SIS VER IN, FE O N TIN
hroNTix. — Quelles lamentations entends-je là?
Sè VERIN. — Que ne suis-je auprès de la rivière, afin de me no ver!
Depends-je, dépensé- je. 3. M'amour, pour ma amour : ef. m'amie.
4. Huis, porte. Le mot fait double emploi avec le précédent; mais il y a la sans doute une répétition intentionnelle : Séverin veut être bien sur que tout sera fermé, et il emploie tous les mots qui désignent -les ouvertures d une maison. — 5. Que, au neutre (latin quod), ce que. — 0 A quoi, pour quoi, pour quelle raison. — 7. Tenais plus chers que... On dil aujourd’hui tenir pour, on regarder comme. — 8. Soûl (du latin satulum denvé de salur , rassasié). Manger son soûl , manger jusqu’à salisrlactjon complète. - G. Fronlin est le valet de Désiré, fils de Séverin. U La Fléché, dans Y Avare de Molière.
LES GRANDS ÉCRIVAINS FRANÇAIS
Frontin. — Je me doute que c’est <0.
Séverin. — Si j’avais un couteau, je me le planterais en l’estomac u !
Frontin. — Je veux voir s’il dit à bon escient *2. Que voulez- vous faire d’un couteau, seigneur Séverin ? Tenez, en voilà un.
Séverin. — Qui es-tu ?
Frontin. — Je suis Frontin. Me voyez-vous pas?
Séverin. — Tu m’as dérobé mes écus, larron que tu es ! Ça, rends-les moi, rends-les moi, ou je t’étranglerai !
Frontin. — Je ne sais que *3 vous voulez dire.
Séverin. — Tu ne les as pas, donc?
Frontin. — Je vous dis que je ne sais que c’est.
Séverin. — Je sais bien qu’on me les a dérobés
Frontin. — Et qui les a pris ?
Séverin. — Si je ne les trouve, je délibère me tuer moi-même u.
Frontin. — Hé ! seigneur Séverin, ne soyez pas si colère.
Séverin. — Comment, colère? J’ai perdu deux mille écus.
Frontin. — -. Peut-être que les retrouverez ; mais vous disiez toujours que vous n’aviez pas un liard, et maintenant vous dites que vous avez perdu deux mille écus?
Séverin. — Tu te gabes *5 encore de moi, méchant que tu es !
Frontin. — Pardonnez-moi.
10. Que... de ce que. — 11. Estomao, s’employait alors pour, poitrine Encore dans le Cid : Je vais lui présenter mon estomac ouvert , acte V sc. n). — 12. A bon escient, en connaissance de <?îm*e. — ■. 13. Que, cr que. — 14. Délibère, suis décidé à. — • 15. Gabes, tu te moques. Lr verbe gaber vient du substantif gab, plaisanterie, vantardise. Il y r dans le Pèlerinage de Charlemagne (xi* siècle) une célèbre scène d gabs: tous les chevaliers qui accompagnent Charlemagne à Constanti nople promettent, à la fin d’un copieux festin, d'accomplir des exploit, extraordinaires. Le roi, qui les prend au mot, les menace de mort s’il' n’exécutent leurs gabs; ils y sont heureusement aidés par Dieu et pa> ses anges.
XVIe SIECLE
Séverin. — Pourquoi donc ne pleures-tu?
Frontin-, — Pource que j’espère que les retrouverez.
Séverin. Dieu le veuille, à la charge de te donner cinq bons sols!
Frontin. — Venez dîner. Dimanche, vous les ferez publier au prône 16 : quelqu'un vous les rapportera.
Séverin. — Je ne veux plus boire ni manger; je veux mourir ou les trouver.
Frontin. j Allons, vous ne les trouverez pas pourtant, et si * ' ne dînez pas.
Séverin. — Où veux-tu que j’aille ? au lieutenant criminel?
Frontin. — Bon !
Séverin. — Afin d'avoir commission de faire emprisonner tout le monde^8 ?
Frontin. — Encore meilleur ! Vous les retrouverez. Allons; aussi bien ne faisons-nous rien ici.
Severin, — Il est vrai, car encore que quelqu'un de ceux-là19 les eût, il ne les rendrait jamais. Jésus! qu’il y a de larrons en Paris !
Frontin. — N’ayez peur de ceux qui sont ici, j’en réponds, je les connais tous.
Séverin. — Hélas! je ne puis mettre un pied devant 1 autre. O ma.bourse !
Frontin. — Hoo ! vous l’avez; je vois bien que vous vous moquez de moi.
Séverin. — Je l’ai voirement2»; mais hélas ! elle e«t vide, et elle était pleine!
Hnn/we.(Irin f^æcomum, publication); prône se dit aujourd’hui dune instruction faite pendant la messe du dimanche, après 1 evan- “ne S°rte d® Sermo“ familier. D’après l’étymologie, Je mot m P,r0prement a-ux annon^s que fait le prêtre, relativement
aux fetes de la semaine, aux quêtes, etc. Au moyen âge et au xvi« siècle
ofd anwfSu Urg,êques élaient suivies d’annonces municipales, celles Sir on d f’ Sie t,nt Sa* la place de l’église/ par la voix du crieur Cué cniarn^ f ~ ‘7’ Et Si’ et Pourtant. - 18. Cf. le dia-
désilme il P S°n, a,ve0 Ie, uomm'ssaire (Avare, V, 1). 19. Ici, Séverin d’Fnriio 6 ♦ spectaleurs (cf. les mêmes plaisanteries dans le monologue d Euclion et dans celui d-'Harpagon). - 20. Voirement, vraiment .
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LES GRANDS ÉCRIVAINS FRANÇAIS
Frontin. — Si ne voulez faire autre chose, nous serons ici jusques à demain.
Séverin. — Frontin, aide-moi, je n’en puis plus. O ma bourse! hélas! ma pauvre bourse !
(Les Esprits , acte III, sc. vi.)
Des autres comédies de Larivey, on peut tirer aussi quelques scènes d’un comique profond et durable. Sans doute, il faut en féliciter les originaux italiens qu’il a traduits. Mais son style lui appartient, et l’on éprouve une sorte de surprise à lire avec tant d’intérêt ces dialogues toujours dramatiques, piquants, justes, dont le moindre honneur n’est pas d'évoquer fréquemment la comparaison avec Molière.