IV. — Le Roman de la Rose (xme siècle
1. Formation. — Sous ec titre, nous avons un long poème composé de deux parties fort inégales : la première, écrite par Guillaume de Lorris, vers 1230, est l’analyse,' sous forme allégorique, de l'amour timide et discret. L 'allégorie est un procédé par lequel on fait agir et parler comme des personnes vivantes, des Idées . des Sentiments et, d’une manière générale, des Abstractions. La peinture etla sculpture usent de l'allégorie, quami elles représentent la Paix, la Guerre, la Charité, sous la ligure d’êtres humains. — La deuxième partie du Roman de la Rose fut écrite environ quarante ans plus tard par Jean Clopine!. dit Jean de Meun. Celui-ci continue à développer le système allégorique établi par Guillaume de Lorrisi mais il y mêle de la satire politique, sociale et religieuse.
2. Analyse de la première partie. — Guillaume nous raconte un songe qu'il fit en sa vingtième année : il lui sembla que, se promenant dans la campagne, il arrivait sous le mur d’un grand verger : dans le verger où il pénètre, Guillaume rencontre des figures allégoriques telles que Déduit (Plaisir), Amoui: ■, Beauté, Courtoisie... Il admire un buisson de roses, et particulièrement une de ces roses, qui représente allégoriquement la jeune fille aimée. Certains personnages tels que Bel- Accueil . Courtoisie , Amour, etc... l'aident à approcher de la îcpse; d'autres, tels que Danger (Orgueil'. Male-Bouche (Médisance), Peur, Honte, l'en empêchent. Enfin Jalousie fait emprisonner Bel- Accueil... Ici se termine la partie du poème composée par Guillaume de Lorris.
Nous en extrayons les Conseils de Courtoisie.
Conseils de Courtoisie.
(Guillaume de Lorris.)
Courtoisie apprend à Guillaume comment il doit se conduire dans le monde pour y avoir du succès. C’est une spirituelle satire des manières élégantes du xiii® siècle, et en même temps une sorte de civilité puérile et honnête.
« Sois sage et aimable, parle avec douceur et mesure aux grands et aux humbles ; et quand tu iras par les rues* prends l'habitude de saluer les gens le premier ; et si quelqu'un a devancé ton salut, garde-toi de rester muet, mais aie bien soin de répondre sans aucun retard. Ensuite, fais attention à ne dire aucun mot déplacé.
MOYEN AGE
aucune mauvaise plaisanterie... Je ne tiens pas pour courtois un homme dont la conversation serait malhonnête. Sois serviable à l’égard des dames; honore-les toutes ; et pour les obliger n’épargne point ta peine. Et si tu entends quelque médisant qui parle mal des femmes, blâme-le, dis-lui de se taire. Agis, si tu le peux, de manière à plaire aux dames et aux demoiselles, et qu’elles entendent bien parler de toi : elles Ten estimeront davantage. Toutefois, point d’orgueil ; pour celui qui est intelligent et prudent, l’orgueil est une folie et un péché, et l’orgueilleux ne peut contraindre son cœur à la soumission. Habille-toi, selon ta fortune, de beaux vêtements et chausse-toi bien ;une belle robe \ de beaux ajustements donnent beaucoup de prestige à un homme. Aussi dois-tu t’adresser à un bon tailleur, qui sache faire des pointes élégantes et des manchet bien ajustées. Renouvelle souvent tes souliers à lacets ou tes bottes ; mais ne les porte pas si étroitement ajustés que les vilains se moquent de loi, en demandant commuent tu y es entré ou comment tu pourras en sortir. Sois toujours d’unè parfaite propreté ; lave tes mains et tes dents ; ne laisse pas tes ongles noirs. Attache tes manches, peigne tes cheveux ; mais ne te farde pas! Si tu es habile en quelque exercice où tu puisses plaire, je te recommande de ne pas le négliger... Si tu te sens agile et léger, n’hésite pas à sauter;. si tu te tiens bien à cheval, pique en avant et en arrière ; si tu sais rompre des lances, Ju peiix par là te faire beaucoup estimer... Si tu as la voix claire et pure, ne refuse pas de chanter, quand on te le demande : bien chanter embellit beaucoup. Il convient à un*jeune chevalier de savoir jouer de la viole et de la flûte, et de danser de pareils * talents servent à sa fortune. »
\ i. Les hommes, au xtii® siècle, portaient des robes comme cosH'tfftie de ville.