Rondeau XL, Ibid., i.'i
Nr me s(;auroil mieux assouvir, \cu que j'nj (pour liomicur suyvir) Peiiscc, Grand" Ainyo c\ ïanlo.
La [U'iiséo est noble et iinidentc :
La Grand' Vmve es) Ix'lle ot frente ; La Tanle en bonté \eulx plcuvir
Tant, et plus.
Et ce rondeau je luy présente ; Mais, pour conclusion décente, La première je vculx servir, De l'antre l'amour desservir ; Croire la tierce est mon entente
Tant, et plus.
Ces trois pièces énigmaliques n'avaient jamais» jusqu'à présent, livré leur secrel ; nous allons en découvrir le sens et les allusioiis cachées, grâce à la clef que nous fournit le roman de Clément Marot et d'Anne d'Alençon, et ce roman va s'en trouver luiinémc tout éclairé. Le rondeau c de sa grand'Amyc» précède, nous lavons dit. les deux autres ; le mol c( alliance » qui s'y trouve n'a pas encore le sens s|)i'cial qu'il aura dans le suivant; il équivaut simplemenl ici à « amitié ». Quelques mois se passent, et un jour de mardi gras, Marot et Anne dansant ensemble et devisant tendrement, une « alliance de pen.sée » fut conclue entre eux. Marot se montrait, une fois encore, très pressant. « Je suis ta pensée lidèlc )),dità voix basse, timidement, la jeune fille, et désormais co mol losta en ([uelque sorte comme le mot de passe des deux amoureux. La scène esl charmante, et nous pouvons, en lisant le rondeau, la faire revivre. Ce fut donc, selon toute probal)ililé, le 6 mars i7):>.-. que le poète reçut le don d' « une
LE UOMAN D AMOLll DE CLKMEM" M VHOT '(,)
pensée excellente et loyale » qui était digne d'estre appelée royale. Dix ans plus tard, il se plaisait à l'évoquer encore dans son Adieu aux Dames de lu Cour.
Ici se présente à nous la plus belle des ligures féminines de la Renaissance française, celle de Marguerite d .Vngoulénie, duchesse douairière d'Alençon et reine de Navarre, grande protectrice de Marot, qui va se trouver ainsi rnèlée à notre roman. Connaissant le cœur de cette grande reine, tel que nous le révèlent tant d'actes généreux et bienfaisants qui font, pour ainsi dire, la trame de son existence, nous pouvons être assurés qu'elle n'est intervenue dans cette histoire qu'avec la bonté souriante qui lui était habituelle, et aussi avec la sympathie attentive qu'elle manifesta toujours aux sentiments vrais et aux problèmes délicats de la a ie du cœur ^ Le rondeau XL: De iroys Aliiunces, nous donne, en eHot, la certitude que la reine de Navarre s'intéressa à la passion de Marot. Pour peu qu'on le relise maintenant avec allention, il est aisé de deviner ce que signifient les trois allusions qu'il renferme ; la première s'applique à la promesse qui datait du mardi gras, la seconde à l'appellation convenue de la « grand'.Vmye » ; lune et l'autre, par conséquent, ^ isent Anne. Quant à la troisième, elle concerne évidemment Marguerite, qui pouvait être considérée comme la tante de la jeune fille, à l'égard de laquelle elle éprouvait sûrement une prédilection particulière. En elTet, la reine n'ayant pas d'enfant
1. .Je suis pcrsnadt' que l'cpigranime CVIII : Lu Hoyne de Navarre, en faveur (Tune hainoyxi-Ur, (l'uvrc de Marguerite, s'applique à Anne, de même que la réponse qui suit, composée par Marot (CIX).
W (.II\M1S IvnmVAINS DF LA RENAISSANCE
à collo ('poquc, avait dû rcporlor. assez naturoUoiiuMit, SOS anVrlions sur la « iiiôcc » do son mari ', daiilanf inioiix (juc los qualitôs oxcopliontiollos de la 'nMino \niic. si voisines des siennes-, devaient lalliior Acrs collo oi. Disons loni de suilo, au l'oste, ([uVnuo d'Alcnçon fit partie, un peu plus tard.de la maison do Marguerite, et fut l'objet de sa part de faveurs kH de dons spéciaux ^. 11 est extrêmement j)robablo que le nom de « Tante » fut proposé ])ar la reine ollo-momo à Marot à la suite d'un entretien sentimental, poursuivi en tiers avec elle et Anne d'Alcnçon. c Vous êtes mon « neveu » par rallianco de « pensée » et de u grand'Amye » que vous ave/ conclue avec ma u nièce ». Et Marot n'eut garde do laisser s'évanouir le souvenir de cet aimable badinage. Les cboses s'expliquent fort bien ainsi. N'oublions pas qu'une certaine familiarité exista t<>ujours entre l'auteur des Margucriles et son commensal et secrétaire Marot, que la reine admirait comme le premier des poètes contemporains et à (pii. plus lard, pendant les durs temps de l'exil à Forraro, elle adressait des épîtres consolatrices, où il retrouvait peut-être (pielque écho des sentiments de la bien-aimée.
Mais cette triple « alliance » en amena une autre fort (Il rieuse, et dont la découverte nous met à
1. N'oublions pas qu'Anne est la lille du bâtard d'Alcnçon, frère illégitime ilu dur, premier mari d(; Marguerite, qui mourut en ir)25.
2. Les aflinilés qui existaient entre Marguerite et sa « nièce » se peuvent induire des erreurs mêmes qtii amenèrent tant d'historiens pt de critiques à confondre les deux personnes et à appliquera la reine les portraits et allusions dont la nièce avait été eu réalité- l'objet, par exemple les vers célèbres commentés plus haut : Une douceur assise en helle face, etc.