Cant.IV
C'est le sang même de notre âme qu'il faut verser sur l'autel de l’obéissance.
S'obliger par vœu à ne jamais plus faire ce qu'on voudra, mais à faire toujours ce que d’autres voudront ; âne
plus recevoir ni sortir que lorsqu'il sera permis ; être prêt à quitter un emploi qui plaît pour un autre qui répugne, des lieux agréables, des compagnes avec qui on sympathise, pour des lieux où les Yeux aussi bien que le cœur manqueront à la fois d’air et de soleil ; engager irrévocablement sa vie dans l’engrenage d’une règle dont les prescriptions minutieuses l’absorberont tout entière : voilà un raccourci de ce qu'exige l’obéissance religieuse, voilà le sacrifice le plus coûteux !
Oh, non! ce n’est Pas sans efforts, sans regrets, sans une saveur amère au fond du cœur, que jeunes hommes, jeunes filles, dans toute la sève de la vie, disent un éternel adieu aux espérances mondaines, aux affections les plus chères, aux biens les plus précieux, à tout espoir d’un bonheur terrestre ; c’est par un acte héroïque de générosité chrétienne, digne de tout notre respect et de notre admiration.
Mais plus le sacrifice coûte, plus il est grand, et plus il est grand, plus il a de prix, plus grande aussi en sera la récompense.
C'est la seconde pensée que j'ai à exposer,
Gi l'état religieux demande une immolation si complète, si douloureuse — et j'ai tenu à vous la peindre dans tout: son étendue — comment se fait-il qu'il y ait eu de tout temps, et qu'il y ait encore, tant d'âmes à l’embrasser ? Oh ! c'est l'éternelle lutte de la nature et de la grâce et le triomphe de la grâce sur la nature.
Toujours il y aura des Âmes privilégiées auxquelles le divin Maître dira : “Veni, sequere me”! Et parmi ces âmes i! s'en trouvera — est-il besoin d'en faire la remarque attristée ? — qui ne voudront pas comprendre et qui, à l’adorable compagnie du Sauveur, préfèreront les joies trompeuses et les espérances passagères du monde. Mais il s’en trouvera aussi un grand nombre pour répondre : “ Ecce ego quia vocasti me. —Me voici parce que vous
m'avez appelé*”, et pour compter sur les bontés d'un Dieu
qui ne se laisse pas vaincre en générosité. Sans doute,
mes chères Sœurs, quand je parle de récompenses, vous songez surtout à celles de l'éternité. Ce sont les plus belles, je le sais, les plus précieuses, et elles suffisent à elles seules à justifier votre choix et à soutenir votre courage. Mais je ne voudrais pas vous laisser croire que toute votre récor. »ense est remise au-delà du tombeau.
Ici, mieux que partout ailleurs peut-être, se réalise la
Math. XIX, 21.
1, Reg. II, 6.
parole de l'Évangile : “ Cherchez d'abord le royaume de Dieu et tout le reste vous sera donné par surcroît.i * J'en ai pour garant une autre parole du divin Maître qui traité précisément — ex professo, spécialement, on peut dire, — du sujet qui nous occupe,
Saint Pierre interroge le Sauveur : * Nous, voici que nous avons tout quitté et que nous vous avons suivi, qu'y aura-t-il donc pour nous?" Et Jésus leur fait une promesse spéciale : des trônes dans la gloire du ciel ;ils seront les juges des douze tribus d'Israël, Puis il ajoute : ** Quiconque aura quitté sa maison, ou ses sœurs, ou ses frères, ou sa mère, ou sa femme, ou ses enfants, ou s£: champs à cause de mon nom, recevra le centuple, et possèdera la vie éternelle:.”
Tel est le texte de saint Mathieu. Le centuple promis est distinct de la vie éternelle et peut, par conséquent, parfaitement s'entendre d'une recompense de la vie présente. Mais le texte parallèle de saint Marc le dit expressément et donne aux paroles du divin Maître une plus grande énergie. Et d'abord la formule de l'affirmation solennelle, une sorte de serment : Amen dico vobis. — En vérité, je vous le dis, personne ne quittera sa maison, ou ses frères, ou ses sœurs, ou son père, ou sa mère, ou ses
enfants, ou ses champs pour moi et pour l'Évangile, qu’il
ne reçoive cent fois autant maintenant en ce temps pré-