‹ Grands anniversaires [microforme]Chapitre 58 sur 93 · Marc, X, 30, 31. 2. Mat. XIX · texte numérisé non relu

Marc, X, 30, 31. 2. Mat. XIX

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Une interprétation appuyée de si augustes autorités s'impose. Les joies intimes de l’âme au milieu des sacrifices qui répugnent le plus à la nature, voilà donc, mes chères Sœurs, ici-bas une de vos récompenses. Encor: le délicieux silence, cette douce retraite dont un Père de l'Église, aussi grand poète que grand théologien !, a dit : O beata solitudo, sole beatitudo — 6 bienheureuse solitude unique béatitude ! et qui rend si faciles les élévations du cœur vers Dieu. Je la conduirai dans la solitude, dit le Seigneur lui-même, et je parlerai à son cœur — ducam eam in solitudinem et loquar ad cor ejus?.

Ces joies, le monde ne les connaît point, et, s’il les connaissait, il ne trouverait plus, dit l'Imitation de Jésus- Christ, que fadeur et dégoût au fond de ses vains plaisirs.

Et ces joies ineffables, vous les goûtere: d'autant plus que vous serez plus fidèles à votre sainte vocation. Car si Dieu se venge des âmes rebelles qui résistent à ses invitations, il se venge aussi des âmes infidôles qui après s'être données veulent se reprendre et prétendent tout quitter sans quitter rien. Les joies spirituelles sont pour les âmes courageuses dont le sacrifice a été complet et sans retour. Je ne dis pas que vous les goûterez toujours : la terre ne serait plus la terre. Je n'oublie pas qu’il y a dans les âmes comme dans la nature matéri. “e, des alternatives de ténèbres et de lumière, de calme et de tempête. Mais

S. Grégoire de Nizianse. V. Corn. a Lapide in loc. 2. Os. II, 14.

vous les goûterez assez pour n'avoir jamais aucun regret des fausses délices du monde.

Quand je parle ainsi, j'entends sans doute le monde surtout dans le sens qu'indique Notre-Seigneur quand il dit qu'il ne prie pas pour le monde, que le monde est tout entier plongé dans l'iniquité. Toutefois je n'ignore pas qu’il y a dans le monde des joies légitimes et réelles, nombre d'âmes vraiment saintes qui pratiquent d'héroïques vertus. Mais parmi cette élite même, combien de douleurs que vous ne connaîtrez jamais, sinon parce que peut-être on viendra verser, dans votre cœur de vierges, de douloureuses confidences, cacher dans votre sein des larmes brûlantes d'amertume ! Qu'il suffise de rappeler d'un trait rapide les angoisses d'une épouse qui gémit sur les égarements d’un mari, d'un fils bien-aimé, l’agonie d'une mère penchée sur un berceau où la mort lui dispute ce qui lui est le plus cher ici-bas. Et que de trompeuses promesses fait le monde! et, pour y avoir cru, que de cœurs meurtris on brisés !

Mises à l'abri, par votre saint état, mes chères Sœurs,

de si cruelles épreuves, de combien de dangers ne vous

préserve-t-il pas encore ! On raconte que sainte Made-

leine de Pazzi baisait les murs dénudés de sa cellule en s'écriant : “ O murs, Ô murs, de combien de périls vous

me préservez !’’ Une autre sainte, voyant sourire une

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