Cf. Malherbe (paraphrase du psaume
Là se perdent ces noms de maîtres de la terre.
D'arbitres de la paix, de foudres de la guerre. . . .
50. Cf. Corneille, Cid , I,b:« Pour grands que soient les rois, ils sont ce que nous sommes, »
Grands écrivains . 19
Né à Constantinople le 30 août 1762, André vint terminer ses études à Paris, au collège de Navarre. Il fréquenta la société du temps, où on l’appelait M. de Saint-André, et fit beaucoup de vers dans le goût plus ou moins fade et mythologique du temps. JEn 1782, il alla comme cadet au régiment d’Angoumois, tenir garnison à Strasbourg, mais il démissionna six mois plus tard. En 1783, il voyagea en Suisse et en Italie. Puis il revint - à Paris, où il passa quelques années.
C’est pendant cette jgériode (1783-1790) qu’André Chénier a composé, et le plus souvent ébauché, la plupart de ses poésies : élégies, bucoliques, idylles, poèmes didactiques. Mais il ne publia presque rien ; de son vivant ne paraîtront que le Jeu de paume (dédié à David}, èt les Suisses de Qhâteauvieux. En effet, à partir de 1790, André Chcnier est surtout journaliste. Il collabore au Journal de Paris. Il est constitutionnel. Partisan résolu de la Révolution, il voulait sauver la royauté et la personne du roi (il a aidé Malesherbes à préparer la défense de Louis XVI). Devenu suspect, il dut quitter Paris au lendemain du 10 août 1792, et se réfugier à Rouen et au Havre, où il échappa aux massacres de septembre. Puis il vécut pendant quelques mois à Versailles. Il était en visite, à Passy, chez Mme de Piscatory, quand on l’arrêta, tout à fait par hasard ; ce n’était pas lui que l’on cherchait. Emprisonné à Saint-Lazare, le 7 mars 1794, il fut exécuté le 29 juillet à la barrière de Vincennes. Une meme charrette emmenait avec lui Roucher, l’auteur des Mois.
2. Publication des œuvres. — Deux pièces d’André Chénier, nous l’avons dit, parurent de son vivant (1791 et 1792). Tout le reste de l’œuvre est de publication posthume. — D’abord, on donna quelques fragments : la Jeune Captive , dans la Décade philosophique (1801) ; la Jeune Tarent ine dans le Mercure (1801). Chateaubriand cita trois passages dans les notes du Génie du Christianisme . Mais on dut attendre la mort de Marie-*' Joseph, qui possédait tous les manuscrits de son frère, et qui était de son vivant le grand homme de la famille, pour connaître l’ensemble de l’ccuvre,
3. L’œuvre. — a). Les élégies sont au nombre dequarante. Chénier y chante ses amours, ses regrets, sa mélancolie. Le style en est délicat, précis, mais gâté par la périphraàe et par la mythologie. C'est souvent du style pseudo-classique. D'ailleurs, il est très difficile d’y faire la part de la sincérité et de limitation.
h) Les bucolufues et • les idylles. — Là, on trouve le vrai Chénier, celui qui a le sentiment exquis de l’antique, à la manière non pas de Racine, mais de Ronsard. Encore manquaitil a Ronsard le sens archéologique et géographique de la Grèce,
ivillfc SIECLE
Il en reproduisait surtout la mythologie et les légendes. Ché-nier, sans en pénétrer l'esprit ni la religion, s’est attaché aux paysages, aux lointains harmonieux et purs, et surtout aux attitudes, aux gestes, aux personnages formant des groupes de bas- •eliefs. — Parmi les plus célèbres morceaux de ce genre, il faut citer : U Aveugle (Homère, après un dialogue avec des pasteurs de Syros, chante... Et c’est une occasion pour le poète de parcourir tous les thèmes de l’ancienne poésie grecque) ; — le Mendiant (la fille de Lycus prie son père de donner l'hospitalité à un mendiant qu’elle a rencontré sur les bords du Crathis ; ce mendiant raponte ses aventures ; il est le père de Lycus) ; — La Jeune Tarentine et La Liberté , deux pièces que nous allons citer.
Il y a de très nombreuses imitations dans ces idylles, et Ton pourrait dire que les moindres détails en sont empruntés. Mais Chénier sait y exprimer des sentiments naturels, d une façon à la fois française et grecque. Il possède la mesure, l'élégance, le sens de la beauté mystérieuse des choses et des êtres.
La jeune Tarentine .
Pleurez, doux alcyons ! ô vous, oiseaux sacrés, % Oiseaux chers à Thétis, doux alcyons, pleurez !
Elle a vécu, Myrto, la jeune Tarentine !
Un vaisseau la portait aux bords de Camarine :
Là, l’hymen, les chansons, les flûtes, lentement 5 Devaient la reconduire au seuil de son amant.
Une clef vigilante a, pour cette journée,
Dans le cèdre enfermé sa robe d’hyménée.
Et l’or dont au festin ses bras seront parés,
Et pour ses blonds cheveux les parfums préparés. 10 Mais, seuLe sur la proue, invoquant les étoiles,
Le vent impétueux qui soufflait dans ses voiles L’enveloppe ; étonnée, et loin des matelots,
Elle crie, elle tombe, elle est au sein des flots.
Elle est au sein des flots, la Jeune Tarentine ! 15
Son beau corps a roulé sous la vague marine.
^Thétis, les yeux en pleurs, dans le creux d’un rocher, AGx monstres dévorants eut soin de le cacher.
4. Camarine, ville de Sicile. — 17. Thétis, déesse de la mer.
f>80 LES GRANDS ÉCRIVAINS FRANÇAIS
Par ses ordres, bientôt les belles Néréides L'élèvent au-dessus des demeures humides, 2C
Le portent au rivage, et dans ce monument L’ont au cap du Zéphyr déposé mollement ;
Puis de loin, à grands cris appelant leurs compagnes, Et les Nymphes des bois, des sources, des montagnes, Toutes frappant leur sein et traînant un long deuil, -2f Répétèrent, hélas ! autour de son cercueil :
« Hélas ! chez ton amant tu n’es point ramenée .
Tu n’as point revêtu ta robe d’hyménée :
J/or autour de tes bras n'a point serré de nœuds,
Les doux parfums n'ont point coulé sur tes cheveux. »
Idylles, XV.)
La liberté 1787 .
Dans ce dialogue, dont beaucoup de détails rappellent Théocrite, le poète grec, Chénier oppose la liberté à l’esclavage. Le chevrier est un homme libre ; le berger, un esclave. Le premier, si pauvre qu’il soit jouit de la nature et delà vie ; le second n’a de goût pour rien. Les détails de ce dialogue sont d’une plasticité tout antique ; les sentiments sont ceux d’un Français du xvm* siècle, à la veille de la Révolution.
LE CHEVRIER
Berger, quel es-tu donc? qui t’agite? et quels dieux De noirs cheveux épars enveloppent tes yeux?
' - LE BERGER
B 1 o nd pa s te u r de ch e v rea ux , ou i . t u veu x me Y appre ndre ; Oui, ton front est plus beau, ton regard est plus tendre.
LE CHEVRIER
Quoi ! tu sors de ces monts où tu n as vu que toi, 5 Et qu’on n’approche point sans peine et sans effroi ?
10. Néréides, nymphes delà mer. — 22, Le cap Zêphynum, en Italie, i. Le chevrier est blond , le berger est noir; Chénier donne dès les premiers vers une physionomie à ses personnages.
LE BERGER
Tu le plan» mieux sons doule aux bois, à la prairie ;
Tu le peux. Assieds-toi parmi l'herbe fleurie ;
Moi, sous un antre aride, en cet affreux séjour,
Je me plais sur le roc à voir passer le jour. 10
' LE CHEVRIER
Mais Cérès a maudit cette terre âpre et dure ;
Un noir torrent pierreux y roule une onde impure ; Tous ces rocs, calcinés sous un soleil rongeur,
Brûlent, et font hâter les pas du voyageur.
Point de fleurs, point de fruits, nul ombrage fertile 15 N y donne au rossignol un balsamique asile.
Quelque olivier, au loin, maigre fécondité,
Y rampe, et fait mieux voir leur triste nudité. Gomment as-tu donc su d’herbes accoutumées Nourrir dans ce désert tes brebis affamées? "20
LE BERGER
Que m’importe lest-ceà moi qu'appartient ce troupeau ? Je suis esclave.
LE CHEVRIER
Au moins un rustique pipeau A-t-il chassé l’ennui de ton rocher sauvage ?
Tiens, veux-tu cette flûte ? Elle fut mon ouvrage. *25 Prends: sur ce buis, fertile en agréables sons.
Tu pourras des oiseaux imiter les chansons.
LE BERGER
Non, garde tes présents. Les oiseaux de ténèbres,
La chouéttc et l'orfraie, et leurs accents funèbres. Voilà les seuls chanteurs que je veuille écouter, 50 Voilà quelles chansons je voudrais imiter.
il. Gérés, déesse des moissons. — iO. Balsamique, qui a îa douceur du baume (latin balsamum). — 22. Pipeau. €ùte de roseau.
LES GRANDS ÉCRIVAINS FRANÇAIS
Ta flûte sous mes pieds seràit bientôt brisée!
Je hais tous vos plaisirs. Les fleurs et la rosée,
Et de vos rossignols les soupirs caressants,
Rien ne plaît à mon cœur, rien ne flatte mes sens ; 35
Je suis esclave.
LE X3HEVRIER
Hélas ! que je te trouve à plaindre !
Oui, l'esclavage est dur; oui, tout mortel doit craindre De servir, de plier sous une injuste loi,
De vivre pour autrui, de n’avoir rien à soi.
Protégez-moi toujours, ô liberté chérie !
O ni ère des vertus, mère de la patrie ! 40
LE BERGER
Va, patrie et vertu ne sont que de vains noms.
Toutefois, tes discours sont pour moi des affronts ;
Ton prétendu bonheur et m'afflige et mehrave >
Comme moi, je voudrais que tu fusses esclave.
LE CHEVRIER
Et moi, je te voudrais libre, heureux comme moi. 45 Mais les dieux n’ont-ils point de remède pour toi?
Il est des baumes doux, des lustrations pures,
Qui peuvent de notre âme assoupir les blessures,
Et de magiques chants qui tarissent les-pleurs.
LE BERGER . L-
Il n’en est point; il n’est pour moi que des douleurs^ 50 Mon sort est de servir, il faut qu’il s’accomplisse.
Moi, j’ai ce chien aussi qui tremble à mon service ;
C’est mon esclave aussi . Mon désespoir muet Ne peut rendre qu’à lui tous les maux qu’on me fait.
LE CHEVRIER
La terre, notre mère, et sa douce richesse, 55
Sont-elles sans pouvoir pour bannir ta tristesse? '
36. Le retour de ce refrain a quelque chose de mélancolique et d’irrité.
XVIIIe SIÈCLE
v Vois combien elle est belle I et vois l'été vermeil, Prodigue de trésors, brillants fils du soleil,
Qui vient, fertile amant d'une heureuse culture,
Varier du printemps l'uniforme verdure... 60
La Récolte et la Paix, aux yeux purs et sereins,
Les épis sur le front, les épis dans les mains,
Qui viennent, sur les pas de la belle Espérance,
Verser la corne d'or où fleurit l'abondance.
LE BERGER
Sans doute qu’à tes yeux elles montrent leurs pas ; 65 Moi, j’ai des yeux d'esclave, et je ne les vois pas.
Je n'y vois qu’un sol dur, laborieux, servile,
Que j'ai, non pas pour moi, contraint d'étre fertile : Où, sous un ciel brûlant, je moissonne le grain Qui va nourrir un autre, et me laisse ma faim. 70 Voilà quelle est la terre. Elle n’est point ma mère :
Elle est pour moi marâtre ; et la nature entière Est plus nue à mes yeux, plus horrible à mon cfèur, Que ce vallon de mort qui te fait tant d'horreur...
• LE CHEVRIER
Toujours à l’innocent les dieux sont favorables : 75
Pourquoi fuir leur présence, appui des misérables ? Autour de leurs autels, parés de nos festons.
Que ne viens-tu danser, offrir de simples%dons,
Du chaume, quelques fleurs, et, par ces sacrifices Te rendre Jupiter et les nymphes propices ? 8
LE BERGER
Non : les danses, les jeux, les plaisirs des bergers.
Sont à mon triste cœur des plaisirs étrangers.
Que parles-tu de dieux, de nymphes et d'offrandes ? Moi, je n’ai pour les dieux ni chaume ni guirlandes :
Je les crains, car j'ai vu leur foudre et leurs éclairs ; 85 Je ne les aime pas, ils m'ont donné des fers...
O juste Némésis î si jamais je puis être
5 > 1 LES GRANDS ÉCRIVAINS FRANÇAIS
Le plus fort à mon tour, si je puis me voir maître,
.Je serai dur, méchant, intraitable, sans foi, Sanguinaire, cruel, comme on l’est avec moi. 90
LF, CHEVRIER
Et moi, c’est vous qu’ici pour témoins j’en appelle. Dieux ! de mes serviteurs la cohorte fidèle Me trouvera toujours humain, compatissant,
A leurs justes désirs facile et complaisant,
Afin qu’ils soient heureux et qu’ils aiment leur maître,
Et bénissent en paix l’instant qui les vit naître.
LE BERGER
Et moi, je le maudis, cet instant douloureux.
Qui me donna le jour pour être malheureux ;
Pour agir quand un autre exige, veut, ordonne ;
Pour n'avoir rien à moi, pour ne plaire à personne ; 100 Pour endurer la faim, quand ma peine et mon deuil Engraissent d’un tyran l’indolence et l’orgueil.
[Bucoliques y V.)
c) V Hermès. — André Chénier ne voulait pas se contenter de ces imitations antiques. Qui sait? peut-être même les considérait-il, lui qui n’en a rien publié, comme des exercices , des essais par lesquels il se formait la main. S’il eut vécu, nous ne les aurions peut-être plus ; ou du moins un grand nombre de ces admirables croquis eût disparu. En revanche, nous aurions autre chose : un grand poème didactique sur la formation et sur le système du monde, V Hermès.
Il ne nous reste de Y Hermès que des fragments. Mais il est possible'd’en reconstituer à peu près le plan. Chénier eût exposé en cinq chants : la formation du monde et f histoire de la civilisation. Il se fût’ inspiré de Lucrèce, de Buffon et de Y Encyclopédie.
Une préface en vers, Y Invention, contient la théorie de cette poésie nouvelle. Nous devons, selon Chénier, chanter les progrès de la science, mais en empruntant aux anciens leur art exquis. « Sur des pensers nouveaux, faisons des vers antiques. » Voici un fragment de Y Invention.
La nouvelle poésie.
Qui que tu sois enfin, ô Loi, jeune poète,
Travaille, ose achever cette illustre conquête.
De preuves, de raisons, qu'est-il encor besoin ?
Travaille : un grand exemple est un puissant témoin. Montre ce -qu'on peut faire en le faisant toi-même. ? Si pour toi la retraite est un bonheur suprême.
Si chaque jour les vers de ces maîtres fameux Font bouillonner ton sang et dressent tes cheveux,
Si tu sens chaque jour, animé de leur âme,
Ce besoin de créer, ces transports, cette flamme, H Travaille. A nos censeurs c'est à toi de montrer Tous ces trésors nouveaux qu'ils veulent ignorer.
11 faudra bien les voir, il faudra bien se taire.
Quand ils verront enfin cette gloire étrangère .
De rayons inconnus ceindre ton front brillant. L>
Aux antres de Parcs le bloc étincelant
yPest aux vulgaires yeux qu'une pierre insensible ;
Mais le docte ciseau, dans son sein invisible,
Voit, suit, trouve la vie, et Pâme, et tous ses traits. Tout l'Olympe respire en ses détours secrets. *20
Là vivent de Vénus les beautés souveraines ;
Là des muscles nerveux, là de sanglantes veines Serpentent; là des flancs invaincus aux travaux.
Pour soulager Atlas des célestes fardeaux.
Aux volontés du fer leur envelopfpe énorme 25
Cède, s'amollit, tombe ; et de ce bloc informe Jaillissent, éclatants, des dieux pour nos autels ;
C'est Apollon lui-même, honneur des immortels ;
C'est Alcide vainqueur des monstres de Némée :
C'est du vieillard troyen la mort envenimée ; 50
C’est des Hébreux errants le chef, le défenseur ;
16. Le marbre de l’ilc de Paros était renommé pour sa blancheur parfaite, et très recherché des sculpteurs. — 24. Atlas, créant qui, dans la mythologie grecque, soutenait le monde sur scs épaules ; Hercule le remplaça pendant quelques jours. — 30. La vieillard troyen, Laocooii. I I s'agit ici du fameux groupe représentant I.aocoon et ses deux tpétouffés par des,- serpents (of. Vikgilb, lïncide, livre I . — 31. Le -V
LES GRANDS ECRIVAINS FRANÇAIS
Dieu tout entier habite en ce marbre penseur.
Ciel ! n entendez-vous pas de sa bouche profonde — .éclater cette voix créatrice du monde?
Dh ! qu’ainsi parmi nous des esprits inventeurs 35 ^De Virgile ei d’ Homère atteignent les hauteurs,
Ç bâchent dans la mémoire avoir comme eux un temple, Et sans suivre leurs pas imiter leur exemple,
Faire, en s’éloignant d’eux avec un soin jaloux,
Cequ eux-même ils feraient s’ils .vivaient parmi nous! 40 Que la nature seule, en ses vastes miracles,
Soit leur Fable et leurs dieux, et ses lois leurs oracles ; Que leurs vers, de Télhys respectant le sommeil, aillent plus dans ses flots rallumer le soleil ;
De la cour d’Apollon que l’erreur soit bannie, 45
\ Et qu’enfin Calliope, élève d’Uranie,
Ç Montant sa lyre d’or sur un plus^noble ton,
-^En langage des dieux fasse parler Newton !
( ld . Poèmes , I : V Invention. )
d) Les ïambes. — D’ailleurs le moment allait venir où .Airdré Chénier ne serait plus ni un imitateur des Grecs, ni un versificateur de Y Encyclopédie. Il allait se révéler poète au sens le ptas profond du mot, c’est-à-dire tirer de son âme, de ses * colères, de ses indignations, des traits immortels et vengeurs. A Saint-Lazare, il compose sans doute une élégie un peu fade, la Jeune Captive ; mais il écrit aussi ses ïambes , qui sont de la satire lyrique . Il y a enyiron cent vers qui ne sont, cette fois, imités de personne, ni pour le fond ni pour la forme, et qui sont
de Michel-Ange. — 48. Toute cette fin est un peu «singulière ; Chénier réclame pour la Muse de nouveaux sujets d’inspiration, et H emploie, pour exprimer sa théorie, toutes les formules les plus surannées de la poésie mythologique. On sait quil dit, dans ce même poème: Sur des penser s nouveaux , faisons des vers antiques. Si par vers antiques , il entend des vers aussi parfaits en leur genre , aussi plastiques, aussi harmonieux que ceux des anciens, la théorie est excellente ; mais s’il conseille (et il semble en donner l’exemple) d'emprunter aux anciens leur . mythologie, leurs légendes historiques^ deurs comparaisons et leurs . images en général, pour embellir des sujets modernes, assurément il a tort. L’art doit se renouveler avec les sujets.
XVIIIe SIÈCLE
l'impérissable chef-d’œuvre d’un poète qui devenait enfin lui même. Tout y est beau. La protestation d’une âme libre et d’un cœur généreux y est fondée non pas sur des opinions politiques, mais sur les droits essentiels de l’homme : la liberté, la dignité, la justice, la vertu sans épithète, celle de tous les temps, empruntent la voix de ce citoyen emprisonné et condamné par dès « bourreaux barbouilleurs de lois »... L’ironie y est généreuse; elle cingle et châtie la lâcheté des a mis. que cette lâcheté même ne préservera pas. Le style (sauf une périphrase un jpeu trop élégante sur l'heure) y est franc, d’une simplicité robuste, d’une souplesse d’acier bien trempé.
^Nons citons le plus beau passage des Ïambes.
Les ïambes. (1794).
Oü appelait ïambe, chez les Grecs, un vers usité dans la satire et plus tard dans la poésie dramatique. Archiloque , au sixième siècle avant jésus-Christ, fut le plus célèbre des poètes iambiques. — PJus près de nous, A. Barbier a écrit des ïambes (cf. p. 6 84).
Comme un dernier rayon, comme un dernier zéphyre Anime la fin d’un beau jour,
Au pied de l'échafaud j’essaie encor ma Ivre.
Peut-être est-ce bientôt mon tour.
Peut-être avant que l'heure, en çercle promenée, 5 Ait posé sur l’émail brillant,
Dans les soixante pas où sa route est bortiée,
Son pied sonore et vigilant,
Le sommeil du tombeau pressera ma paupière.
Avant que de ees deux moitiés 10
Ce vers que je commence ait atteint la dernière, .
Peut-être en ces murs effrayés Le messager de mort, noir recruteur des ombres, Escorté d’infâmes soldats,
Ebranlant de mon nom ces longs corridors sombres, 15 Où, jeul dans la foule, à grands pas J'erre, aiguisant ces dards persécuteurs du crime,
8. Cette périphrase, pour élégante qu’elle soit-, fait tache dans cette admirable pièce.