‹ Grands écrivains français des origines aÌ€ nos joursChapitre 149 sur 232 · ANGÉLIQUE, LISETTE · texte numérisé non relu

ANGÉLIQUE, LISETTE

Lisette. — Eli bien! mademoiselle, êtes-vous instruite ? A qui vous marie-t-on?

- Angélique. — A lui, ma chère Lisette, à lui-même, et je l’attends .

Lisette. — A lui, dites- vous ? Et quel est donc cet homme qui s’appelle lui par excellence ? Est-ce qu’il est ici ?

Angélique. — - Et tu as dû le rencontrer; il va trou-

ver ma mere.

Lisette. — Je nai vu que M. Lucidor, et ce n'est pas lui qui vous épouse.

Angélique. — - Eh î si fait; voilà vingt fois que je te le répète. Situ savais comme nous nous sommes parlé, comme nous nous entendions bien sans qu’il ait dit : o’est moi I mais cela était si clair, si clair, si agréable î

Lisette. — Je ne l'aurais jamais imaginé; mais le voici encore.

Lucidor revient avec son valet Frontin , déguisjè en gentilhomme .)

Lucidor. — Je reviens, belle Angélique ; en allant chez votre mère, j’ai trouvé monsieur qui arrivait, et )?ai cru qu’il n’y avait rien de plus pressé que de vous 1 amener : c est lui, c’est ce mari pour qui vous êtes si iavorablement prévenue, et qui, par le rapport de nos Caractères, est en effet un autre moi-même. 11 m’a apporté aussi le portrait d’une jeune et jolie personne qu’on veut me faire épouser à Paris. (Il le lui présente.) Jetez les yeux dessus : comment le trouvez-vous?

Angélique, d'un air mourant , le repousse. — Je ne m’y connais pas.

Lucidor. — Adieu, je vous laisse ensemble, et je cours chez M,ne Argante.

(V Epreuve, sc. vm, ix, x.)

Le jeu de l'amour et du hasard (1734).

Silvia et Dorante, déguisés, ont fini par se reconnaître, après un manège vMïmant, où triomphe la délicatesse de Marivaux, Quant à Pasqnin et à Lisette ils se croient réciproquement d"un rang supérieur. Dorante, pour s en amuser, permet à Pasquin d’épouser la fausse Silvia, pourvu qu il lui avoue sa véritable condition. Pour bien sentir le comique de cette scène, il faut avoir lu et goûté les fins et subtils dialogues de Silvia et de Dorante. On a dès lors l’impression d’une spirituelle parodie.

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