‹ Grands anniversaires [microforme]Chapitre 84 sur 93 · Mille Caroline Lagueux · texte numérisé non relu

Mille Caroline Lagueux

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les religieuses et les malades, l'assurance des secours spirituels les plus prompts et les plus faciles.

Aussi les déléguées ‘ de la maison de Québec qui vinrent le visiter, le 3 février 1892, le trouvèrent-elles tout à leur gré, et quatre jours après arrivait la réponse que la fondation était acceptée.

Plein de confiance désormais dans la réussite de son projet, le curé Gauvreau en presse l'exécution avec cette clarté, cette décision qu'il mettait en toutes choses. La maison de la bienfaitrice étant jugée trop étroite, on commence, le 3 mai, à creuser les fondations d'un bâtiment plus vaste dont la première pierre est solennellement bénite le 9 juin suivant. A la fin d'octobre tout était prêt.

Le dimanche, 30 octobre, fut pour Notre-Dame de Lévis, un jour mémorable, un de ceux qui ne s’oublient pas. C'était l’arrivée de la petite cohorte des fondatrices : les RR. mères Thérèse de Jésus, supérieure, Marie du Sacré-Cœur, assistante, Marie du Précieux Sang, Sainte- Gertrude, Saint-Pierre-Célestin, avec la R. sœur Sainte- Marthe pour le temporel. De même que, — il y aura

bientôt trois siècles, — tout ce que la colonie comptait de

hauts dignitaires, le gouverneur, le supérieur des Jésuites,

1. Les RR. mères Ste-Barbe, supérieure, Ste-Ursule, assistante, Ste- Thérèse de Jésus, dépositaire des pauvres et future supérieure de Lévis, St-Eugène, dépositaire de la communauté. Les Augustines ne sont pas voyageuses. De ces vénérables visiteuses, l’une n'avait pas traversé le fleuve depuis trente-cinq ans, deux ne l'avaient jamais franchi. Elles étaient accompagnées de l'abbé Beaulieu, aumônier de J'Hotel-Dieu de Québec.

laïques et religieux, s'était porté à la rencontre des premières Hospitalières et des premières Ursulines venues en ce pays ; ainsi les membres les plus éminents de notre clergé, Son Ém. le Cardinal Taschereau .vec son digne coadjuteur, S. G. Mgr l'archevêque de Cyrène, de distingués prélats, des prêtres nombreux avaient tenu à faire à nos humbles religieuses une escorte d'honneur.

Je ne décris pas, faute de temps, j'esquisse à grands traits : la foule des citoyens se pressant au débarcadère pour leur souhaiter la bienvenue ; la procession à travers les principales rues de la ville pompeusement décorées ; les éclats joyeux des fanfares et la voix harmonieuse des cloches chantant à toutes volées l’allégresse publique ; la messe solennelle dans la vaste église Notre-Dame, trop petite pour contenir le peuple qui débordait au loin sur la place ; enfin la sérénité d’un ciel sans nuage pour couronner cette démonstration grandiose.

Après la messe, le cortège se reforme pour conduire les

Hospitalières à leur couvent, Son Ém. le Cardinal Tische-

reau bénit la maison, les bénit elles-mêmes et on les laisse seules.

Quels avaient été, M. F., quels avaient dû être, pendant cette journée inoubliable, les sentiments des généreuses fondatrices ? Je ne parle pas du sacrifice qu’elles avaient fait en quittant le berceau de leur vie religieuse. En entrant dans le cloître elles avaient dit : “ C'est ici ma de-

-meure et le lieu de mon repos à jamais ” ! Et voilà qu’il

fallait s'éloigner de ces murs bénis, témoins de leurs premières joies d'épouses de Jésus-Christ, se séparer de mères et de compagnes bien-aimées ! Ce que cette séparation avait eu de poignant, il serait téméraire d'essayer à le dire. Mais tout le reste ? cette pompe, ces ovations, ce bruit de la multitude, en contraste si violent avec leur vie ordinaire de retraite, de silence, est-ce que ce n'avait pas été un peu comme un rêve fatigant? Ne durent-elles pas être tout heureuses de retrouver leur chère solitude ? Je suis tenté de les comparer au naufragé échappé aux vents et aux flots et qui trouve si douces la tr:nquillité et la sécurité du rivage ; ou mieux, peut-êtr., à des abeilles qui ont dû quitter une ruche trop pleine et qui restent désorientées et inquiètes jusqu'à ce que, retrouvant une autre ruche, elles reprennent leur vie active et industrieuse.

Le nouvel Hôtel-Dieu, c'était bien cette ruche.

Les révérendes mères se mirent incessamment à l’œuvre.

Dans l’éloquent sermon prononcé à la messe de l'inauguration par Sa Grandeur Mgr l’archevêque de Cyrène,

aujourd'hui l’Ém. Cardinal Bégin, l’illustre prédicateur

comparait le ministère des Hospitalières au ministère des Anges : Et erunt sicut angeli Dei, “ ils seront comme les “ Anges de Dieu’. — Dieu a commandé à ses anges de “ vous garder ; ils vous prendront dans leurs mains afin

“ que vous ne heurtiez pas votre pied contre la pierre ”. 71. Mat. XXIE, 80.

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