Honiletiii.T, LWII, édil. Jamnt, II. p. i<m
LE HOM V\ D AMOLU DE CLEMENT MAROC ï>
Mais, il cette première aventure d'amour, si fâcheusement terminée, n'allait pas tarder à succéder une passion d'une nature assez différente, à la fois exquise et ardente, qui le saisit tout entier et qui. par là même qu'elle fit naître en Marot des aspirations élevées et délicates, donna un cours tout nouNcau et plein de charme à sa vie sentimentale.
Voilà plusieurs siècles que l'on recherche le secret de ce beau roman. Quelle fut laimée mystérieuse ? Len^Iet du Fresnoy, au xvni" siècle, n'a pas hésité à l'identifier avec Marguerite d'Angouléme, duchesse dVlençon, puis reine de Navarre, sœur de François 1", à la mais(jn de laquelle le ])oète appartint durant de longues années et ([ui le protégea dans les circonstances difficiles de sa carrière'. Une telle hypothèse, bien que reproduite, depuis, par un très grand nombre d'auteurs, jusqu'à une
I. L'cililioii des Œuvres de C. Marot, donnée par Leii{;?let du Fresnoy, à L.i Haye, on 1731. en six volumes, est remplie do prélendues démonstralions poursuivies par cet excellent érudit chaque fois qu'une pièce relative au roman amoureux du poète se présente dans le tf'xtc. Voy. en parlicnlicr, t. 1 (préface), p. 42 et suiv., t. IV, p. (jri-iHO, etc. H y a dans ces nombreuses remarques de l'éditeur des rapprochements et des explications qui provoquent le sourire. L. du l' resnoy suppose partout que l'Anne aimée par Marot est Mar- {^ueritc dAuf^ouléme : c Marot, dit-il (I\", g5) donne le nom d'Anne à sa deuxième inclination. El comme on a prouvé à l'an ij^-j de la préface que cette seconde inclination du poète était Madame Marguerite de Valois, duchesse d'Alcnçon, et depuis reine de Navarre, il est aisé de conclure que toutes les épigrammes ([ui suivent, de (JXWIII à CL\^'I1I inclusivement, regardent celte princesse. » Page 1)7 : <( Marot était reconnu amant lorsqu'il fitceltc épigramme (CXXWI). et il parle à Madame Marguerite comme on i)ar!e à une maîtresse, terme dont la princesse avait permis au poète de se servir avec elle. Ainsi elle consentoit à écouter les discours que peut tenir un amant, etc. ». D'autres commcntalcurs ont supposé rpie l'énigmatique N dont il sera question plus bas avait été subslittiée à l'initiale du nom de Marguerite ; d'aulres, qu'il s'agissait d'une ilame do Ncvers.
6 CHVNDS l'cniVMNS l»i: I.V RENAISSANCE
époque ivccnfo. no saurnil rlio anjonrd'liui jiriscau sérirnx.
M. (îoorfrcs (iuifl'rey lepril la quoslion dans son r<lili(in dos Œuvres de (Uihncnt MaroH. Il inonlia linti roi particulier do oello onijïme dont les plus lins. ()hsor\o-t-il. n'ont i)u trouver le mol. ])arcc quelle renlermc un mystère autour duquel tourne depuis trois siècles la curiosité des chercheurs. Quelle est la dame à laquelle s'appliquent les nombreuses pièces adressées à l'aimable Anne par Marot? « Le nom d'Anne est-il un vrai nom ou un nom supposé et destiné à dérouter les curieux?... Après Lenjîlot du l'resnoy, d'aulres lui ont emboîté le pas, mais nous croyons qu'ils se sont engajîés sur une fausse piste. Pour nous, le nom d'Anne était bien celui de la personne en question-.» Mais, comme il le reconnaît lui-même de bonne grâce, le savant éditeur n'airiva point à résoudre l'énigme^. 11 ne réussit même à proposer aucune hypothèse. Le seul rcsnilal positif auquel il parvint fut de démontrer* que l'une des plus bollos pièces de Marot, publiée pour la première lois par Génin dans son édition des Ledres de Marguerite d'Angoiilrme (l, xnr) n'avait pu être adressée à la reine Marguerite de Navarre.
Enfin, tout récemment, deux autres érudils s'appliquèrent de nouveau à l'examen du problème. D'aboiil. M. 11. Fromage, dans le Bidlrlin de l<i So-
I. Tome!»!! et III, Paris, Ouanlin, in-8°, cl tornc I" (piiMicalioii posthume. Paris, Jean Schcmit, i<(i2, in-S").
.3. Ibid,, p. 33.Î-.337, sur 1" « Aune mystérieuse ». h. T. III, p. Ooi.