‹ Grands écrivains français des origines aÌ€ nos joursChapitre 56 sur 232 · SÉVERIN · texte numérisé non relu

SÉVERIN

Mon Dieu I qu’il me lardait que je fusse dépêché * de eeltui-ci afin de reprendre ma bourse ! J’ai faim, mais je veux encore épargner ce morceau de pain que j’avais apporté ; il me servira bien pour mon souper, ou pour demain mon dîner, avec un ou deux navets

1 Dépêché, débarrassé ; -- cettui ci, celui-ci.

XVIe SIÈCLE

cuits entre les cendres. Mais à quoi dépends-je 2 le temps, que je ne prends ma bourse, puisque je ne vois personne qui me regarde? Q m’amour 3 1 t’es tu bien portée? Jésus, qu elle est légère I Vierge Marie 1 Qu'estce ci qu on a mis dedans ? Hélas 1 je suis détruit, je suis perdu, je suis ruiné ! Au voleur I au larron ! au larron! prenez-le ! arrêtez tous ceux qui passent, fermez les portes, les huis *, les fenêtres! Misérable que je suis ! Où cours-je ? A qui le dis-je? Je ne sais où je suis, que 6 je fais, ni où je vas !... Hélas ! mes amis, je me recommande a vous Cous ? Secourez-moi, je vous prie! je suis mort! je suis perdu! Enseignez-moi qui m'a dérobé mon ame, ma vie, mon cœur et toute mon espérance ! Que n ai-je un licol pour me pendre ! Car j'aime mieux mourir que vivre ainsi. Hélas ! elle est toute vide. Vrai Dieu ! Qui est ce cruel qui tout à un coup m’a ravi mes biens, mon honneur, et ma vie? Ah ! chétif que je suis! que ce jour m’a été malencontreux! A quoi6 veux-je plus vivre, puisque j’ai perdu mes écus, que j’avais si soigneusement amassés, et que j’aimais et tenais plus chers 7 que mes propres yeux, mes écus que j’avais épargnés retirant le pain de ma bouche, n’osant manger mon soûl8, et qu’un autre jouit maintenant de mon dommage!

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