CHANT I
Jé ne voulois chanter que les héros d'Ésope*;
Pour eux seuls en mes vers j'invoquois Calliope. Même j'allois cesser”, et regardois le port :
La raison me disoit que mes mains étoient lasses*; Mais un ordre est venu plus puissant et plus fort 5 Que la raison : cet ordre accompagné de grâces,
Ne laissant rien de libre au cœur ni dans l'esprit’,
M'a fait passer le but que je m'étois prescrit.
1. Marie-Anne Mancini, nièce du cardinal Mazarin, mariée le 20 avril 1662 à Godefroy-Maurice de la Tour-d’Auvergne, duc de Bouillon, grand chambellan de France, et morte le 20 juin 1714, à l'âge de soixante-quatre ans. Voyez la Notice biographique, en tête de notre tome I, p. Lxxvin-Lxxxr; et un curieux portrait d'elle chez Saint-Simon, tome X, p. 195-197.
2. Comparez l'épître à Monseigneur le Dauphin, en tête du livre I des Fables, vers 1 :
Je chante les héros dont Ésope est le père; et, pour le vers suivant, les vers 1-3 de la fable x du livre IT:
Quand j'aurois en naissant recu de Calliope Les dons qu'à ses amants cette Muse a promis, Je les consacrerois aux mensonges d'Ésope,
3, C’est en effet en 1679 qu'avait paru l’avant-dernier recueil des Fables qu'en lisant l’épilogue on eût pu croire le dernier : tome III, p. 166.