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CHAPITRE II

LES CHANSONS DE GESTE X. Caractères généraux et divisions.

1. Définition. — Le mot geste signifie, au moyen âge, exploit ; et Chanson de geste se dit d’un poème où I on célébré les exploits d'un héros historique ou légendaire. - Ces poemes, écrits aux . .. et siècles, sont en vers de dix syllabes (decàsyllabes), non pas l imés, mais assonances : il suffit au poete de ramener le mème son dans la dernière syllabe.accentuée, sans se préoccuper des consonnes qui suivent. Ainsi, comme aujourdhui encoré dans la poésie populaire, dire assonne ,et ne rime pas) avec bise, et visage avec arbre. — .Ces vers étaient groupes par couplets (laisses) de dix ou quatorze; et le poeme entiei pouvait contenir de deux à trois cents laisses.

2. Par qui et pour qui étaient composées les chansons de aeste — Les chevaliers, quand ils ne faisaient pas la guerre, aimaient à l'entendre chanter. Les pèlerins qui se dirigeaient vers Rome ou vers Saint-Jacques de Compostelle, se plaisaient, aux étapes de leur long voyage, à l’audition des legendes célèbres. Cette curiosité des seigneurs et du peuple fut de bonne heure exploitée par des trouvères (trouvère qui au moyen âge se prononçait trouveur, signifie inventeur dun sujet, d unpoeme,. Les trouvères , clercs ou laïques, composèrent de bonne heure des cha usons, qu'ils chantaient eux-mêmes ou faisaient chanter par des jongleurs. Se sont-ils servis d'anciennes canhlenes .composées par des bardes guerriers, et qu’ils auraient soudees et raccordées? Ou bien ont-ils puisé seulement aux sources de la tradition populaire et dans les chroniques latines rédigées de très bonne heure par les moines ? Quelle que soit la solution

- adoptée par les érudits, il est certain que nous ne possédons aucune chanson de geste antérieure à la seconde moitié du xi' siècle; et ce sont évidemment des œuvres composées, au sens littéraire du mot, par des poètes de métier.

MOYÜN AGli

Ainsi, le jongleur s’en va de château en château ou de ville en ville, avec sa vielle (sorte de violon à trois cordes dont il accompagne sa psalmodie). Sousd.es voûtes féodales ou dans une prairie encombrée de pèlerins, aux abords d’un sanctuaire qui contient la tombe d’un héros, il chante les exploits de Roland ou de Guillaume, d’Ogier le Danois ou de Renaud de Mon ta uban. Le gente des Chansons de geste est donc oral, guerrier et religieux.

3. Principales chansons de geste. — Nous possédons un assez grand nombre de chansons composées aux xi®, xii® et xm® siècles. On les groupe autour de trois personnages principaux ; de là trois cycles ( cycle = Cercle, se dit d’un ensemble d’ouvrages pouvant se rattacher à un mênîe centre) :

a) Le cycle de Charlemagne, dont les plus célèbres chansons sont : le Pèlerinage de Charlemagne, Huon de Bordeaux , la Chanson de Roland ;

b) Le cycle de Guillaume d’Orange, où il faut surtout retenir : Aimeri de Narbonne (cf. V. Hugo : Ay mer illot), et Aliscans~

c) Le cycle de Renaud de Montauban dont la principale chanson a été popularisée sous le titre des Quatre fils Aymon.

A part, il faut citer quelques Chansons féodales , dont la plus belle est Raoul de Cambrai.

IL — La Chanson de Roland (xie siècle).

1. L’histoire. — Nous savons, par la chronique latine d’Eginhard, quel’arrière-gardede Charlemagne, à son retour d'Espagne, Cn 778, fut surprise et anéantie dans la vallée de Ronccvaux par les montagnardsbasques; ceux-ci écrasèrent les chevaliers français sous des quartiers de rocher, puis regagnèrent leurs abris et échappèrent à toute vengeance. L'arrière-garde française était commandée par le comte de la marche de Bretagne, Roland.

2. La légende. On transforma de bonne heure les éléments de ce fait dîvers* Roland devint le neveu de Charlemagne. A Barrière-garde, on plaça les douze pairs de France (Olivier, Turpin, etc.), et vingt mille chevaliers. Ceux-ci furent surpris §,Tâce à la trahison de Ganelon, chevalier français qui voulait se venger de Roland. Les adversaires ne furent plus d'obscurs montagnards basques, mais des Sarrasins, au nombre de cent mille. Enfin, Charlemagne revient à Roncevaux, et tire une vengeance éclatante dm traître et des agresseurs,

3. Analyse du poème. — On peut y distinguer trois parties ; dans la première se prépare la trahison. Ganelon, envoyé en ambassade auprès du Sarrasin Marsile, en profite pour orga-

LÉS GRANDS ÉCRIVAINS FRANÇAIS

tiiscr avec lui la surprise au val de Ronçcvaux ; - dans une seconde partie, les Français sont attaqués par es Sarrasms : Olivier conseille à Roland de sonner son olifant cor d ivçne) pour appeler Charlemagne à son secours; mais Roland trop orgueilleux, refuse, et sa témérité le rendra responsable du désastre. Après un combat acharné, tous les Français succombent : Roland meurt le dernier ; il a consenti enfin à sonner sou olifant, mais parce que 1 empereur, qui arrivera trop tard pour le secourir, n’aura plus qu’à le venger ; - la troisième partie est consacrée à la poursuite des Sarrasins Charlemagne et à la punitionde Ganelon. La fiancee de Roland Aude, sœur d’Olivier, meurt en apprenant la nouvelle du desastre.

Mous citons trois des plus beaux épisodes de ce poème . le Cor , la mort de Roland et la mort d'Aude.

Le Gor.

Olivier, à la vue des Sarrasins qui se préparent à attaquer et a cerïier l’arrière-garde, demande à Roland de sonner son olifant, afin ~ d’appeler Charlemagne à leur secours. Par trois fois, Roland retuse, 1 poirlse ainsi le courge jusqu’à l’excès, jusqu’à W desmesure, ce qui peut faire considérer sa mort comme une expiation.

Olivier dit : « Les païens ont grande force; il me semble qu'il v a bien peu de Français. Compagnon Roland, sonnez donc votre cor : Charles 1 entendra, il fera revenir l’armée. » Roland répond : « J agirais comme un fou ! En douce France, j'en perdrais ma gloire! Mais plutôt je frapperai de grands coups de Dura tid al 1 2 ; le 1er en sera sanglant jusqu’à 1 or de la carde. C'est pour leur malheur que les félons païens sont venus à ce défilé : je vous le jure, ils sont tous

condamnés à mort. » ... „

.. Compagnon Roland, sonnez donc 1 olifant ; Charles 1 entendra, il fera revenir l’armée; le roi nous secourra avec ses barons. » Roland répond : « Ne plaise au Seigneur Dieu que mes parents soient jamais blâmés à cause de moi, ni que France la douce tombe en déshonneur ! Mais je frapperai assez avec Durandal, ma bonne- épée ceinte à mon côté ; vous en verrez tout le

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