A MONSEIGNEUR LE DUC DE YENDÔME
Ni l'or ni la grandeur ne nous rendent heureux? ;
1: Dans le texte original : « Poème dédié à Monseigneur le duc de Vendôme.» — Louis-Joseph, duc de Vendôme, né, le 1‘ juillet 1654, à Paris, mort; le 15 juin 1712, à Vinaroz, en Catalogne. Cet arrière-petit-fils de Henri IV et de Gabrielle d'Estrées, non moins célèbre par le cynisme de ses mœurs que par l’éclat de sa bravoure et de ses talents militaires, fut, ainsi que son frère, le Grand Prieur, un des bienfaiteurs les plus généreux de la Fontaine, mais ne contribua pas peu à l’entraîner, ou, pour mieux . dire, à le maintenir dans des habitudes de désordre et de dissipation, Voyez l'Histoire de la Fontaine, par Walckenaer, tome I, p-47;et p. 67-68; la Wotice biographique en tête de notre tome I, Ba CXXXV-CxxxVT ; et les Mémoires de Saint-Simon, tome IV, p. 383 et suivantes,
2+ On a rapproché de ce vers ce fragment de Varron :
Non fit thesauris, non auro, pectw solutum, Non animis demunt curas ac relligiones Persarum montes nec divitis atria Crassi.
LA
Ces deux divinités n ‘accordent à à nos vœux
Que des biens peu certains, qu'un plaisir peu tranquille : Des soucis dévorants c’est l'éternel asile ;
Véritables vautours, que le fils de Japet 5 Représente, enchaïné sur son triste sommet".
L'humble toit est exempt d'un tribut si funeste :
Le sage y vit en paix, et méprise le reste;
Content de ces douceurs, errant parmi les bois,
Il regarde à ses pieds les favoris des rois”; 10 Il lit au front de ceux qu’un vain luxe environne
Que la Fortune vend ce qu'on croit qu’elle donne*.
1, C'est-à-dire que Prométhée, fils de Japet, enchaîné sur le Caucase et dont un vautour rongeait le foie sans cesse renaissant, est le symbole, l’image des hommes dévorés par l'ambition de la richesse ou par le désir des honneurs. Voyez livre VII, fable vur,
” vers 15-16 (tome II, p. 136 et note 11).
2. Comparez Héräce (livre I, épître x, vers 32-33), dont le ton est moins hautain :
Fuge magna : licet sub paupere tecto Reges et regum vita prævertere amicos.
— Chez Virgile (Géorgiques, livre IV, vers 132): Regum æquabat opes animis.
— De Philémon vous connaissez Phistoire: Ce Amant aimé, dans le coin d'un taudis, Jusqu'à cent ans il caressa Baucis.
Les noirs chagrins, enfants de la vieillesse, N'habitent point sous nos rustiques toits :
Le vice fuit où n’est point la mollesse ; Nous servons Dieu, nous égalons les rois.
(Vozrame, Ce qui plait aux dames.)
3. Tome II, p. 8. — Voiture dit, dans sa lettre oxxnx adressée
. au comte de Guiche: « Sans mentir..., la Fortune est une grande
trompeuse! Et pour l’ordinaire elle nous vend bien chèrement les choses qu’elle semble nous donner. » (OEuvres, Paris, 1677, in-12, tome I, p. 255.) Et Chapelain, dans une lettre de l’année 1634 (tome I de sa Corréspondance, p. 77) : « Reconnoissez
Approche-t-il du but, quitte-t-il ce séjour’, Rien ne trouble sa fin : c’est le soir d’un beau jour *:
Philémon et Baucis® nous en offrent l'exemple: 15 Tous deux virent changer leur cabane en un temple. Hyménée et l'Amour, par des desirs constants, Avoient uni leurs cœurs dès leur plus doux printemps :
que la Fortune ne veut pas qu’un homme ait jamais du bien sans peine, et qu'il faut toujours qu’elle se paie de ses faveurs à nos dépens, » C'est, du reste, une pensée du poète Épicharme, recueil-
lie par Xénophon dans ses Mémoires sur Socrate (I, 1, 20) : = Hukoÿaty ApŸ révra rayab” où Oeol,
ét déjà traduite par Montaigne dans ses Essais (livre IT, chapitre xx): « Les dieux nous vendent tous les biens qu’ilz nous donnent », c’est à dire ilz ne nous en donnent auleun pur et parfaict, et que nous n’achetions au prix de quelque mal, » — Chez Voltaire (fv° Discours sur l'homme) : |
Le bonheur est un bien que nous vend la Nature;
chez J.-B, Rousseau (livre III, ode 1, strophe 24):
Le Ciel nous vend toujours les biens qu'il nous prodigue.
r. Tome III, p. 119 et note 9.
3, Comparez, pour l'expression, Malherbe, les Larmes de saint Pierre, vers 247:
Le soir fut avancé de leurs belles journées ; et, pour la pensée, la fin de la fable 1v du livre XI:
Quand le moment viendra d'aller trouver les morts, J'aurai vécu sans soins et mourrai sans remords,
3. Homère appelle Philémon l'un des fils de Priam. Baucis est le nom que Perse, dans sa 1v° satire, vers a1, donne à une vieille marchande de légumes qui crie ses herbes dans les rues, C'est aussi le nom d’une pauvre vieille chez Callimaque. Il s’appliquait, il est vrai, indistinctement à toutes les pauvres vieilles.
4. Ovide, au début de son récit, nous représente un chêne s’'élevant auprès d’un tilleul, sur les coteaux de Phrygie. Ge chêne et ce
LE
Ni le temps ni l'hymen n éteignirent leur flamme"; Clothon prenoit plaisir à à filer ? cette trame.
Ils surent cultiver, sans se Voir assistés,
Leur enclos et leur champ par deux fois vingt étés, Eux seuls ils composoient pe leur république? : Heureux de ne devoir à pas" un domestique
Le plaisir ou le grés des soins qu'ils se rendoient! 25 Tout vieillit * : sur leur front les rides s ’étendoient; L'amitié modéra Jeurs feux sans les détruire,
Et par des traits d'amour” sut encor se produire,
ro
tilleul, ce sont, on le devine, Philémon et Baucis métamorphosés en arbres, mais toujours réunis, « Jupiter, ajoute-t-il, sous les traits d’un mortel, visita autrefois ce Fe en PRE de Mercure, etc. »,
1, Dans le Pété d'anguille, vers aval
L'hymen et la possession teignirent sa passion.
Voyez aussi les Filles de Mince, vers 154-156.
2. C'est Lachésis, et non Clothon, qu'il aurait fallu dire : il est vrai qué, si elle ne filait pas la destinée des hommes, Clothon, la plus jeune des trois Parques, tenait du moins la quenbuille £ tome V, p. 109 et note 4.
3. Sed pia Baucis anus, pariiqu ætate Philo Illa sunt annis juncti juvenilibus, illa Consenuere casa; Paupertatemque fatendo Effecere levem, nec iniqua mente ferendam.
Nec rafores dominos illic famulosne requiras : Tota domus duo sunt; idem parentque jubentque. (Ovinx, Métamorphoses, livre VIII, vers 631-636.) 4. Comparez, pour ce tour, les Lexiques de Corneille et de Racine, au mot Pas, 5. La reconnaissance, la gratitude; au tome I, p. 100 et note 8 : « perdre le gré de sa louange ».
W:S Tout s'éteint, tout s’use, tout passe,
comme dit Voltaire (épiître à M, Desmahis).