AMAURY
Vous connaissez, Radbert, le but de mon voyage,
Ou plutôt de ce long et dur pèlerinage :
Je sentais, j étais sûr qu'en retrouvant ces lieux Témoins de mon forfait, je le pleurerais mieux.
Poussé parce désir qu'en vain Pâme comprime, 5 J avais soif de revoir le théâtre du crime,
Ces monts Pyrénéens et ce fatal vallon Où Roland a péri, livré par Ganelon !
Je les reconnus trop, ces pics tristes et sombres,
Ces torrents, ces pins noirs aux gigantesques ombres ; C était bien Roncevaux î Seulement par endroits [10 L’herbe verte était plus épaisse qu’autrefois ;
C est qu ils ont lutté là, lutté sans espérance,
' Grands écrivains.
Pour le grand empereur et pour la douce France,
Les superbes héros, mes nobles compagnons.
Dont i’ose à peine encor me rappeler les noms ,
C’est que de leur sang pur cette terre est trempée .
C’est que, si je cherchais du bout de mon épée,
En remuant le sol, sans doute je pourrais Retrouver un ami dans ce que j’y verrais !
C’est qu’on découvre encor sous les roches voisines,
Des cadavres percés de flèches sarrasines !...
RADBERT
Calmez-vous, Amaury !