I.ES i»IÎANDS ECRIVAINS FRANÇAIS
Du juste trop faibles soutiens,
Sur mes lèvres soudain va suspendre la rime ;
Et chargeant mes 'bras de liens,
Me traîner, amassant en foule à mon passage Mes tristes compagnons reclus °
Qui me connaissaient tous avant l’affreux message.
Mais qui ne me connaissent plus.
Eh bien ! j ai trop vécu. Quelle franchise auguste. 25 De mâle constance et d'honneur.
Quels exemples sacrés doux à l’âme du juste,
Pour moi quelle ombre de bonheur,
Pont dignç de regrets 1 habitacle des hommes ?
La peur blême et louche est leur dieu. 30
La bassesse, la fièvre... Ah ! lâches que nous sommes!
Tous, oui tous. Adieu, terre, adieu.
Vienne, vienne la mort ! que la mort me délivre !...
Ainsi donc mon cœur abattu Cède au poids de ses maux! — Non, non, puissé-je
. . [vivre ! 35
Ma vie importe à la vertu...
S il est écrit aux ciéux que jamais une épée N étincellera dans mes mains,
Dans 1 encre et l'amertume une autre arme trempée
Peul encor servir les humains. 40
Justice, Vérité, si ma main, si ma bouche,
Si mes pensers les plus secrets,
Ne froncèrent jamais votre sourcil farouche.
Et si les infâmes progrès,
Si la risée atroce, ou, plus atroce injure, 45
L'encens de hideux scélérats.
Ont pénétré vos cœurs d une large blessure, Sauvez-moi. Conservez un bras
, *>ans la première édition J A. Chénier (donnée en 1819 par II. de 1 ...touche), on coupait ici le développement, et une note indirp précisément à cet insîan! Chénier avait été appelé pour être
a l échafaud
laïc que conduit
XVIIIe SIÈCLE
Qui lance voire foudre, un amant qui vous venge.
Mourir sans vider mon carquois ! 50
Sans percer, sans fouler, sans pétrir dans leur lange Ces bourreaux barbouilleurs de lois !
Nul lie resterait donc pour attendrir Thistoire Sur tant de justes massacrés,
Pour consoler leurs fils, leurs veuves, leur mémoire ! 55 Pour que des brigands abhorrés Frémissent aux portraits noirs de leur ressemblance, Pour descendre jusqu’aux enfers Nouer le triple nœud, le fouet de la vengeance
Déjà levé sur ces pervers ! bO
Pourcracher sur leurs noms, pour chanter Teursupplice !
Allons, étouffe tes clameurs ;
Souffre, ô cœur gros de haine, affamé de justice.
Toi, vertu, pleure, si je meurs.
( I arabes , XI.)
4. Chénier écrivain. — C’est comme écrivain et versificateur que Chénier peut être appelé l’ancêtre des romantiques. Il redonne à la langue poétique des qualités concrètes et pittoresques absolument oubliées par les pseudo-classiques. Il assouplit l’alexandrin et il pratique le premier, depuis Malherbe, le déplacement de la césure principale et l'enjambement. Mais, beaucoup plus que des romantiques, il est l’ancêtre des Parnassiens. Ses véritables disciples sont Théophile Gautier, Lcconlc de Lisle et, dans la poésie philosophique, Sully-Prudhomnie.
G 4. Ce morceau a le mouvement d’un véritable monologue de tragédie.