M. l'abbé F.-X. Gosselin, aujourd’hui Mgr Gosselin
Notre-Dame de Lévis, grâce à l’énergie et au savoir-faire du saint prêtre qui vous a êté donné pour premier pasteur, grâce aussi à votre esprit d'union et à votre génoristé, ce qui n’était pas même un rêve est devenu une vivante réalité. Sur ce coteau, encore désert il y a quelques mois, se dresse une vaste église, — non terminée complètement encore, mais prête cependant à servir de demeure à l'Hôte divin qui veut bien condescendre à habiter parmi les hommes. Une grande foule de peuple, un clergé nombreux sont réunis pour en faire la dédicace, et moi,
qui assiste pour la première fois à une solennité de ce
genre, je suis appelé à l'honneur difficile d'y prendre la parole. Bien que redoutable, j'ai accepté cette tâche avec bonheur comme une occasion de vous témoigner, mes Frères, l’affection sincère que je vous garde, et de donner à votre excellent curé, pendant plusieurs années mon collègue au vicariat de Lévis, un gage de constante amitié.
Cette fête a pour objet l'inauguration, la bénédiction d’un nouveau temple. Le sujet à traiter est donc bien déterminé : il faut vous parler de la maison de Dieu, de la place éminente qu’elle occupe dans la vie chrétienne, de l'estime, du respect, de l’amour que nous devons avoir pour elle.
On a défini la religion : l’ensemble des devoirs de l'homme envers Dieu. Un auteur moderne : de renom remarque que ce n’est là qu’un côté de la religion. Il
1. Mgr Bougaud, Le Christianisme et les temps présents, I. 145.
voudrait ajouter qu'elle est aussi l’ensenble des devoirs de Dieu envers l’homme. L'expression trahit sans doute l'intention du grand écrivain ; rigoureusement, au simple point de vue philosophique, elle est fausse : Dieu n’a point de devoirs envers l’homme. Mais il y a une part de vrai dans la pensée : Dieu traite bien l’homme comme s’il lui devait quelque chose. La religion unit — c'est le sens étymologique du mot religare, unir — la religion unit l’homme à Dieu par la reconnaissance, par l’amour, la louange, l’adoration, et Dieu à l’homme par l'amour aussi, par la miséricorde, par la distribution aussi gratuite qu'intarissable de bienfaits de toutes sortes dans l’ordre de la grâce et dans l’ordre de la nature.
Hé bien, mes Frères, le temple chrétien est par excellence le théâtre de ces merveilleux rapports de Dieu avec l’hom-
me et de l’homme avec Dieu.
Ici surtout l’homme rend à Dieu ses devoirs. Ici Dieu
prodigue à l’homme ses plus insignes bontés.
Voilà les deux pensées qui feront l’objet de ce discours que je place sous la protection de Notre-Dame et du puissant patron de cette nouvelle paroisse, saint Antoine de Padoue.
Sans doute on peut adorer Dieu partout, et méme on le doit, puisqu'il e ‘ trtout et que partout il manifeste sa puissance et sa ité. Un grand poète l’a dit en vers
magnifiques, le monde entier chante les louanges du Créateur.
L'univers est le temple et la terre est l'autel.
Les cieux en sont le dôme et ces astres sans nombre, Ces feux demi-voilés, pâle ornement de l'ombre, Dans la plaine d'azur avec ordre semés,
Sont les sacrés flambeaux pour ce tempie allumés. Et ces nuages légers qu’un jour mourant colore, Sont les flots de l'encens qui munte et s'évapore Jusqu'au trône de ce Dieu que la nature adore.
C’est un commentaire harmonieux des paroles du Roi-prophète : Cali enarrant gloriam Dei. Les cieux chantent la gioire du Très-Haut. Oui, il y a dans la nature une voix qui célèbre la puissance de son auteur. Tous les êtres, animés et inanimés, les plus grands comme
les plus petits, le chêne comme le brin d’herbe, l'oiseau
sous la feuillée comme le lion, roi des dés-rts, la goutte
de rosée comme l'océan immense, comme l'étoile qui scintille silencieuse au fond de l'infini, tout procla: re que Dieu est grand, qu'il est sage, qu’il est bon. Mille passages des Écritures nous le redisent avec un incomparabie éclat: Interroga jumenta, disait Job, et docebunt te*, et volatilia cœli et indicabunt tibi. Loquere terræ et respondebit tibi, et narrabunt pisces maris — interroge les animaux et ils t’enseigneront ; les oiseaux du ciel, et ils t'instruiront. Parle à la terre et elle te répondra et les poissons de la mer te le raconteront. Qui ignore que c’est