Le poète s'adresse ici à Jcanin' il'Alhrot
2. On trouvera ([uelques renseij;iiuineiils bibliographiques sur La Haye clans le Hall, de la Soc. de l'Idst. du prolest, fr., en particulier dans le t. XLII, n° du ij février iSgS, dans un art. sur Augereau.
3. 11 n'est guère possible d'admettre que le Simon Dubois, imprimeur de Lelèvre d'Elaples et de Berquin, premier imprimeur et traducteur des œuvres de Luther en France, et qui fut aussi léditeur du Miroir de l'urne pécheresse, soit le même personnage qu<3 le tratlucleur du commentaire du Banquet. Si, contrairement aux apparences, cette liypothèse se trouvait être exacte, il serait curieux de constater que c'est au même homme que les Français durent de connaître, à travers l'exposi! de Ficin, la plus belle œuvre de Platon, aussi bien que le Livre de vraye et parfaicte oraison et le traité de la Consolation chrestienne. Dubois, d'abord imprimeur à Alençon, s'installa plus tard à Paris ; il disparaît à partir de ih?>t\. (Voir sur cette question les excellentes Moles sur les traités de Luther traduits en français et imprimés en France entre lô'Z^t et 153^/, publiées par M. N. Weiss dans le Bull, de la Soc. de l'hist. du protest, fraw;., t. XXXVl et suiv.)
i>'i r.H.vM>s i:(;inv.\i>s dk la renaissance
lin iuilio dialofîucde Platon, celui-là run des plus courls et des moins importants, mais par contre très signiticatif en ce qui concerne la nature et les nuances de l'expression littéraire, fut traduit en français et reçut les honneurs de l'impression. Il s'ajîif de VIon. ce charmant dialogue socratique qui traite de la poésie et du poète, cet « être léger, ailé et sacre ». et présente une définition si curieuse de l'inspiration lyrique. Ce petit ouvrage, où l'on a i)u voir. v{ non sans motif, une critique ironique de l'art du rapsode, ne paraît pas avoir été considéré sous ce point de vue, à l'époque où il fut présenté au public littéraire de notre pays. Son traducteur, Richard Le Blanc, le donna, au contraire, comme une sorte de glorification de la poésie, ainsi qu'en fait foi le litre du volume : Le dialogue (le Plalo, iii titille lu, qui est de la fureur poétique et des louanges de poésie, translaté en Jrançois par Richard Le Blanc. (Imprimé à Paris j)ar Chrestien Wcchel, demeuiant en la rue Saint-Jean de Beauvais, au Cheval blanc, mdxlvi.)
On doit reconnaître que le tour énigmatique donné par Platon au\ différents discours tenus par Socrate. au cours du dialogue, et dans lesquels il décrit, en termes enthousiastes, le transport divin (pii anime le poète, rendait une confusion possible. La liaduclion de Le Blanc, plaquette aujourd'hui rarissime ', et omise probablement pour celte raison dans toutes les bibliographies, est dédiée à Ambroise de Vieupont c sieur et baron de Tlievray ».
I. Ix- seul <'X<Tn(»laire fjiip j'aie pu en cJécouvrir se trouve à laljibliollièquc Victor (Cousin.
LE PLATONISME ET LA LITTEUATLUE EN KKANCE I2i>
I/épîtro liminaire adressé à ce pcrsonnafi^e est inléressanle : on en trouvera le texte en note K
I. Ilncordant cii moy niesmp, que (piclquo jour, Monseigneur, comme j'ostoyo avec vous, ensemble plusieurs do vos amvs, là se trouva (comme souvent il advient) un mesdisanl de poésie, qui niesprisoit les caruies faictz aidcunes foys par les poètes modernes à riioruieur et celeljralion du nom de Dieu, et qu"il n'estoit licite d'allé>,Mier Icsdit/ poêles, ny entrcmcslcr les compositions d'iceulx principalement es sainctes escriptures, j'ay souvenance que vertueusement, comme csprins de fureur divine, vous liiy contredites son dict par l'autliorité de ce liault apostre sainct Paul, lequel au quinziesme chapitre de sa première epistre aux (Corinthiens n'a esté scrupuleux, et n"a faict refus d'amener au propos de sa sentence le poète Menander, disant que les paroles lascives et maulvais devys corrompent les bonnes mœurs. El non seulement en ce passage, il produit les poètes, mais en [)lusieurs aultres lieux. Pareillement contre ce mesdisant, et aultres semblables, en l'exallalion de poésie peult cstre valable (non pas esgallcment) rauthorité de Platon, philosophe divin, lequel enquerant diligemment des choses humaines et divines, prouve par subtiles raisons en ce présent dialogue intilulé lo, que poésie est ung don de Dieu, et en ceste probation il fait diMix espèces d'aliénation de pensée, l'une par maladie et intempérance de vivre, (jui est i)erturbalion d'esprit et follie. L'aultre est une fureur iirorodant de Dieu, qui est une inspiration divine : et par telle fureur Vergile, à son sixiestne, introduit la Sybillc parlera Aeneas. Or, en ce [letit dialogue, Socratcs dit que fureur poétique n'est auUre chose (pie telle inspiration de Dieu, |)ar laquelle l'cntendement humain est eslevé oiillre le pouvoir de l'homine. Car il est impossible (dit-il) que les poètes peussent traicter de tous ariz et les «•nseigner par leurs escriptz, sans grand'aide et faveur de Dieu. Pourtant le poète délectable Ovidius, inspiré par sa Muse Eulerpe, dit que nous avons un Dieu en nous, par le poulsemcnt duquel nous sommes eschauffez et incitez à bien faire. Poésie donc est un don divin. Rt tout ce que les poètes excellentz, soient (irecz, Latins, ou Francoys, ont faict, dict, et composé, il procède de la grâce divine. Et non seulement les poètes sont inspirez divinement, comme reduictz en la puissance de Dieu, mais aussi les récilateur» et interpréteurs d'iceulx, lesquelz ne peuvent faire ne réciter chose aggrcable aux auditeurs sans la grâce predictc. El pour ce, Socrates, par la similitude de la pierre magnes, fait une concaténation et certain ordre, de degré en degré, de telles inspirations divines, sçavoir est, que de Jupiter, qui est le vouloir de Dieu, procède Apollo : de Apollo. qui est l'âme du monde, procèdent les âmes des sphères célestes, cjui sont les neuf Muses. Par ce moyen, fureur poétique descend par ces degrez, .lupiter ravit Apollo ; Apollo enlumine les Muses: les Muses incitent les esprits des poètes : les poètes insiiirez inspirent les interpréteurs d'iceulx ; et les interpréteurs
lîiG (lUANDS ÉCRIVAINS DE LA RENAISSANCE
Le m{'lan^»'C calculé de témoignages empruntés, les uns à des auteurs do l'anliquité, les autres à l'apAlrc Paul, est à remarquer dans cette épîlro. Le mérite littéraire de la Iraduction qui y fait suite est sensiblement inférieur à celui des publications analogues de Des Périers et de Silvius, mais Texactilude de linterprélalion, qui pèche plutôt par un caractère trop littéral, apparaît comme suffisante. Les passages d'Homère cités au cours du dialogue sont rendus en vers français. Au point de vue de la doctrine littéraire, ce qu'il importe de relever surtout dans le travail de Le Blanc, ce sont les déclarations qui forment la conclusion de lépître dédicatoire. Observons encore que celle-ci est suivie d'un dizain en vers français « au détracteur » et d'un telraslichon adressé au poète Claude de Yipart.
La publication du Commentaire du Banquet donna
esmouvent les auditeurs. Et véritablement, jouxte notre philosophie evangeliqne, nous croyons fidèlement que nul bon rruvre peult cstre faict sans le Sainct Esprit, qui est la grâce de Dieu. Pourtant saiuct Paul : Je suys, dit-il, ce que je suys par la grâce de Dieu, et la prace do Dieu, qui est venue à moy, n'a esté vaine, ny oisive, mais j'ay plus labouré que les aultres, non pas moy toutesfoys, mais la grâce de Dieu, qui m'est présente. Kt neanlmoins qu'aulcuns poètes n'ayent eu la cognoissance de Jésus-Christ, vray et seul Dieu, n'est ce toutesfoys, qu'ilz n'ont faictz aulcune bonne opération sans la graci; predicte, ce que Socrates conclut en ce présent traicté, lofjuel j'ay Iraduict en nostre langue franroise, excité en partie par la souvenance de voslre réfutation contre ledict mesdisant, ce qui donne palentoment à cosgnoistrc Tardant désir qu'avez en bonnes lettres, qui est grand'illustralion de vostre noblesse, verlti, dignité, et plus qu'humaine libéralité ; en partie aussi pour pousser tousjours en avant Testudc et all'ection de jeunesse à conférer nostre langue avec la grecque et latine, dont chascun peult pcrcepvoir et cueillir grand fruirt, non seulement en conditions, mais en civilité et bonnes mœurs, fort prisée(s] pf)ur le présent. Et neantmoins (Monseigneur) que le livre soit petit, il vous plaira, tant pour la dignité de l'autheur, philosophe divin, que pour les louanges de noble poésie, le prendre aggreable, en attendant miculx.
Llî PLVTO.MSME ET LA LITTEUVTLRE E> FRANCE 19.-
cerlainement aux études platoniciennes une impulsion plus énergique. Un an plus tard, paraissait une jolie plaquette avec ce titre : Dialogue de Platon intitulé Cri ton. on de ce que l'on doit faire, traduit par le commandement du Hoi, [par Pierre ou Philibert Du Val, évéque de Séez, désigné, à la fin de l'ouvrage, par les initiales P. D. V. E. D. S.] (Paris, Yascosan, i5i7, ''•"' ^' feuillets, avec privilège du Roy). Cet ouvrage avait donc été exécuté sur le désir exprès du souverain. Or, ici encore, l'action de Marguerite apparaît avec évidence. Duchesse d'Âlençon, c'est-à-dire d'une région dépendante au point de vue ecclésiastique du siège de Séez, elle avait entretenu, dès les années de sa jeunesse, de constants rapports avec les évêques de celte ville. Lorsque, par suite de son mariage avec Charles d'Alençon, en 1609, elle fut amenée à habiter la terre normande, la future reine de Navarre entra naturellement en relation avec le chef spirituel de son domaine. Les rapports, déjà excellents avec Jacques de Silly (j5ii-i529), devinrent plus particulièrement cordiaux avec le successeur de celui-ci. ISicolas Dangu, fils naturel du cardinal Du Prat^ que la duchesse douairière d'Alençon se plut à combler de témoignages de sympathie. Ce prélat, homme habile et éclairé, devint rapidement l'un de ses confidents les plus intimes. C'est lui qui, en 1529, annonça à Marguerite, de passage à Bourg-la- Reine et tourmentée des plus cruelles angoisses au sujet de la sanlé de sa fille, que cette dernière était hors de danger. Maître des requêtes au Conseil du Roi et chancelier du duché d'Alençon, il fut successivement pourvu des abbayes de Juilly et de Saint-
liS t.R.VNDS KCRIVAIXS DE LA RENAISSANCE
S;i\in (lo Tarbes, puis transféré en ib.\7) du siè^c tle Sécz sur rolui de Mendo. 11 fut activemcul, inèlé, grâce au crédit de sa bieiirailrice, aux affaires les plus délicates de la politique extérieure du royaume. Marguerite aimait à s'entretenir avec lui de ques tions philosophiques et littéraires et ne manquait jamais, quand elle avait à se rendre d'Alençon à Paris, de s'arrêter à Séez où elle recevait l'hospitalité de l'évècpie. Dangu. d'autre part, faisait de fréquents séjours à la œiir de Navarre. Tous ces faits expliquent comment un docte éditeur de Vlleptaméron a pu identifier notre prélat avec le Dagoucin des contes de la reine de Navarre K C'est là une hypothèse tout à fait vraisemblable, que viennent confirmer les rapprochements les plus jjrobanls. Or, ce Dagoucin, dont les sentiments et le caractère se dessinent, dans toutes les nouvelles où il est mis en cause, avec une extrême netteté, conçoit l'amour d'une façon toute désintéressée et immatérielle. Il est, sur ce point, en pleine communauté de sentiments avec Parlamente, porte-parole de Marguerite, qui lui donne la réplique dans cet émouvant épilogue de la nouvelle V lll, à travers lequel circule un souflle de poésie si profondément platonicien. Tout concourt à faire supposer que Dagoucin, a le devisant non marié, moralisant et platonisant avec une sorte de dévotion quintessenciée », qui, en citant le mythe de l'Androgyne et la République, traite avec une si grande autorité de la perfection et de l'excellence de l'amour en même temps que des obligations de la conscience, est bien l'évèque de