LA CONFIDENTE SANS LE SAVOIR
ou LE STRATAGÈME.
CONTE
Ce conte est tiré de la 1° nouvelle de la IIT° journée de Boccace, dont voici le sommaire :
Sotto spetie di confessione et di purissima coscienzia, una donna innamorata d’un giovane induce un solenne frate, senza advedersene egli, a dar modo che’l piacer di lei havesse intero effetto.
« Soubz couleur de confession et de trez pure conscience, une trez belle dame, amoureuse d’ung honneste homme, introduysit ung deuot et solennel religieux à luy donnermoyen, sans qu'il s’en apperceust, de iouyr de son amy. »
Le même récit est dans les Nouuelles Recreations et Ioyeulx Deuis de Bonaventure des Périers, nouvelle cxrv : « D'une finesse dont usa une ieune femme d’Orleans pour attirer à sa cordelle ung ieune escolier qui luy plaisoit. »
Il est aussi dans l'Apologie pour Hérodote d'Henri Estienne, chapitre xv, $ 30, en termes presque identiques à ceux de B. des Pémers; chez Masuccio, nouvelle xxx; chez Frischlinus, livre xx de ses Facéties : de Astutia mulierum, fol. 125v°-126 r° du recueil de 1609, anecdote que nous donnons à l'Appendice; et dans l’Arcadia in Brenta ovvero la malinconia sbandita, de G. Vacalerio (Bologne, 1667, in-12), journée 1v, p. 224.
Nous rencontrons une situation analogue dans la comédie de Lope de Vega intitulée la Discreta enamorada, « l'Amoureuse avisée ». Dans cette pièce, le religieux, le confesseur, est remplacé par un vieillard, amoureux d’une jeune fille qu’il veut épouser, Ce vieillard a pour rival soa propre fils; et la dame charge ce père trop crédule d'un tendre message pour le jeune homme, message à mots couverts, il est vrai, où elle a l’air de le prier de mettre fin à
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ses importunités, à ses poursuites. C’est l’idée que Molière a reprise et développée avec tant d'esprit et de verve dans le second acte deson École des maris, où Isabelle se sert de son tuteur Sganarelle pour faire savoir à son jeune galant Valère qu’elle a deviné son amour et qu’elle y répond. Cette idée est à peine indiquée chez Lope de Vega, et on se demande comment Riccoboni a pu prétendre que les principaux ressorts de la comédie de Molière ont été empruntés à cette He? insipide, si peu digne de l’auteur espagnol. :
M. Despois renvoie, dans sa Notice sur l'École des maris, où sont analysés le conte de Boccace et la comédie de Lope de Vega (tome II, p. 340-344), à un acte, en vers, de Dorimond, comédien de Mademoiselle, la Femme industrieuse, qui paraît avoir été jouée deux mois avant la pièce de Molière; dans cette petite comédie, d’ailleurs très plate, et parfois très grossière, Isabelle, femme du Capitan, pour faire connaître son amour à Léandre, qui ne l’a jamais vue, charge le Docteur, précepteur de Léandre, d’avertir‘ celui-ci qu’elle s’est aperçue de sa paris et qu’elle s’en trouve offensée,
Comparez enfin le début du conte oriental résumé dans la notice de la Servante justifiée; les récits du Baitél Pachisi, mentionnés par M. Landau (p. rot); le roman provençal de Flamenca ou la Dame de Bourbon (Paris, 1865, in-8°), dont quelques épisodes offrent une certainé analogie avec la Confidente; et der Schüler zu Paris, « l'Étudiant à Paris », déjà cité au tome V, p. 558.
Rappelons, comme imitée re contes ou des UE dont nous avons parlé, l'Amante ingénieuse, ou la double Confidence, comédie en un acte, en prose, avec un divertissement, par Disson, jouée, en
1748, à Lille.
Je ne connoïs rhéteur ni maître ès arts?
Tel que l'Amour ; il excelle en bien dire ‘ :
1. Voÿez ses Observations sur la comédie et sur le génie de Molière (Paris, 1736, in-12), p. 157-165.