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La Tragédie

Pendant tout le xviiP siècle, la tragédie reste classique, cestà-dire toujours conforme aux règles suivies par Corneille et par Racine et consacrées par leurs chefs-d’œuvre. Mais on aurait tort de croire que le genre soit resté tout à fait immobile jusqu’à la révolution romantique. Si le cadre en est fixe, si le style en est traditionnel, les sujets en sont très variés, et Y esprit s’en modifie avec celui du public. Nous allons le constater en étudiant îapidement Crébillon, Voltaire, et leurs principaux contemporains.

1. Crébillon (1675-1762). — Ce fut un original , dans sa vie privée, que Prosper Jolyot de Crébillon. On le trouvait logé au grenier, au milieu d’animaux favoris, et fumant la pipe. C’est là qu’il composait, de tête, sans en écrire un vers, ses tragédies. Le cinquième acte terminé, il demandait une audition aux comédiens, leur récitait sa pièce, et, si cette pièce n était pas reçue, il se gardait bien de l’écrire. Devenu censeur royal , et chargé d’examiner les ouvrages de ses confrères, il se montra toujours, même envers l’irascible Voltaire, d’une parfaite équité. La cour finit par le protéger et fit imprimer royalement ses œuvres.

On attribue à Crébillon cc mot : « Corneille a pris 1» terre ; Racine, le ciel ; il me reste l'enfer. » Son but est d’exciter non plus l’admiration ou la pitié, mais la terreur. Et son tort est de chercher à y parvenir au moyen d’artifices plus romanesques et plus mélodramatiques que vraiment tragiques.

Ses principales pièces sont : Atrèe et Thyeste (1707), plectre (1708), Rhadamiste et Zênobie (1 711), Sémiramis (1717), Catilina (1748). Nous citons la scène la plus célèbre de Rhadamiste. On

XVIIIe SIECLE

\ verra que Crébillon a vraiment le sens de l’horreur tragique. Les situations sont d une grandeur farouche, qui rappelle le cinquième acte de Rodogune. Le . style, souvent lourd et obscur, est remarquable par sa fermeté et par sa violence.

Reconnaissance de Rhadamiste et de Zénobie (1711).

Presque toutes les tragédies de Crébillon contiennent, comme plu sieurs tragédies de Voltaire, et comme tous les mélodrames , un quiproquo et une reconnaissance, ; Ici, la situation est très compliquée : Zénobie est la femme du roi d’Arménie, Rhadamiste. Celui-ci, chassé de ses États, a poignarde Zenobie, pour qu’elle ne tombât pas vivante aux mains de ses ennemis et l’a jetée dans le fleuve Araxe ; il la croit morte. Mais Zenobie a etc recueillie par le roi d’Ibérie, Pharasmane, père de Rhadanuste et elle se cache à sa cour sous le nom d’Jsménie. Pharasmane et son nls Arsame veulent tous deux lepouser. Sur ces entrefaites arrive Kliadamiste, en qualité d’ambassadeur du peuple romain. Zénobie vient se mettre sous sa protection : c’est ici que commence la scène de la reconnaissance.

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