Personne ne veut vous contraindre, vous faire violence
Mes parents m'ont promis de partir tout à l'heure‘, Regrettez-vous les biens que vous avez perdus ? Tout le nôtre est à vous; ne le dédaignez plus.
J'en sais qui l’agréeroient”; j'ai su plaire à plus d'une : Pour vous, vous méritez toute une autre fortune. 370 Quelle que soit la nôtre, usez-en : vous voyez
Ce que nous possédons et nous-même à vos pieds. »
Ainsi parle Damon; et Chloris toute en larmes Lui répond.en ces mots accompagnés de charmes® :
Vos moindres qualités et cet heureux séjour 375 Même aux filles des dieux donneroient de l'amour;
Jugez donc si Chloris, esclave et malheureuse,
Voit l'offre de ces biens d’une âme dédaigneuse.
Je sais quel est leur prix : mais de les accepter,
Je né puis; et voudrois vous pouvoir écouter; 38% Ce qui me le défend, ce n’est point l'esclavage :
Si toujours la naissance éleva mon courage‘,
Je me vois, grâce aux dieux, en des mains où je puis Garder ces sentiments malgré tous mes ennuis”; :
Je puis même avouer (hélas! faut-il le dire?) 385 Qu'un autre a sur mon cœur conservé son empiré. Je chéris un amant, ou mort, ou dans les fers;
Je prétends le chérir encor dans les enfers.
Pourriez-vous estimer le cœur d’une inconstante?
Je ne suis déjà plus aimable ni charmante; 390 Chloris n’a plus ces traits que l’on trouvoit si doux, Et, doublement esclave”, est indigne de vous. »
Touché de ce discours, Damon prend congé d'elle.
r. Tome V, p. 529.