‹ Grands écrivains français des origines aÌ€ nos joursChapitre 221 sur 232 · I.E> GRANDS ÉCRIVAINS FRANÇAIS · texte numérisé non relu

I.E> GRANDS ÉCRIVAINS FRANÇAIS

cet auvent de fer fut soulevé, il entra de là lumière seulement, de l’éblouissante lumière rouge. Le soleil couchant apparaissait à l’horizon avec une extrême splendeur, dans la déchirure d’un ciel sombre ; sa lueur Aveuglante se promenait au roulis, et il éclairait cet hôpital en vacillant, comme une torche que 1 on

balance. r

De l’air, non, il n’en vint point; le peu qu il y en avait dehors était impuissant à entrer ici, à chasser les senteurs de la fièvre. Partout, à l’infini, sur cette mer équatoriale, ce n’était qu’humidité chaude,- que lourdeur irrespirable. Pas d’air nulle part, pas même pour les mourants qui haletaient.

...Une dernière vision l’agita beaucoup : sa vieille grând’mère, passant sur un chemin très vite, avec une expression d’anxiété déchirante ; la pluie tombait sur elle, de nuages bas et funèbres ; elle se rendait a Paimpol, mandée au bureau de la marine pour y etre

informée qu’il était mort. ..

Il se débattait maintenant ; il râlait. On épongeait aux coins de sa bouche de l’eau et du sang, qui étaient remontés de sa poitrine, à flots, pendant ses contorsions d’agonie. Et le soleil magnifique 1 éclairait toujours ; au couchant, on eût dit l’incendie de tout un monde, avec du sang plein les nuages ; par le trou de ce sabord ouvert entrait une large bande de feu rouge, qui venait finir sur le lit de Sylvestre, faire un nimbe

autour de lui. . , , ,

A ce moment, ce soleil se voyait aussi, là-bas, en

Bretagne, où midi allai'fsonner. Il était bien le meme soleil, et au même instant précis de la duree sans^fi , là, pourtant, il avait une couleur très differente il éclairait d’une douce lumière blanche la grand mei Yvonne, qui travaillait à coudre, assise sur sa porte.

En Islande, où c’était le matin, il paraissait aussi a .sUe même minute de mort. Pâli davantage, on eut dit

XIXe SIÈCLE

qu'il ne parvenait à être vu là que par une sorte de tour de force d’obliquité. Il rayonnait tristement, dans un fiord où dérivait la Marie , et son ciel était cette fois d’une de ces puretés hyperboréennes qui éveillent des idées de planètes refroidies n’ayant plus d’atmosphère. Avec une netteté glacée il accentuait les détails dé ce chaos de pierres qui est l’Islande : tout ce pays, vu de la Marie, semblait plaqué sur un même plan et se tenir debout. Yann, qui était là, éclairé un peu étrangement lui aussi, pêchait comme d’habitude au milieu de ces aspects lunaires.

Au moment où cette traînée de feu rouge, qui entrait par ce sabord de navire, s’éteignit, où le soleil équatorial disparut tout à fait dans les eaux dorées, on vit les yeux du petit-fils mourant se chavirer, se retourner vers le front comme pour disparaître dans la tête. Alors on abaissa dessus les paupières avec leurs longs cils et Sylvestre redevint très beau et calme, comme un marbre couché...

(Pêcheurs d'Islande, Calmann-Lévy , éditeur.)

TABLE DES MATi.ÈBES

MOYEN AGE

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