‹ Grands anniversaires [microforme]Chapitre 8 sur 93 · SA SAINTETÉ LÉON XII · texte numérisé non relu

SA SAINTETÉ LÉON XII

Pour Pâques, 1887

Et ibunt populi multi et dicent :

Venite et ascendamus ad montem Domini.... quia de Sion exibit D et verbum Domini de Jerusaem.

Is, IL, 3.

L'objet de cette fête, mes chers Frères, nous est familier. Le Christ, après avoir été, — comme il l'avait prédit à ses apôtres peu de jours auparavant, — moqué, flagellé, crucifié, ressuscite le troisième jour’. Sans desceller son tombeau, il en sort glorieux et immortel. Puis un Ange éclatant de blancheur descend, repousse la pierre qui en fermait l'entrée, et les soldats, placés par les Juifs pour le garder, sont renversés comme frappés de mort. Notre- Seigneur avait dit cette étonnante parole: “J'aile pouvoir de donner ma vie, et j'ai le pouvoir de la reprendre”, Et il le fait comme il l’a dit, et, par là, se montre vraiment maître de la vie et de la mort, vraiment Dieu. Qu'il soit le Messie promis, l’'Emmanuel, le Dieu avec nous, c’est prouvé par le nombre étonnant des anciennes prophéties,

1 Mat., XX, 18-19.

3 Joan X. 18.

50 JUBILÉ DB LÉON Xu1

toutes vérifiées d’une manière si minutieuse en sa personne sacrée; par celles qu'il fait lui-même et qui s'accomplissent avec tant d'éclat ; par sa doctrine sublime, telle que le monde n'en avait jamais connu, ni même soupçonné de semblable, et qui faisait justement dire au peuple : “ Jamais homme n'a parlé comme cet homme ” ‘ ; enfin par ses miracles qui réalisent à la lettre les paroles du prophète Isaïe *: “Dieu viendra lui-même et vous sauvera. Alors

les yeux des aveugles seront dessillés et les oreilles des sourds s'ouvriront. Alors le paralytique bondira comme un cerf et la langue des muets sera déliée.” Ajoutons le trait de l'Évangile : “les morts sortiront du tombeau.”

C'est vraiment un délice que d'étudier cet ensemble imposant de preuves et de tremper sa foi à ce foyer ardent de lumières. Mais il est un autre miracle, qui est le couronnement de tous lesautres, quia traversé les siècles, qui se perpétue sous nos yeux, et qui est en même temps l’accomplissement d'éclatantes prophéties.

Le Christ avait dit : “ Et moi, quand j'aurai été élevé de la terre j'attirerai tout à moi.” * Et ailleurs: ‘Tu es Pierre, et sur cette pierre j'établirai mon Église et les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre elle‘. Le prodige, c’est que cela se soit réalisé, c’est que le monde

1 Joan, VII, 46. Nunguam sic locutus est homo sicuti hic homo. % XXXV, 4, ss, col. Luc. VII, 22.

% Joan, XII, 32.

* Mat. XVI, 18.

palen, sceptique et voiuptueux, ait cru en un homme mort, et mort sur un gibet, en une doctrine qui courbe l’orgueil de la raison sous une humble obéissance, en une dsctrine d'abnégation et de sacrifice.

Et pourtant malgré la faiblesse des moyens, n1y14 les obstacles, malgré les bourreaux, il .n a été an

Hé bien, mes Frères, c'est de ce miracle que je veux vous entretenir aujourd'hui : la divinité de l'Eglise. Vous parler de la divinité de l’Église, c'est vou: parler aussi de la divinité de son auteur.

Nous verrons que l’Église se montre une œuvre vrriment divine dans sa fondation, son développement, sa durée. Nous ajouterons, dans une seconde partie, qu’elle se montre divine par la beauté de sa liturgie, de sa doctrine. Elle est vraiment cette épouse du Christ, qu'il a aimée, pour laquelle il s'est livré afin qu'elle soit devant lui pleine de gloire, sans tache ni ride : mais qu'elle soit sainte et immaculée !

Dieu, mes Frères, n’agit pas comme l'homme. Celuici, avec un grand déploiement de puissance, d'efforts, n'arrive souvent qu’à un résultat misérable : conseils, réflexions, combinaisons savantes, aboutissent au néant. Dieu, au contraire, des plus petites causes se plaît à tirer

1 Ephes. V. 25, 27.

les plus grands effets, à choisir ce qui est faible pour confondre ce qui est fort, et ce qui paraît folie pour confondre la sagesse du monde.: A ce signe on reconnaît l’action divine : les moyens employés correspondent si peu à l’événement, sont si peu proportionnés aux obstacles vaincus, qu’on est forcé de s’écrier : Evidemment ici paraît la main de Dieu —hæc mutatio dexteræ Erxcelsi ?. Voyez, par exemple, quand il s’agit de délivrer les Hébreux du joug madianite, le Seigneur parlant à Gédéon du nombre de ses soldats, lui dit: “Je ne livrerai point Madian entre leurs mains : de peur qu'Israel ne se glorifie contre moi et ne dise : Je me suis délivré moi-même. ” * En d’autres temps, les sauveurs du peuple, ce seront de faibles femmes, une Jahel, une Judith, une Esther. Au XIVème siècle une Catherine de Sienne sera ‘instrument du retour à Rome de la Papauté exilée à Avignon. Au XV, une Jeanne d’Arc boutera l'ennemi hors du beau royaume de France.

Ainsi Dieu est jaloux de sa gloire, il ne la donnera pas

a un autre ‘; il veut qu’à lui remonte l’honneur des grandes choses. Malheur! disons-le en passant, malheur à ceux qui ne veulent pas le comprendre et qui dans les périls publics, les grandes calamités, ne savent pas lever

1 Infirma mundi clegit Deus ut confundat fortia, etc. I, Cor., I, 27.

2 Ps76, 11.

Ne glorietur contra me Israel et dicat: Meis viribus liberatus sum. Lud. VII, 2.

4 Gloriam meam alteri non dabo. Isa., XLII, 8.

leurs mains vers celui qui dirige tous les événements d'icibas, le Dieu des armées !

Mais où, mes Frères, l’action divine brille-t-elle avec plus d'éclat que dans l'établissement et l’expansion si rapide de l’Église? De quoi s’agissait-il, en effet ? De rien moins que de changer la face de la terre. Il y avait une

religion répandue partout et qui semblait naturelle au cœur humain, porté à donner aux objets de son adoration une forme matérielle. Le Paganisme avait poussé au cœur de l’humanité de profondes racines : religion com-

mode s’il en fut jamais ! Tous les vices étaient déifiés, et de s'y abandonner, c'était plaire aux dieux. L'orgueil, la soif des biens matériels, la haine et l'oppression du pauvre, la liberté sans frein des penchants les plus honteux, les plus dégradants de la nature, voilà le spectacle qu'offraient les nations païennes. Et quand on sait combien les passions, une fois ancrées au cœur de l’homme, y tiennent fortement, on se demande comment pouvait être accueillie une doctrine qui préchait l'humilité, l’abnégation, le détachement des biens périssables, l’amour des ennemis, l'égalité, devant Dieu, des esclaves et des mattres, des riches et des pauvres, surtout la nécessité de la pureté, et les grandeurs de la chasteté. Ajoutez que cette doctrine avait pour auteur un Juif, race méprisée et haïe, et encore un Juif mort ignominieusement sur une croix ; qu'elle était prêchée par douze pêcheurs, Juifs aussi, ignorants et grossiers ; comment, encore une fois, à s’en tenir

aux vues purement humaines, comment cette doctrine nouvelle pouvait-elle être accueillie autrement que par une explosion universelle de moqueries ou de haine ?

Et pourtant, voyez ! la parole du Christ ne pouvait être vaine : “ Quand j'aurai été élevé de la terre, j'attirerai tout à moi”. Du haut de son gibet il attire à lui les Ames, les humbles, les petits, d’abord, — depuis la crèche, ne sont-ils pas ses préférés ? — mais philosophes et savants, hommes de guerre et hommes d’état viennent à leur tour, et bientôt il y a des fidèles jusque dans le palais des Césars, jusque sur les degrés du trône impérial.

Et avec quelle rapidité les nations lui sont conquises ! S. Paul, dans son épttre aux Romains, déjà pouvait écrire : ‘* Je rends grâces à Dieu de ce que votre foi est prêchée dans tout l’univers — gratias ago Deo meo... quia fides vestra annuntiatur in universo mundo'. Et Tertullien proclame, dans son Apologétique, à la face des empereurs, que les chrétiens sont partout, qu'ils ne reste plus aux païens que leurs temples. Les tenants du vieux paganisme le reconnaissent au reste eux-mêmes. Ainsi l’on voit Pline le Jeune écrire à l’empereur Trajan, qui venait de lancer un édit contre les chrétiens : ‘ C’est une chose

qui mérite d’être prise en considération à cause du nombre de ceux que l’édit met en danger ; car il y en a une multitude, de tout âge, de tout rang, de tout sexe, dont

1 Rom. I,8.

les jours sont, de ce fait, menacés : tant la supertition chrétienne s’est répandue partout, non seulement dans les villes, mais dans les bourgs moins importants et même dans les villages. Les temples sont vides et les solennités abandonnées ” !.

Et, mes Frères, est-ce donc chose si facile que de convertir les âmes? Ah! quand on conidère ce qu’il en coûte parfois de supplications, d’exhortations, de prières, de larmes, ce qu’il faut de patience et de pieuses industries Pour ramener une seule âme égarée ; quand on se rappelle que les philosophes les plus illustres, un Socrate, un Pythagore, un Platon n’ont pu réunir qu’un petit nombre de disciples, et qu’après leur mort, c'en était fait de leur doctrine : on ne peut s'empêcher de reconnaître que la conversion si rapide du monde idolâtre est un fait surhumain, divin, et qu’il faut s’écrier: “ Oui, ce changement, c'est Dieu qui en est l’auteur, hec mutatio dertræ Excelsi ! ”

Et les obstacles n'étaient pas seulement dans les Ames, dans les préjugés, les passions, dans des coutumes plusieurs fois séculaires. Pour barrer la route au Christianisme il s’en dressa de formidables. Satan ne lâcha pas si facilement sa proie, et mit en œuvre, pour conserver son empire, la violence et la ruse. Les rois de la terre se levèrent, comme dit le Psalmiste, et les princes firent alliance

? L. X. Ep. 97. Cf. Hurter, Ed. altera, I. Apologia Rel. Christ. p. 64, ss.

contre le Seigneur et contre son Christ. Le paganisme blessé se redressa avec fureur contre son ennemi, employant, pour le terrasser, le sarcasme des philosophes et le glaive des persécutions. A dix époques successives, vous le savez, des flots de sang chrétien coulèrent, sur les chevalets, les grils ardents, sous les ongles de fer, la dent des bêtes féroces, l'épée des gladiateurs, dans les amphithéâtres. Vains efforts! “ Celui qui habite dans les cieux se moque de leur rage — qui habitat in cælis irridebit eos : le Seigneur se rit de leurs attaques — et Dominus subsannabit eos *. Le sang des martyrs, selon le mot célèbre de Tertullien, a été vraiment une semence de Chrétiens. De ces douze ou quinze millions de martyrs sont nés au Christ des disciples et des adorateurs au centuple. Comme l'arbre vigoureusement taillé est plus fort et plus beau, ainsi le Christianisme sortit des siècles de

persécution plus vigoureux, plus vivace, plus glorieux qu'auparavant. Et bientôt il s’asseyait sur le trône des Césars. Oui, mes Frères, le dernier des grands persécuteurs, Dioclétien, n’était pas encore descendu dans la tombe que déjà commençait à poindre la gloire du jeune Constantin qui allait, au pont Milvius, arborer l’étendard

de la croix, le labarum, vaincre par ce signe, et, dans sa re-

1 Ps. 2, 2.

3 Ps2,4. Etilen est toujours ainsi, si bien que ce serait un spectacle amusant, s'il n'était révoltant, de voir des hommes se liguer contre Dieu.

connaissance, le planter triomphant au sommet du Capitole.

Il n’y avait pas trois siècles que le Christ avait expiré sur le Calvaire, et il était vainqueur !

Quand on étudie ces faits consignés dans l’histoire, qu’on pèse d’un côté la petitesse des moyens employés, la grandeur des difficultés, des obstacles, et de l’autre, les résultats obtenus, comment serait-il possible de n’y pas voir éclater la puissance de Dieu ? — Vraiment, hæc mutatio dexteræ Excelsi— oui, ce changement est l’œuvre de la main du Très-Haut.

Mais ce n’est pas tout de vaincre, il fallait durer. Les œuvres purement humaines ne durent pas plus que leurs auteurs. Les systèmes des philosophes ne survivent guère à ceux qui les ont irventés, Les empires les plus puissants et en apparence les plus inébranlables tombent, le Christianisme poursuit sa marche à travers le

temps. Et néanmoins les ennemis ne lui ont pas man-

qué, ni les violentes attaques, non plus seulement au dehors, mais dans son propre sein. Les hérétiques ont déchiré l’Église : Arius, Pélage, Luther, ont entrainé dans leur révolte des millions de leurs frères. L'Epouse du Christ a été cruellement blessée suus doute, mais les blessures se sont refermées et guéries. Et tandis que, comme des rameaux séparés du tronc, les sectes soi-disant réformées, se desséchaient et tombaient en dissolution, l'Église reprenait une nouvelle jeunesse. Au moment où des

nations entières donnaient le triste spectacle de l'apostasie, des mondes nouveaux s’ouvraient à la lumière de l'Évangile, des millions de chrétiens naissaient dans l'Amérique, et y faisaient revivre les vertus des premiers fidèles. Un François-Xavier, à lui seul, gagnait au Christ, dans les Indes, d:s centaines de milliers d’âmes.

Ce fait, r1es Frères, de l’immortelle vitalité de l'Église catholique a frappé ses ennemis eux-mêmes. (C’est un écrivain protestant, le grand historien Macaulay, qui a écrit ces lignes aussi belles qu’étonnantes : “ L'Église ‘“‘eatholique a vu ie commencement de tous les gouver- ‘’ nements et de tous les établissements qui existent au- “ jourd’hui et nous n’oserions pas dire qu’elle n’est pas “ destinée à en voir la fin. Elle était grande et respectée ‘* avant que les Saxons eussent mis le pied sur le sol de la ‘“ Grande Bretagne, avant que les Francs eussent passé “le Rhin... Elle peut donc encore être grande et res- “pectée alors que quelque voyageur de la Nouvelle- ‘Zélande s'arrêtera, au milieu d’une vaste solitude, con- “tre une arche brisée du pont de Londres, pour dessiner “‘ les ruines de Saint-Paul.”

Oui, quelque peu vraisemblable que cela paraisse, il n’est pas impossible que l'immense et fastueuse cité périsse et que plus tard on en cherche l’emplacement comme le voyageur d’aujourd’hui cherche les lieux où furent Babylone et Ninive, ces villes des temps anciens qui l’égalaient, si elles ne la dépassaient, par leur

opulence et la multitude de leurs habitants. Ce qui est certain, c'est qu’alors la religion chrétienne, l'Église sera encore debout, parce qu'elle a les promesses de celui dont la parole ne passe pas : “ Tu es Pierre et sur cette

pierre je bâtirai mon Église. ”

Un politique de ce temps, Thiers, un de ces sceptiques dont la parole ne peut être suspecte quand elle rend hommage à la foi, a dit: “ La meilleure preuve de l'existence de Dieu et de son action, ce n’est pas que le monde existe, c'est qu'il dure.” De même, mes Frères, la preuve la plus frappante que l’Église est une œuvre divine, c’est qu’elle dure, c’est qu'elle défie le temps, toujours fatal aux œuvres purement humaines.

Certes on peut démontrer cette vérité autrement, et les apologistes ne manquent pas d’arguments plus forts. J'ai choisi celui-là à cause de sa facilité, de sa clarté, parce qu’il est aisément accessible à toutes les intelligences.

Laissez-moi en ajouter un autre qui ne lui cède ni en clarté ni en force.

Que la religion catholique, l'Église, soit belle, on peut l'inférer déjà de ce qu’elle est l’œuvre des mains, ou plutôt du cœur de Dieu : les œuvres de Dieu sont belles et les cieux proclament sa magnificence autant que sa puissance infinie. L'Église, la religion catholique est belle,

60 JUBILÉ DE LÉON xXIU

mes Frères, il faut le proclamer et le montrer parce que, faute de la connaître, un grand nombre se tiennent loin d'elle et même la poursuivent de leurs sarcasmes, de leurs moqueries, souvent de leur haine.

Ainsi au XVIlie :'àcle, dans cette noble France, proclamée fille aînée = l’Église catholique dès le commencement de l'ère chictienne, la religion attaquée par le Philosophisme, au moyen du persiflage et du ridicule, avait fini par sombrer dans la tempête révolutionnaire. Cependant l’homme extraordinaire qu'avait suscité la Providence pour relever la France de ses ruines, comprit que le peuple ne pouvait vivre sans Dieu, sans pratiques religieuses, et, à la grande joie d’une multitude d’âmes, fit ouvrir, restaurer, rendre au culte les églises. Mais chez un grand nombre aussi, surtout dans la classe demisavante, que de préjugés, que d'opposition ! A forte « «tendre dire par Voltaire et ses adeptes, que le Christie. est une religion puérile, remplie de fables grossières, ennemie des lumières et du progrès, un tissu de doctrines et de cérémonies risibles, ils avaient fni par le croire de bonne foi. C'est alors qu’un écrivain, le plus grand sans conteste du commencement et peut-être de tout le XIXe siècle, dans un livre célèbre qui n'est pas sans défauts, mais dont les défauts mêmes s'adaptaient parfaitement à l'époque où il paraissait, Chateaubriand, prit en main la défense de la religion méprisée. De cette plume d’un charme sans égal, ou plutôt de ce pinceau

Taviniré pe L'Écuism 61

magique qui revêt les idées de formes palpables et des plus brillantes couleurs, il démontre victorieusement dans le Cénie du Chritianisme que cette religion qu'on appelait barbare avait en réalité tiré le monde de la barbarie ; que cette religion, bonne, au dire des beaux esprits, seulement pour les siècles d'ignorance, avait en réalité transmis aux génér tions actuelles, par les travaux de ses moines, tous les trésors de la science et des arts de l’antiquité ; qu'elle avait fourni au génie des poètes, des sculpteurs, des peintres, des musiciens, des inspirations dont la grandeur et la beauté égalent ou surpassent tout ce que le paganisme a produit. Il fit voir l'harmonie profonde des dogmes avec les besoins, les aspirations les plus intimes du Cœur humain. 11 s'arrêta surtout à peindre, dans une langue débordante de poésie, la beauté des rites, des cérémonies, des fêtes chrétiennes.

Et de fait, mes Frères, il y a dans la pompe des solennités catholiques un charme que nos frères séparés euxmêmes ne peuvent s'empêcher d'admirer. Nos fêtes ont toutes un sens profond, impressionnant, nom seulement celles qui ne respirent que le triomphe et ls joie, mais celles-là mêmes, comme le mercredi des Cendres, où président la tristesse et le deuil. Les unes et les autres, si elles rappellent à l’homme le néant de la vie, ouvrent à ses yeux des horizons immortels. Elles ne nous frappent pas seulement par l'éclat des lumières, la magnificence des ornements, mais encore et surtout, comme les Rameaux,

Pâques, l’Ascension, par la grandeur des souvenirs qu'elles évoquent. La religion donne un caractère de beauté mystérieuse à tous les objets qui servent au culte : à la voix des cloches qui se plie, semble-t-il, aux émotions changeantes de notre âme, triste ou joyeuse selon qu’elle chante un triomphe ou gémit sur une calamité publique, tinte à une agonie ou un glas funèbre ; aux accords des orgues variés à l'infinie, prestigieux interprètes de tous les sentiments du cœur, joie, tristesse, enthousiasme, crainte, espérance, prière. Les fêtes profanes peuvent nous charmer par leur éclat, il est rare qu'elles émeuvent l’âme

au même point que les solennités religieuses.

Mais la liturgie est intimement liée à la doctrine, et belle dans sa liturgie, l’Église ne l’est pas moins dans ses dogmes.

En dehors du Christianisme et du Judaïsme, dont il est le couronnement, que savait-on de l’homme, de son

origine, de sa grandeur, de ses destinées? Être un peu

plus parfait que les autres, on le croyait, du reste, fait uniquement pour les grossières jouissances de la terre, destiné à péri comme toutes choses. C'est le Christianisme qui a apzris à l’homme sa noblesse, qui lui a révélé en lui-même une âme immortelle, faite à l’image de Dieu, susceptible de vertu, de mérite, d’une félicité éternelle, qui lui a enseigné que son corps même a sa dignité, et qu'après la corruption passagère du tombeau il est

destiné à une gloire et à un bonheur indicibles dans les cieux.

Et pour la connaissance de Dieu, que ne devons-nous pas à l'Évangile? La divinité n'est plus, comme dans le polythéisme, cet odieux assemblage des plus viles Passions, des vices les plus bas i ce n’est pas, non plus, cet inexorable destin vouant l'homme, même vertueux, à un malheur inévitable. Non, Dieu, pour le chrétien, éclairé par sa foi, c'est un être éternel et tout-puissant, auteur, soutien et fin de tout être. C'est le type parfait de toute beauté, de toute sainteté, de toute bonté. Dieu, c’est l'amour même. La religion chrétienne nous le montre s’iuclinant vers l’homme, descendant jusqu’à lui, se faisant semblable à lui, son propre frère, afin de le réhabiliter, de le sauver, Les païens avaient bien raison de dire : “Que le Dieu des chrétiens est bon ”’! et rous, mes Frères, nous avons bien sujet de redire les paroles de Moïse : “I] n'y a pas de nation si grande qui ait ses dieux près d’elle comme notre Dieu est près de nous.” 1,

Et cette beauté de la doctrine chrétienne n’est pas stérile ; elle est une semence féconde de vertus et de bienfaits. Que de prodiges de sainteté n’a-t-elle pas produits ! que de maux n’a-t-elle pas soulagés par ses institutions de charité? Et qu'est-ce en effet quia peuplé les solitudes de ces millions d’anachorètes, vivant dans

1. Deut. IV, 7. Non est alia natio tam grandis quæ habsat deos Gppropinquantes sibi sicut Deus noster adest nobis,

MICROCOPY RESOLUTION TEST CHART (ANSI and ISO TEST CHART No. 2)

EEFE

FEFE

FFEFE

e F Fe

Page 1