LISETTE, PASQUIN
Pasquin, — -Enfin, ma reine, je vous vois et je ne
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vous quitte plus; car j’ai trop pâti d’avoir manqué de votre présence, et j’ai cru que vous esquiviez la mienne.
Lisette. — Il faut vous avouer, monsieur, qu’il en était quelque chose.
Pasquin. — Gomment donc, ma chère âme, élixir de mon cœur, avez-vous entrepris la fin de ma vie ?
Lisette. — Non, mon' cher ; la durée m’en est trop précieuse.
Pasquin. — Ah ! que ces paroles me fortifient t
Lisette. — Et vous ne devez point douter de ma tendresse... Mais vous me pressiez sur notre mariage, et mon père ne m’avait pas encore permis de vous répondre ; je viens de lui parler, et j’ai son aveu pour vous dire que vous pouvez lui demander ma main quand vous voudrez.
Pasquin. — Avant que je la demande à lui, souffrez que je la demande à vous ; je veux lui rendre mes grâces de la charité qu’elle aura de vouloir bien entrer dans la mienne, qui en est véritablement indigne.
Lisette. — Je ne refuse pas de vous la prêter un moment, à condition que vous la prendrez pour toujours.
Pasquin. — Chère petite main rondelette et potelée, je vous prends sans marchander. Je ne suis pas en peine de l’honneur que vous me ferez ; il n’y a que celui que je vous rendrai qui m’inquiète.
Lisette. — Vous m’en rendrez plus qu’il ne m’en faut.
Pasquin. — Ah ! que nenni ; vous ne savez pas cette arithmétique-là aussi bien que moi.
Lisette. — Je regarde pourtant vôtre amour comme un présent du ciel.
Pasquin. — Le présent qu il vous a fait ne le ruinera pas; il est bien mesquin.
Lisette. — Je ne le trouve que trop magnifique.
Pasquin. — C’est que vous ne le voyez pas au grand jour. /
- Lisette. — Vous ne sauriez croire combien votre modestie m’embarrasse.
Pasquin. — Ne laites point dépense d'embarras; je serais bien effronté, si je n'étais pas modeste.
Lisette. — Enfin, monsieur, faut-il vous dire que c'est moi que votre tendresse honore?
Pasquin. — Aïe ! aïe ! je ne sai’S plus où me mettre.
Lisette.- — * Encore une fois, monsieur, je me connais.
Pasquin. — Eh ! je me connais bien aussi, et je n’ai pas là une fameuse connaissance; ni vous non plus, quand vous l'aurez faite; mais, c'est là le diable que de me connaître; vous ne vous attendez pas au fond du sac.
Lisette, à part. — Tant d’abaissement n’est pas naturel. (Haut.) D’où vient me dites-vous cela ? 4
Pasquin. — Eh ! voilà^où gît le lièvre.
Lisette. — Mais encore? Vous m’inquiétez. Est-ce que vous n’êtes pas...
Pasquin. — Aïe ! aïe ! vous m’ôtez ma couverture.
Lisette. — Sachons de quoi il s’agit.
Pasquin, à part. — Préparons un peu cette affairelà.^. {Haut.) Madame, votre amour est-il d’une constitution robuste? Un mauvais gîte lui fait-il peur? Je vais le loger petitement.
Lisette. — Ah ! tirez-moi d’inquiétude. En un mot, qui êtes- vous?
Pasquin. — Je suis. . . N’avez-vous jamais vu de fausse monnaie ? SaVez-vous ce que c’est qu'un louis d’or faux ? Eh bien ! je ressemble assez à cela .
Lisette. — Achevez donc. Quel est votre nom?
Pasquin. — Mon nom (A part.) Lui dirai-je que je m appelle Pasquin? Non cela rime trop avec coquin.
Lisette . — Eh bien .
1. Nous éoririons aujourd’hui : D’où vient que vous me dites cela, ?
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Pasquin. — Ah dame! il y a un peu à tirer ici. Haïssez-vous la qualité de soldat ?
Lisette. — Qu’appelez-vous un soldat?
Pasquin. — Oui, par exemple, un soldat d’antichambre.
Lisette. — Un soldat d’antichambre ! Ce n’est donc point Dorante à qui je parle enfin ?
Pasquin. — C’est lui qui est mon capitaine.
Lisette. — Faquin!
Pasquin (à part.) — - Je n’ai pu éviter la rime.
Lisette. — Mais, voyez ce magot ; tenez !
Pasquin. — La jolie culbute que je fais là !
Lisette. — Il y a une heure que je lui demande grâce, et que je m’épuise en humilités pour cet animal-là (riant). — Ah ! ah ! ah ! je ne saurais pourtant m’empêcher d’en rire, avec sa gloire ! et il n’y a plus que ce parti-là à prendre... Va, va, ma gloire te pardonne; elle est de bonne composition.
Pasquin. — Tout de bon, charitable dame ? Ah ! que mon amour vous promet de reconnaissance !
Lisette. — Touche-là, Pasquin; je suis prise pour dupe. Le soldat d’antichambre de monsieur vaut bien la coiffeuse de madame.
Pasquin. — La coiffeuse de madame!
Lisette. — C’est mon capitaine, ou l’équivalent.
Pasquin. — Masque!
Lisette. — Prends ta revanche,
Pasquin. — Mais voyez cette magotte, avec qui, depuis une heure, j’entre en confusion de ma misère !
Lisette. — Venons au fait. M’aimes-tu ?
Pasquin. — Pardi ! oui. En changeant de nom, tu n’as pas changé de visage, et tu sais bien que nous nous sommes promis fidélité, en dépit de toutes les fautes d’orthographe.
Lisette. — Va, le mal n’est pas grand, consolonsnous; ne faisons semblant de rien et n’apprêtons point
XVIIIe SltCLF
à rire., il y a apparence que ton maître est encore dans l'erreur à i‘ég*ard de sa maîtresse; ne l’avertis de rien; laissons les choses comme elles sont. Je crois que le voici qui entre. Monsieur, je suis votre servante.
Pasquin. — Et moi votre valet, madame. (Riant.) Ah ! ah ! ah î
(Acte III, sc. vi.)
2. Beaumarchais (1732-1799). — Parisien, fils d'horloger, horloger lui-même, il se glisse à la cour comme maître de musique de Mesdames ; il devient gentilhomme, et même diplomate. Sa vie est une suite d’entreprises plus ou moins louches, d’où il se tire toujours avec profit. De tous ses procès (il en eut plusieurs), le plus fameux est celui qu’il soutint contre un certain Goëzman et qui nous valut scs Mémoires, chef-d’œuvre de pamphlet. îJais il est surtout célèbre par son théâtre, qui se compose des pièces suivantes : Eugénie , les Deux Amis , le Barbier de Séville, le Mariage de Figaro , la Mère coupable , et un livret d’opéra, Tarare.
Le Barbier de Séville (1775) est l’éternelle histoire du vieux tuteur dupé; et les aventures de Bartholo, auquel le comte Almaviva enlève Rosine, ne seraient pas fort intéressantes sans le personnage qui mène toute celte comédie, Figaro. Le barbier, héritier de Renard, de Pathelin et de Panurge, intrigant, bon à tout faire, exploitant Bartholo son client, et le raillant de se^aisscr voler, servant avec une complaisance obséquieuse le comte, tout en criblant cfépigrammes la noblesse, est le type du plébéien jaloux et habile, qui flaire la Révolution. L’action du Barbier de Séville révèle une main habile et un métier dramatique tout ii fait sur. — Le Mariage de Figaro, écrit et lu aux comédiens en 1781, ne put être joué qu’en 1784, grâce au comte d’Artois, qui arracha le- consentement de Louis XVI. — La Mère coupable (1792) complète la trilogie. On y retrouve Figaro vieilli, la comtesse (Rosine) en proie aux remords, etc. Ce drame larmoyant n’a pas survécu à son succès de mode.
Avec Beaumarchais, c’est la personnalité de fauteur qui joue le premier rôle dans la comédie. Beaumarchais, c’est Figaro. Mais, s’il écrit des pièces à thèse, ou des pamphlets dialogues, il possède au plus haut point des qualités d'homme de théâtre , Il sait à merveille construire une intrigue ; créer une situation, et l’exploiter; faire sortir les unes des autres des péripéties imprévues et vraisemblables ; amuser le spectateur par de jolis détails de mise en scène ; et faire parler ses personnages, selon leur caractère, encore qu’il leur donne trop souvent son esprit. — Quant au style, il n’a pas une ride ; tout y a gardé sa fraîcheur cl sa vîguëtnv
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Beaumarchais est donc le véritable précurseur de la comédie moderne. Par sort habileté de main, par son style à l’emporte-, pièce, par la transformation du théâtre en tribune, par l’impertinence et par 1 audace de ses mois , il annonce les plus grands écrivains dramatiques du xix* siècle.
Figaro (1775).
Au premier acte du Barbier de Seville , Figaro aperçoit son ancien maître, le comte Almaviva, qui, vêtu en étudiant, chante une romance sous les fenêtres de Rosine, la pupille du docteur Bartholo.
Figaro. — Je ne me trompe point : c’est le comte Almaviva.
Le comte. — Je crois que c’est ce coquin de Figaro.
Figaro. C’est iui-même, monseigneur.
Le comte. — Je ne te reconnaissais pas, moi. Te voilà si gros et si gras !
Figaro. — Que voulez-vous, monseigneur? c’est la misère.
Le, comte. — Pauvre petit ! Mais que fais-tu à Séville? Je t’avais autrefois recommandé dans les bureaux pour un emploi. * «
Figaro. — Le ministre, ayant égard à la recommandation de Votre Excellence, me fit nommer sur-lechamp garçon apothicaire.
Le comte. — Dans les hôpitaux de l’armée?
Figaro. — Non : dans les haras de l’Andalousie.
Le comte, riant . — Beau début !
Figaro. — Le poste n’était pas mauvais, parce qu’ayant le district du pansement et des drogues, je vendais souvent aux hommes de bonnes médecines de cheval...
Le comte. — Qui tuaient les sujets du roi?
b iga r o. — — Ah! ah ! il n’y a pas de remède universel... mais qui n’ont pas laissé de guérir des Galiciens, des Catalans, des Auvergnats.
Lb comte. ^ Pourquoi donc l’as-tu quitté?
XVIIIe SIÈCLE
Figaro. — Quitté ! c’est bien lui-même ; on m’a desservi auprès des puissances :
L'Envie aux doigts crochus, au teint pâle et livide...
Le comte — Oh! grâce ! grâce, âmi ! Est-ce que tu fais aussi des vers? Je t’ai vu là griffonnant sur ton genou, et chantant dès le matin.
Figaro. — Voilà précisément la cause de mon malheur, Excellence. Quand on a rapporté au ministre' que je faisais, je puis dire assez joliment, des bouquets à Chloris, que j'envoyais des énigmes aux journaux, qu’il courait des madrigaux de ma façon : en un mot, quand il sut que j’étais imprimé tout vif, il a pris la chose au tragique et m’a fait ôter mon emploi, sous prétexte que l’amour des lettres est incompatible avec l’esprit des affaires.
Le comte. — Puissamment raisonné I Et tu ne lui fis pas représenter...
Figaro. — Je me crus trop heureux d’en être oublié, persuadé qu’un grand nous fait assez de bien quand il ne nous fait pas de mal.
Le comte. — Tu ne me dis pas tout. Je me souvient qu’à mon service tu étais assez mauvais sujet.
Figaro. — Eh! mon Dieu, monseigneur, c’e qu’on veut que le pauvre soit sans défauts.
Le comte. — Paresseux, dérangé...
Figaro. — Aux vertus qu’on exige dans un domestique, votre Excellence connaît-elle beaucoup de maîtres qui fussent dignes d'être valets?
Le comte, riant. — Pas mal. Et tu t'es retiré en cette ville ?
Figaro. — Non, pas tout de suite. De retour è Madrid, je voulus essayer de nouveau mes talents littéraires, et le théâtre me parut un champ d’honneur.
Le comte. — Ah 1 miséricorde !
Figaro. — En vérité, je ne sais comment je n’eus
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pas le plus grand succès, car j’avais rempli le parterre des plus excellents travailleurs ; des mains... comme des battoirs; j’avais interdit les gants,' les cannes, tout ce qui prdcluit des applaudissements sourds ; et d’honneur, avant la pièce, le café 4 m’avait paru dans les meilleures conditions pour moi ; mais les efforts de la cabale...
Le comte. — Ah ! la cabale, monsieur l’auteur tombé î
Figaro. Tout c'omme un autre... Pourquoi pas? Ils m'ont sifflé ; mais, si jamais je puis les rassembler...
Le comte. — L’ennui te vengera bien d’eux.
Figaro. — Ah ! je leur en garde, morbleu !
Le comte. — Ta jures. Sais-tu que l’on n’a que vingtquatre heures au Palais pour maudire ses juges?
Figaro. — On a vingt-quatre ans au théâtre ; la vie est trop courte pour user un pareil ressentiment.
Le comte. — Ta joyeuse colère me réjouit. Mais tu ne me dis pas ce qui t’a fait quitter Madrid.
Figaro. — C’est mon bon ange, Excellence, puisque je suis assez heureux pour retrouver mon ancien maître. Voyant à Madrid que la république des lettres était celle des loups toujours armés les uns contre les autres, et que livrés au mépris où ce risible acharnement les conduit, tous les insectes, les moustiques, les cousins, les critiques, les maringouins, les envieux, les feuiliistes, les libraires, les censeurs, et tout ce qui s’attache à la peau des malheureux gens de lettres, achevaient de déchiqueter et de sucer le peu de substance qui leur restait; fatigué d’écrire, ennuyé de moi, dégoûté des autres, abîmé de dettes et léger d’argent, à la fin convaincu que Futile revenu du rasoir est préférable aux vains honneurs de la plume, j’ai quitté Madrid; et, mon bagage en sautoir, parcourant philosophiquement les deux Cas tilles, la Manche, F Es (ram ad ure, la Sierra
i. II y avait à Paris, en face de la Comédie-Française, alors située me de i’Anciennc- Comédie, Je célèbre café Procope , où se réunissaient If g auteurs et las entiques.
Morena, l'Andalousie, accueilli dans une ville, emprisonné dans l’autre, partout supérieur aux événements, loué par ceux-ci, blâmé par ceux-là, aidant au bon temps, supportant le mauvais, me moquant des sots, bravant les méchants, riant de ma misère et faisant la barbe à tout le monde : vous me voyez enfin établi dans Séville, et prêt à servir de nouveau Votre Excellence, en tout ce qu’il lui plaira de m’ordonner.
Le comte. — Qui t'a donné une philosophie aussi
gaie ?
Figaro. — L’habitude du malheur. Je me presse de rire de tout, de peur d’être obligé d'en pleurer.
[Le Barbier de Séville, acte I, sc. u.)
Le monologue de Figaro (1784).
Dans le Mariage de Figaro, Figaro n’est plus seulement un barbier hardi et impertinent. Rentré au service du comte Almaviva, il est devenu à la fois un intrigant et un tribun. — Au V= acte de la pièce, sous les niarronniers du parc, il repasse sa destinée et fait le procès de la société. Ce monologue célèbre peut être considéré, à sa date (1784 *, comme un réquisitoire du peuple contre les privilégiés.
Parce que vous êtes un grand seigneur, vous vous croyez un grand génie!.,. Noblesse, fortune, un rang, des places ; tout cela rend si fier ! Qu’avez- vous fait pour tant de bien? Vous vous êtes donné la peine de naître, et rien de plus. Du reste, homme assez ordinaire ! Tandis que moi, morbleu : perdu dans la foule obscure, il m’a fallu déployer plus de science et de calculs pour subsister seulement, qu on n en a mis depuis cent ans à gouverner toutes les I spagnes. [Il s assied sur un banc.) Est-il rien de plus bizarre que ma destinée! (ils de je ne sais pas qui ; volé par des bandits: élevé dans leurs mœurs, je m en dégoûte et veux courir une carrière honnête ; et partout je suis repoussé ! J’apprends la chimie, la pharmacie, la chirurgie; et tout le crédit d’un grand seigneur peut à
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peine me mettre en main une lancette vétérinaire » — Las d attrister des bêtes malades, et pour faire' un me Uer contraire, je me jette à corps perdu dans le -atre . me fusse-je mis une pierre au coup ? Je broche une comédie dans les mœurs du sérail ; auteur espagnol, je crois pouvoir y fronder Mahomet sans scrupule : a l'instant, un envoyé... de je ne sais où se plaint que j offense dans mes vers la Sublime Porte’ la erse une partie de la presqu'île de l’Inde, toute 1 Lgypte les royaumes de Barca., de Tripoli, de Tunis.
- ger et du Maroc ; et voilà ma comédie flambée pour plaire aux princes mahométans, dont pas un ie’ crois, ne sait lire, et qui nous meurtrissent l’omoplate en nous disant : chiens de chrétiens ! — Ne pouvant aiihr 1 esprit, on se venge en le maltraitant. — Mes joues creusaient ; mon terme était échu : je voyais de loin arriver 1 affreux recors, la plume fichée dans sa perruque; en frémissant je m'évertue. Il s’élève une question sur la nature des richesses : et comme il n’est pas necessaire de tenir les choses pour en raisonner n ayant pas un sol, j écris sur la valeur de l’argent et sur son produit net ; sitôt je vois, du fond d’un fiacre, baisser pour moi le pont d’un château fort, à l’entrée duquel je laissais l'espérance et la liberté. (Il se lève.)
, je voudrais bien tenir un de ces puissants dé quatre jours si légers sur le mal qu’ils ordonnent, quand une bonne disgrâce a cuvé son orgueil! Je lui dirais., que les sottises imprimées n’ont d’importance
KLT j1" m-°Ù °î Cn &êne Ie COUrs ; ^ sans la
liberté^ de blâmer, ,1 n’est point d’éloge flatteur; et qu il n y a que les petits hommes qui redoutent les petits écrits. (Il se rassied .) - Las de nourrir un obscur pensionnaire, on me met un jour dans la rue et comme il faut dîner, quoiqu'on ne soit plus en prison, je taille encore ma plume et demande à chacun de quoi • 1 est question : on me dit que pendant ma retraite éco-
XVIIIe SIÈCLE
nomique, il s’est établi dans Madrid un système de liberté sur la vente des productions, qui s'étend même à celles de la presse ; et que, pourvu que je. ne parle en mes écrits, ni de l’autorité, ni du culte, ni de la politique, ni de la morale, ni des gens en place, ni des corps en crédit, ni de l’Opéra, ni des autres spectacles* ni de personne qui tienne à quelque chose, je puis tout imprimer librement, sous l’inspection de deux ou trois censeurs. Pour profiter de cette douce liberté, j annonce un écrit périodique, et croyant n aller sur les brisées d’aucun autre, je le nomme Journal inutile . Pou-ou : je vois s’élever contre moi mille pauvres diables à la feuille ; on me supprime ; et me voilà derechef sans emploi! — Le désespoir m’allait saisir; on pense à moi pour une place, mais par malheur j’y étais propre : il fallait un calculateur, ce fut un danseur qui/» l’obtint. Il ne me restait plus qu'à voler ; je me fais banquier de pharaon : alors, bonnes gens! je soupe*en ville, et les personnes dites comme il faut m’ouvrent poliment leur maison, en retenant pour elles les trois quarts du profit. J’aurais bien pu me remonter; je commençais même à comprendre que pour gagner du bien, le savoir-faire vaut mieux que le savoir. Mais' comme chacun pillait autour de moi, en exigeant que je fusse honnête, il fallut bien périr encore. Pour le coup, je quittai le monde ; et vingt brasses d’eau m’en allaient séparer, lorsqu’un dieu bienfaisant m’appelle à mon premier état. Je reprends ma trousse et mon cuir anglais; puis, laissant la fumée aux sots qui s’en nourrissent, et la honte au milieu du chemin, comme trop lourde à un piéton, je vais rasant de ville en ville, et je vis enfin sans souci.
[Le Mariage de Figaro , acte V, sc. vu.)
LÈS GRANDS ÉCRIVAINS FRANÇAIS
— La comédie larmoyante et le drame bourgeois.
Cependant, au -\vm» siècle, les genres trop exploités Icnuaien. a se dissoudre et à se confondre. La comédie trop comique au sens le plus superficiel du mot, avec Regnard, Dan coui t et Dufrcsny, tendait au drame avec Le Sage. Mais celui-
DèsL1nlfaeTTder-?l0hèl’e’ évitait d> sombrer. Au contraire, Dcstouchcs et La Chaussée y vont de propos délibéré.
t. Desquelles (1680-1754) fut peut-être comédien, puis devint secrétaire d ambassade en Suisse et en Angleterre. Il connut la comédie anglaise, alors florissante, et y prit un goût de morale ttdc comique moyen. Ses principales pièces sont le Philosophe marie (1727), le Glorieux (1732), le Dissipateur {1130 . la l ausse Agnes (1736). v '
Le Glorieux est une comédie fort peu comique, où abondent s tnades, et qui ressemble plutôt à quelque conte tire d’une Morale en action. - Le style de Destouches est net, correct sans vivacité suffisante.
Le Glorieux (17^2).
Le comte de Tufière, glorieux, c’est-à-dire vaniteux et fat. est ruinépour refaire sa fortune, il veut épouser Isabelle, fille du riche bourgeois
seî'titres «fl al ^ SeS affaires ’ » “ MenC?
itère Lv--’nd J r!îJ— i -dC fa're pa?Ser p0Ur son étendant son vieux pere Ly^ndre. Celui-ci finira par confondre l’orgueil’de son fils auouel
?Ue m0'T‘m seA0mpI!<lue d’unf recomiai s nce roü- Lisette • :fen e, retrOUVe *? fiUe- in «m du comte, dans la soubret e L sette il est egalement remis en possession de sa fortune. — Le caracteic le plus intéressant, surtout à sa date, est celui du riche bouro-eo;s * ce Li Simon annonce le Monsieur Poirier de Jules Sandeau et Émile Aimer • comme lui, il est fier de marier sa fille à un gentilhomme • comme&Iui’
gen^lfoürcflons1 la6 * de ma"ières ct ’ie ‘on qui choque son
genarv. Nous citons la scene ou ce caractère est le mieux présente.
li simon, à Fasqain , valet Le comte de i ufière est-il ici, mon cœur?