‹ Grands écrivains français de la renaissanceChapitre 21 sur 95 · I.K UOM.VN D AMOl U DE Cr.KMFNT M.VKOT OD · texte numérisé non relu

I.K UOM.VN D AMOl U DE Cr.KMFNT M.VKOT OD

Je peusse ailcindre à un si luiull degré S'il ne me vienl de la grâce et bon gré. Puisque Ion cucur nie veulx donc présenter Et qu'il le plaist du mien, le conlenler. Je loue amour. Or cvilons les peines Dont les amours comnmnément sont pleines : Trouvons moyen, trouvons lieu et loisir De mettre à fin le lien et mien désir.

Voicy les jours de l'an les plus plaisans, Chascun de nous est en ses jeunes ans: Faisons donc tant que la fleur de nostre aage ^'c suyve point de tristesse l'oultrage : Car temps perdu, et jeunesse passée Eslre ne pcult par deux fois amassée '. f.e lien oHîce est de me faire grâce : Le mien sera de adviser que fasse Tes bons plaisirs cl surloiit regarder Le droicl chemin pour Ion honnear garder...

L'élégie V évoque le commencement de la passion, qui semble être assez récent encore :

Amour me feit escrire au moy de may Nouveau refrain, par lequel vous nommay (Comme sçavez) la plus belle de France.... Si vous supply, m'amye et mon recours, Relie en qui gist ma mort ou mon secours. Prenez mon cucur que je viens vous olTrir, Et s'il est faulx faictcs le bien souffrir : Mais s'il est bon et de loyalle sorte. Arrachez luy tant de peines qu'il porte.

Nous placerions volontiers l'élégie XIIP après celle-ci : c'est une plainte émouvante qui met à nu

I. Le thème de ce développement est, en réalité, le même que celui de Mignonne, niions voir si la rose, de Quand vous serez bien vieille, au soir, à la chandelle, et de la chanson Q:iand ce beau printemps je vois, etc., de Ronsard.

oG OHVNOS ÉCRIVAINS DE LA lUlNAISSANCF:

la soufTiamo du jkiMo. cm lévélaii! loiilc la profoiitlonr do sdii sciiliincnt. 11 est décide à s'éloigner^.

L'csloinpncincnt que de vous je vculx faire N'est pour vouloir in'excinpter et defTaire De voslre amour, encore moins du service. C'est pour tirer mon loyal cueur sans vice Du feu (jui Tard par trop grand' amytié ; Et est besoin g qu'il trouve en moy pitié Veu que de vous pour toute recompense N'a que rigueur, et mieulx trouver n'y pense; Car de vous n'ay encor ou\ icsponse Qui un seul brin de bon espoir m'annonce...

L'élélégie XVI" nous apporle, avec une curieuse (Minmération des anciennes lectures de Marot, un témoignage certain du commerce épistolaire qui sesl engagé entre la jeune fille et lui. Certes, il n'a toujours rien obtenu de ce qu'il souhaitait si ardemment, mais du moins a-t-il reçu d'elle une épître qui l'a ravi par la grâce extiéme et le tour exquis de ses proi)Os. Aucun des livres qu'il a jamais lus ne lui a procuré un pareil plaisir.

La jeune fille lui ordonnait de brûler aussitôt sa lettre ; ce que le poète accomplit bien à regret. En lui répondant, dans son élégie, il la supplie d'accepter comme cadeau d'amitié un « crystallin ini-

rovr 11,

Car (comme croy) de moy vous souviendra Quand là dedans mirerez ceste face Oui de beauté toutes autres efface.

I. I.ûir-fî'ic III' |)arlc aussi d'un départ, qui est, d'après tout les iji(lic'-$ fournis par la pi«'ci; et par l'iiistoirc de Marot, celui qui éloiçna le poète de Paris au moment où il dut suivre le roi dans le Midi et ensuite en Italie (fin de i ja'i).

l.E ROMAN D AMOl U DR CLKMENT MAROT 07

Mais l'aimable Anne nacceple pas le présent et le renvoie à son ami avee de sévères repiochcs. C'est ce que nous apprend l'élégie XXYI" : .1 une qui refusa un présent. Dans ce morceau, Marol l'appelle sa (' sœur », en raison de « l'alliance » dont on parlera plus loin et qui fut conclue entre les deux amoureux suivant une gracieuse habitude de l'époque.

La tendre supplication que renferme l'élégie XXIV* pourrait ensuite trouver sa |)lace ; l'élégie XVIP, si remarquable, se rapporte à une période du roman qui ne doit pas être non plus éloignée de son commencement. Le poète est assuré d'être aimé ; il devrait triompher, mais il sait en même temps qu'il ne doit oser

user de privante.

Vers une telle excellente beauté...

0 dieu puissant, quelle grande merveille : Est-il douleur à la mienne pareille ?

A ma grand'soif la belle eau se présente. Et si convient que d'en boyre m'exempte; Brief, on me veult le plus grand bien du monde. Et tout ce bien plus à mal me redondc Que si ma dame estoit vers moy rebelle ; \ou que semblant n'ose faire à la belle De qui l'amour (par sa grâce) est à moy. Ainsi je semble, en peine et en esmoy, A cil qui a tout l'or qu'on peut comprendre. Et n'oserait un seul denier en prendre.

Ln peu plus loin se présente une allusion qui nous prouve que la belle était bien gardée ; il ne faut pas s'étonner grandement si on la surveille aussi soigneu-sement.

38 chanos i;riuvAi\s ne i.v renaissance

Car \<>nl(Mili(Ms la chose précieuse Ksi mise à pari en yarde soucieuse.

Or esl ma dame une perle de prix Ineslimable à tous liumains esprits l*our sa valeur. Que diray davantage?

C'est le trésor d'un riche parenlaye :

Que pleust à Dieu que la fortune advint. (Juand je vouldrois, (pie berjrere devint.

De ce passage ressort une nouvelle allusi(ju à la haute origine d'Anne, et cette seule donnée sulïirait à identifier la dcsiinalaire de la pièce, si tout le texte de cette dernière n'évoquait pas de la manière la plus claire le roman même que nous étudions. Quant à la surveillance dont la jeune fdle est l'objet, nous la voyons déplorée encore dans l'élégie XII", qui renferme plusieurs allusions d'allure énigmatique à un fàcheu.v Argus, a homme vieil, ennemy de plaisir. »

L'élégie XVIl" se termine pur un joli morceau dans lequel Marot, développant son rêve d'une Anne devenue bergèie, se voit berger lui-même :

S'ainsi estoil. pour l'aller veoir seulette Souvent ferois de ma lance houlette, Kt conduyrois, en lieu de grans armées, Hrebiz aux champs costoyez de ramées.

Lors la verrois séant sur la verdure, Si luy dirois la peine que J'endure l'our son amour, et elle orroil ma plaincte Tout à loysir, sans de nul avoir crainte.

l'eiil-èlre obtiendrait il un baiser, et pour apaiser plus complètement sa llamme, quelque autre dou

par dessus un baiser; Si me vauldroit Testât de bergerie Plus que ma grande et noble seigneurie.

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Mais ce n'est là qu'un rêve. Sans doute il est aimé, mais sa passion manque toujours de la conclusion qu'il attend, tout en sachant combien la réalisation de son espoir est difficile. Les choses durent ainsi depuis une année quand, soudain, l'Amie lui est enlevée ; elle part pour une destination qu'il ignore. En attendant de demander aux Epigrammes les données qu'elles fournissent au sujet de cette séparation, écoutons le cri déchirant que le poète nous fait entendre dans la deuxième élégie :

Pour Ion amour j'ay soufieit tant d'ennuys, Par tant do jours et tant de longues nuyctz...

Ce mois de mai. ([ui est le mois de la danse et du rire, sera celui de la tristesse et des soupirs pour le pauvre poète. Il y a un an qu'avait été conclue u l'alliance » qui lui avait donné tant de confiance. Peut-être, puisqu'elle s'en va, voudra-t-elle le rendre heureux et accorder son agrément à son ardent désir. Mais il seul bien que c'est là un vain espoir. Les larmes mouillent ses yeux, son cœur se fend, il se rend compte de la perte du plus grand bonheur auquel son cœur eût jamais aspiré :

Doncqucs, avant de partir, te supplie Qu'envers moy soit ta promesse accomplie. Ne pers Famy qui ne t*a point forfaict ; Donne remède au mal que tu as faict...

Le roman, cependant, ne devait pas s'arrêter là. Après les élégies, qui ne s'appliquent qu'à ce pre

.\o <;kam>s i;(.iu vains de la renaissance

iiiicr t'pisodc. une aulrc source s'ollVc désormais à rioliT rxamon, colloque représentent les Epi<jvamiiics vi accessoirement les Rondeaux, source abondante puisqu'elle coni})orto environ une quarantaine de j)ièces. et qu'elle apporte des éclaircissements, ou l)ou s'en faut, sur tons les épisodes de cette hislcjiro. Iiilorrogeons-la.

\ oici d'abord un cri do triompbcqui se loncoidrc, Aérilablo perle do la poésie <lu wi" siècle:, parmi les Rondeaux, et qui doit être contemporain du début de cette liaison, dont il forme ainsi comme la joyeuse annonce.

DE S.\ GRAND' AMYK '

Dedans Paris ville jolyc IJngjour passant mélancolie Je prins alliance nouvelle V la plus gaye damoysellc ( Uii soil d'icy en Italie.

D'Iionnestcté elle est saisie.

Et croy (selon ma fantaisie) Qu'il n'en est gueres de plus belle Dedans Paris, .le ne vous la nommcray mye'^. Si non que c'est ma grand" amyc; <;ar Talliance se feil telle Par un doulx baiser que j'eus d'elle.

Sans penser aucune infamie Dedans Paris.

11 n\ a aucun doute sur le sens de ce délicieux rondeau : il s'applique sûrement à Anne, car on va

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