‹ Grands écrivains français des origines aÌ€ nos joursChapitre 142 sur 232 · RHADAMISTE · texte numérisé non relu

RHADAMISTE

Quoi ! loin de m accabler, grands dieux ! c’est Zénobie Qui craint de , me haïr, et qui s’en justifie !

Ah ! punis-moi plutôt : ta funeste bonté,

Meme en me pardonnant, tient de ma cruauté. N’épargne pas mon sang, cher objet que j’adore : 45

Prive-moi du bonheur de te revoir encore.

(// se jette à ses genoux.)

Faut-il, pour t’en presser, embrasser tes genoux ? bonge au prix de quel sang' je devins ton époux. Jusques à mon amour, tout veut que je périsse :

Laisser le crime en paix, c’est s'en rendre complice. 50 Frappe : mais souviens-toi que, malgré ma fureur,

Tu ne sortis jamais un instant de mon cœur;

Que, si le repentir tenait lieu d’innocence,

Je n’exciterais plus ni haine ni vengeance;

Que, malgré le courroux qui te doit animer, 55

Ma plus grande fureur fut celle de t’aimer.

ZÉNOBIE

Lève-toi : c’en est trop. Puisque je te pardonne,

Que servent les regrets où ton cœur s’abandonne ?

Va, ce n est pas à nous que les dieux ont remis Le pouvoir de punir de si chers ennemis. 60

! Nomme-moi les climats où tu souhaites vivre ;

Parle : dès ce moment je suis prête à te suivre,

Sûre que les remords qui saisissent ton cœur Naissent de ta vertu plus que de ton malheur...

(Acte III, sc. v.)

64. Zénobie fuit avec Rhadamiste. Mais Pharasmane les poursuit, et, ue sa propre main, tue son fils qu’il ne reconnaît que mourant. Rhadaprince Arsarne ° * SOn pèr67 et lon Prévoit <T«e Zénobie' épousera le Grands écrivains . 37

514 LES GRANDS ÉCRIVAINS FRANÇAIS

2. Voltaire. — On a vu, par la biographie de Voltaire, quel était son goût pour le théâtre. De 1718 à 1778, il ne cesse, à travers les occupations et les vicissitudes d’iine existence fiévreuse, de composer des tragédies et même des comédies. Chez lui, il joue ses pièces, et il enrôle impitoyablement ses invités pour remplir des rôles. Son œuvre cîramatiqué, très considérable, l’a fait placer par ses contemporains tout à côté de Corneille et de Racine ; plusieurs de ses pièces sont restées au répertoire jusqu’au milieu du xixe siècle. Aujourd’hui, les tragédies de Voltaire sont trop sévèrement jugées, sinon par les critiques, dq moins par le public, qui ne supporte plus guère que Zaïre.

Voltaire débute en 1718 par Œdipe , imité de Sophocle. Cette tragédie a un grand succès. — En 1730, il donne Brutas , une de ses pièces les plus simples et d’un style ferme. En 1732, il écrit, dansmne crise d’enthousiasme et d’inspiration, Zaïre , son chef-d’œuvre, dont le sujet est emprunté à l’histoire des croisades et qui se passe à Jérusalem. Nous en citons la scène principale.

Lusignan retrouve ses enfants ( Zaïre , 1732).

Zaïre est, depuis son enfance, captive du sultan Orosmane. Celui-ci l’aime, et va l’épouser. -Ce jour-là même, le chevalier français Nérestan rapporte la rançon de dix de ses compagnons de captivité. Orosmane., disposé à la générosité par son bonheur, accorde cent captifs à Nérestan; mais il veut faire exception pour le vieux Lusignan, descendant des rois de Jérusalem. A'ia prière de Zaïre, il accorde cependant la liberté de Lusignan, lequel, à l’acte III, apparaît sur la scène, entre Zaïre et Nérestan.

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