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LUCRÈCE

Tu me presses en vain ; je veux rester fidèle,

Par mon aïeule instruite, aux mœurs que je tiens d’elle Les femmes de son temps mettaient tout leur souci A surveiller l’ouvrage, à mériter ainsi Qu’on lût sur leur tombeau, digne d’une Romaine : 55 « Elle vécut chez elle, et fila de la laine. »

Les doigts laborieux rendent l’esprit plus fort,

Tandis que la vertu dans les loisirs s'endort.

Aussi, celle qui prend l’aiguille de Minerve,

Minerve, applaudissant, l’appuie et la préserve. 60 Le travail, il est vrai, peut ternir ma beauté ;

Mais rien ne ternira mon honneur respecté;

Et, si je dois choisir injure pour injure,

La ride au front sied mieux qu’au nom la flétrissure’. — C’est assez : le temps passe à tenir ce propos; 65 Quand la langue se meut, la main reste en repos. Poursuivons notre tâche. — Allons I

[Lucrèce, acte 1, sc. i, Calmann-Lévy, éditeur.)

lll — La Renaissance du drame envers.

Après 1870, se produit une véritable renaissance du drame en

vers.

1 Henri de Bornier (18*25-1901) fit jouer, en 1875, au Théâtre français, la Fille de Roland , pièce restée au répertoire. — Il suppose que Ganelon, qui a trahi-Roland à Roncevaux, a échappé au supplice; Ganelon, qui se dissimule sous le nom de Comte Amaury, a un fils, Gérald, modèle de bravoure et de loyauté. Gérald sauve de la mo»t la fille de Roland, Berthe, et l’aime; mais, quand son père lui a révélé son vrai nom, Gérald sent qu'il ne lui est pas permis d’épouser la fille de Roland, et s’exile. Malgré une certaine lourdeur dans le style, ce drame est réellement beau; c'°st uue des œuvres les plus solides de notre répertoire rontempo ain.

LES GRANDS ÉCRIVAINS FRANÇAIS

SjLa fille de Roland (1875).

1° Joyeuse et Durandal.

Au i#r acte du drame, Gérai ^chante les deux épées que la légende a immortalisées, celle de Charlemagne et celle de Roland. — Le public de 187$ vit une allusion patriotique aux provinces perdues dans les plaintes sur la captivité de Durandal.

La France, dans ce siècle, a deux grandes épées,

Deux 'glaives, Lun royal, et l’autre féodal,

Dont les lames d’un flot divin furent trempées:

L'une a pour nom Joyeuse, et l’autre, Durandal.

Roland eut Durandal, Charlemagne a Joyeuse, v 5

Sœurs jumelles de gloire, héroïnes d’acier En qui vivait du fer l’âme mystérieuse,

Que pour son œuvre Dieu voulut s’associer.

Toutes les deux dans les mêlées Entraient, jetant leur rude éclair, 10

Et les bannières étoilées Les suivaient en flottant dans l’air.

Quand elles faisaient leur ouvrage :

L’étranger frémissait de rage,

Sarrasins, Saxons et Danois, 15

Tourbe hurlante et carnassière,

Tombaient dans la rouge poussière De ces formidables tournois !

Durandal a conquis l’Espagne,

Joyeuse a dompté le Lombard : 20

Chacune à sa noble compagne Pouvait dire : « Voici ma part ! »

Toutes les deux ont, par te monde,

Suivi, chassé le crime immonde,

Vaincu les païens en tout lieu ! 25

Après mille et mille batailles,

Aucune d’elles n’a d’entailles,

Pas plus que le glaive de Dieu !

XIXe SIÈCLE

Hélas ! la même fin ne leur est pas donnée ;

Joyeuse est fière et fibre après tant de combats ; ' 30

Et, quand Roland périt dans la sombre journée, Durandal des païens fut captive là-bas.

Elle est captive encore, et la France la pleure.

Mais le sort différent laisse l’honneur égal,

Ht la France, attendant quelque chance meilleure, 35 Aime du même amour Joyeuse et Durandal..

[La Fille de Roland , acte 1, scène n.

Curel et Fayard, cefit.)

*2° Ganelon raconte sa trahison .

Le traître Ganelon, celui qui livra Roland et ses chevaliers aux Sarrasins, fut, selon la vieille épopée féodale, puni de son crime, et écartelé après jugement. Mais l’auteur de la Fille de Roland suppose que Ganelon n’est pas mort, et qu’il est revenu à la cour de Charlemagne sous le nom d’Amaury ; son fils est ce jeune et vaillant chevalier Gérald, qui délivre des mains des Sarrasins Berthe, la fille de Roland. — Dans la scène que nous citons, Ganelon (Amaury) raconte au moine Radbert le pèlerinage expiatoire qu’il a faità Roncevaux.

AMAURY, RADBERT.

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