absolue condamner ce qu'on appelle des grèves, dans la pratique, l'Église les réprouve presque toujours parce que, Presque toujours, elles ne vont pas sans la violence et sans la destruction injuste de la propriété. Voyez ce qui s'est passé rette semaine : dans une localité : de cette province : des morts, des blessés, la loi martiale proclamée à l'occasion d’un soulèvement populaire de ce genre. Et sans aller si loin, sur l'autre rive #, sous vos yeux, la voix du pasteur a voulu se faire entendre et n'a pas été obéie. Et le résultat? Comme déjà en cent occasions diverses, dans nos villes, nos centres industriels, des centaines de familles sont sans travail et, partant, sans pain aux approches de l'hiver,

Non, mes Frères, dans les difficultés de cette espèce, au lieu de suivre des guides ou aveugles ou intéres-és, écoutez la voix de vos prêtres. Ils ont été dans le passé, ils sont encore et seront toujours vos amis les plus éclairés et les plus sincères, vos conseillers les plus sages. Ils sauront sans bruit faire rendre justice à vos réclamations quand elles seront justes, et vous procurer la paix et la prospérité.

2° Enfin vous paierez à Dieu la dette du cœur. Et d'abord par la répression de ces penchants mauvais, 1. Voir le Soleil du 9 oct. 1906, le Quotidien du 10 oct.

2. Buckingham, non loin de Hull, sur la rivière au Lièvre. 8. AS. Romuald, aux manufactures Fitch.

fruits du premier péché et dont tout homme porte en lui-même les germes dangereux. Souvent, je pourrais dire presque toujours, ce sont nos passions mauvaises non reprimées qui causent notre malheur. Elles battent en brèche la foi, ruinent la santé, détruisent le bien-être et la tranquillité des familles. Elles créent des besoins factices que les salaires les plus élevés ne peuvent satisfaire, et parfois la gêne règne, et même le nécessaire manque, là où de solides vertus chrétiennes auraient mis la joie et l'abondance. De là à nous révolter contre notre sort, il n’y a qu'un pas, et quelquefois même à nous insurger contre la société, lorsque pourtant nous ne devrions

imputer notre malheur qu'à nous-mêmes.

Voyez, par exemple, ce qui s'est passé dans cette célèbre mission de Sillery, dont je parlais tout à l'heure. Pendant trente ans elle donne le spectacle d’une ferveur digne des premiers siècles de l'Église, il semble qu'on y soit parmi une de ces chrétientés primitives dont saint Paul saluait les membres du nom de Saints. Qu'est-ce donc qui a ruiné cette belle œuvre, fruit de tant d'efforts ? Un de ces vices que la civilisation traîne à sa suite. Malgré les énergiques défenses de Mgr de Laval, malgré la résistance des missionnaires, la cupidité trouve moyen de glisser dans la bourgade ce poison que les sauvages nommaient si justement l'eau-de-feu. Et en peu d'années la ruine est consommée. En 1670, il ne restait plus qu’un petit nombre de familles fidèles. Quelle leçon !

Oui, mes Frères, vous paieres à Dieu la dette du cœur par la pratique des vertus chrétiennes. Cela ne va pas sans sacrifice, mais aucun sacrifice ne reste sans récompense.

Surtout, vous témoignerez au Seigneur, amour ct reconnaissance.

Vous vous rappellerez qu'il a déployé à votre évarl a libéralité inépuisable. Que ces biemuits soie comme autant de voix qui vous disent : “O peuple, scuvienstoi du Seigneur, loue et bénis son nom. À lui seul te adorations ! ”

Et quand vous aurez tout donné à ce grand Dieu, tout ce que vous possédez, vous ne lui aurez rien donné si vous ne vous donnez vous-mêmes. ‘ meum est argentum, et meum est aurum, dit-il lui-même, — l'or et l'argent sont à moi.'” Il vous les a donnés, il peut les reprendre quand bon lui semble, mais il y a quelque chose qu'il ne peut prendre sans que vous le lui donniez.: c'est votre cœur. Et il descend jusqu'à vous le demander ! Vous le lui donnerez, mes Frères ! Dans l'élan de votre reconnaissance, vous donnerez à Dieu ce gage de votre amour, d’un amour généreux et pratique qui ne mourra qu'avec vous-mêmes, où plutôt qui ne mourra pas.

Et ainsi ce cinquantième anniversaire n'aura pas été un déploiement de pompe stérile. Il aura resserré les

Page 1