Voyez Philémon et Baucis, vers 13r et note
6. Ad nomen Thisbes oculos jam morte gravatos Pyramus erexit, visaque recondidit illa.
(Ibidem, vers 145-146.)
Compgrez Virgile, Énéide, livre IV, vers 691-692. 6, Dans Adonis, vers 537 :
Il cherche encore un coup la lumière des cieux.
7. Dans le poème de Baïf, Thisbé adresse ces touchantes paroles
à Pyrame mourant:
« Pyram, demeure, encor ung peu demeure, À fin, Pyram, que premier que ie meure, Et que premier que mort aussi tu sois, Thisbe te baise pour iamais ceste fois.
Pärle, Pyram : ta Thisbe t’y convie,
Si pour parler tu n'as assez de vie,
Voy donc ta Thisbe, » Au nom de Thisbe alors Il redressa ses doulx yeux presque morts...
8: Il veut parler, l'écorce a sa langue pressée : L'un et l’autre se dit adieu de la pensée, (Philémon et Baucis, vers 151-152.)
Thisbé prend le poignard’; et, découvrant son sein :135 « Je n’accuserai point, dit-elle, ton dessein,
« Bien moins encor l'erreur de ton âme alarmée :
« Ce seroit t’accuser de m'avoir trop aimée.
« Je ne t’aime pas moins : tu vas voir que mon cœur
« N'a, non plus que le tien, mérité son malheur. 140 « Cher amant! recois donc ce triste sacrifice. »
Sa main et le poignard font alors leur office ;
Elle tombe, et, tombant, range ses vêtements :
Dernier trait de pudeur même aux derniers moments*.
1. Ha! voici le poignard qui du sang de son maître S’est souillé lâchement : il en rougit le traître! Exécrable bourreau, si tu te veux laver Du crime commencé, tu n'as qu’à l’achever.
Enfonce là dedans, etc.
(Taéopire, ibidem, scène 11.)
2. C’est aussi ce que fait Virginie, au moment de mourir, dans le célèbre roman de Bernardin de Saint-Pierre. Ce trait est également dans l’Hécube d'Euripide, vers 568; dans les Métamorphoses d'Ovide, livre XIII, vers 479-480 ; dans le livre II de ses Fastes, vers 833— 834, où Lucrèce agit de même, après s'être percé le sein :
Tunc quoque, jam moriens,ne non procumbat honeste Respicit : hæc etiam cura cadentis erat;
et dans l’épître xx du livre IV de Pline le jeune, où la vestale Cornélie montre la même pudeur : Quin etiam, quum in illud subterraneum cubiculum demitteretur, hæsissetque descendenti stola, vertit se ac recollegit. — Selon Fragonard, la précaution eût été inutile, car il a peint Pyrame et Thisbé aux trois quarts nus,
— . La pucele s’est redrecie, À deux mains a l’espée prise, Parmi le pis soz la mamele Se tresperce la damoiselle, (Fabliau transcrit par Barbazan, vers 868-871.)
— Ces cris finis, sa poitrine elle enferre, Et l’enferrant, quand elle chet à terre, Chaste rabat son plissé vestement, $e donnant soin de choir honnestement, Et se mourant la pucelle temoigne
Les nymphes d’alentour lui donnèrent des larmes", 145 Et du sang des amants teignirent par des charmes Le fruit d'un mürier proche”, et blanc jusqu’à ce jour’, Éternel monument d'un si parfait amour*. »
D'ung cœur bien né la modeste vergoigne.
Voire et prend garde en ce piteux meschef
Que son chef pose auecque l’aimé chef
De son Pyram; et face contre face,
Toue sur ioue, ainsin elle trespasse.
(Baïr.)
1. De même, dans la seconde élégie d'André Chénier, « les ayme phes des bois, des sources, des montagnes,
Toutes, frappant leur sein et traînant un long deuil », déplorent la mort de Myrto, la jeune Tarentine. 2. Voisin,
Albin l’a rencontré dans la proche campagne.
(Conwerrxx, Polyeucte, vers 277.)
3. Nam color in pomo est, ubi permaturuit, ater; Quodque rogis superest una requiescit in urna, (Ovioe, Métamorphoses, livre IV, vers 165-166.)
C’est le double vœu que, chez Ovide, Thisbé, avant de se tuer, a exprimé : que les fruits de l'arbre prissent la couleur du sang et devinssent un emblème de deuil, et que ses cendres et celles de Pyrame fussent enfermées dans la même urne par les soins de leurs parents. — Dans le fabliau transcrit par Barbazan, vers 752-757 :
Sus-les branches roide li sanc Noircit li fruit qui ere blanc : Toz tems auoit esté la meure Blanche iusques à icele eure; Adonc receut noire color
À testemoine de dolor,
4. Fabula de Piramo et Thisbe sic exponitur allegorice et spiritualiter : Piramus significat filium Dei, et Thisbe significat animam humanam, quam amat Christus, et de qua scribitur in Evangelio : « Tuam ipsius animam pertransibit gladius » (Lucæ, 2). Sic Thisbe interfecit se gladio amasii sui. (Epistolæ obscurorum virorum, Francfort, 1599, in-12, p. 72-73.) C'est au commentaire de l'anglais Thomas de
Cette histoire attendrit les filles de Minée,
L'une accusoit l'amant, l’autre la destinée ; 150 Et toutes, d'une voix, conclurent que nos cœurs
De cette passion devroïent être vainqueurs :
Elle meurt quelquefois avant qu'être‘ contente ; L'est-elle, elle devient aussitôt languissante ? ;
Sans l’hymen on n’en doit recueillir aucun fruit, 155 Et cependant l'hymen est ce qui la détruit”.
« Il y joint, dit Clymène, une âpre jalousie,
Poison le plus cruel dont l'âme soit saisie :
Je n'en veux pour témoin que l'erreur de Procris. « Alcithoé ma sœur, attachant vos esprits, 160 Des tragiques amours vous a conté l'élite * :
Celles que je vais dire ont aussi leur mérite.
Vualleis sur les Meétamorphoses d'Ovide qu'est empruntée, dit l'auteur de la lettre, cette interprétation bizarre, — Saint-Mare Girardin, dans son Cours de littérature dramatique (tome II, p. 360- 378), compare cette touchante aventure d'amour à celles de Roméo et Juliette dans la nouvelle italienne de Luigi da Porto et chez Shakespeare, d’Olinde et Sophronie dans le Tasse, d'Hagbart et Syène dans les chroniques scandinaves de Grammaticus Saxo. Il montre comment « l’amertume de perdre la vie, si belle aux jeunes gens et aux amoureux, s'adoucit par l'idée de ne point survivre l’un à l’autre », comment, « partout et toujours, l’idée de mourir ensemble est la grande tentation de l’amour malheureux, ou sa consolation ».