‹ Grands EcrivainsChapitre 88 sur 339 · NOUVELLE TIRÉE DE MACHIAVEL · texte numérisé non relu

NOUVELLE TIRÉE DE MACHIAVEL

La Fontaine reconnaît qu'il a emprunté ce conte à Machiavel, dont la très plaisante nouvelle, Wovella piacevolissima, comme le dit le titre, ou, dans d’autres éditions, Una dilettevole novella del Di- monio che piglio moglie, parut d’abord à Rome, en 1545, dans un recueilin-8°, publié par les soins de Giovanni Brevio, et intitulé Rime e Prose : Belfagor arcidiavolo è mandato da Plutone in questo mondo, con obbliyo di dover prender moglie. Ci viene, la prende; e non potendo tefFeire la superbia di Res ama meglio ritornarsi in inferno che ricongiungersi seco.

« Belphégor, archidiable, est envoyé par Pluton en ce taie à charge d’y prendre femme. Il vient, en prend une, et, ne pouvant souffrir l’orgueil de la dame, aime mieux retourner en enfer que de se réconcilier avec elle. »

Cette nouvelle ne fut publiée sous le nom de Machiavel qu’en 1549, à Florence.

Nous la retrouvons imitée ou reproduite par Bus prols dans ses Facetieuses Nuits, nuit II, fable 1v1; par Marco Solari, dans la Seconda libreria de Doni, fol. 89; par Sansovino dans ses Cento Novelle scelte, journée IIT, nouvelle vir, presque entièrement semblable à celle de Machiavel; par Gabriel Chappuys, dans ses Facetieuses Journées, journée III, nouvelle rx : « Belfagor, archidiable, est enuoyé par Pluton en ce monde auec obligation de prendre femme, Il vient, et la prend, et, ne pouuant souffrir et endurer l'insolence

1. « Le Diable, entendant que les mariz se plaignoient de leurs femmes, espousa Siluie, et print pour compere Gasparin Bonci; et, ne pouuant plus durer auec sa femme, entra au corps du duc de Melfe, puis son compere Gasparin l’en iecta hors. » — « Un chanoïne de Saint-Martin de Tours, écrit le poète Lainez (dans une note de la réimpression de la tradnetion française de Straparole, Paris, 1726, in-12, p. 64), m'a dit que le mariage du Diable, en cinq ou six lignes, se trouvait dans un vieux manuscrit latin de cette église.»

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d'icelle, il s’en retourne en enfer »; par le comédien Moulinet dans ses Facétieux Devis et plaisants Contes (Paris, 1612, in-12, p. 255) : « Un diable, menacé qu’on le marieroit s'il ne sortoit du corps d’un homme, en sortit, ce qu'il n’avoit voulu faire pour aucuné conjuration ne menace» ; par un anonyme dans la Gibecière de Mome ou le Trésor du ridicule, Paris, 1644, in-8°, p. 245; par le doyen Ch. Jaulnay dans?’ Enfer burlesque, et le Mariage de Belphégor, épitaphes de M. de Molière (c'est un pamphlet contre Molière, où Armande Béjart est peinte sous le nom de la prude EE Cologne, 1677, in-12; etc.

Le père de Mme Dacier, Tanneguy le Fèvre, publia une version française de la nouvelle de Machiavel, sous ce titre : le Mariage de Belfégor, nouvelle italienne (Saumur, 1664, in-12), reproduite à la suite de l’Abrégé des Vies des poètes grecs (ibidem, 1665, in-12), et, avec traduction allemande en regard, dans le recueil intitulé : Galanteries diverses arrivées pour la plupart en France (Nuremberg, 1685, in-18). Il y prête quelquefois à l’auteur italien des plaisanteries un peu forcées.

Dans d’autres traductions, arrangements, ou paraphrases, le titre original a été changé : Mitra ou le Démon marié, par Mile Catherine-Charlotte Patin, petite-fille de Guy Patin (Paris, 1688, in-12), publié de nouveau à Lyon, s. d., in-12, à Paris, 1745, et à la Haye, 1748, in-12, sous ce titre : le Démon marié, ou le Malheur de ceux qui violent les préceptes de leurs parents, nouvelle hébraïque morale, traduite par Mile Patin;

Roderic ou le Démon marié, nouvelle historique traduite de l'italien en françois (Cologne, 1694, in-12), réimprimé sous ce titre: le Démon et la Démone mariés, ou le Malheur des hommes qui épousent de mauvaises femmes, avec leurs caractères vicieux, nouvelle historiqueet morale tirée des annales de Florence par le fameux Machiavel, Rotterdam (Paris), 1705, in-12, et inséré dans l'édition du Diable amoureuxz de Cazotte (Paris, 1772, in-8°); etc.

Comparez Abstemius, fable 194, de Dæmone uxorem recusante; le Febvre de Thérouane, Matheolus, livre 11, fol. 38; et le passage du fabliau intitulé le Medecin de Brai (Legrand d’Aussy, tome III, p. 1-11), où le roi fait. venir de même un paysan pour sa fille à laquelle une arête est restée dans le gosier, On le menace du bâton s’il ne guérit la princesse, et il n'échappe au danger, comme le manant Matteo, que par une ruse,

ee vu] CINQUIÈME PARTIE. 89

Ce conte forme la fable xxvrr du recueil de 1694, mais le prologue (vers 1-29) a été supprimé dans cette édition.

On peut rapprocher de Belphégor la fable xx du livre VI, la Discorde, la fable 11 du livre VII, le Mal marié, et peut-être aussi la fable xvr du livre IIL, la Femme noyée. el

Le capucin J.-R. Joly en a tiré un conte en vers très indécent, portant le même titre (Paris, 1760, in-8°); le comédien Legrand, une comédie-ballet en trois actes, jouée au Théâtre-ltalien le aa août 1721 4; Dartois, Saint-Georges et Vernet, un vaudevilleféerie en un acte, ou le Bonnet du Diable, donné aux Variétés en 1825; et Dumanoir, Saint-Yves et Choler, un vaudeville fantastique en un acte, représenté sur le théâtre du Palais-Royal, le 20 mai 1851. Citons aussi Belphégor dans Marseille, comédie en un acte, en prôse, par un auteur anonyme (Marseille, 1756, in-8°) ; et deux comédies anglaises également anonymes : the Collier of Croydon (1603), et Belphegor or the Mariage of the Devil (1691).

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