‹ Grands anniversaires [microforme]Chapitre 61 sur 93 · FR TR · texte numérisé non relu

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Oh ! de quel mépris ! je le vois dans ce tableau de l'Évan-

gile, où le pharisien superbe regarde avec dédain la pécheresse qui pleure aux pieds de Jésus. Mais, lui, le doux Sauveur, l’accueille avec bonté et en fait une sainte. Ces âmes, vous vous souvenez qu’une Marie-Madeleine, une Marguerite de Cortone, aujourd’hui parmi les séraphins, leur ont ressemblé. Vous les accueillez, que dis-je ! vous les cherchez, vous les relevez, vous les réhabilitez, vous les régénérez, vous les refaites à l’image de Dieu ! N’estce pas bien plus que de donner la vie matérielle? S’il est consolant et facile de travailler sur une âme neuve, tendre, malléable, docile, combien difficile et rebutant de refaire une âme déformée par le vice et endurcie par les habitudes mauvaises ! L'histoire rapporte que Michel Ange encore jeune fut invité par la Seigneurie de Florence à tirer d’un bloc de marbre colossal une statue de David, le saint favori des Florentins. Malheureusement le marbre déjà mal proportionné avait encore été gâté par le ciseau maladroit d'un autre sculpteur, qui ensuite impuissant avait abandonné la tâche. Il fallut tout le génie du grand artiste pouren tirer ce jeune athlète trois fois plus grard que nature, dans l'attitude hardie du combat, qui fait l’étonnement et l’admiration des voyageurs. Voilà, mes chères Sœurs, une image de ce que vous faites, non par le génie des arts, mais par le génie plus grand de la Charité.

Je m’attarde à vous parler de ces récompenses de la

terre. Ilest bon que vous les connaissiez et que le monde

sache que la parole du divin Maître n'est pas trompeuse. Mais lorsque vous avez dit adieu aux joies de la famille, aux espoirs et aux affections de votre jeunesse, avez-vous songé à une compensation terrestre? Et vous, mes jeunes Sœurs, en ce grand jour de votre profession religieuse, si Notre-Seigneur vous disait : “ Mes enfants, vous sacrifiez tout pour me suivre, que voulez-vous pour récompense?” Toutes, d'une seule voix, vous répondriez: “Vous, vous seul, Seigneur! ” Oh! sans doute, vous avez pensé que la vie religieuse, en vous soustrayant aux dangers du monde, vous rendrait le salut plus facile. Vous avez pensé aux douceurs de la retraite, d’une vie de prière, d'union plus intime avec Dieu. Peut-être vous êtes-vous dit : Le plaisir de mourir sans peine vaut bien la peine de vivre sans nlasir. Mais ce que vous voulez surtout, c’est de répondre à l’amour infini d’un Dieu pour vous,

c'est d’être à Lui d’une manière plus parfaite, et que Lui

soit plus complètement, plus intimement à vous. Voilà votre récompense à laquelle aucune autre ne peut être comparée. Notre-Seigneur vous dit comme à Abraham : Ego ero merces tua magna nimis ' — Je serai moi-même ta récompense très grande — trop grande même. Comme les lévites de l’ancienne alliance, vous n'aurez pas d’héritage parmi vos frères. Dieu sera la part de votre hérita-

£t qui possède Dieu, disait sainte Thérèse, possède

Gen. XV, 1.

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