Apo. XIV
Noces d’or de la révérende Sœur Marie de Bon-Secours,
célébrées dans l’église de Ste-Foy, le 24 mai, 1910.
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Noces d'or de la révérende Soeur Marie de Bon- Secours: célébrées dans l'église de Ste-Foy, le 24 mai, 1910,
Si vous n’avez pas, mes Frères, le plaisir d'entendre, en cette solennelle circonstance, une voix nouvelle et plus éloquente que la mienne, c’est que j'ai dû me rendre aux . désirs souvent exprimés de la vénérable Jubilaire. Depuis dix-sept ans que j’ai le bonheur de la connaître, elle m'a bien un peu gâté, et en prenant la parole, en ce beau jour du cinquantenaire de sa consécration religieuse, je remplis vraiment un devoir de piété filiale. Ce sera mon excuse.
Après cette explication — nécessaire, me semble-t-il — de ma présence en cette chaire aujourd’hui, qu’il me soit permis de remercier tout particulièrement Son Excellence le lieutenant-gouverneur de la province de Québec d’avoir eu la bonté d'assister à notre fête paroissiale. C'est la première fois que nous avons cet honneur de voir parmi nous le premier magistrat de cette province, le représentant de Sa Majesté. Sir Alphonse Pelletier s’est toujours montré bienveillant à notre égard, mais en
1. Née à Saint-Charles de Bellechasse en 1833, entrée au Bon-Pasteur en 1858, a fait profession en 1860. Supérieure du Couvent de Sainte-Foy depuis vingt-trois ans.
ce moment, il veut par sa présence rendre hommage à une de ces femmes dévouées qui, dans un rôle bien humble aux yeux des hommes, dans une action cachée mais féconde, ont tant fait dans le passé et font tant encore pour la grandeur de notre pays. Qu'il veuille bien agréer, avec nos sentiments de respect, le tribut de notre gratitude.
Merci encore à M. l’abbé Gosselin. Si ses hautes fonctions de Recteur de l’Université Laval l’'empêchent dorénavant de nous venir en aide chaque dimanche, comme il l’a fait pendant de longues années!, il n’en est pas moins resté notre ami dévoué, et nous ne lui gardons pas moins de reconnaissante affection. Il a accepté avec plaisir de chanter la messe de ce mémorable anniversaire, à la fois pour répondre à nos vœux, et pour honorer une digne fille de sa paroisse natale?,
Je remercie enfin les nombreux et excellents confrères qui ont eu l’obligeance de venir partager et augmenter notre allégresse en ce jour de souvenirs et d'actions de grâces.
Pour bien entrer, mes Frères, dans l'esprit de cette fête,
nous emprunterons à l'Évangile ces paroles du Sauveur :
“Tollite jugum meum super vos.. et invenietis requiem
animabus vestris; jugum enim meum suave est et onus
1 M. l'abbé Amédée Gosselin, aujourd'hui Myr Gosselin, P.A.M. S.R.C., est venu chanter }1 messe, chaque dimanche à Sainte-Foy, pendant onze ans, de 1595 à 1909. 11 allait commencer la douz'* ne année, lorsqu'il a été élu recteur de l'Université.
2. Ilest né à St-Charles de Bellechasse, comme la R. M. Marie de Bon-Secours.
meum leve. — Prenez mon joug sur vous..; et vous trouverez le repos de vos âmes. Car mon joug est doux et mon fardeau léger. Nous avons à considérer la vie d’une humble religieuse dont les jours ont coulé obscurs et cachés derrière les murailles d’un couvent. Il serait puéril de louer en elle le nombre des années. Qu'est-ce, d'ailleurs, que cinquante ans, quatre-vingts ans même, quand ils sont écoulés ? Le patriarche ne répondait-il pas au Pharaon, qui lui demandait son âge : Dies peregrinationis meæ centum triginta annorum sunt, Parvi et mali—les jours de ma pérégrination ont été de cent trente ans, peu nombreux et remplis de maux, La plus longue vie, c'est toujours cette vapeur, dont parle l’apôtre saint Jacques, laquelle paraît un moment et bientôt se dissipe’. La vie la plus longue, d’après l’ Écriture, c'est la plus sainte, la mieux remplie, la plus féconde : Senectus autem venerabilis vita immaculata‘, une vie sans tache, voilà vraiment la vieillesse digne de vénération ; et plus loin, au même endroit, parlant du juste, le Sage ajoute que, “moissonné dans la fleur de ses années, il a pourtant fourni une longue carrière —Consummatus in brevi explerit tempora multaÿ.
S. Mat. X1, 29.30.