RE, (LAPS RAF
ne
Jeaa, peut-être, celui que l'Évangile appelle le disciple que Jésus aimait. Et voilà qu’on est en droit de craindre même pour son salut: on ne méprise pas en vain les grâces de Dieu.
Ainsi souvent l'appel divin, comme on lit dans la parabole du semeur, tombe tantôt sur la pierre et ne produit aucun fruit. tantôt sur le chemin où les oiseaux du ciel le dévorent, ou bien dans les épines qui l'ont bientôt étouffé, c'est-à-dire qu'il tombe dans des âmes qui n’y portent aucune attention, ou qui un instant touchées sont bientôt entraînées par l’amour des biens
terrestres, la séduction des espérances mondaines, des
plaisirs sensibles.
Il n’en a pas été ainsi de vous, noble épouse de Jésus- Christ. A la voix divine qui vous appelait, vous avez répondu : Ecce ego — Me voici! Espoirs et piaisirs du monde, amis, parents, rien a’a pu vous retenir.
Je ne demanderai pas : Vous en souvient-il'! Vous souvient-il du lieu natal, du foyer paternel, du soleil qui éclairait votre enfance ? S'il vous en souvient ! N'est-ce pas une des plus douces jouissances du grand âge que de se souvenir ? Arrivé au sommet de la vie, on aime à porter ses regards en arrière, comme lorsqu'on a gravi une montagne il est doux de contempler le chemin parcouru, la plaine qui se déroule au loin; les endroits mêmes où l’on a souffert, où l’on a pleuré, où l’on a été
en péril, où l’on s’est blessé, plaisent aux regards. Que
dire de ceux qu'a illuminés le bonheur? Ainsi, ma révérende Mère, j'en suis sûr, vous reportez en ce moment votre esprit vers les jours lointains d’aatrefois, vers les lieux chéris, où vous êtes née, vers les êtres aimés dont
la présence et l'affection ont embelli vos premiers ans.
Un tableau passe devant vos yeux. C’est une riante paroisse de campagne —comme celle-ci— mais là-bas, au-delà du grand fleuve, un village paisible avec ses vastes et clairs horizons, son humble clocher et tout en face, le champ sacré où dorment les anciens. C’est Saint-Charles de Bellechasse, avec sa rivière limpide ‘ s’attardant au milieu des prés verts, où, enfant, vous preniez vos ébats, avec l’orée de ses bois, où, en compagnie des petits frères et des petits sœurs, vous alliez cueillir les menus fruits ; c’est le foyer paternel tout enveloppé d'air pur et de soleil, la maison ancestrale pleine encore du souvenir, de l’image, de l’âme même de ceux qui ne sont plus, c'est la bonté d’un père bien-aimé, la tendresse d’une mère dévouée, le charme des affections fraternelles : c'est tout cela que vous quittiez. Certes la coupe devait paraître remplie d’amertune. Mais on vous avait dit, sans doute, qu’eu fond elle contenait un miel exquis, comme ces boissons amères qui laissent sur nos lèvres une sensation pleine de douceur. Vous l’avez cru, et vous n'avez pas été trompée. Mais alors vous ne goûtiez que l’amertume.